20 juin 2021

 


RISQUER LA FRATERNITÉ PLANÉTAIRE


PAYS OÙ LA SMÉ EST EN MISSION

(Les images sont empruntées à Internet)

CHINE

                                                  Taïkonaute chinoise

        Qui a dit: «Sky's the limit»?

 

JAPON

Crise de vocations chez les prêtres Shinto?

Qu'importe! Avec les robots tout s'arrange.


PHILIPPINES

                  La patrie des fameux Jeepneys sait aussi

                  inventer d'étonnantes machines volantes.

 

 CAMBODGE

 

                            Cambodge, on a voulu te tuer

                              mais tu es toujours debout!

 

AMÉRIQUE LATINE

Un musée à Rio

 Amérique latine, tu es tellement plus que tes musées, 

tes plages et tes carnavals... Tu es une terre de prophètes

 

AFRIQUE

Afrique, tu es une déesse à l'image de 

CELUI QUI EST


RISQUER LA FRATERNITÉ PLANÉTAIRE

 

Toutes les musiques du monde sont notre musique,

toutes les langues du monde sont notre langue;

notre maison commune, c'est la Terre

et le monde entier est notre famille.

 

Par: Eloy Roy

 

Je suis de la Société des Missions-Étrangères, un de ces hommes et femmes qui, depuis cent ans, marchent sur les routes du monde en portant dans leur être l'Évangile du prophète Jésus.

 

Ce n'est pas nous qui avons amené Jésus à ces pays, car il était déjà là bien avant que nous n'y mettions les pieds.  Pendant cent ans nous avons marché à ses côtés, croix à l'épaule, résurrection au cœur, parfois dans la peine, le plus souvent dans la joie.

 

Nous avons vu l'aînée des nations, la vénérable Chine,  de civilisation cinq fois millénaire; nous l'avons vue humiliée, mise à sac, éventrée et enterrée vivante. Aujourd'hui, pour le meilleur et pour le pire, elle s'est hissée à la tête du monde.

 

Tétanisé par le monstre nucléaire, le Japon immortel était tombé  aussi bas qu'il était monté haut dans le ciel. Nous l'avons vu se relever du néant avec la force du Titan et redonner dans le ciel du Levant tout son éclat à son soleil sans couchant.

 

Nous sommes arrivés aux Philippines, îles merveilleuses, convoitées, piratées, grugées par des empires étrangers. Nous avons vu le peuple de ces îles tirer de ses tripes et de sa foi le miracle de sa survie et de sa marche en avant. Courageuses, chaleureuses  et joyeuses, ces îles ont été pour nous une véritable Terre promise où l'abondance de la moisson a dépassé à l'infini tout ce que nous avons pu y semer à pleines mains dès que nous nous sommes vus pour la première fois.

 

Débarqués au Cambodge, où des arbres étranges dévorent des temples anciens, nous avons été les témoins émus du miracle d'un peuple qui revient de l'enfer. Un génocide effroyable, encore très frais dans les mémoires, avait décimé la moitié de toute la population. Aujourd'hui, nous avons vu ce peuple reprendre goût à la vie sans faire de bruit. Au travers d'un voile de tristesse qui assombrit encore son regard, un pâle sourire éclaire de nouveau son visage. Nous retrouvons en lui l'inimitable sourire gravé sur les lèvres des 219 immenses figures de pierre du magnifique Bayon d'Angkor. Nous le contemplons et doucement travaillons à ce que ce sourire ne s'efface plus jamais des visages de ce peuple martyr appelé à revivre pour la beauté et pour la paix.

 


Nous avons vu l'Amérique latine mille fois violée, mille fois piétinée, pillée et martyrisée. Des milliers de fois nous l'avons vue mourir et ressusciter en signant de son sang ses plus beaux poèmes. En dépit d'un très grand nombre d'évêques enlisés dans le  passé qui s'estimaient envoyés du ciel pour défendre la loi et l'ordre, une légion de témoins de l'Évangile de Jésus se sont levés. Kidnappés,  torturés ou assassinés ils donnèrent naissance à une conscience nouvelle. Une conscience qui n'admet plus qu'aujourd'hui on annonce encore l'Évangile du prophète de Nazareth sans brûler de passion pour la liberté, la justice et l'égalité autant que pour l'amour, la paix et la piété. Car tout être doué de raison, de même que tout croyant un peu sincère, sait que sans liberté et sans justice, et sans un minimum d'égalité, l'amour est un mensonge, la paix, une illusion, et que les manifestations de piété sont une comédie qui anesthésie et qui tue.

 

Afrique méconnue, c'est sur le tard que nous sommes arrivés à toi. Pendant des siècles, tu t'es saignée "à blanc" dans l'intérêt de l'Occident qui s'est ainsi hissé sur tes épaules pour atteindre le sommet du monde et ensuite te laisser loin derrière. Mais, toi qui as été le berceau de l'humanité, tu as secoué le joug et tu retrouves ton être profond. Nos yeux le voient.  Par ton génie propre et unique,  tu représentes, à l'instar des Premières Nations et de toutes les nations oubliées de la Terre, un réservoir inépuisable d'énergies neuves. Tu es un des plus beaux espoirs de ce monde nouveau que nous appelons de toutes nos forces et qui déjà frappe à nos portes.

 

 

Face à cet Himalaya de défis et de risques, nous, les petites gens de la Société des Missions-Étrangères, nous avons été et  sommes moins qu'un grain de sable. Mais à l'échelle des personnes concrètes, des groupes humains et des populations dans lesquelles nous avons pris racine, très souvent on nous a perçus comme un chemin vers une vie plus humaine. Pour des gens écrasés, nous avons été un nouveau souffle. Pour des rejetés, nous avons été la chance d'une dignité retrouvée. Pour de nombreux blessés, nous avons été consolation, espoir et parfois guérison. Pour beaucoup de démunis, nous avons été le coup de pouce qu'il  fallait pour qu'Ils croient en eux-mêmes et qu'ils mordent à pleines dents dans la vie.

 

En regardant les choses à partir de là, les missionnaires sont loin d'avoir tous été des fanatiques religieux, des obsédés sexuels, des racistes ou encore des marionnettes des pouvoirs coloniaux. Sans doute ils seront rares parmi eux ceux et celles qui, un jour, mériteront de recevoir une importante décoration en raison de leur sainteté ou de leur héroïsme, mais, en toute justice, dans le cœur des personnes capables de faire la part des choses, la très grande majorité de ces hommes et de ces femmes seront perçus comme des ami-es sincères et très chers, et surtout comme de véritables frères et sœurs en humanité. Or, c'est cela, tout simplement, que nous avons voulu être.

 

Pour ma part,  je ne pense nullement que l'on doive croire en Dieu pour pouvoir apporter une pierre à la construction de la grande fraternité entre les humains. Mais, en ce qui nous concerne, c'est  évidemment à cause de notre foi que nous nous sommes engagés dans cette voie. Car nous avons cru et nous croyons encore de tout cœur que CELUI QUI EST vit en chacun de nous et en tout être humain. Nous croyons qu'il est Père et Mère de nous tous et toutes. De tout notre être nous croyons qu'au plus profond de ce que nous sommes, il est la grande source vivante qui fait de l'humanité une immense fraternité. Cette source bouillonne dans les profondeurs des humains. C'est elle qui jaillit à flot de la personne de Jésus de Nazareth et donne naissance à l'Évangile de la fraternité universelle. Et c'est cette fraternité sans bornes que notre Société missionnaire a voulu vivre pendant ses cents ans de vie.

 

Comme cadeau du Centenaire nous souhaitons seulement que l'humanité entière, croyante ou non, en fasse autant et qu'elle le fasse mieux encore que nous. Car nous, les "missionnaires" (cette appellation est de plus en plus équivoque et éculée, il faudra en trouver une autre), nous sommes loin d'occuper toute la place sur la voie qui mène à la fraternité entre les humains. Nous saluons donc de tout cœur les femmes et les hommes  du monde entier de toutes croyances ou non croyances qui, de mille façons,  sont déjà engagés dans cette voie. Nous les embrassons comme des sœurs et comme des frères. Nous nous joignons à elles et à eux ainsi qu'aux millions d'autres sœurs et frères, qui, tous les jours, s'ajoutent à ce nombre pour faire avancer sur Terre le superbe projet de la Grande Fraternité entre tous les humains .

 

Vivre la Fraternité avec l'ensemble des humains dans l'ouverture et la diversité, au-delà de toutes les différences, de tous les préjugés, de toutes les blessures, et au-delà des menaces réelles et des peurs fondées, la vivre de surcroît en symbiose avec la Terre et tout l'Univers, est sans doute l'expérience la plus exaltante à laquelle l'humanité puisse être convoquée. Pour la Société des Missions-Étrangères, participer à un tel projet est un privilège inégalable et une formidable source de bonheur.

 

 

 

30 mai 2021

 

                           Risquer la joie


                                 Fête de St Firmin à Pampelune, Espagne.           Photo:  Adam Jones Flickr

 
Écrites à l'occasion du Centenaire de la fondation de la Société des Missions-Étrangères du Québec, ces lignes sont adressées aux femmes et aux hommes, croyants ou non, laïcs ou pas, qui réussissent leur vie en risquant la joie.

 
par: Eloy Roy
 
Pendant cent ans, une foule de jeunes gens ont jeté par-dessus bord leurs ceintures de sécurité et se sont lancés sans capsule, sans fusée, sans astromobile, en direction de mondes étrangers. Arrivés chez des peuples presque inconnus, et sans plus de bagage que ce qu'ils portaient en leur cœur, ils ont cherché à se faire proches d'eux comme Jésus s'était fait proche du peuple de son temps.  
 
Ils ont joint ces peuples différents et appris tout doucement à goûter leur sagesse et leur beauté. Alors qu'hier encore ils semblaient à peine existants à leurs yeux, ces peuples prirent bientôt racine dans leur cœur. Les missionnaires  ont grandi avec eux. Avec eux ils ont défriché leur voie. Avec eux ils ont bâti et souffert. Avec eux ils ont vécu une communion profonde à d'innombrables possibles.
 
Ils ont eu la joie de voir la vie pousser sous leurs  pas lorsque, s'arrachant aux ornières d'un autre âge, ils se sont engagés sur le chemin toujours neuf et risqué de Jésus de Nazareth.
 
Par ce chemin à la fois ardu et lumineux, des personnes et des groupes humains se sont défaits du poids d'une longue histoire de marginalisation, d'infériorisation et d'oppression; leurs yeux se sont ouverts, leur esprit s'est éveillé, leur langue s'est déliée.
 
Les missionnaires qui se sont succédé pendant cent ans ont eu la joie unique de voir s'épanouir par milliers des personnes  qui,  en intériorisant leur foi en un Dieu qui les aimait, ont découvert l'estime de soi et la force d'une vraie communauté.  Leur joie augmentait à mesure qu'ils les voyaient se risquer à penser par elles-mêmes, à oser être plus critiques, prendre des initiatives, créer, innover et ne plus craindre de changer. 
 
Au fil des ans, ils ont vu ces personnes rejeter les peurs, les tutelles, les excuses et toutes les béquilles qui les empêchaient de faire des choix et de se prendre en main. Ils les ont vues courir le beau risque de se donner le droit d'exister, de dresser la tête, de prendre la parole et d'être plus libres. Après des années de patience et d'attente, ils ont connu le bonheur de les voir naître à elles-mêmes comme si elles étaient passés de la mort à la vie. Ce fut pour les missionnaires la plus grande de toutes les joies. 
 
Cette joie, les bons vieux missionnaires comme moi, nous la savourons encore. Jamais personne ne pourra nous l'enlever (Jean 16, 22). S'il nous fait plaisir de la partager, ce n'est pas  pour qu'on nous croie meilleurs que les autres. C'est plutôt pour dire au monde que cette même joie appartient aux humains de toutes les  nations, langues et croyances qui prennent soin de la vie, la font grandir et l'ensoleillent, sans considération de leur métier ni du lieu  où ils se trouvent sur Terre. Cette joie est le propre de tous les humains qui, seulement par leur façon d'être, contribuent, partout où ils sont. à rendre la vie moins injuste et plus humaine.
 
Cette joie, en tout cas, généralement plus en sourdine qu'en éclats bruyants, a été pendant cent ans le secret des hommes et des femmes qui ont couru le beau risque d'aller vivre l'Évangile loin du nid qui les avait vus naître.
 
Sur leur route, de très beaux succès les attendaient, mais les revers ne manquèrent pas. Ils durent  essuyer des échecs et des exils, subir des conflits internes et externes, des jalousies, des tensions constantes entre le statu quo et l'appel à l'ouverture et au changement. Malgré blessures et lassitudes, cependant, leur joie ne s'est pas éteinte. Il se pourrait que, au contraire, elle se soit renforcée. Si bien que, de nos jours encore, face à des vents souvent peu favorables, des jeunes femmes et des jeunes hommes presque tous nés sous d'autres cieux, courent à leur tour le beau risque de prendre part à la même aventure.
 
«JOIE», ce mot résume en quatre lettres le grand souffle qui, après cent ans, maintient encore dans les airs la petite fusée  «Terre-Ciel-Inter- Peuples» du nom de « Société des Missions-Étrangères du Québec». Une joie calme et sereine porte cette petite Société. Une joie tenace aussi, une joie qui a mille vies  parce qu'elle jaillit de la résurrection de Jésus. (Jean 15, 11).
 
Sans la résurrection de Jésus, en effet, la Société des Missions-Étrangères, comme bien d'autres réalités,  n'existerait pas. C'est la Résurrection qui a attiré hors de leur foyer les missionnaires de cette Société et les a lancés sur les routes de "l'autre". C'est elle qui les a rendus  proches de ceux qui étaient loin. Elle qui les a poussés à franchir des distances de tout genre et les a mis en alliance pour toujours.
 
Car la Résurrection n'est pas un conte de fée. Elle est autre chose qu'une médaille olympique en diamant décernée à Jésus pour ses mérites. Elle est fondamentalement le point de départ et le point d'arrivée de ce qu'on appelle la Révélation, la Création et même l'Évolution. Elle est le moteur, le pivot central et le point culminant de tout ce qui a existé, existe  et existera dans notre monde. Faire une lecture des cents ans de la Société des Missions-Étrangères sans les relier étroitement à la Résurrection de Jésus serait comme séparer l'arbre de ses racines, la rivière de sa source, ou le corps humain de son propre cœur.  
 
Même lorsqu'il se cache, le Soleil ne cesse de garder la Terre dans son orbite et de la dynamiser de ses rayons. Ainsi en est-il de la joie de la Résurrection: elle est comme le Soleil dans nos nuits. Elle est l'énergie cosmique et divine qui coule dans nos  veines, et dans celles de toute l'humanité. Cette joie toutefois ne    sera «complète» que lorsqu'elle aura traversé toute l'épaisseur de notre réalité terrestre et aura atteint les confins de la Création (Jean 17, 13). Entre temps, la Société des Missions-Étrangères porte allègrement comme un tremplin ses cents ans de vie. Elle va continuer humblement sur sa lancée dans les pas du Ressuscité.
 
Jésus prononça cette parole: «Je vous ai dit toutes ces choses pour que ma joie soit en vous et  que votre joie soit complète» (Jean 15, 11).  
 

 

17 mars 2020

LE MÉCHANT CORONAVIRUS


Daily Maverick

Cette petite bête gentille est un Pangolin. C'est d'elle que serait sorti le virus
qui fait trembler la planète ces jours-ci


par: Eloy Roy

Chaque seconde que le bon Dieu amène, c'est à la tonne que  notre grande industrie produit des gaz à effet de serre. Le monde a la fièvre, une toux sèche et de sérieux problèmes respiratoires... Il est intoxiqué. Le cancer est dans nos boîtes à lunch. Des poissons naissent avec deux têtes, des oiseaux avec deux becs et on meurt comme des mouches.  Comme de bons ivrognes, on s'est habitué à ces choses. On n'en fait pas tout un plat. Ce n'est pas si grave, se dit-on. Ce sont les effets collatéraux d'une économie florissante... Ce qu'il faut, c'est stimuler la croissance encore plus. Avec une croissance exponentielle, tous les problèmes vont se régler. Ce sera la fin de la pauvreté. Quelle bénédiction!  

Mais le maudit coronavirus est arrivé. Toutes les frontières sont fermées, la Bourse pique du nez, le prix du pétrole descend à un niveau désespérant. Le fléau planétaire d'un tourisme fou s'ensevelit tout doucement dans les cercueils dorés de gigantesques paquebots de luxe... Les messes sont coupées. Le Vatican est fermé. Céline Dion prend congé. On fait l'amour avec des gants... 

Pendant ce temps des guerres "justes" qui ont pour but de protéger les intérêts de "la plus grande" civilisation de tous les temps, ne font pas relâche. Derrière les quelques velléités d'aide aux nations moins favorisées, et certains efforts de solidarité ou de charité qui souvent rapportent plus aux donateurs qu'aux bénéficiaires , on tue à qui mieux mieux, on viole, torture,  dévore les populations vulnérables; on écrase, on ignore ou méprise les innocents, les femmes, les enfants, les autochtones, les peuples de couleur... Et on pratique la corruption à une échelle sublimement métaphysique. 

Ce système que nous adorons avec ferveur (car on l'a identifié avec la paix), et que nous nourrissons de nos prières, de nos sous,  de nos générosités et de tout l'amour de nos cœurs, cause des milliards de crimes sans nom.  Et cependant, tout cela nous semble "normal", ne commande aucune mobilisation planétaire, aucune manif mondiale, aucune mesure d'urgence. Nous dormons tous au gaz.

Mais voilà que le méchant qu'on ne voyait pas, le pernicieux Coronavirus,  pour l'appeler par son nom, s'infiltre chez nous par les poignées de portes, les mouchoirs, les cure-dents, les pets, les bisous, les écoles, le métro, les avions, les stades et les innombrables temples, grands et petits, où nous nous entassons pour flatter, adorer et "booster" nos plus beaux délires;  il vient, oui, bouleverser notre belle "normalité" et, sans préavis,  il fout tout en l'air.

Dans des articles pourtant sérieux et pleins de bonne foi, des dévots suggèrent qu'en attendant le vaccin du salut contre ce méchant virus, on revienne à nos pratiques d'antan, et fassions le plein de nos anciennes croyances, comme allumer des lampions,  réciter des neuvaines, etc., ( pas d'eau bénite, cependant..). 

Pourtant, si nous avons été capables de défaire le monde, nous avons aussi le pouvoir de le refaire, méme en mieux. Ce pouvoir loge dans nos neurones et dans les veines de notre cœur. Le temps est venu de descendre là...

Des catastrophes passées, on a appris au moins que Hitler, Staline ou des personnages comme Trump ne sont pas les meilleurs guides. Nos vieilles religions non plus.

Livrons une guerre sans merci au méchant Coronavirus, puisqu'il le faut,  mais, de grâce,  n'oublions pas l'autre pandémie qui est autrement plus grave, la plus ancienne, la plus vivace et la plus coriace de toutes: celle d'un monde extrêmement riche qui depuis toujours enrichit  les riches et condamne à une maigre survie et à une mort prématurée la majeure partie de l'humanité.  Voilà le vrai fléau à combattre, la vraie science à développer, la vraie religion à pratiquer.

mars 2020

23 décembre 2019

NOËL 2019 EN 3 TEMPS


1 - Sur le seuil de l'Étable



Bonjour, Dieu. Entre donc! Mais non, tu ne déranges pas du tout,  tu es si petit. Ce n'est pas très beau ici dedans, mais c'est tout ce que l'on a. Moi je t’attendais sur les nuées du ciel et voilà que tu apparais dans une étable. Je te voyais brillant comme le soleil et tu viens en petit enfant  de réfugiés.  Ça m'étonne, mais bon. Tu sais, je pensais te faire plaisir en t’imaginant très grand et très au-dessus de nous, mais je vois que ça ne marche pas comme ça avec toi: on dirait que la  grandeur pour toi, c'est d'occuper très peu de place et de te faire encore plus petit que nous. Vraiment, on ne s'attendait pas à cela... C'est peut-être pour cette raison qu'on ne fait plus grand cas de toi... Tu es tellement petit!

Peut-être veux-tu nous dire qu'un grand, ce n'est pas quelqu'un qui a cessé d'être petit, mais c'est un petit qui a grandi. Et qu'il n'y a pas de vie pleine, pas  d'avenir,  donc pas de  «salut» sans le «petit» en nous et sans les «petits» autour de nous.

Le «petit», c'est ce qu'il y a de plus secret en chacun.e,  et les «petits», ce sont les enfants, bien entendu. Ce sont aussi les personnes, les familles, les quartiers, les peuples  entiers  que notre vieille «façon d'être» a maintenus depuis des siècles en état d'infériorité et de misère en leur refusant une possibilité sérieuse de grandir...

Depuis ta petitesse, Dieu, tu veux nous dire des choses formidables. Viens, entre donc, tu es ici chez toi....

2 - Dans l’étable

Je ne me demande pas si oui ou non Jésus était Dieu. Je me dis seulement que si Dieu parle à travers  les oiseaux, le vent, la lumière et tous les événements de la vie, il a sûrement parlé à travers Jésus de Nazareth. En  tout cas, c’est ce que ses premiers disciples ont cru. Et, à mon tour, c'est ce que je crois aussi. 

Quand l’évangéliste Luc nous raconte l'histoire de Jésus qui vient au monde  dans une étable, ce  n’est pas un historien, un journaliste ou un scientifique qui s'exprime, mais un croyant, c'est-à-dire quelqu'un qui est capable d'entrevoir la Réalité qui se profile derrière les signes qu'il a devant les yeux.

À travers son récit touchant, Luc veut nous dire sûrement que le fameux «Dieu tout-puissant» n'est pas épeurant comme on l'a déjà cru. Il vient à nous comme sur la pointe des pieds en se faisant aussi petit et fragile que nous. Luc veut que le monde entier sache que, même si notre demeure n'est qu'une étable,  Dieu veut bien emménager chez nous. Pourquoi? Parce qu'il croit en nous et nous aime beaucoup.

Il sait qu’un bon jour nous allons comprendre que notre avenir d’humains n’est plus dans les lois, ni dans les temples, ni dans le pétrole, ou les minières, ou les drones, ou la croissance à tout prix, ni dans la bourse ou dans nos armées, ou dans des buildings cent fois plus hauts que les pyramides, ou dans le fameux LHC, ou dans toujours plus de science, de police, de prisons ou de bombes... mais tout simplement dans une « façon d’être » totalement différente de celle qui a été la nôtre jusqu'ici…

Certes, nous avons accompli des choses grandioses avec notre «façon d’être » actuelle, n’empêche que  d’un paradis nous avons fait  une étable; notre Terre est devenue une immense poubelle et la moitié du monde a été transformée en cimetière.

Je me demande pourquoi nous en sommes arrivés là. Serait-ce parce que nous serions à moitié anges et à moitié démons? Je ne crois pas. Je pense plutôt que nous sommes des humains normaux, sauf que nous ne sommes peut-être pas encore complètement nés à notre humanité… 

Cette façon que nous avons de voir et de penser, cette façon de vivre, cette « façon d’être » qui nous a amenés à la situation actuelle, craque de toutes parts. Tout nous dit qu'il faut muter.  Que nous sommes mûrs pour un immense bond en avant capable de nous faire « naître » pour de bon à tout ce que nous sommes  vraiment au plus profond de notre être.

Au début des deux derniers millénaires, Jésus a lui-même effectué un bond vertigineux à partir d’une étable et  d’une croix. En traversant nos morts, il nous a secoués pour éveiller les puissances de vie qui dorment en nous.   Il nous a ouvert le chemin. Il nous a montré un autre horizon. Il nous a fait entrevoir  une autre « façon d’être » où, dans  notre réalité de chair, nous pourrions vivre une humanité plus vraie, plus large, plus profonde, plus libre, et où nous dépasserions tout ce qui, par manque de conscience,  nous referme, nous sépare et nous divise. Avec lui notre conscience a commencé à s'ouvrir dans la direction de notre véritable stature. Il nous a mis en appétit, il nous reste maintenant à faire le bond.

Pour ce bond, Dieu lui-même, par pure grâce, vient nous chercher dans nos « étables ». Que nous soyons croyants ou non, les grands traits qui font que Jésus se soit identifié à nous jusque dans notre mort sont déjà ensemencés dans notre être et se préparent à éclore. Une nouvelle « façon d’être » va fleurir sur la surface de la Terre. Nous serons plus véritablement humains.
               


 3 -Étoile des Mages versus «Trous noirs»

                                           Trou noir avalant une étoile
                                 Il y aurait 100 millions de trous noirs dans l'univers


À l'approche de Jérusalem, capitale du grand roi Hérode, l'Étoile des Mages s'éclipsa comme si elle avait frappé un «trou noir». Le trou noir est un monstre astronomique qui dévore les étoiles sans laisser échapper d'elles la moindre étincelle de lumière. Il n'y aurait donc pas de paix possible entre l'Étoile de Noël et tout système humain qui se comporte comme un «trou noir» face aux droits  de la personne et des peuples, face à la démocratie, face à la voix des jeunes, des femmes, des autochtones, des immigrants et des personnes différentes, et qui fait la sourde oreille aux cris de la rue et aux signes de détresse de la Terre elle-même...

Dès qu'elle s'approche de ces «trous noirs», l'Étoile de Noël pâlit et disparaît. Mais elle a ceci de particulier qu'elle revient toujours. Elle se rallume parfois là où on l'attend le moins, comme en Iraq, et au Liban et même en Iran. À Hong Kong, elle tient bon. Au Chili, en Haïti, en Algérie aussi. Parfois un grand dirigeant corrompu s'en va, une tête roule, mais cela ne suffit pas. On réclame du neuf ou rien. À la vue de la Maison Blanche, l'Étoile prend la poudre d'escampette... Au Vatican, elle paraît crevée, mais  elle s'accroche.

De fait, l'Étoile de Noël ne meurt jamais. Quand elle est réapparue  aux Mages, un réseau céleste est venu les  prévenir que leur vie ne pendait plus qu'à un fil, car le roi Hérode était très fâché contre eux. Ses services secrets l'avaient dûment informé que ces Mages étrangers avaient découvert un nouveau-né dans une étable de Bethléem; ils  s'étaient agenouillés devant lui, l'avaient  salué comme le Roi des Rois et  l'avaient couvert de cadeaux. Hérode était au bord de l'apoplexie. «Le seul roi, c'est moi!», s'était-il écrié en déchirant ses vêtements.  N'eût été de l'Étoile qui leur montra un chemin par où s'échapper, les pauvres Mages étaient cuits.

Floué par eux, Hérode entra donc dans une colère dont on parle encore aujourd'hui, car,  pour se calmer,  il ordonna de massacrer tous les enfants de Bethléem qui avaient moins de deux ans. Histoire de tuer dans l'œuf le moindre soupçon d'éventuelle sédition autour de ce gamin que les Mages effrontés avaient traité comme un dieu. 

L'enfant de la crèche, cette improbable graine de subversif, se sauva de justesse de la fureur du roi, grâce à  Joseph, son père. Celui-ci, voyant venir le coup, prit le bambin avec sa mère et s'enfuit  en pleine nuit avec eux en direction de l'Égypte. En exil, dans le pays même où 1250 ans auparavant avait commencé l'incroyable saga du fameux «Peuple de Dieu», la belle Étoile qu'Hérode avait failli éteindre, refit le plein d'énergie.

Un an passa, puis Hérode, pour une fois dans sa vie, fit une bonne chose: il mourut. L'Étoile dansa de joie.  Sans perdre une minute, elle se remit en route et rentra au pays avec Joseph, Marie et le petit. Cette fois, elle mit le cap directement sur la bagarreuse Galilée, ancien fief de Nephtali et de Zabulon. Normalement, ce petit coin de l'univers aurait été un paradis, si, pendant des siècles, le  monde entier ne lui avait pas envié son lac magnifique, sa terre fertile, son poisson, ses figues, ses vignes, ses moutons et sa situation idéale pour faire du commerce  avec les pays étrangers. On se l'arrachait de tous bords et de tous côtés. La Galilée était saignée à blanc. Elle était à bout.

C'est dans cette Galilée qu'au retour d'Égypte  l'Étoile a grandi. Et c'est là, au bord du lac, qu' elle a pris chair, os, cœur, sang et visage, et qu'elle est devenue  «Jésus».

Dans la personne de Jésus, elle a marché avec les piétinés du pays et n'a fait qu'une seule chair avec eux. Elle les a relevés, les a remis en marche, les a sortis de leurs tombeaux. L'Étoile de Noël, en la personne de Jésus, est devenue la  "lumière des nations".

Ça ne dura pas trois ans. Les petits Hérode qui avaient remplacé le Vieux, mort depuis peu, continuaient de faire trembler le pays. Il faut dire aussi que la présence sur le terrain de la Légion romaine (vraie bande d'éléphants sauvages lâchés dans un centre d'achat) n'arrangeait pas les choses. Donc, le «trou noir» de Jérusalem- Bethléem- Galilée avait toujours de beaux jours devant lui.

D'autant plus qu'il pouvait compter sur la totale collaboration de la clique de grands-prêtres et d'experts en religion qui se prenaient pour les  «propriétaires de Dieu et les maîtres infaillibles de la Vérité». Depuis la  forteresse du Temple où ils trônaient, ils menaient une guerre implacable à tous les contestataires qui ne leur obéissaient pas au doigt et à l'œil.

Or notre Jésus-Étoile était justement un de ces contestataires, car il était un homme libre. Il n' était pas un béni-oui-oui (à l'instar d'un tas de disciples qui se sont réclamés de lui par la suite)... Il était le mal de tête des locataires du Temple. Ces derniers, après avoir accumulé un dossier  accablant contre lui, se sont jetés sur son dos comme des hyènes et l'ont fait voler en éclats sur une croix. En plein midi le monde plongea dans la nuit la plus obscure de l'univers. L'Étoile, cette fois, était bien morte. 

Mais, qu'on le croie ou pas, à l'endroit même où il ne restait plus que vide et mort, l'Étoile est réapparue en toute douceur dans le même souffle que le soleil levant du premier jour d'une Création nouvelle. De simples pêcheurs qui n'avaient pas pris un seul poisson au long d'une nuit sans fin, se sont «éveillés» soudain. Ils se sont levés et lancés joyeusement sur tous les chemins de la grande aventure des humains en partageant sans compter un  poisson à saveur de résurrection et d'éternel matin de printemps.

Aujourd'hui, après deux mille ans, ces braves pêcheurs ont vieilli. Ils sont terriblement fatigués. Ils ne trouvent plus de main-d'œuvre à bon marché pour faire le travail à leur place. Ils ne sont plus capables d'innover, d'inventer ou de créer. Ils sont prisonniers de leur petit monde, et bien qu'encore en vie, on dirait qu'ils sont  déjà embaumés...  En tout cas, il n'y a plus de grand avenir pour eux. Il est clair que le «Trou noir» a gagné. Pour l'Étoile le coup est très dur.


Est-ce que l'Étoile s'en remettra? Surprendra-t-elle de nouveau? Se rallumera-t-elle?... Moi, je jure que oui... Mais je jure aussi que les choses ne seront jamais plus pareilles. NUNCA MÁS! Tout sera complètement neuf!
                                                                       ELOY ROY


«Voici, je refais tout à neuf» (Apocalypse 21, 5).




27 novembre 2019

BRANCHE SÉCHÉE ET SAPIN COUPÉ





 Dans un pays de montagnes et de moutons que j'ai beaucoup aimé, nous avions un Arbre de Vie. À la saison morte, quand tout semblait fini, nous prenions une branche sèche, nous la décorions de petites boules de laines de couleurs, et nous disions: «Elles représentent les fruits que demain nous récolterons. Car de nouveau la Terre reverdira et la vie refleurira».   C'était notre Arbre de Noël, c'était notre arbre d'espérance.

Au Canada, dans le froid de décembre, on va au bois, on  coupe un sapin,  on l'amène à la maison, on l'habille de boules brillantes et de guirlandes d'or et on dit: « L'hiver est revenu, la vie est partie, mais nous allons défier la mort. Au bout de tes branches, sapin coupé, je vois déjà poindre des fruits beaux comme des étoiles. Ensevelie sous la neige, la vie s'est endormie, mais demain elle resurgira comme soleil  au printemps.»

 

Autochtones de mon pays, gilets jaunes de France, résistants de Hong Kong, de la Catalogne, du Chili, d'Haïti, de l'Algérie, de l'Ukraine et du pays des Kurdes, le soleil pointe déjà dans l'hiver de vos combats! Vous tous et toutes qui vous colletez avec les Goliath qui tentent de décider de votre sort en Bolivie, au Soudan, au Liban, en Iraq, en Iran, au Venezuela, au Mali, au Xinjiang et ailleurs, tenez bon! Comme toujours, les grandes puissances feignent de vous secourir pour mieux  détourner vos résistances à leur avantage, ne vous laissez pas embobiner! Vous, les lucides, les persécutés, les  pauvres, vous, les derniers de ce monde, tenez bon! Et toi aussi, planète Terre,  si massacrée, si ravagée, si mortellement blessée.

En ce moment, aux quatre coins du monde, vous, les ignorés, vous redressez la tête. Vous retrouvez la parole qu'on vous avait arrachée. Vous affrontez les gaz lacrymogènes, les matraques et les canons à eau.  Même avec des parapluies vous vous tirez contre les balles de l'Empire. Tenez bon! En forçant quelques champions de la corruption à démissionner, vous leur avez donné la chance de poser peut-être l'unique geste honnête de leur vie... Mais vous visez plus loin. C'est tout le Système que vous voulez jeter par-dessus bord. Les requins n'en attendent pas moins.

À cause de vous, la vie donne des signes de vouloir   encore se greffer à nos branches mortes. Elle y parviendra.

La crèche de Noël est une première étape. Ensuite viennent la croix et d'autres déserts à traverser. Allons-y! Le mal ne gagnera pas toujours.  Tenons bon! 

                                                                                           Eloy Roy

25 septembre 2019

GRETA

                                                                             



Les gens mesurés, qui se voient comme la norme de ce qui est sage et civilisé, n'aiment pas Greta: trop émotive, trop apocalyptique, frisant même le fanatisme.  Selon eux, elle devrait se taire et retourner à son école.  Deux millénaires avant, d'autres gens "politiquement corrects"  voulurent réduire Jean le Baptiste au silence parce que, comme Greta et bien d'autres, il voyait du feu et criait "Au feu! Au feu!".  Plus tard, pour des raisons semblables, ils essayèrent aussi de fermer la bouche  à Jésus et à  ceux qui le suivaient. Mais ce fut plutôt Jésus qui leur en boucha un coin  en leur répondant du tac au tac: "Si eux se taisent, les pierres elles-mêmes crieront!" (Luc 19, 40)

Le discours de Greta à l' ONU:
En français:

15 août 2019

ÔTEZ-LUI LES BANDELETTES!




Alors que je méditais sur la résurrection de Lazare dans l'évangile de Jean 11:1-44, il me vint à l'esprit que même la RELIGION peut être une machine à tuer. En tant que système, en effet, la Religion est un peu comme une boîte de fer qui trop souvent étrangle Dieu et le rapetisse plutôt que de le  révéler. Alors qu'avec l'ÉVANGILE, c'est le contraire:  la Bonne Nouvelle ouvre les boîtes, elle réveille, ressuscite, "ré-vèle" (i.e. "ôte le voile"); elle libère des cadres, ouvre des chemins, met en lumière ce qui est caché.


Lazare était un très bon garçon et un grand ami de Jésus, mais il vivait enfoncé dans le religieux. Il n’avait pas de vie propre. Il était « mort au monde ». Pour lui le monde sentait mauvais alors que pour le monde, c'était lui qui ne sentait pas bon.

En se rendant compte, un jour, que la situation de Lazare avait atteint un point critique, Jésus en fut tout bouleversé. Il s'approcha de l'endroit où son ami s'était enfermé comme dans un tombeau, et lui cria : "Lazare, sors de là ! »

Lazare se dressa sur son céans en aspirant l'air frais à pleins poumons. Mais il ne pouvait pas marcher. Des bandelettes le tenaient attaché des pieds à la tête.

Ces bandelettes, c’étaient les vieux réflexes que la religion lui avaient collés à la peau. C'était, avant tout, la peur. La peur de déplaire à Dieu, la peur de ne pas observer les commandements au pied de la lettre. Une peur bleue de tout ce qui n’était pas enraciné dans le terreau de la religion; une terrible frousse de ne pas reproduire les gestes, les paroles, les pensées  sacrées fixés de toute éternité par la religion; une énorme crainte de s’écarter le moindrement de tout ce qui n’était pas balisé par la morale et le culte religieux; la peur de ne pas obéir au doigt et à l’œil à l’autorité religieuse; bref, la peur de tout ce qui pouvait exister en-dehors des murs de la religion, la peur du « monde », la peur de l’aventure humaine, la peur de la liberté, la peur de l’inconnu, la peur de l’autre. Lazare était devenu une momie religieuse, une statue de plâtre, un embaumé vivant. 

Lazare souffrait de ne pas être parfait. S'il avait, le temps d’un éclair, une pensée personnelle ou un doute, s'il lui arrivait de jeter un bref  coup d’œil de l'autre côté de la clôture et d'avoir envie de trébucher un tout petit peu, montait alors en lui le sentiment de n'être qu'une ordure répugnante. Le remords le rongeait. Il était bourré de sentiments de culpabilité. Être mortel l'ennuyait à mourir... Son visage était gris. Les ulcères perforaient son estomac.. Lazare était un mort vivant et sa vie n'était qu'un long coma.

« Lazare, sors de là! » lui crie Jésus. «Et qu'on le débarrasse de ses bandelettes!»…

Finie la peur! Maintenant commence la confiance: confiance en l’humain, confiance en soi-même, confiance en la vie, confiance en Dieu! 

Pour nous, aujourd'hui, ce Lazare qui pue pour le monde et qui est tout empêtré dans ses bandelettes, c’est carrément la vieille Église: l'Église de la loi, l'Église de la peur, l'Église de la mort. C'est justement la vieille Église qui depuis quelques années  est en train de tomber en poussière,  grâce à Dieu.

Mais Lazare qui écoute la voix de Jésus par-dessus toutes les autres voix et sort vivant du tombeau, Lazare qui se débarrasse de ses bandelettes, ce Lazare, cheveux au vent et beau comme un printemps, c’est l’Église éternellement neuve, l’Église du Ressuscité qui pousse tout doucement sur les ruines de l'autre.

La voix de Jésus, voilà le secret. Ce n’est pas la voix  des livres, de la tradition, de la religion, de la diplomatie ou de la hiérarchie. Ce n’est pas non plus la voix de l’anarchie, du libertinage et des spiritualités à la mode; ni même la voix des prudents, ni des maîtres de la raison droite, ni du sacro-saint consensus à tout prix.

La voix de Jésus est unique. C’est la voix de la Bonne Nouvelle qui était, qui est et qui sera toujours un « scandale » pour les dévots remplis de bonnes intentions,  et pure « folie » pour les gens raisonnables de tous les temps, croyants ou pas. Elle est la voix qui toujours dérange les morts et fait jaillir la vie.

En d'autres termes, la voix de Jésus, c'est la confiance inébranlable  en l’intelligence et en la fécondité de la LIBERTÉ!

C'est la pleine assurance que la curiosité, la soif de connaître, la créativité, l’audace, l’amour, la compassion, la justice et la paix sont de véritables puissances. Que celles-ci sont des énergies réelles et opérationnelles enfouies depuis toujours dans le psychisme de tous les humains pour construire, ordonner, mettre en marche, transformer et faire éclore et évoluer la vie.

La voix de Jésus, c’est la voix  qui RÉVEILLE CES ÉNERGIES et pénètre le cœur de chaque humain avec des mots qui viennent à bout des comas: «  Sors de ta tombe, relève la tête, laisse tomber tes bandelettes, marche! Ouvre les yeux et vois que la vie est pure ouverture sur plus grand. Elle va de morts en résurrections comme une fleur qui s'épanouit sans fin.»

« Oui, sors du tombeau, Lazare! »… Non seulement du tombeau de la religion anesthésiante qui te retient prisonnier du passé, de la peur et des rêves infantiles, mais aussi de cette nouvelle religion du cynisme et de l’arrogance qui fait de l’enflure de l'ego la norme absolue du bien, de la vérité et de la beauté.

Tout lâcher?... Mais non, Lazare. Une fois sorti de ton tombeau et libéré de tes bandelettes, tu peux fort bien récupérer les signes, les gestes, les habits de l’ancienne religion si cela te chante,  mais à une condition: que ces signes ne t’empêchent plus de marcher, mais te poussent, au contraire, à déployer tes ailes et à voler dans le ciel en faisant des voltiges à couper le souffle qui puissent émerveiller même les étoiles. 

                                                                                           Eloy Roy

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