OPTION
JOIE!
Le monde est à l’envers. Notre
planète s’en va chez le diable. Comme lave de volcan des fleuves de sang coulent
sur les flancs de la Terre. Je devrais brailler, m’arracher les cheveux, haïr
la vie et me pendre. Ce qui ne changerait absolument rien. Ma rogne ne ferait qu’en rajouter. Donc, face
à cette fatalité désolante, horrible, absurde, je choisis de ne pas me laisser contaminer.
J’exorcise de mon être l’indifférence, bien entendu, la naïveté, et le jovialisme à tout prix, mais
je chasse aussi sans pitié la tristesse,
le faux sentiment de culpabilité, le défaitisme, le désespoir et la rage. Même
si tous les désastres du monde me déboussolent et me mettent le cœur en compote,
je choisis le seul antidote que je connaisse : LA JOIE. Dans la nuit, je
choisis le soleil. Je ne le vois pas, mais je sais qu’il est là.
Cette joie, je la puiserai en moi. Si
je ne la trouve pas, elle saura bien me trouver. Et parce que justement il fait très noir, j’allume
ma lanterne, et plus que jamais, je te, je
vous, je nous souhaite un JOYEUX NOËL et une très BONNE ANNÉE!
Eloy
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Un très beau cadeau à s'offrir:
Affronter la Bête
Livre de Claude Lacaille
Quelques
réflexions après lecture
La Bête, c’est la double personnalité que mon
statut clérical me confère. Ce statut fait de moi un « être à part »,
une sorte d’extraterrestre en qui l’homme normal et l’homme « consacré »
se cognent dessus soir et matin.
Affronter la Bête, c’est avoir la lucidité de
reconnaître crûment qu’après tous les coups qu’on lui a assénés, notre belle
planète ne peut plus être rapiécée.
Affronter la Bête, c’est avoir le courage de s’ouvrir
les yeux et de reconnaître humblement que notre démocratie n’est pas au service
du peuple, mais un jouet toujours plus docile entre les mains des grands
possédants.
Pour les croyants attachés à une Église dans
laquelle on n’a jamais pu distinguer
clairement les vrais traits de Jésus de Nazareth, affronter la Bête, c’est
prendre la voie d’évitement et suivre les indications qui mènent à un nouveau
commencement.
Affronter la Bête, c’est en finir
également avec la mièvrerie et la
dictature du consensus abusivement identifiés à la vertu et à « la paix de
l’Esprit ». C’est avoir honte d’aimer sans passion. Honte de rester dans
le moule. Honte d’avoir peur de créer et d’inventer. Honte d’avoir peur de
l’inconnu. C’est aussi cesser de se méfier de la liberté; c’est abolir tout
paternalisme et, par-dessus tout, ne jamais favoriser les « bonnes œuvres »
au détriment de la libération et de la justice.
Au temps de ma formation missionnaire, s’il m’était
tombé sous la main un livre aussi cool et riche en expériences que cet Affronter la Bête de Claude Lacaille, j’aime penser que j’aurais
été plus allumé et aurais pelleté moins de nuages. Aujourd’hui, à 87 ans, il ne
me serait peut-être pas resté au fond de l’âme ce sentiment lancinant d’avoir trop
souvent tourné en rond et peiné en vain.
Eloy
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Quelle crèche ?
Moi, je suis un amoureux de la crèche, de la
messe de minuit, et de tout ce qui entoure la fête de Noël. Moutons, sapins,
guirlandes, réveillons, cadeaux, c’est
super. Mais le monde brûle !
Il brûlait aussi à l’époque où Jésus est né.
D’abord, il n’est pas né à Bethléem, mais à Nazareth, un bled perdu de la
Galilée. Le sang de la population de
cette région était mêlé à celui d’autres peuples. Elle était méprisée à cause de cela. Le
pouvoir central, installé dans la ville-forteresse de Jérusalem la gardait à
l’œil et abusait d’elle. De temps en
temps la Galilée se révoltait et Jérusalem la matait en l’exploitant encore
plus. Dans le monde d’aujourd’hui, cette Galilée serait vue comme un nid de
terroristes.
Ainsi la percevait le pouvoir politique, militaire
et religieux. Faire naître Jésus à Bethléem, comme le rapportent deux
évangélistes, à l’endroit même où était
né le roi David, peut être interprété comme un acte politique très risqué dont
il serait trop long d’exposer ici tous les tenants et aboutissants. Disons
seulement qu’il s’agissait d’une affaire si brûlante, que la conscience
chrétienne a préféré la tourner en une histoire pas trop compromettante pour
rassurer les gens « de bonne volonté ».
Mais cette une histoire n’est pas si
charmante si on la lit à la lumière du
grand drame qui se vit actuellement dans le monde. Car la crèche, c’est d’abord
l’horreur que vivent des gens de tous les horizons qui ne trouvent plus de
place sur notre planète. C’est le froid, la nuit, la peur, la solitude, la
pauvreté, l’insécurité. Ce sont les troupes de criminels notoires comme Hérode.
Des monstres sanguinaires, constructeurs de temples magnifiques et de somptueux
palais (et de nouvelles routes de la soie et des engins spatiaux à rendre jaloux
les Martiens…), mais qui sont aussi des
tueurs d’enfants, prêts à assassiner leurs propres fils pour sauver leur
portefeuille, leur prestige et leur place dans l’histoire.
La crèche, c’est l’angoisse, la fuite à
l’étranger, le désert, les chiens ; ce sont les bêtes sauvages, les brigands, les viols,
les passeurs escrocs ; ce sont les coyotes, la honte, la faim, la soif et
les horreurs de l’exil. La crèche c’est un drame immense, un énorme
scandale.
Pour un peuple naïf et inconscient qui ne
croit en rien, ou qui croit
béatement en un Dieu qui va le sauver en
préservant de tout mal ses élites, ses savants, ses prêtres et ses riches
propriétaires, la crèche est une folie totale. Pour un peuple qui croit fermement
que son « salut », c’est-à-dire sa survie, son avenir et son bonheur
dépendent de la force des armes, des banques et d’une religion d’origine divine,
la crèche est tout ce qu’il y a de plus dérisoire. Car, dans l’odeur d’une étable,
elle ose dire que jamais le « salut » du
monde sera l’œuvre du mensonge et de l’injustice des puissants. Jamais il ne
viendra non plus des armes qui tuent. Il viendra des faibles eux-mêmes et de leur
propre génie. Eux-mêmes secoueront le joug des forts, mais par l’intelligence, la
raison et le cœur.
La crèche, c’est la grande révélation que la
paix sur terre vient d’un Dieu qui s’attache à l’être humain dans ce que
celui-ci a de plus faible, de plus petit et de plus pauvre. Pour ceux et celles
qui se demandent où il est, Dieu, elle répond que c’est là qu’il se trouve, du
côté des derniers de la Terre, faisant
corps avec eux. « Salut », vie,
avenir de l’humanité et paix sur terre, tout cela ne fait qu’un avec le
relèvement des pauvres.
Célébrer Noël, c’est faire le choix de mettre
le drame de la pauvreté (celle de chez nous et celle du monde entier) au plus haut
de nos priorités, car la pauvreté est,
en vérité, notre maladie. Elle
est la maladie la plus grave de notre humanité. Plus virulente que le sida, le
cancer, la Covid ou le choléra. Si nous ne nous en guérissons pas, nous allons tous périr.
Heureusement il y a un vaccin pour cela, et
ce vaccin, c’est la justice. La justice en est le seul remède. Il n’y en a pas
d’autre.
Les pauvres, en effet, n’ont pas
besoin de cadeaux, même pas de charité ; ce dont ils ont faim et soif, c’est de
JUSTICE. Quand on aura compris cela, on aura tout compris. On aura même compris
Dieu. Et on pourra célébrer Noël dans la Joie.
Cette joie très spéciale, je NOUS la souhaite
en abondance !
Eloy Roy
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