13 février 2018

SOURICIÈRE


De toutes les violences des millénaires passés,  la plus cruelle est celle des frontières fermées, des barrières en travers,  des murs de fer laissant des masses entières prises en souricière.

LA SOURICIÈRE


                                                               Boing!
quatre murs de béton
m'enserrent de tous côtés
des barreaux de fer me  traversent le cœur
le toit trop bas
m'empêche de me dresser
nulle place  
 pour ma carcasse
sur le sol puant
de la souricière

                                    Chinadailay 

je suis seul-e
ma tête fait mal
je suis mille
cent mille
des millions
dans la souricière

nous fuyons
vers un même canot de sauvetage
le seul
conçu pour cinquante personnes
bien comptées
bien pesées
bien rangées

en réalité
nous sommes des centaines
à nous jeter dedans

      Europe West Edu

à nous entasser
à nous serrer
à nous empiler
à nous engouffrer comme dans un goulot
à nous écraser comme des sardines
prêtes à être servies
avalées, digérées
par des requins humains
au ventre affamé
et aux dents acérées

pour un seul canot
nous sommes des milliards
les visages pâles
les visages émaciés
ravagés
 les teints foncés
les réfugiés
les crève-faim
les exclus toutes catégories
les sans travail
les femmes, les enfants
les pauvres, les déguenillés
les fainéants, les drogués
les itinérants, les vieux
les ratés, les paumés
les "pokés", les éclopés
les écorchés
les "étrangers"
de la Terre

pas de place
pour nous
nulle part

comme si
nous n’étions pas d’ici

comme si nous étions
du continent de ces déchets de plastique
qui flottent à la dérive
sur les eaux vinaigrées
du cimetière
de nos océans

comme si nous étions
d’une autre galaxie
nous
les moins-que-rien

clairement
nous sommes de trop
sur la Terre-de-tout-le-monde
devenue "country club" privé
d’une petite poignée
de méga multimilliardaires
hyper géants
plus grands que les dieux
majestueux comme des condors
et charognards
comme eux

qui n'en ont jamais assez

bientôt
sur la Lune, sur Mars, sur Vénus
pousseront leurs châteaux
avec barbelés
et tout

ils s'empareront du soleil


Dieu
il y a longtemps qu'ils nous l'ont volé
lui qui était l'un de nous

certains disent
qu'il n'existe pas
le contraire serait  surprenant
puisqu'il est demeuré l’un de nous
les moins que rien
qui jamais
n'avons existé

en nous
Dieu s'est éteint


chut!
ne pas dire
ces choses-là

au fond
des abysses
dort toujours
quelque chose
comme un rebond

ici
d'une radicelle
encore en vie
pousse plus haut
pousse plus beau
un arbre nouveau

sur le roc puissant
qu'elle découvre
sous ses décombres
la maison écroulée
se remet sur ses pieds
pour des milliers d'années

le monde meurt
et naît
 tous les jours

La Souricière
va bientôt faire "boum"




 Eloy Roy

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