1 novembre 2018

RÉCOLTE DU 1-11-2018



Du Honduras vers les États-Unis  
De la mare de piranhas à la mare aux crocodiles

Photo: INTERNET 
Des milliers de migrants honduriens marchent vers les États-Unis.

Pendant plus de 60 ans, nous, les missionnaires de la SMÉ, nous avons cheminé avec le peuple du Honduras. Chapeau de paille sur la  tête et machette à la  main, nous avons marché à ses côtés, à dos de mule, à pied, à moto, en jeep... Dans la chaleur accablante, malgré la malaria, les amibes et autres détails, nous avons  franchi les montagnes, ouvert des chemins, bâti des écoles, creusé des puits.  Par la radio et autres moyens nous avons transmis des connaissances de base qui ont permis de secouer la peur, la résignation, le sentiment d'impuissance. De la foi religieuse de ce peuple aimé, foi sincère mais souvent paralysante, nous avons fait un moteur de réveil, d'espoir et de dynamisme  pour marcher ensemble vers un monde meilleur. Nous avons travaillé sans répit à la formation de milliers de petits agents de transformation sociale et ecclésiale. Certains des nôtres ont été au cœur d'un mouvement qui a conduit un bon nombre de familles aux prises avec d'insolubles problèmes de pauvreté vers de riches terres nouvelles au beau milieu de la jungle. Nous avons vu ainsi des milliers de braves gens se prendre en main et se découvrir capables d'être maîtres de leur vie et de leur destin. La violence qui était omniprésente avait presque disparu du paysage. Mais soudain est apparu à l'horizon  quelque chose que nous n'avions pas prévu: le fléau de la drogue.
La cocaïne, la reine des drogues,  est partie de la Colombie (et aussi du Pérou et de la Bolivie) et elle est montée vers les États-Unis, où on l'achète à bon prix et où on la consomme comme une manne descendue du ciel. Elle a fait son chemin à travers l'Amérique centrale,  semant terreur partout sur son passage. Elle a servi à financer les puissantes forces qui s'affrontaient dans la région et à alimenter des guerres atroces qui ont fait plus de 300 000 morts au El Salvador et au Guatemala. Du coup, des milliers de personnes de ces deux pays, ainsi que du Honduras voisin, se sont réfugiées aux USA et sont allées gonfler les réserves de main-d'œuvre à  bon marché du centre de l'Empire. Entassés dans les quartiers les plus obscurs de la Californie et alentours, des groupes se sont initiés aux derniers raffinements du trafic de la drogue; ils ont appris aussi à former des gangs capables d'imposer leur loi. Ces bandes se sont tellement fait remarquer dans les réseaux criminels des États-Unis que les  autorités américaines se mirent à les chasser et à les renvoyer dans leur pays d'origine. De retour à la maison, ces bandes appelées "maras",  se sont livré entre elles des batailles à n'en plus finir pour contrôler le territoire. Cette violence  se perpétue jusqu'à maintenant. Au Honduras seulement, on dénombre chaque jour une vingtaine de meurtres liés à la drogue. Quant au Mexique, il s'est transformé jusqu'à tout récemment en un véritable abattoir humain.
Folie de la drogue... alimentée par quoi? Par le marché nord-américain. Les Américains font des guerres dans le monde entier en prétendant "rendre service" à l'humanité, mais ils sont  incapables de combattre le fléau de la drogue sur leur propre territoire. Pourquoi? Parce qu'ils ne veulent pas. Et ils ne veulent pas parce que la drogue leur rapporte des milliards et des milliards de dollars.
Pendant ce temps, nous, les missionnaires du Honduras, nous regardons 
impuissants le grand feu qui menace de réduire à néant nos plus beaux rêves 
pour ce pays. Cependant, à travers l'épaisse fumée de cette nouvelle sorte 
de "quema", nous ne pouvons qu'admirer le courage presque kamikaze de 
ces caravanes qui se dirigent en ce moment vers le Mur, même si nous ne 
nous faisons  aucune illusion sur l'issue d'une démarche aussi désespérée. 

Et Dieu dans tout cela?

"Quién sabe"... Il n'est pas impossible qu'il soit là , au milieu même de ces caravanes, marchant, souffrant ou mourant avec ces braves gens, les yeux fixés sur une Terre sans murs où, demain peut-être, les humains seront tous accueillis comme les enfants bien-aimés d'une belle et seule grande famille . 
                                                   
                                      Eloy Roy

Halloween
Pour l'Halloween, je me déguise en moi-même.

Avion

Les nuages sont la flotte d'avions qu'emprunte l'eau d'en bas pour arroser d'en haut le grand jardin de la Terre.

Job de bras
Car ton bras sait porter l'épée
il sait porter la croix



Au cours de l'histoire,  l'Église avait l'habitude de recourir au "bras séculier", c'est-à-dire à la police de l'État,  pour exécuter ses "jobs" sales (comme brûler les hérétiques, les torturer, les pendre).
Aujourd'hui, au Québec, le temps est venu pour l'Église de mettre son "bras religieux" à la disposition de l'État pour exécuter le très embarrassant job de décrocher du salon bleu de l'Assemblée nationale le fameux crucifix qui y pend depuis 82 ans.
Au lieu d'être un signe de réconciliation et de paix (voir: Éphésiens 2, 13-15 ),  ce crucifix est une énorme pomme de discorde: une patate chaude pour les partis politiques, et une bombe à retardement pour tout le monde. Dans mes rêves les plus lucides, je vois l'archevêque de Québec confier à un détachement d'élite des Chevaliers de Colomb la mission de se rendre à l'Assemblée nationale en toute discrétion et enlever enfin cet objet devenu une source de scandale. Ce serait un grand "ouf" pour le pays,  et aussi pour le pauvre crucifix.  

Mes ennemis

Seigneur,
je ne souhaite pas la mort de mes ennemis,
mais si toi tu veux bien qu'ils meurent,
tu me verras empressé
d'embrasser ta volonté.
Amen.

Les GES
Mourir aux gaz à effets de serre



Je m'enferme dans ma voiture
je fais tourner le moteur
et dans les impalpables vapeurs
du CO2 
je me laisse couler
comme dans la ouate

mort plus confortable
je le jure
il n'y en a pas

Ainsi
sur une Terre
qui carbure aux gaz à effets de serre,
l'humanité
sombre sans bruit
dans l'inconscience
et la mort

la Terre
qui était notre berceau
puis notre château
devient
notre tombeau

y aura-t-il quelqu'un
à nos funérailles?

La  revanche du corbeau



Le corbeau dit au renard: «Tu ne me reprendras plus! Si tu veux mon fromage, viens le chercher!» Piqué au vif, le renard d'un seul bond saute vers le perchoir du corbeau. Celui-ci, tout en grugeant philosophiquement son fromage, observe, non sans plaisir, comment le renard vole disgracieusement en l'air, se frappe la caboche contre le tronc de l'arbre et tombe comme une roche à ses pieds. «Voilà ce qui t'arrive, frère, lui dit le corbeau, pour être encore plus vaniteux que moi. Certes, tu es le roi des voleurs, mais pour voler comme nous les corbeaux, tu as encore beaucoup de fromage à manger...»


Colin Kaepernick

Le quarterback des San Francisco 49ers Colin Kaepernick (g) genou à terre lors de l'hymne américain, avant un match, le 2 octobre 2016 à Santa Clara / AFP/Archives

 Parce que le "nick" de Kaepernick sonne un peu comme "Nike", la compagnie Nike s'est emparée,  pour sa nouvelle pub,  de l'image de Colin Kaepernick, le très controversé joueur de football des États-Unis. Il est Noir.
Colin est célèbre pour avoir rappelé à ses compatriotes que la discrimination raciale est loin d'être morte dans le pays. Ça s'est passé pendant l'Hymne national que l'on joue au début des matchs de foot. Le stade était plein à craquer et toutes les caméras de télé étaient là.  Or, au lieu de se mettre au garde-à-vous avec une main sur le cœur comme tout le monde, Colin Kaepernick a posé un genou en terre et a gardé cette pose jusqu'à la fin de l'hymne. Sacrilège suprême!
D'autres joueurs l'ont imité. Et puis des footballers noirs appartenant à d'autres clubs de foot ont répété le même geste un peu partout aux États-Unis et ailleurs dans le monde.  Quelques blancs se sont solidarisés avec eux. Mais les Blancs suprématistes ont frisé l'infarctus et le Toupet Blond de la Maison "Blanche" a pris le mors aux dents. Le méchant Colin a été chassé de son club comme un traître à la patrie  et aucun autre club n'a osé l'embaucher depuis. Il a tout perdu, tout sacrifié.  
D'où cette phrase que Nike a accolée  à une photo de Colin dans sa dernière pub:  «Believe in something. Even if it means sacrificing everything». Crois en quelque chose, même si cela veut dire tout sacrifier. ("Sacrifier",  quel vilain mot!).
Devant cette pub, le Toupet Blond, bien entendu, a piqué une autre crise de nerfs. Les Blancs fanatiques ont brûlé massivement leurs chaussures, leurs chaussettes et leurs casquettes de marque Nike (un holocauste!). En Bourse, les actions de Nike ont piqué du nez. Nike, cependant,  garde le calme.
Le risque est calculé. On se dit que si tu crois en une cause et que tu risques tout pour cette cause, même si tu perds,  tu es sûr qu'à la longue tu vas gagner. Chez Nike, on croit cela; on croit que les pertes subies sont, en réalité, un investissement, et que tôt ou tard les actions de la compagnie vont rebondir. Surveillons la Bourse!
L'idée est franchement cool. Jésus lui-même a dit: « Celui qui sacrifie tout pour venir avec moi, gagnera le centuple...». Lui-même risqua tout et perdit  tout, mais après deux mille ans sa parole éclaire encore.
On te chasse de ton club de foot, mais à des millions de personnes traitées  comme des chiens à cause de la couleur de leur peau, tu donnes le goût de se réveiller, de redresser la tête et de recouvrer leur dignité. C'est ça le centuple! C'est ça aussi la vraie résurrection: un tas de monde blessé qui, après avoir été mis à genoux, se remet debout.

Évolution

Nous les humains
nous sommes à la fois
des bêtes et des dieux
coincés depuis un moment
entre les deux


Merci, la Pluie!
Après 8 canicules de suite




Elle pesait de plus en plus sur l'atmosphère. Elle gonflait les nuages. Elle m'écrasait. Je respirais difficilement et mes os grinçaient. Je l'attendais avec anxiété. Elle a fini par éclater. Elle est tombée comme une bombe. Ce fut un accouchement. Le gazon jauni a reverdi, mes paupières sont devenues moins lourdes, mon cortex frontal moins engourdi, mes jambes plus fermes. Les feux de forêt se sont assoupis. L'Europe du nord est sortie de son sauna... Enfin, nous sommes revenus à la normale.

Normale, j'ai bien dit. Donc nous continuerons à ne pas pouvoir nous passer de nos précieux sacs de plastique. Nous achèterons des VUS plus performants, avec des pneus encore plus larges, comme on en voit à chaque seconde à la télé. Nous achèterons aussi une pétrolière tout en prétendant mener une lutte mondiale pour protéger l'environnement. On enverra quelques casques bleus au Mali et on continuera de vendre des armes à l'Arabie qui décapite les femmes et les petits journalistes un peu allumés. C'est bon la pluie,  et le retour aux "vraies affaires".


Faim



Qu'en 2018 il y ait de la faim dans ma ville, dans mon pays, dans le monde n'est pas une fatalité mais un CRIME, un crime de lèse humanité!

"La faim dans le monde tient du crime organisé." Jean Ziegler

Lise Payette

Hommage national sans messe



- Pour toi, Lise, voici une magnifique gerbe de lys blancs,
  symboles de la pureté.

- De la part de qui? 

- De la part de l'Église, voyons!

En ces temps obscurs où les prêtres se faisaient un devoir sacré d'obliger les femmes à avoir un bébé tous les neuf mois, Marie-Louise, ta grand-mère, a tenu tête à son curé et a osé lui dire : «Non!»
- Non? Donc pas d'absolution!
Alors Marie-Louise se retira et, à partir de ce jour-là, sa paroisse compta une catholique de moins.
À cette époque, Lise, tu étais encore une enfant. Marie-Louise a alors prononcé sur toi la parole qui allait être le phare de ta vie: «Lise, ma petite, souviens-toi de ceci: ce n'est pas plus fatigant de vivre debout que de passer son temps à genoux!»
Dans ces mots se résume toute ta vie. Tu viens d'une famille pauvre du quartier St-Henri et tu es devenue une des grandes leaders du mouvement de libération des femmes. Tu étais en même temps si engagée pour la libération du Québec que tu as passé à un doigt de succéder à René Lévesque à la tête du Parti Québécois. 
Ceux et celles qui comprennent le Québec et qui l'aiment profondément te doivent un monument!
Merci à toi, Lise, et bravo Marie-Louise! 

Scandales dans l'Église



Dans l'Église, les types comme moi sont aussi importants que l'ombre d'un brin de poussière. Nous n'avons aucune prise.  Tout est concentré dans un seul homme: le pape.

Cet homme, comme François, a beau être un très bon garçon, il reste que le système de monarchie absolue dont il est la tête, le cœur, les bras et les pieds, fait de l'Église un véritable fossile situé aux antipodes mêmes de l'Évangile. Malgré les bonnes intentions et les tentatives de réformes,  cette institution hyper concentrée dans une seule personne est constamment exposée à manquer d'oxygène et à devenir opaque, asphyxiante, écrasante et aliénante.

Pour moi, c'est là que se cache le cœur de tous les scandales qui pourrissent la sacro-sainte  machine huilée aux sacrements et parfumée de vertus célestes que l'on appelle pieusement "la sainte Église". Là est le scandale suprême qui l'emporte sur tous les autres scandales.

J'en ai assez dit. J'ajoute cependant un petit mot pour l'espérance: quand les vieilles outres crèvent avec fracas comme il arrive à tout bout de champ par les temps qui courent, ce n'est pas mauvais signe. Tout comme les diarrhées, ces scandales qui éclatent à la lumière du jour ont une fonction libératrice...  Amen.

Je parle tout seul

Ou plutôt, je me parle à moi-même, à la troisième personne. Exemple: «Voyons, Eloy, t'es fou!...». Le plus souvent, je parle à Dieu. Comme à un complice. Je me dis qu'il  doit exister et être avec moi puisque je lui parle... Il ne répond pas, bien entendu,  sauf peut-être par un «hum» ou un «ouais»,  ou un soupir... Rien de plus. Dieu est tout, sauf bavard... En tout cas, je pense qu'on se comprend.

                                    Eloy Roy










16 octobre 2018

ROMERO, LE "BAGARREUR"



Le pape François a donné une consigne aux jeunes des JMJ 
rassemblés à Rio en 2013: «Faites de la bagarre!». Ces jours-ci,
il déclare saint un  évêque qui a dû se bagarrer en ayant contre lui
la majorité des évêques, ainsi que le pape de l'époque et celui qui 
devait lui succéder. 
 

ROMERO, LE "BAGARREUR"

Romero est un saint qui de réactionnaire est devenu  révolutionnaire. Un saint de la non-violence et du pardon, sûrement, mais d'abord et avant tout un saint de la justice. Il est, parmi d'autres, le saint des sans-voix, le saint de l'anti-establishment, le saint de la libération des opprimés, le saint qui s'est confronté à des oppresseurs bien définis et à leur implacable machine d'exploitation et de destruction. Romero est un saint qui a incarné l'évangile de Jésus en bravant des forces contraires très puissantes, mais dont les plus sournoises et les plus cruelles vinrent, comme il arrive souvent, du dedans même de l'Église.

Il est à souhaiter que la cérémonie de canonisation, les messes pompeuses, les auréoles dorées, les joues roses, les palmes, les reliques, les images fleuries ne parviennent pas à émasculer totalement le valeureux défenseur des pauvres. Car Romero n'est pas canonisé pour qu'on le prie de guérir la scarlatine du petit dernier ou les coliques de la mère supérieure (ou du père supérieur), mais pour attaquer de front le système politique, économique et social qui, au El Salvador comme dans tous les pays du monde, crée la pauvreté et en assure la croissance et la pérennité.

Romero a déjà appartenu mais n'appartient plus à l'apparatchik clérical. Il est le frère de sang des millions de dépossédés d'un pays dont quatorze familles se sont emparées par la force et par la corruption et qui le gèrent depuis toujours comme leur "ranch" privé. Cette oligarchie est entourée d'acolytes armés jusqu'aux dents,  qui sont comme une sorte de sous-produit de l'empire yankee.  Tuer ou faire tuer près d'une centaine de milliers de paysans dépouillés de leurs terres ne leur pèse pas au bout du doigt, même pas lorsque  parmi eux se trouve un archevêque pas comme les autres qui tente de leur gâcher la fête.

En canonisant Romero, le pape François (qui comprend beaucoup de choses parce qu'il est latino-américain) vient réparer, en partie, une très grave injustice.  Il proclame devant le monde entier que le combat féroce que cet homme a livré dans son pays n'était pas le combat d'un activiste communiste illuminé mais bel et bien celui d'un fidèle disciple de Jésus.
 
Les Salvadoriens connaissent bien l'assassin de Romero: un haut gradé de l'armée qui n'a jamais été poursuivi. Cette canonisation devrait les encourager à continuer plus que jamais à réclamer justice.

Osons espérer aussi qu'elle inspirera un repentir réel et sincère aux évêques, aux prêtres et laïques qui n'ont ménagé aucun effort pour rendre infiniment plus lourde et plus cruelle la croix de Romero. Espérons également que, du ciel, le pape polonais (déjà canonisé!) versera au moins une larme. Car il avait répondu aux cris de détresse de son frère archevêque de San Salvador en le sermonnant jusqu'à le faire pleurer. Même qu'il le renvoya de son bureau pontifical en lui intimant l'ordre de cesser de nuire au gouvernement militaire du El Salvador qui, même s'il n'était pas très bon catholique, avait au moins le mérite de ne pas être communiste (!)... Ceci s'est passé au Vatican, à peine deux ou trois semaines avant que Romero ne soit abattu en pleine messe par un homme de main du soi-disant gouvernement catholique du El Salvador.

Oscar Romero est aujourd'hui encensé ici et là comme le saint patron "d'une 
Église qui a payé le prix du sang pour avoir eu le courage de s'opposer aux 
dictatures militaires". C'est juste, mais il faut savoir de quelle Église il s'agit. 
Car il y a deux églises: une église d'en-haut,  qui pendant des siècles a joué 
dans la cour des dictateurs et des  gens pourris d'argent, et une église d'en bas, 
qui était l'église de Romero. Dans une large mesure, l'église d'en-haut a été 
complice directe ou indirecte de véritables fleuves de sang répandus par de 
nombreux Romero et par des milliers d'hommes et de femmes identifiés à la 
cause des pauvres. Saint Romero n'est évidemment pas le saint patron de 
cette église d'en-haut qui, pour comble, a la très mauvaise habitude de  
canoniser (afin de les récupérer) ceux-là  qu'elle a elle-même contribué à 
crucifier. 

 
Romero ne peut certes pas être le saint patron de l'Église de l'Opus Dei, des 
Légionnaires du Christ, et autres organisations de la droite catho qui furent 
dûment mandatés par Jean Paul II et son successeur, Benoît XVI, pour anéantir
la Théologie de la libération, les Communautés ecclésiales de base et "L'Église 
des Pauvres" pour lesquelles Oscar Romero lui-même (et des milliers d'autres) 
ont versé leur sang en Amérique latine... Oublier cela ou persister à le nier 
équivaut à cracher de nouveau à la figure de l'homme que le Pape François 
vient de canoniser. 
 
Ne nous y trompons pas: le plus grand péché de l'Église, ce ne sont pas les 
scandaleuses frasques de prêtres et d'évêques  contre le sixième commandement, 
mais le rejet presque congénital qu'elle a toujours manifesté à l'égard de ses 
prophètes, sauf quand ils sont morts. (Lire à ce sujet: Matthieu 23, 29-32).
 
Ceci étant tiré au clair, que le nouveau, le courageux et magnifique saint des 
Amériques, Oscar Arnulfo Romero,  soit connu et imité dans le monde entier!
                                         
                                                       Eloy Roy
 

31 août 2018

ABDUL SAM-ON

Kurier.at

Abdul Sam-On, 

Tu es Birman et tu as 14 ans. Depuis huit ans, tu vis en Thaïlande. La Birmanie bouddhiste d'où tu proviens est dirigée par des militaires sanguinaires qui chassent et tuent les Rohingyas comme toi parce que vous êtes musulmans et soupçonnés de terrorisme. 

Tu n'avais que 6 ans lorsque tu as été forcé de prendre le chemin de l'exil avec des centaines de milliers d'autres personnes de ton ethnie et de ta religion. C'est ainsi que tu as échoué en Thaïlande.
En ce pays, toutefois, tu ne jouis d'aucun droit, car tu n'as pas de document  d'identité. Tu ne peux même pas être reconnu officiellement comme réfugié. On te tolère comme un migrant illégal, et rien de plus.

Puisque tu n'es  personne et que tu n'existes pas devant la loi, n'importe qui peut profiter et abuser de toi. N'empêche que tu parles cinq langues: le birman, le thaï, l'anglais, le mandarin et le wa. Tu joues de la guitare, tu vas à l'école et tu es un excellent joueur de football dans l'équipe des Sangliers sauvages.

En juillet dernier, lors d'une excursion, toi et tes amis Sangliers, vous étiez en train d'explorer l'entrée d'une grande caverne quand soudain des pluies diluviennes de la mousson ont tout inondé. L'eau s'engouffrait avec une telle furie derrière vous que avez été incapables de  rebrousser chemin.  À mesure que vous cherchiez à vous réfugier le plus loin possible dans les cavités rocheuses, l'eau montait.

Les jours passèrent. En raison de la crue, le peu d'espace qui vous permettait de respirer sur le petit promontoire boueux où vous aviez réussi à vous blottir, se rétrécissait de jour en jour. Ce fut l'horreur: obscurité totale, rien à manger, très peu d'air pour respirer et à peine un petit filet d'eau pour survivre.

Ce cauchemar a duré neuf jours jusqu'à ce que des plongeurs britanniques parvinrent à vous repérer.

L'opération de sauvetage, compliquée et risquée à l'extrême, n'a pu démarrer qu'après huit autres longues journées. Au cours de cette opération, un des plongeurs thaïlandais a perdu la vie.  À la fin, vous avez risqué le tout pour le tout,  et vous êtes heureusement tous sortis de là indemnes.  Ceux qui en furent témoins parlent de miracle.

Comment cet exploit a-t-il pu se réaliser?

Toi,  Abdul Sam-On, tu as été l'homme de la situation. 
Étant le seul à pouvoir communiquer en anglais, c'est toi qui 
as connecté ton groupe avec le groupe de sauveteurs 
britanniques. Tu as été le fil conducteur de vie entre les deux 
groupes. Sans ta connaissance de l'anglais, sans ta vivacité 
d'esprit et ta débrouillardise, en un mot, sans toi, jeune  
Rohingya sans-papier et immigré illégal, cette grotte aurait été
ta tombe et celle de tes bons amis Sangliers.

 
Merci à toi de tout cœur, cher Abdul Sam-On, pour ce que tu es et ce que tu as fait.  Merci aussi aux bons Thaïlandais chrétiens qui, huit ans auparavant, t'ont accueilli comme un de leurs propres fils dans leur foyer. Ces bonnes gens au grand cœur t'ont transmis leur foi en un Dieu  qui n'aime pas seulement les chrétiens, les bouddhistes, les Birmans et les Thaïs, mais aussi les musulmans, les Rohingyas, les sans-papier, les réfugiés, les migrants, les étrangers et les illégaux.  Bien entendu,  il aime grandement aussi les braves sauveteurs australiens, britanniques et thaïlandais.

À leur sortie de la caverne, tes compagnons Sangliers ont raconté avec émerveillement et émotion qu'au fond de la grotte tu avais beaucoup prié Dieu, et ils étaient ravis de voir qu' il t'avait écouté.

Toi qui, aujourd'hui encore, continues d'être un zéro devant la loi, tu as bel et bien été le "sauveur" de tes douze frères. Ton histoire est belle. Elle ressemble étonnamment  à celle du jeune Joseph de la bonne vieille Bible. Elle est même semblable à celle de Jésus, qui avait douze copains lui aussi. Pendant sa courte vie il n'a rien épargné pour nous connecter entre nous,  les humains, et nous mener, à travers détours,  montagnes et ravins, à la sortie de bien des cavernes, y compris l'énorme caverne de notre mort.   

                                                        Eloy Roy


 
 


 

31 juillet 2018

DIEU, OURAGANS ET SOURIS...


                                                                                                                                                                                                  


                                                       par: Eloy Roy


Liberté 

Mis en cage le Quetzal meurt (photo Namer)


On a longtemps pensé que le meilleur moyen de protéger la liberté était de la garder en cage…


Le miracle

Malgré les efforts que nous faisons pour nous autodétruire, l'humanité est toujours en expansion; nous grandissons en nombre, mais aussi en connaissance et même en conscience. N'est-ce pas un très grand miracle?...

La croix

La croix qui libère ne consiste pas à choisir le Ciel en se détournant de la Terre, ni à choisir Dieu en renonçant à l’Humain, mais à faire corps avec les deux comme la barque et la voile.


Eppur si muove!

Pngtree


On ne «sent» pas que la Terre tourne, et pourtant, après des millénaires d'observation, il a bien fallu reconnaître qu'elle tourne bel et bien. De  même, ne pas «sentir» de façon immédiate l'existence de Dieu, ne pas pouvoir le voir, le toucher, l'analyser comme on observe, palpe et décortique n'importe quel objet, est loin d'être une preuve qu'il n'existe pas. C'est seulement la preuve que Dieu n'est pas un objet.

C'est aussi la preuve que les outils faits pour fouiller la matière et la comprendre, ne sont pas très utiles pour explorer les champs qui dépassent la matière.

Mais ici se pose la grande question:  existe-t-il vraiment quelque chose en dehors de la Matière? Est-ce que Dieu ne serait pas simplement la Matière elle-même faite de vie, d'intelligence et d'un amour qui dépassent tout: un Dieu à la fois infiniment immanent et infiniment transcendant ?...    

Honte 


La foi au Dieu de la vie ne se greffe pas sur l'arbre pourri de croyances primitives basées sur des légendes et sur la peur.

J'aurai honte de dire que je crois en Dieu tant que le vieux dieu de la terreur me barrera le chemin.

Ce vieux dieu, dont la Bible déborde: le Super Mâle, l'Œil qui voit tout, le Big Brother, le grand Psychopathe dans les cieux, on a beau l'avoir déclaré mort, il est toujours là quelque part au fond de notre inconscient.

Maintes fois on a tenté de le recycler en lui prêtant des gentillesses, des miséricordes, des tendresses, des pardons, mais rien n'y fait.

Tout Autre est le Dieu qui s'est manifesté en Jésus. Mais sur l'arbre a moitié calciné par les foudres du dieu de la Loi, ce Dieu toujours neuf a toutes les peines du monde à se greffer.


Il faut d'abord se désintoxiquer, se décontaminer en profondeur des vestiges du dieu des enfers pour faire  place au Dieu de Jésus.

Le  Dieu qui se révèle en Jésus n'est pas séparé de l'humain. Il ne le domine pas. Il ne le fait pas marcher à coups de bâton. Ce Dieu ne fait qu'un avec l'humain. Il marche avec lui. Il partage ses douleurs, ses chutes, ses revers. Il partage aussi en plénitude ses rêves les plus fous, jusqu'à défier la mort et en venir à bout. 


Nos ancêtres moins gâtés

Canoe


Il n’y a pas si longtemps, notre peuple du Québec et du Canada français connaissait une grande insécurité. Loin des centres de décision, il n’avait prise sur rien.  Sauf quelques  bourgeois qui réussissaient à se débrouiller, la plupart de nos gens vivaient isolés dans des coins perdus de la campagne. Ils avaient froid, ils avaient faim, ils avaient peur du feu, des incendies, des tempêtes… des maladies, des bêtes, des « ennemis »... Les hivers étaient durs. Pas de livres, pas de radio, pas de chemins, pas de journaux, pas de nouvelles. Ils étaient  à la merci de l’inconnu; la mort les talonnait tout le temps. Ils n’avaient que Dieu. Il était leur seul refuge, leur seule consolation, leur seul espoir. Ils avaient peur de lui aussi, mais surtout peur de le perdre, peur d’être abandonnés de lui… S'ils n'avaient pas été analphabètes, ils auraient pu écrire de leur propre plume, au moins 95% des psaumes de la bible.


                           Petit Big Bang silencieux



En ce matin de printemps,
deux petites feuilles vert tendre 
respirent au bout de la branche.
Hier soir,
elles n’étaient pas là;
elles sont nées de la nuit,
sans faire de bruit.

Les grains de moutarde

Dans l’Église catholique, tout n'est pas pourri, ou mort. Les solidaires, les bénévoles, les femmes et les hommes de bonne volonté et de courage abondent. Toutefois, dans le grand tableau d’ensemble, ils ne font pas plus gros qu'une poignée de grains de moutarde.

Parmi ces grains de moutarde, il y a le pape François et ses inconditionnels. Cependant, une bande de coquins, dont un certain nombre de « pourprés », détestent François. En sus, il y a les endormis, les cyniques et les déçus: leur masse est en perpétuelle croissance.

Les souris 

Université Orléans

Aujourd'hui je pense aux souris qui, tous les jours, sont sacrifiées dans nos laboratoires. Je pense aussi à tous les autres animaux qui nous donnent la vie: les bœufs de nos arrière-grands-parents, les gros chevaux de nos labours, les porcs de nos rôtis, les moutons de nos mitaines, les poules de nos œufs au miroir, les chiens, les chats, tout le gibier ailé et poilu de nos chasses, et les poissons de nos pêcheries. Et les insectes qui nous protègent d’une foule de parasites. Ajoutons à cela les herbes de toutes sortes qui alimentent toute cette faune, et les fruits, les légumes qui sont notre nourriture. Nous sommes faits d’eux. Nous sommes faits de leur chair et de leur sang. Je les aime et les remercie.


Le Vent et le Feu 

Esiee

Malgré ses nombreux péchés, son âge avancé, et la fatigue accumulée, l'Église croit encore qu'elle porte dans son ventre un monde nouveau. Pour se redonner du souffle, chaque année, à chaque Pentecôte, elle se rappelle que c'est dans un Vent d’ouragan et sous une pluie de Feu qu'elle est née ( Actes 2, 1-4).

Curieuse coïncidence... Notre monde est justement en train de découvrir que le Vent des éoliennes et le Feu du soleil vont nous libérer du  pétrole et sauveront la planète.

Vent et Feu de Pentecôte, Éolien et Solaire: des frères jumeaux, toujours neufs, propres et renouvelables! Pour l'Église: nouvelle jeunesse! Avenir sûr pour le  monde nouveau qui germe entre ses flancs.

La vie est toujours neuve 



La vie, tant qu'elle dure, est neuve en chacun de ses moments. Elle n'est jamais la somme de tous les vécus qui se seraient empilés depuis le commencement. Comme l'eau de source qui est toujours neuve, ainsi est la vie en moi. Elle coule tout le temps. En abondance. À gros bouillons.

L'amour est toujours neuf aussi; un amour vieux n'est plus de l'amour. S'il vieillit, il stagne, s'éteint, se perd.

Il n'y a pas de vieux Dieu non plus. Dieu est toujours infiniment neuf. Il vieillit et meurt dès qu'on l'emprisonne. Il est comme ces oiseaux - comme le quetzal des Mayas - qui refusent de manger et se laissent mourir si on les met en cage; leur vie c'est la liberté.

L'Évangile de Jésus n'est jamais une vieille Bonne Nouvelle. Si, un seul instant, l'Évangile cesse d'être neuf, il n'est plus Bonne Nouvelle. Chaque page de ce que l'on raconte de Jésus est une surprise. Chaque pas à sa suite est un pas de liberté et de créativité, et souvent un impossible qui devient possible. Ainsi en était-il hier, ainsi en est-il aujourd'hui, ainsi en sera-t-il demain et toujours.

Rien de plus semblable à la mort que ce qui ne bouge ni ne change; rien de plus mort que ce qui est toujours pareil.

Arbre et branche

L'arbre  et la branche ne font qu'un: l'arbre vit dans la branche et la branche dans l'arbre. La même sève coule dans les deux.  Ils sont inséparables. Tout ce que la branche produit vient de l'arbre. L'un, cependant, n'est pas l'autre, car l'arbre peut vivre sans la branche alors que la branche ne peut pas vivre sans l'arbre. Jésus et moi nous sommes un: lui en moi, moi en lui. (Jean 15, 5).

Les derniers



Les gagnants, nous les couronnons parfois comme des dieux. C’est juste. Mais les autres, ceux qui sont toujours à la queue?... Les éternels derniers, les perdants en beauté, en amour, en amitié, en tendresse; les perdants au travail, dans les compétitions sportives et dans les concours de canonisation, ils sont toujours là à faire la queue attendant une chance qui ne vient jamais. Ils se morfondent et souffrent. Chez Dieu, ça se passe autrement. Il aime couronner tout le monde, autant les perdants que les gagnants. À tous et à toutes il verse le même salaire juste et raisonnable, en commençant par qui? Par les perdants.  Dieu n’est pas seulement juste, il est juste et bon.

Les ouvriers de la vigne, Matthieu 20, 1-16


À Sarepta

Il ne se fait plus de miracles parmi nous parce que nos académies et nos chaires de vérité croient déjà tout savoir et tout comprendre.  Mais à Sarepta, où on ne prétend rien, c'est différent.


Plus de mystère 



Nous avons tout fait pour rendre notre foi raisonnable. Tout fait pour que le mystère ne soit plus mystère. Nous avons fait disparaître le miracle. Nous avons décrété que Dieu n’est jamais intervenu dans la vie des hommes et que jamais il ne le fera, car nous possédons en nous tout ce qu’il faut pour réussir notre vie sur terre, et assurer, après la mort, notre passage dans un éventuel au-delà, si jamais il y en a un. Parce qu'on a cru ne plus avoir besoin de Dieu, Dieu est devenu inutile. Il est donc logique que l’on songe à s'en débarrasser.

Notre  intention n’était pas mauvaise. Nous nous donnions la chance de prendre conscience de notre valeur et de grandir par nos propres forces.  Il fallait, en effet, cesser de dépendre de notre Parent et devenir enfin adultes et autonomes.

C’est ainsi que, peut-être sans le vouloir, nous avons évacué Dieu. Il est redevenu l’Autre, l’Incommunicable. Peu à peu il s’est éteint et  est sorti de nos vies. La bible, l’évangile, la Révélation ont été réduits au silence et rangés désormais parmi les  curiosités folkloriques. Dieu, s’il existe encore, est à la retraite. Même si chaque jour nous sommes témoins de nos limites et de notre cruelle impuissance, il ne nous vient même pas à l’esprit qu’il puisse venir à notre secours. Et bien qu’on continue parfois de le supplier d’intervenir, il ne se passe rien parce que, au fond de nous-mêmes, nous ne croyons pas que cela soit possible. 

Pourtant tout a commencé avec un homme qui  justement rêvait l'impossible. Abraham était cet homme. Il  avait toujours souhaité devenir père d’un grand peuple, mais il était maintenant très vieux et n'avait même pas réussi à avoir un seul enfant de son épouse bien-aimée qui était stérile et presque aussi âgée que lui. Dieu lui promit pourtant qu'il aurait un fils.  Abraham y mit du temps, mais finit par y croire. Alors, le miracle s'accomplit. C'est dans cette foi au Dieu de l'impossible qu'a commencé la grande aventure d'Abraham et de son peuple.

Une situation semblable s'est répétée des siècles plus tard quand, du milieu du peuple d'Abraham, une jeune fille appelée Marie devait être tuée à coups de pierres selon une vieille loi religieuse du pays, car elle était tombée enceinte sans être mariée. À son tour, elle crut au Dieu de  l'impossible, et elle eut la vie sauve. Jésus naquit de cette foi.  Ainsi commença l'extraordinaire aventure de l'Évangile.

Lorsque ce même Jésus sera mis à mort, les plus beaux rêves de ses partisans tomberont en poussière. On roulera une énorme pierre à l'entrée de son tombeau en se disant: «Affaire close, passons à autre chose!».

Sauf qu'il s'est passé autre chose... après deux mille ans, Jésus est toujours debout.

Dieu n'est ni en haut, ni en bas... Il est là où commence l'impossible, là où nos plus belles logiques se cassent les dents.

Non né

Je suis non né, ou tout au plus à peine né. Je suis à des milliards d'années-lumière de ce que je serai le jour où se déploiera en moi le fruit de tout ce qui y a été semé. J'affirme la même chose de chaque humain, ainsi que de l’univers et de toi qui me lis. Malgré les multiples apparences contraires, je dis que, pour toi comme pour moi, le plus beau est à-venir. Et qu'il viendra.


Lavement des pieds 



En se penchant sur nous, Jésus nous arrose les pieds comme si nous étions des plantes… pour que nous croissions en humanité.

On dirait aussi qu'il cire nos chaussures, comme les petits lustrabotas des pays du Sud, alors que lui-même va nu-pieds comme eux…


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En se penchant sur nous pour nous laver les pieds ou lustrer nos bottines, il nous dit: «Que les dirigeants parmi vous fassent de même ». Par ces mots il vise les chefs d'État, mais d'abord ceux qui sont à la tête de l'Église.

Grand Recycleur


Jésus a pris sur lui nos déchets, nos ordures, nos cancers, nos pourritures, notre mort et tout, et Dieu, par son Souffle d'amour créateur, a tout transformé en lumière… « Grand Recycleur » est un autre nom que je devrais donner au Ressuscité.

Technologie et nature 

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Devant les avancées fulgurantes de la technologie moderne, j'ai raison de m'extasier, mais l’eau, la pluie, le soleil, l’air que je respire, cela ne m'émeut guère. Est-ce que  par hasard les merveilles technologiques seraient plus éblouissantes qu'un grain de sable, une goutte de pluie, une feuille, un oiseau, une plume,  ou plus géniales que l'enjouement d'un ourson et le sourire d’un nourrisson? Qu'en serait-il de nos belles inventions sans nos puits, sans nos vaches, sans les insectes pollinisateurs?...

Le Saint Nom

À la suite des litanies du Saint Nom de Jésus j'ajoute ceci: Tu es «le Grand-Trait-d'Union-de-l'Univers».


Signes des temps

Seigneurs en herbe


Je dis que Dieu n’est pas méchant. Quand s'approche un malheur, il nous prévient.  Avant le Déluge il a dit à Noé: «Bâtis une arche»…

Aujourd'hui notre planète agonise et Dieu nous dit de mille manières et tous les jours: «Réveillez-vous! Vous courez au suicide!»

Le malheur, c'est que les Noé ne pleuvent pas. La pauvreté, la faim, la misère, les sécheresses, le sous-développement sont pour une large part la cause des grands bouleversements climatiques et sociaux de notre planète. Avec quelques milliards de dollars nous pourrions régler ce grave problème. Mais nous préférons continuer d'investir dans le pétrole et dans les armes. En réalité, on ne veut pas vraiment la croissance des petits : ils nous font peur, comme autrefois les Hébreux en Égypte...

Entre-temps, les catastrophes se multiplient. Et nous n'avons pas d'arche pour les affronter;  il ne nous reste que des sacs de sable...


Méga ouragan



Il est de catégorie 110. Son œil géant scrute la planète dans ses moindres recoins.  Tel un drone colossal, il tournoie au-dessus de nos têtes. Par ses multiples tentacules il triture tout sur son passage en laissant des milliards d’êtres humains sombrer dans une sous-humanité absolue. Je veux parler du féroce système économique et financier qui fait la pluie et le mauvais temps partout dans le monde, et jusque dans nos souliers. À côté de lui, les ouragans Mitch, Katrina, Hayan, Harvey, Irma, José… n'étaient que des enfants de chœur. 
Et, dans ce système, Trump n'est qu'un Schtroumpf. 

Karma et grâce

Le karma est une loi vieille comme le monde. Cette loi dit: tu récoltes ce que tu sèmes. En d'autres termes, tu es destiné à subir  indéfiniment les conséquences de tes actes, bons ou mauvais.

Personne ne se défait de son karma. Tu es enchaîné à lui. 

Pour te libérer de ton mauvais karma, des religions très respectables te proposent des trucs, dont le sacrifice de toi-même  jusqu'à l'anéantissement complet de ton être. Ça ne marche pas toujours... Mais ne désespérons pas. Après des millénaires de tâtonnements, d'angoisses et de sentiments de culpabilité, la conscience humaine a accouché d'une nouveauté absolue qu'elle a nommée:  «Grâce».  

Grâce veut dire Gratuité. Tout est Gratuité. Dieu lui-même est pure  Gratuité. Tout péché est pardonné; toute dette est effacée, le sacrifice est aboli.

Un homme, dont le souvenir est parvenu jusqu'à nous, a vécu cette réalité en aimant même ceux-là qui le clouaient à une croix. Plusieurs ont vu en cet homme le visage même de Dieu. Avec lui, finies les purifications et les réincarnations qui n'ont pas de fin, ou les chaînes interminables de  culpabilité, vengeance et haine.

Avec lui, Dieu nous rejoint dans notre boue. Il nous cherche au plus creux de ce que nous sommes. Il nous relève, nous refait à son image. « Par pure grâce » (Éphésiens 2, 4-6). La mort elle-même est détruite. Qu'on le croie ou pas, nous sommes entrés dans l'ère de «la Résurrection». Ça ne se voit pas encore, mais c'est en marche! Pour le moment, c'est au niveau des racines que ça se passe.


Veillée pascale




La chapelle est inondée de ténèbres. Lorsqu'on allume la flamme du cierge pascal et qu'on se la passe d'une bougie à l'autre, l'obscurité se perce d'étoiles.

Lorsque la lumière de nos bougies sera assez forte pour que nos yeux découvrent que tout humain est un semblable, enfin se lèvera le jour qui ne finit pas.

Nous ne sommes pas à la fin, mais à peine au commencement du monde.

Divorce

« Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas », a dit Jésus. Mais qu’est-ce que Dieu a uni en réalité?... Beaucoup de mariages, même religieux, ne sont que des fabrications humaines, malgré les bonnes intentions. Un mariage devant Dieu est une chose, un mariage « en » Dieu en est une autre.


La religion

Elle a servi de ciment pour lier le clan, la tribu, la société. Elle a contribué à canaliser la violence et la mettre au service du groupe. Mais elle s’est pervertie dès le moment où, éveillant chez le groupe un sentiment de supériorité et d’invulnérabilité, elle a légitimé la violence pour s’imposer aux autres et les dominer sous le couvert de la vérité, du droit, de la justice ou même de la paix et de la volonté de Dieu.

La religion est bonne et vraie lorsqu'elle est humble, ouverte et transmet le souffle, la santé, la lumière, la vie à toute la famille humaine, en commençant par celles et ceux qui en ont le plus besoin. Sinon elle peut être extrêmement trompeuse.


Fin de l'évangélisation



La femme qui cassait les oreilles du juge mauvais (Luc 18, 1-8)

Que les grands rassemblements de la Place Saint-Pierre à Rome soient comme la femme de l'évangile qui, à force de harceler le juge corrompu,  finit pas obtenir qu'il lui fasse justice...
Nous, les chrétiens, nous devons prendre tous les moyens pour réclamer à cor et à cri, de façon insistante, inlassable et retentissante une redistribution de la richesse de la Terre entre tous les humains en commençant par les plus pauvres, alors on n'aura plus jamais besoin de parler d'évangélisation.


Les plafonds de verre

J’en brise un et j’en trouve un autre encore plus haut. Ainsi de suite.
Ainsi va l’évolution, ainsi va le déploiement de ma conscience…
Ma conscience croît comme une fleur…

Que ma langue s’attache à mon palais!

Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite se dessèche! Que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir et ne te place au plus haut de ma joie! (Psaume 137)

Si je ne puis entrevoir le germe d’un monde nouveau au milieu des ruines, ou si, à travers le chiendent, je ne discerne pas le blé chargé de vie, je préfère ne pas vivre. Si je ne vois pas briller l’or caché sous les herbes folles du champ en friche,  si, au milieu des gadgets du marché aux puces de ce monde, mes yeux ne découvrent pas la perle de ma vie, je veux mourir!

Je veux mourir si, sous les lambeaux d’une humanité qui ne cesse de se désagréger, je suis incapable de reconnaître le Crucifié, et si, sous les traits de l’homme déchiré je ne vois pas déjà le Ressuscité. Je suis le plus malheureux des humains si, au milieu de tant de désastres, de tant de peines, de tant de souffrances et de tant de morts je ne vois pas se dessiner le Royaume de Dieu.

Je tiens pour certain que les ouragans les plus destructeurs  sont la preuve d’un monde en transformation dans lequel tout se défait pour se refaire en beaucoup mieux. 


Quand Jésus sort de ses gonds 


Interbible


Tu te fais un fouet et tu chasses les vendeurs, les commerçants, les marchands, les profiteurs, et tous ces charlatans qui détruisent le grand Temple de la Terre. Tu chasses ceux qui éventrent la Terre, la vident de ses entrailles, la saignent à blanc, empoisonnent ses eaux, son air; ceux qui la déchiquettent, la violent, la mettent en morceaux. Tous ceux-là qui profanent  l'immense Temple de la Nature, la grande maison de la famille des humains, tu les chasses à coups de pied… Tu te fais un fouet et tu les chasses avec leurs bulldozers, leurs insecticides, leurs foreuses, leur cyanure, leur pétrole, leurs vieux pneus, leurs bombes et leurs dollars sales…

                                                        (Marc 11, 15-19)


Le plus grand dans le plus petit

On s’est efforcé, Seigneur, d’ajuster ta Parole à nos récipients, afin de la rendre potable, raisonnable,  à notre mesure … On l’a amputée de tout ce qui dépassait,  de tout ce qui en elle nous paraissait trop merveilleux, trop beau pour être cru… Alors que c’est le contraire que nous aurions dû faire : ouvrir nos boîtes, en faire sauter les  parois, les ouvrir assez large pour que ta Parole s’engouffre en elles avec toute sa fougue, sa profondeur, sa hauteur, sa  longueur, sa largeur et son immense poésie…

Est-ce que Dieu nous aime?

Selon les chrétiens, la réponse n'est pas dans des livres, ni dans des mots, ni dans des lois, mais dans la personne de Jésus de Nazareth, l'humble prophète de Galilée. Dans son histoire, dans sa façon d'être, dans ses actions, dans ses attitudes, dans sa parole, dans ses audaces, dans ses gestes, il est, pour nous,  les chrétiens, l’Amour de Dieu manifesté dans notre chair, aujourd'hui comme hier et à jamais.

Il est l’Amour de Dieu sur nos routes de joie et de douleur, l’Amour de Dieu qui habite nos soifs et nos faims, l’Amour de Dieu qui marche avec nous, souffre avec nous, porte avec nous nos fardeaux. Jésus est, dans notre chair, l’Amour de Dieu attentif à tous les humains, en commençant par les petits, les éloignés, les méprisés, les opprimés, les abandonnés, les oubliés. Jésus est, dans notre chair,  l’Amour de Dieu qui écoute, qui, réveille, embrasse, rassemble, libère,  guérit, relève et ressuscite. Jésus est, dans notre chair, l’Amour de Dieu accueilli par les assoiffés de justice et par les cœurs vrais, mais  est rejeté avec les rejetés du monde, jusqu’aux fouets, aux crachats, aux clous, à la croix, aux ricanements et au tombeau. Il est, dans notre chair, l'Amour de Dieu précipité dans le puits de nos nuits les plus sombres. Jésus est, dans notre chair,  l’Amour qui nous rejoint jusque dans la mort et nous ressuscite dans le souffle, dans la puissance, dans la beauté, dans la douceur et la lumière de son Esprit Très Saint.

Jésus est, dans ma chair,  l'Amour qui me soude à la Terre et à Dieu; il me connecte à moi-même jusque dans les moindres fibres de mon être et il me relie par la racine et par le cœur aux humains et à tout l’univers. Il est, dans ma chair, - «jusqu'au point de division de l'âme et de l'esprit, des articulations et des moelles, et jusque dans les sentiments et les pensées du cœur» (Hébreux 4, 12) -  mon grand moyen de communication. Avec lui, toute frontière est dépassée, toute résistance et division cessent d'exister, même que disparaissent les épaisses murailles de la  peur, du péché et de la mort elle-même. Il est celui qui, de jour en jour,  articule et fait croître en moi «l'Homme parfait» (Éphésiens 4, 13). 

Il est, en nous et parmi nous, l'image vivante, c'est-à-dire le visage humain que l'Amour de Dieu s'est donné pour demeurer avec nous «tous les jours jusqu'à la fin du monde» (Matthieu 28, 20).

«Oui, j'en ai la certitude, ni la mort, ni la vie... ni puissances, ni rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur» ( Romains 8, 38-39).

Est-ce que Dieu nous aime?... Jésus est la réponse. En existe-t-il une autre meilleure?...

(Jean 1, 14.18; 15, 9; 1 Jean 4, 7-10; 1, 1-4; 1 Timothée 3, 16)


Retraite avec Georges Madore 



Parce qu'elle adore les enfants, Rose-Anna, tante de Georges Madore, transforme sa maison en foyer d’accueil pour les petits. Parmi les premiers qu’on lui confie, il y en a un qui ne peut pas marcher. Elle le prend en charge. Elle se penche vers lui en lui montrant un biscuit, patiemment, à tout moment,  pendant des semaines. L'enfant fait des efforts désespérés pour attraper le biscuit… Jusqu’au jour où il risque un premier pas, puis un deuxième, puis un troisième… Un bon matin, enfin, le gamin se met à marcher comme les autres. L'exploit est applaudi très fort et  Rose-Anna se voit confier beaucoup d'autres enfants comme ce petit. Toute sa vie, la bonne Rose-Anna s'est tellement penchée  sur eux, qu'elle a fini ses jours courbée en deux, sans  jamais  pouvoir se redresser.

À force de se pencher sur notre humanité qui rarement sait marcher, je ne serais pas surpris que Dieu soit devenu tout courbé, comme la bonne vieille Rose-Anna.
                                                                    (Voir: Osée 11, 4)


« Je me suis épuisé en vain »…




La cathédrale est en construction. Trois tailleurs de pierre sont à l’œuvre. Un pèlerin s’approche et engage la conversation avec eux.

Le premier se plaint : « Quel travail d’esclave! Je ne vois pas l’heure d’en finir! »

Le deuxième est plutôt satisfait: « Au moins, ce travail me permet de nourrir ma femme et mes enfants. »

Le troisième : « Quelle joie! Je construis une cathédrale! »

Mission? 




La mission pour moi aujourd'hui, c'est sauter sur un train déjà en marche. Embrasser la grande inconnue de l'avenir à la manière des jeunes qui, à un moment donné, un peu partout sur la planète, quittent tout pour aller plus loin et plus haut. La mission, c'est me dépasser comme eux, et chercher à repousser toujours plus loin mes limites.

Par la mission, je ne renonce pas à mes racines; je ne fais que sortir de l'enclos dans lequel la famille et la société tendent à m'enfermer. Dans cet enclos, l'étranger, l'autre, est souvent perçu comme suspect, une menace ou parfois un "ennemi" pour le seul tort de ne pas être "comme tout le monde".

Je vais justement à la rencontre de ces autres d'ailleurs qui refusent eux aussi l'enfermement dans une société étranglée par la guerre, la sécheresse, les luttes tribales, les luttes de clans, de classes, de partis...  et aspirent à un changement d'air et à un commencement nouveau...

Je relève le défi d'embrasser l'autre sans condition, comme un frère, une sœur de sang et de cœur. J'accueille de lui ou d'elle tout ce qui me manque et je lui apporte tout ce qui peut lui servir.

Que puis-je lui apporter? Un esprit, une mentalité, une façon de voir et d'agir qui me viennent, non de ma culture à moi, mais du Jésus de l'Évangile qui fait grandir en humanité. 

Je partage avec eux le témoignage de Jésus, c'est-à-dire:  la fin des tabous, la fin des tyrannies, celles du petit moi, de la famille, du clan, de la tribu, de la race, de la nation, de la religion; la fin de "l'ennemi", c'est-à-dire la fin de l'oppression des faux dieux du pouvoir, de la domination, de l'argent; la fin de la loi qui écrase les personnes, la fin des culpabilités morbides, des hontes, des lâchetés, des complexes, des vieilles rancœurs, la fin des injustices, la fin de la peur et la fin de la mort!

Ce partage de cette foi, de cette espérance, je le fais avec l'autre comme dans un repas de fête entre amis.


                                                                                        Eloy Roy