29 mai 2018

MAMOUDOU

TF 1

 À Paris, Mamoudou Gassama, un sans-papiers originaire du Mali, grimpe en 30 secondes à mains nues au balcon d'un cinquième étage et sauve la vie d'un enfant de 4 ans suspendu dans le vide. Cet acte héroïque vaut spontanément une notoriété fulgurante au jeune homme et lui permet de décrocher la nationalité française. Tout un exploit!

Internaute.com


« J'ai eu peur, mais je n’ai rien pensé, j’ai pensé à le sauver et Dieu merci, je l’ai sauvé. Puis on est entrés dans l'appartement, je me suis mis à trembler, je n'arrivais plus à tenir sur mes pieds», a-t-il expliqué, ému.

Si on ne peut pas toutes et tous être des Mamoudou, ce n'est pas parce que nous manquons d'énergie; ce qui nous manque, c'est l'étincelle. 

Cette étincelle loge dans le cœur des humbles de la Terre qui risquent leur vie chaque jour pour se tailler une petite place sur la planète.  Habitués à prendre d'assaut des montagnes supposément infranchissables, ce ne sont pas cinq étages d'un immeuble qui vont leur faire peur. L'avenir appartient à des gens comme eux.  

                                            Eloy Roy

3 avril 2018

PÂQUES



Ça craque!



La glace craque. Des odeurs de printemps et de résurrection flottent dans l'air. Comme une coulée de soleil sur un grand glacier, des marées de jeunes ont déferlé sur Washington en criant: "Assez, c'est assez!"
Mais pas assez pour ébranler le "Toupet Jaune" et son empire.
Qu'à cela ne tienne! La glace ne peut rien contre le printemps. Le Groenland et l'Antarctique se croyaient à toute épreuve, mais voilà qu'eux aussi ont commencé à suer...
La mort se croit toute-puissante, mais la vie s'en moque.
Des jeunes, il en pousse encore.
Le plus beau est à venir.

Veillée aux chandelles



Au milieu de la chapelle inondée de ténèbres, un feu est allumé. Lorsque la flamme passe d'une bougie à l'autre,  des étoiles percent la nuit.
Le Grand Jour, cependant,  reste encore loin.
Il adviendra dans la splendeur de milliards de soleils lorsque, à la lumière de toutes nos bougies, nous découvrirons que tout humain est, en vérité,  semblable à chacune et chacun de nous.
Ne nous décourageons pas si nos yeux sont lents à voir, nous ne sommes pas à la fin, mais à peine  au commencement du monde.

Ariel



Un petit garçon nous dévoile notre humanité.

Chiens pisteurs, brise-glace, plongeurs, hélicoptères, enquêteurs, corps de police, pompiers, journalistes, parents, amis, voisins, curieux, nous sommes des milliers à l'affût de la moindre trace du jeune Ariel Kouakou, 10 ans, porté disparu depuis le 12 mars dernier. 

Pour ce gamin inconnu, on arrête tout. Des forces impressionnantes de compassion, de solidarité, de cœur, de courage et d'espoir sont mobilisées autour de lui. Pour lui, l'argent ne compte plus, ni le temps, ni le "eux et le nous", ni rien.

Cette force merveilleuse qui sort de nous et se déploie en plein jour, nous montre quelque chose de ce que nous sommes en vérité. Elle nous montre  notre "humanité commune", cette merveille  enfouie dans l'obscurité de notre inconscient individuel et collectif.
Ariel, grâce à toi, nous découvrons que nous sommes peut-être plus grands, plus beaux, et beaucoup plus humains que nous ne pensons. Comme si l'ange de Pâques nous avait touchés de son aile.

Merci, cher petit Ariel. Nous ne savons pas où tu es, mais, pour un moment, tu nous libères de nos ombres.


                                  Debout






Comme un arbre 
percé d’épines
il me regarde
avec des yeux
de soleil

de son cœur
coule la douceur

et de ses mains
des constellations
de fleurs

l’humanité
entière
se tient à ses pieds
elle est brisée
mais debout

                       Eloy Roy


         

22 février 2018

LE RETOUR DE LA FILLE





                                              La Manche libre
l 
Une éternité durant
à contre-voie
par des chemins interdits
violents
fumeux

j'ai coupé

la corde
qui me retenait au père
à la mère
au "home sweet home"
j'ai coupé les ponts
avec le Dieu des lois
qui mène le monde
depuis les églises et les temples

mais
bientôt
mes pieds se sont enchevêtrés
dans d'autres câbles
encore plus gros


goutte
à
goutte
ma
vie
s'est vidée
 de
 moi

portant 
sur mon dos
ce qui en reste
je me traîne
aujourd'hui
à pas lourds
sur le sentier
du retour 

                                                            Eklablog 


de très loin
à travers les brouillards et les broussailles
des années et des distances
le cœur
de ma vieille mère
devine
que c'est moi
qui vient


entrailles frémissantes
os fragiles
dans la poussière
elle arrive

en boitillant

gémissement sourd
plainte animale
étreinte interminable
baisers
larmes chaudes

mes lèvres tremblantes
restent cousues

j'entends sa voix
à peine audible
presque complice :

« viens, petite, viens,
rentrons à la maison »

appuyées
l'une sur l'autre
elle sur moi
moi sur elle
nous rentrons
clopin-clopant

le cœur battant

dans les larmes
elle est fière
elle sait
que ce que j'ai fait

je devais le faire

ne plus être l'appendice
de ce qui est déjà établi
et empêche de grandir

me défaire du dieu sombre
de la civilisation
et de la  religion
qui s'est incrusté dans les replis de mon génome
et fait barrage dans les profondeurs de mon être
au Dieu de la liberté et de la joie
  
le chien
très vieux maintenant
vole à ma rencontre
en faisant des bonds en l'air
ma grande sœur
que j'avais oubliée
se jette à mon cou
et me couvre de baisers

fête retentissante
dans le pays

j'étais morte
maintenant je vis

longtemps
j'ai été
une ombre

aujourd'hui

je suis

à image
de Celui que j'appelle "Dieu"
mais dont le nom véritable
est

"JE SUIS"

                                                                         Eloy Roy



13 février 2018

SOURICIÈRE


De toutes les violences des millénaires passés,  la plus cruelle est celle des frontières fermées, des barrières en travers,  des murs de fer laissant des masses entières prises en souricière.

LA SOURICIÈRE


                                                               Boing!
quatre murs de béton
m'enserrent de tous côtés
des barreaux de fer me  traversent le cœur
le toit trop bas
m'empêche de me dresser
nulle place  
 pour ma carcasse
sur le sol puant
de la souricière

                                    Chinadailay 

je suis seul-e
ma tête fait mal
je suis mille
cent mille
des millions
dans la souricière

nous fuyons
vers un même canot de sauvetage
le seul
conçu pour cinquante personnes
bien comptées
bien pesées
bien rangées

en réalité
nous sommes des centaines
à nous jeter dedans

      Europe West Edu

à nous entasser
à nous serrer
à nous empiler
à nous engouffrer comme dans un goulot
à nous écraser comme des sardines
prêtes à être servies
avalées, digérées
par des requins humains
au ventre affamé
et aux dents acérées

pour un seul canot
nous sommes des milliards
les visages pâles
les visages émaciés
ravagés
 les teints foncés
les réfugiés
les crève-faim
les exclus toutes catégories
les sans travail
les femmes, les enfants
les pauvres, les déguenillés
les fainéants, les drogués
les itinérants, les vieux
les ratés, les paumés
les "pokés", les éclopés
les écorchés
les "étrangers"
de la Terre

pas de place
pour nous
nulle part

comme si
nous n’étions pas d’ici

comme si nous étions
du continent de ces déchets de plastique
qui flottent à la dérive
sur les eaux vinaigrées
du cimetière
de nos océans

comme si nous étions
d’une autre galaxie
nous
les moins-que-rien

clairement
nous sommes de trop
sur la Terre-de-tout-le-monde
devenue "country club" privé
d’une petite poignée
de méga multimilliardaires
hyper géants
plus grands que les dieux
majestueux comme des condors
et charognards
comme eux

qui n'en ont jamais assez

bientôt
sur la Lune, sur Mars, sur Vénus
pousseront leurs châteaux
avec barbelés
et tout

ils s'empareront du soleil


Dieu
il y a longtemps qu'ils nous l'ont volé
lui qui était l'un de nous

certains disent
qu'il n'existe pas
le contraire serait  surprenant
puisqu'il est demeuré l’un de nous
les moins que rien
qui jamais
n'avons existé

en nous
Dieu s'est éteint


chut!
ne pas dire
ces choses-là

au fond
des abysses
dort toujours
quelque chose
comme un rebond

ici
d'une radicelle
encore en vie
pousse plus haut
pousse plus beau
un arbre nouveau

sur le roc puissant
qu'elle découvre
sous ses décombres
la maison écroulée
se remet sur ses pieds
pour des milliers d'années

le monde meurt
et naît
 tous les jours

La Souricière
va bientôt faire "boum"




 Eloy Roy