23 décembre 2019

NOËL 2019 EN 3 TEMPS


1 - Sur le seuil de l'Étable



Bonjour, Dieu. Entre donc! Mais non, tu ne déranges pas du tout,  tu es si petit. Ce n'est pas très beau ici dedans, mais c'est tout ce que l'on a. Moi je t’attendais sur les nuées du ciel et voilà que tu apparais dans une étable. Je te voyais brillant comme le soleil et tu viens en petit enfant  de réfugiés.  Ça m'étonne, mais bon. Tu sais, je pensais te faire plaisir en t’imaginant très grand et très au-dessus de nous, mais je vois que ça ne marche pas comme ça avec toi: on dirait que la  grandeur pour toi, c'est d'occuper très peu de place et de te faire encore plus petit que nous. Vraiment, on ne s'attendait pas à cela... C'est peut-être pour cette raison qu'on ne fait plus grand cas de toi... Tu es tellement petit!

Peut-être veux-tu nous dire qu'un grand, ce n'est pas quelqu'un qui a cessé d'être petit, mais c'est un petit qui a grandi. Et qu'il n'y a pas de vie pleine, pas  d'avenir,  donc pas de  «salut» sans le «petit» en nous et sans les «petits» autour de nous.

Le «petit», c'est ce qu'il y a de plus secret en chacun.e,  et les «petits», ce sont les enfants, bien entendu. Ce sont aussi les personnes, les familles, les quartiers, les peuples  entiers  que notre vieille «façon d'être» a maintenus depuis des siècles en état d'infériorité et de misère en leur refusant une possibilité sérieuse de grandir...

Depuis ta petitesse, Dieu, tu veux nous dire des choses formidables. Viens, entre donc, tu es ici chez toi....

2 - Dans l’étable

Je ne me demande pas si oui ou non Jésus était Dieu. Je me dis seulement que si Dieu parle à travers  les oiseaux, le vent, la lumière et tous les événements de la vie, il a sûrement parlé à travers Jésus de Nazareth. En  tout cas, c’est ce que ses premiers disciples ont cru. Et, à mon tour, c'est ce que je crois aussi. 

Quand l’évangéliste Luc nous raconte l'histoire de Jésus qui vient au monde  dans une étable, ce  n’est pas un historien, un journaliste ou un scientifique qui s'exprime, mais un croyant, c'est-à-dire quelqu'un qui est capable d'entrevoir la Réalité qui se profile derrière les signes qu'il a devant les yeux.

À travers son récit touchant, Luc veut nous dire sûrement que le fameux «Dieu tout-puissant» n'est pas épeurant comme on l'a déjà cru. Il vient à nous comme sur la pointe des pieds en se faisant aussi petit et fragile que nous. Luc veut que le monde entier sache que, même si notre demeure n'est qu'une étable,  Dieu veut bien emménager chez nous. Pourquoi? Parce qu'il croit en nous et nous aime beaucoup.

Il sait qu’un bon jour nous allons comprendre que notre avenir d’humains n’est plus dans les lois, ni dans les temples, ni dans le pétrole, ou les minières, ou les drones, ou la croissance à tout prix, ni dans la bourse ou dans nos armées, ou dans des buildings cent fois plus hauts que les pyramides, ou dans le fameux LHC, ou dans toujours plus de science, de police, de prisons ou de bombes... mais tout simplement dans une « façon d’être » totalement différente de celle qui a été la nôtre jusqu'ici…

Certes, nous avons accompli des choses grandioses avec notre «façon d’être » actuelle, n’empêche que  d’un paradis nous avons fait  une étable; notre Terre est devenue une immense poubelle et la moitié du monde a été transformée en cimetière.

Je me demande pourquoi nous en sommes arrivés là. Serait-ce parce que nous serions à moitié anges et à moitié démons? Je ne crois pas. Je pense plutôt que nous sommes des humains normaux, sauf que nous ne sommes peut-être pas encore complètement nés à notre humanité… 

Cette façon que nous avons de voir et de penser, cette façon de vivre, cette « façon d’être » qui nous a amenés à la situation actuelle, craque de toutes parts. Tout nous dit qu'il faut muter.  Que nous sommes mûrs pour un immense bond en avant capable de nous faire « naître » pour de bon à tout ce que nous sommes  vraiment au plus profond de notre être.

Au début des deux derniers millénaires, Jésus a lui-même effectué un bond vertigineux à partir d’une étable et  d’une croix. En traversant nos morts, il nous a secoués pour éveiller les puissances de vie qui dorment en nous.   Il nous a ouvert le chemin. Il nous a montré un autre horizon. Il nous a fait entrevoir  une autre « façon d’être » où, dans  notre réalité de chair, nous pourrions vivre une humanité plus vraie, plus large, plus profonde, plus libre, et où nous dépasserions tout ce qui, par manque de conscience,  nous referme, nous sépare et nous divise. Avec lui notre conscience a commencé à s'ouvrir dans la direction de notre véritable stature. Il nous a mis en appétit, il nous reste maintenant à faire le bond.

Pour ce bond, Dieu lui-même, par pure grâce, vient nous chercher dans nos « étables ». Que nous soyons croyants ou non, les grands traits qui font que Jésus se soit identifié à nous jusque dans notre mort sont déjà ensemencés dans notre être et se préparent à éclore. Une nouvelle « façon d’être » va fleurir sur la surface de la Terre. Nous serons plus véritablement humains.
               


 3 -Étoile des Mages versus «Trous noirs»

                                           Trou noir avalant une étoile
                                 Il y aurait 100 millions de trous noirs dans l'univers


À l'approche de Jérusalem, capitale du grand roi Hérode, l'Étoile des Mages s'éclipsa comme si elle avait frappé un «trou noir». Le trou noir est un monstre astronomique qui dévore les étoiles sans laisser échapper d'elles la moindre étincelle de lumière. Il n'y aurait donc pas de paix possible entre l'Étoile de Noël et tout système humain qui se comporte comme un «trou noir» face aux droits  de la personne et des peuples, face à la démocratie, face à la voix des jeunes, des femmes, des autochtones, des immigrants et des personnes différentes, et qui fait la sourde oreille aux cris de la rue et aux signes de détresse de la Terre elle-même...

Dès qu'elle s'approche de ces «trous noirs», l'Étoile de Noël pâlit et disparaît. Mais elle a ceci de particulier qu'elle revient toujours. Elle se rallume parfois là où on l'attend le moins, comme en Iraq, et au Liban et même en Iran. À Hong Kong, elle tient bon. Au Chili, en Haïti, en Algérie aussi. Parfois un grand dirigeant corrompu s'en va, une tête roule, mais cela ne suffit pas. On réclame du neuf ou rien. À la vue de la Maison Blanche, l'Étoile prend la poudre d'escampette... Au Vatican, elle paraît crevée, mais  elle s'accroche.

De fait, l'Étoile de Noël ne meurt jamais. Quand elle est réapparue  aux Mages, un réseau céleste est venu les  prévenir que leur vie ne pendait plus qu'à un fil, car le roi Hérode était très fâché contre eux. Ses services secrets l'avaient dûment informé que ces Mages étrangers avaient découvert un nouveau-né dans une étable de Bethléem; ils  s'étaient agenouillés devant lui, l'avaient  salué comme le Roi des Rois et  l'avaient couvert de cadeaux. Hérode était au bord de l'apoplexie. «Le seul roi, c'est moi!», s'était-il écrié en déchirant ses vêtements.  N'eût été de l'Étoile qui leur montra un chemin par où s'échapper, les pauvres Mages étaient cuits.

Floué par eux, Hérode entra donc dans une colère dont on parle encore aujourd'hui, car,  pour se calmer,  il ordonna de massacrer tous les enfants de Bethléem qui avaient moins de deux ans. Histoire de tuer dans l'œuf le moindre soupçon d'éventuelle sédition autour de ce gamin que les Mages effrontés avaient traité comme un dieu. 

L'enfant de la crèche, cette improbable graine de subversif, se sauva de justesse de la fureur du roi, grâce à  Joseph, son père. Celui-ci, voyant venir le coup, prit le bambin avec sa mère et s'enfuit  en pleine nuit avec eux en direction de l'Égypte. En exil, dans le pays même où 1250 ans auparavant avait commencé l'incroyable saga du fameux «Peuple de Dieu», la belle Étoile qu'Hérode avait failli éteindre, refit le plein d'énergie.

Un an passa, puis Hérode, pour une fois dans sa vie, fit une bonne chose: il mourut. L'Étoile dansa de joie.  Sans perdre une minute, elle se remit en route et rentra au pays avec Joseph, Marie et le petit. Cette fois, elle mit le cap directement sur la bagarreuse Galilée, ancien fief de Nephtali et de Zabulon. Normalement, ce petit coin de l'univers aurait été un paradis, si, pendant des siècles, le  monde entier ne lui avait pas envié son lac magnifique, sa terre fertile, son poisson, ses figues, ses vignes, ses moutons et sa situation idéale pour faire du commerce  avec les pays étrangers. On se l'arrachait de tous bords et de tous côtés. La Galilée était saignée à blanc. Elle était à bout.

C'est dans cette Galilée qu'au retour d'Égypte  l'Étoile a grandi. Et c'est là, au bord du lac, qu' elle a pris chair, os, cœur, sang et visage, et qu'elle est devenue  «Jésus».

Dans la personne de Jésus, elle a marché avec les piétinés du pays et n'a fait qu'une seule chair avec eux. Elle les a relevés, les a remis en marche, les a sortis de leurs tombeaux. L'Étoile de Noël, en la personne de Jésus, est devenue la  "lumière des nations".

Ça ne dura pas trois ans. Les petits Hérode qui avaient remplacé le Vieux, mort depuis peu, continuaient de faire trembler le pays. Il faut dire aussi que la présence sur le terrain de la Légion romaine (vraie bande d'éléphants sauvages lâchés dans un centre d'achat) n'arrangeait pas les choses. Donc, le «trou noir» de Jérusalem- Bethléem- Galilée avait toujours de beaux jours devant lui.

D'autant plus qu'il pouvait compter sur la totale collaboration de la clique de grands-prêtres et d'experts en religion qui se prenaient pour les  «propriétaires de Dieu et les maîtres infaillibles de la Vérité». Depuis la  forteresse du Temple où ils trônaient, ils menaient une guerre implacable à tous les contestataires qui ne leur obéissaient pas au doigt et à l'œil.

Or notre Jésus-Étoile était justement un de ces contestataires, car il était un homme libre. Il n' était pas un béni-oui-oui (à l'instar d'un tas de disciples qui se sont réclamés de lui par la suite)... Il était le mal de tête des locataires du Temple. Ces derniers, après avoir accumulé un dossier  accablant contre lui, se sont jetés sur son dos comme des hyènes et l'ont fait voler en éclats sur une croix. En plein midi le monde plongea dans la nuit la plus obscure de l'univers. L'Étoile, cette fois, était bien morte. 

Mais, qu'on le croie ou pas, à l'endroit même où il ne restait plus que vide et mort, l'Étoile est réapparue en toute douceur dans le même souffle que le soleil levant du premier jour d'une Création nouvelle. De simples pêcheurs qui n'avaient pas pris un seul poisson au long d'une nuit sans fin, se sont «éveillés» soudain. Ils se sont levés et lancés joyeusement sur tous les chemins de la grande aventure des humains en partageant sans compter un  poisson à saveur de résurrection et d'éternel matin de printemps.

Aujourd'hui, après deux mille ans, ces braves pêcheurs ont vieilli. Ils sont terriblement fatigués. Ils ne trouvent plus de main-d'œuvre à bon marché pour faire le travail à leur place. Ils ne sont plus capables d'innover, d'inventer ou de créer. Ils sont prisonniers de leur petit monde, et bien qu'encore en vie, on dirait qu'ils sont  déjà embaumés...  En tout cas, il n'y a plus de grand avenir pour eux. Il est clair que le «Trou noir» a gagné. Pour l'Étoile le coup est très dur.


Est-ce que l'Étoile s'en remettra? Surprendra-t-elle de nouveau? Se rallumera-t-elle?... Moi, je jure que oui... Mais je jure aussi que les choses ne seront jamais plus pareilles. NUNCA MÁS! Tout sera complètement neuf!
                                                                       ELOY ROY


«Voici, je refais tout à neuf» (Apocalypse 21, 5).




27 novembre 2019

BRANCHE SÉCHÉE ET SAPIN COUPÉ





 Dans un pays de montagnes et de moutons que j'ai beaucoup aimé, nous avions un Arbre de Vie. À la saison morte, quand tout semblait fini, nous prenions une branche sèche, nous la décorions de petites boules de laines de couleurs, et nous disions: «Elles représentent les fruits que demain nous récolterons. Car de nouveau la Terre reverdira et la vie refleurira».   C'était notre Arbre de Noël, c'était notre arbre d'espérance.

Au Canada, dans le froid de décembre, on va au bois, on  coupe un sapin,  on l'amène à la maison, on l'habille de boules brillantes et de guirlandes d'or et on dit: « L'hiver est revenu, la vie est partie, mais nous allons défier la mort. Au bout de tes branches, sapin coupé, je vois déjà poindre des fruits beaux comme des étoiles. Ensevelie sous la neige, la vie s'est endormie, mais demain elle resurgira comme soleil  au printemps.»

 

Autochtones de mon pays, gilets jaunes de France, résistants de Hong Kong, de la Catalogne, du Chili, d'Haïti, de l'Algérie, de l'Ukraine et du pays des Kurdes, le soleil pointe déjà dans l'hiver de vos combats! Vous tous et toutes qui vous colletez avec les Goliath qui tentent de décider de votre sort en Bolivie, au Soudan, au Liban, en Iraq, en Iran, au Venezuela, au Mali, au Xinjiang et ailleurs, tenez bon! Comme toujours, les grandes puissances feignent de vous secourir pour mieux  détourner vos résistances à leur avantage, ne vous laissez pas embobiner! Vous, les lucides, les persécutés, les  pauvres, vous, les derniers de ce monde, tenez bon! Et toi aussi, planète Terre,  si massacrée, si ravagée, si mortellement blessée.

En ce moment, aux quatre coins du monde, vous, les ignorés, vous redressez la tête. Vous retrouvez la parole qu'on vous avait arrachée. Vous affrontez les gaz lacrymogènes, les matraques et les canons à eau.  Même avec des parapluies vous vous tirez contre les balles de l'Empire. Tenez bon! En forçant quelques champions de la corruption à démissionner, vous leur avez donné la chance de poser peut-être l'unique geste honnête de leur vie... Mais vous visez plus loin. C'est tout le Système que vous voulez jeter par-dessus bord. Les requins n'en attendent pas moins.

À cause de vous, la vie donne des signes de vouloir   encore se greffer à nos branches mortes. Elle y parviendra.

La crèche de Noël est une première étape. Ensuite viennent la croix et d'autres déserts à traverser. Allons-y! Le mal ne gagnera pas toujours.  Tenons bon! 

                                                                                           Eloy Roy

25 septembre 2019

GRETA

                                                                             



Les gens mesurés, qui se voient comme la norme de ce qui est sage et civilisé, n'aiment pas Greta: trop émotive, trop apocalyptique, frisant même le fanatisme.  Selon eux, elle devrait se taire et retourner à son école.  Deux millénaires avant, d'autres gens "politiquement corrects"  voulurent réduire Jean le Baptiste au silence parce que, comme Greta et bien d'autres, il voyait du feu et criait "Au feu! Au feu!".  Plus tard, pour des raisons semblables, ils essayèrent aussi de fermer la bouche  à Jésus et à  ceux qui le suivaient. Mais ce fut plutôt Jésus qui leur en boucha un coin  en leur répondant du tac au tac: "Si eux se taisent, les pierres elles-mêmes crieront!" (Luc 19, 40)

Le discours de Greta à l' ONU:
En français:

15 août 2019

ÔTEZ-LUI LES BANDELETTES!




Alors que je méditais sur la résurrection de Lazare dans l'évangile de Jean 11:1-44, il me vint à l'esprit que même la RELIGION peut être une machine à tuer. En tant que système, en effet, la Religion est un peu comme une boîte de fer qui trop souvent étrangle Dieu et le rapetisse plutôt que de le  révéler. Alors qu'avec l'ÉVANGILE, c'est le contraire:  la Bonne Nouvelle ouvre les boîtes, elle réveille, ressuscite, "ré-vèle" (i.e. "ôte le voile"); elle libère des cadres, ouvre des chemins, met en lumière ce qui est caché.


Lazare était un très bon garçon et un grand ami de Jésus, mais il vivait enfoncé dans le religieux. Il n’avait pas de vie propre. Il était « mort au monde ». Pour lui le monde sentait mauvais alors que pour le monde, c'était lui qui ne sentait pas bon.

En se rendant compte, un jour, que la situation de Lazare avait atteint un point critique, Jésus en fut tout bouleversé. Il s'approcha de l'endroit où son ami s'était enfermé comme dans un tombeau, et lui cria : "Lazare, sors de là ! »

Lazare se dressa sur son céans en aspirant l'air frais à pleins poumons. Mais il ne pouvait pas marcher. Des bandelettes le tenaient attaché des pieds à la tête.

Ces bandelettes, c’étaient les vieux réflexes que la religion lui avaient collés à la peau. C'était, avant tout, la peur. La peur de déplaire à Dieu, la peur de ne pas observer les commandements au pied de la lettre. Une peur bleue de tout ce qui n’était pas enraciné dans le terreau de la religion; une terrible frousse de ne pas reproduire les gestes, les paroles, les pensées  sacrées fixés de toute éternité par la religion; une énorme crainte de s’écarter le moindrement de tout ce qui n’était pas balisé par la morale et le culte religieux; la peur de ne pas obéir au doigt et à l’œil à l’autorité religieuse; bref, la peur de tout ce qui pouvait exister en-dehors des murs de la religion, la peur du « monde », la peur de l’aventure humaine, la peur de la liberté, la peur de l’inconnu, la peur de l’autre. Lazare était devenu une momie religieuse, une statue de plâtre, un embaumé vivant. 

Lazare souffrait de ne pas être parfait. S'il avait, le temps d’un éclair, une pensée personnelle ou un doute, s'il lui arrivait de jeter un bref  coup d’œil de l'autre côté de la clôture et d'avoir envie de trébucher un tout petit peu, montait alors en lui le sentiment de n'être qu'une ordure répugnante. Le remords le rongeait. Il était bourré de sentiments de culpabilité. Être mortel l'ennuyait à mourir... Son visage était gris. Les ulcères perforaient son estomac.. Lazare était un mort vivant et sa vie n'était qu'un long coma.

« Lazare, sors de là! » lui crie Jésus. «Et qu'on le débarrasse de ses bandelettes!»…

Finie la peur! Maintenant commence la confiance: confiance en l’humain, confiance en soi-même, confiance en la vie, confiance en Dieu! 

Pour nous, aujourd'hui, ce Lazare qui pue pour le monde et qui est tout empêtré dans ses bandelettes, c’est carrément la vieille Église: l'Église de la loi, l'Église de la peur, l'Église de la mort. C'est justement la vieille Église qui depuis quelques années  est en train de tomber en poussière,  grâce à Dieu.

Mais Lazare qui écoute la voix de Jésus par-dessus toutes les autres voix et sort vivant du tombeau, Lazare qui se débarrasse de ses bandelettes, ce Lazare, cheveux au vent et beau comme un printemps, c’est l’Église éternellement neuve, l’Église du Ressuscité qui pousse tout doucement sur les ruines de l'autre.

La voix de Jésus, voilà le secret. Ce n’est pas la voix  des livres, de la tradition, de la religion, de la diplomatie ou de la hiérarchie. Ce n’est pas non plus la voix de l’anarchie, du libertinage et des spiritualités à la mode; ni même la voix des prudents, ni des maîtres de la raison droite, ni du sacro-saint consensus à tout prix.

La voix de Jésus est unique. C’est la voix de la Bonne Nouvelle qui était, qui est et qui sera toujours un « scandale » pour les dévots remplis de bonnes intentions,  et pure « folie » pour les gens raisonnables de tous les temps, croyants ou pas. Elle est la voix qui toujours dérange les morts et fait jaillir la vie.

En d'autres termes, la voix de Jésus, c'est la confiance inébranlable  en l’intelligence et en la fécondité de la LIBERTÉ!

C'est la pleine assurance que la curiosité, la soif de connaître, la créativité, l’audace, l’amour, la compassion, la justice et la paix sont de véritables puissances. Que celles-ci sont des énergies réelles et opérationnelles enfouies depuis toujours dans le psychisme de tous les humains pour construire, ordonner, mettre en marche, transformer et faire éclore et évoluer la vie.

La voix de Jésus, c’est la voix  qui RÉVEILLE CES ÉNERGIES et pénètre le cœur de chaque humain avec des mots qui viennent à bout des comas: «  Sors de ta tombe, relève la tête, laisse tomber tes bandelettes, marche! Ouvre les yeux et vois que la vie est pure ouverture sur plus grand. Elle va de morts en résurrections comme une fleur qui s'épanouit sans fin.»

« Oui, sors du tombeau, Lazare! »… Non seulement du tombeau de la religion anesthésiante qui te retient prisonnier du passé, de la peur et des rêves infantiles, mais aussi de cette nouvelle religion du cynisme et de l’arrogance qui fait de l’enflure de l'ego la norme absolue du bien, de la vérité et de la beauté.

Tout lâcher?... Mais non, Lazare. Une fois sorti de ton tombeau et libéré de tes bandelettes, tu peux fort bien récupérer les signes, les gestes, les habits de l’ancienne religion si cela te chante,  mais à une condition: que ces signes ne t’empêchent plus de marcher, mais te poussent, au contraire, à déployer tes ailes et à voler dans le ciel en faisant des voltiges à couper le souffle qui puissent émerveiller même les étoiles. 

                                                                                           Eloy Roy

16 juillet 2019

PSAUTIER REVISITÉ



Je n'ai pas changé les Psaumes. Je les ai seulement revisités pour les épousseter, les nettoyer de certaines incohérences, les rendre plus faciles à lire. Cet ouvrage de 250 pages en 2 tomes n'a pas été dicté par les anges. Il est rempli de parfaites imperfections... Il restera sur le métier pour d'éventuelles améliorations et sera longtemps en construction. Si tu veux y jeter quand même un coup d’œil, suis ces deux liens: 

Psaumes 1 à 99: 
https://todoelmundovaalcielofrancais.blogspot.com/p/psaumes-revisites.html

Psaumes 100 à 150: 
https://todoelmundovaalcielofrancais.blogspot.com/p/psautier-revisite.html

                                                                              Eloy

30 juin 2019

HORNOCAL

Puna argentina, Province de Jujuy, 4,300 m d'altitude









Photos de Eloy Jr Escobar, juin 2019

27 mai 2019

LES QUATRE DE LA RIOJA






Devoir de mémoire

Vos pères ont tué les prophètes et vous, vous leur édifiez des tombeaux que vous ornez de guirlandes! (Matthieu 23, 29-32)

Quatre témoins de l'Évangile viennent d'être béatifiés en Argentine. Ce sont Enrique Angelelli, Carlos Murias et Wenceslao Pedernera. Les trois sont argentins; le premier est évêque, le deuxième est franciscain, le troisième est un paysan laïque engagé. Leur compagnon, Gabriel Longueville, prêtre missionnaire français, a été béatifié également avec eux. Les quatre hommes vivaient à La Rioja, une province appauvrie de l'arrière pays, où les attendait, en 1976, une fin brutale.

Qui l'eût cru? Une quarantaine d'années auparavant, une impitoyable dictature militaire s'installe en Argentine. De nombreux évêques, prêtres et fidèles catholiques l'accueillent comme «le bras de Dieu» venu sauver le pays de la perdition.  Or, en moins de six ans, ce «bras de Dieu» empile sur les épaules de l'État argentin une dette multimilliardaire absolument impossible à rembourser; elle fait disparaître trente mille personnes, en fusille quinze mille autres, fait dix mille prisonniers politiques et plus d'un million d'exilés. Et puis, ce même «bras de Dieu» se rend jusqu'à La Rioja, et assassine traîtreusement quatre hommes profondément impliqués dans le relèvement des plus appauvris.  

Or, récemment,  le 10 mai de cette année, cette même Église catholique déclare martyrs et "bienheureux" dans les cieux les quatre hommes assassinés par cette dictature qu'elle-même avait glorifiée comme "bras de Dieu"!

Alors que ces quatre hommes de Dieu couraient un grave danger, l'Église qui savait tout (car elle avait un accès privilégié à la dictature) non seulement n'a pas levé le petit doigt pour les défendre,  mais a tout fait, au contraire,  pour les discréditer et rendre encore plus lourd le fardeau qui pesait sur eux. Et puis voilà que, quarante ans plus tard, maintenant qu'ils sont bien morts et que la dictature a été renversée,  elle déclare tout bonnement à la face du monde que ces hommes n'étaient pas des démons, mais des saints.


Saints, ils l'étaient en effet, et ils le sont devenus parce qu'ils ont commis le très grave péché de déranger. Ils ont vécu au milieu des pauvres et des mécontents. Ils ont dénoncé l'injustice régnante et l'ont combattue. Ils se sont impliqués auprès de groupes qui revendiquaient leurs droits et réclamaient des changements. Ils ne poussaient personne à la violence, mais ne se gênaient pas pour faire prendre conscience que la terrible violence qui ravageait le pays n'était pas causée par les pauvres mais par ceux qui abusaient d'eux.   Elle ne venait pas des travailleurs surexploités qui avaient toutes les raisons du monde de se révolter, mais des énormes injustices et des insupportables inégalités causées par la corruption, la rapacité, la dureté, l'aveuglement et la cruauté des grands possédants, de leurs  hommes de main et de leurs amis inconditionnels de la police et de l'armée, copieusement formatés, endoctrinés, armés et pilotés par le "grand frère" de l'humanité qui est toujours vivant,  et qui est connu, envié, vénéré et haï dans le monde entier.

Les Quatre de la Rioja n'ont jamais mangé à la table des milliardaires. Ils n'ont jamais béni ni encensé la Dictature qui violait, torturait, emprisonnait, fusillait, faisait disparaître des personnes par milliers en jurant de nettoyer le pays de tous les «subversifs» qui osaient, comme eux, rêver d'une société plus juste. Ils ne reconnaissaient aucune légitimité aux militaires qui se servaient de leurs armes pour commettre des atrocités encore pires que celles qu'ils prétendaient combattre. Ils les considéraient simplement pour ce qu'ils étaient: des usurpateurs et des tueurs, et ce, même si le général Videla, chef suprême de la dictature, allait à la messe et communiait tous les jours, et que son bras droit, l'amiral Massera, jouait au tennis les fins de semaine avec le nonce apostolique. Eux n'obéissaient pas à ces autorités, ni à celle de la plupart des évêques qui, devant les atrocités qui se commettaient dans le pays,  se lavaient les mains ou restaient muets, ou qui, en se livrant à des voltiges sur l'amour, le pardon et la paix, arrosaient d'eau bénite la politique de mort de la dictature. Ils préféraient «obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes», comme le déclarait si hardiment l'apôtre Pierre au Grand-Prêtre au lendemain de l'assassinat de Jésus à Jérusalem (Actes des apôtres 5, 29). Ils n'avaient pas d'autre maître que le Jésus de l'Évangile, celui qui est venu apporter la paix, mais pas n'importe quelle paix ni à n'importe quel prix.

D'après eux, il ne faisait aucun doute qu'à La Rioja Jésus luttait à leurs côtés pour aider les paysans exploités à relever la tête, avec les résultats que l'on sait. Quand des hommes et des femmes  s'efforcent de vivre et d'agir comme Jésus, ils finissent fatalement par être calomniés, méprisés et ridiculisés par leurs propres frères. Un bon jour, on les assassine. Tout comme Jésus. C'est ce qui est arrivé aux Quatre de La Rioja.

À leur mort, il ne s'est pas trouvé grand monde pour les pleurer, sauf,  une poignée de braves personnes engagées dans la défense des droits humains,  et un certain nombre d'irréductibles qui,  malgré tout, persistaient à vouloir marcher selon l'Évangile. Sauf également quelques hurluberlus comme moi qui, depuis le  Concile Vatican II, avions eu la candeur de croire en une autre Église.

Il fallut qu'un argentin monte sur le trône papal pour que la réputation des Quatre de La Rioja soit lavée. Cette béatification, que  ces derniers n'auraient jamais imaginée, est, en fait, un bel acte de justice qui honore ce pape; elle est aussi un baume appréciable sur le cœur des milliers d'autres victimes de la féroce dictature. Mais elle risque aussi "d'embaumer" la dictature elle-même avec toute sa pourriture et  tous ceux-là qui, à l'intérieur de l'Église, ont servilement  coopéré avec elle sans en avoir manifesté jusqu'à présent le moindre regret.

Je ne sais pas si des dames très catholiques de la haute société,  ne collecteront pas de fonds pour construire un monument à la mémoire des nouveaux béatifiés, mais chose certaine, c'est  qu'en dépit de la condamnation en justice de plusieurs grands criminels de la dictature, des milliers de leurs comparses sont encore libres et se la coulent douce, alors que beaucoup de gens au pays peinent encore à se remettre de leurs blessures.

C'est à se demander si ces criminels n'ont pas gagné, à la fin. Car, en Argentine,  les choses n'ont à peu près pas changé.  Il semble bien, en effet, que tant qu'il restera quelque chose à voler, les forces obscures qui, par le passé, ont si souvent triomphé, ont encore devant elles un avenir de grande prospérité.
 
La béatification bien méritée des Quatre de La Rioja ne changera pas la 
situation. Elle ne suffira pas non plus pour que l'Église se refasse une beauté. 
À moins que les nouveaux bienheureux s’attellent à la tâche ardue de réaliser 
pour leur pays et pour l'Église d'Argentine des miracles qui sortent vraiment 
de l'ordinaire.  

                                                                                         Eloy Roy
mai 2019


NOËL 2019 EN 3 TEMPS

1 - Sur le seuil de l'Étable Bonjour, Dieu. Entre donc! Mais non, tu ne déranges pas du tout,  tu es si petit. Ce n'e...