YÉSHUA, LES DINOSAURES ET LES AUTRES

 

«Heureux qui ne sera pas choqué

à cause de moi!»

     (Matthieu 11, 6)


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Yéshoua,

les Dinosaures

et les autres

 

 

par Eloy Roy

 

Ceci est une « simple » lettre de 225 pages que j’adresse directement à Yéshoua, alias Jésus. Elle est constituée de quelques articles que j’ai déjà publiés sur mon blogue et que j’ai légèrement retouchés. À ces derniers j’ajoute ici quatre fois plus d’articles nouveaux.

 

LISTE DES CONTENUS


BLOC PRINCIPAL

1-Introduction

2-Dédicace

3-Les Dinosaures

 

4-Le langage des évangiles

5-Crise aiguë et foi sans bornes

6- «Royaume de Dieu».

 

7-Se mettre en mode « prophétique »

8-Ta base : un groupe de travailleurs de la mer

9-Du côté des derniers de la terre

 

10-La question du mal

11- Le pire aveugle

12- Copain des « collabos »? (les publicains)

 

13-Une païenne ouvre l’esprit de Yéshua (La Cananéenne)

14- À bas les murs! (La Samaritaine)

 

15- Parenthèse: la Religion

16- Un Samaritain canonisé (Parabole)

 

17- Même les gays? (Un centurion)

18- Au tour des terroristes!

19- Un révolutionnaire déchiré (Judas)

 

20- Zachée le Grand

21- Né à moitié (Lazare jr)

22- Dinosaure en mutation (Nicodème)

 

23- Égalité? Quelle belle folie!

24- Le Partage

 

25- Pas les femmes quand même!

26- Une pestiférée (L’hémorroïsse)

27-Un dinosaure retrouve son humanité (Jaïre)

 

28-Noces de Cana, une révolution copernicienne

29-Femme de réputation douteuse (La Madeleine)

30-Les adultères aussi

 

31-La femme courbée depuis des millénaires

32-Yéshoua s’empiffre à la table des notables

33-Scandale dans le temple

 

34-L’énergumène de Gerasa

35-Déblocage majeur (Pardon)

36-Remise à neuf en temps interdit

 

37-Les marmots

38- Les fleurs des champs

39- Ton Abba

40- Lancement de ta Mission

41- Sexe

42- Galiléens et Yéshoua: 2 points de vue

43-Joie

44- Épilogue

45-Une dernière question

 

NOTES

1- Fin imminente

2- Le langage des évangiles

3- Le problème du Mal

4- La religion

 

 

 

ANNEXE

 

10 articles

 

1- Marcher sur les eaux

2- Yéshoua, les cochons et l'économie, toute une histoire!

3- Évangile volé

4- Trop de bons, pas assez de justes

5- Qui dort, Yéshoua ou nous ?

6- À propos du Royaume

7- Église à reformater

8- L’amour seul est véritablement moderne

9- L’urgence de l’Évangile

10- Retour sur le Dieu de Cana

 

 

1-Introduction

 

Àux 225 pages qui s’ouvrent ici je pourrais donner  le titre de Jésus rompt le cordon ombilical avec la religion, ce qui ne serait pas faux, mais j’opte plutôt pour : « Yéshoua, les Dinosaures et les autres ».

 

Pourquoi « Yéshoua » et non pas « Jésus »?

 

Parce que Jésus est juif. Sa langue, celle de ses parents, celle de ses amis et de son peuple est l’araméen. En araméen, on l’appelle « YÉSHOUA » (prononcer : Yéchoua).

 Sa mère l’appelle Yéshoua. Son père, ses frères, ses sœurs, ses amis, les gens de son pays l’appellent Yéshoua. En français ou en araméen, les deux noms ont le même sens et signifient "Dieu sauve".

Pourquoi les « Dinosaures »?

J’affuble de ce nom préhistorique des personnages  généralement très religieux dont le sport favori est d’empoisonner la vie de Yéshoua.

 Dans l’évangile, ils jouent un rôle capital.

Ils nous font découvrir Yéshoua sous un jour trop peu valorisé d’un rude et infatigable combattant;  un lutteur qui provoque et qui ne craint pas de scandaliser; un bagarreur qui va jusqu’au bout de son sang pour transmettre la Bonne Nouvelle qui vit en lui.

 « Les autres », qui sont-ils?  

Dans l’évangile, « les autres », c’est la foule de gens que Yéshua croise dans son quotidien: femmes, hommes, pauvres, malheureux, rêveurs, mendiants, résignés,  indignés, révoltés, oppresseurs, opprimés.

 La plupart sont des gens plutôt ordinaires comme vous et moi. Mais ces personnes ordinaires jouent un rôle de premier plan dans l’évangile. Yéshoua est l’un d’eux.

 Sans ces gens ordinaires, pas d’évangile!  Ils  inspirent Yéshoua,  l’interpellent, le font réagir, le font réfléchir, le font parler, le poussent à intervenir.

 Ce sont ces gens qui lui arrachent une parole, une pensée, une image, un geste, un discours qu’ils ne comprennent pas toujours mais qui les enchante, les étonne, les scandalise, les enrage ou les engage.

 Ils éveillent chez lui une force qui débloque, ouvre les yeux, allège les fardeaux, redonne courage; une force qui redresse, libère, met en marche et guérit.

Car l’Évangile, ce n’est pas un livre et ce n’est pas Yéshoua seulement. C’est aussi sa mère, les apôtres, Hérode, Pilate et les Dinosaures.

L’Évangile c’est l’interaction de beaucoup de personnes, de beaucoup de regards, de sentiments, de langages, de forces, d’énergies. L’Évangile,  c’est tout un monde! C’est un ferment incroyable au milieu de notre monde à nous, tel qu’il est, à la fois horrible et merveilleux. Un monde qui a faim et a soif, cherche, s’entretue;  un monde qui parfois produit des merveilles, souvent se trompe, mais tant bien que mal avance toujours.

 L’Évangile, c’est tout simplement nous qui marchons comme nous pouvons  aux côtés de Yéshoua, un Yéshoua qui n'est pas un prédicateur professionnel, ni un ange, ni un  philosophe tranquille, ni un pieux guide de vie, ni un moraliste, ni un prof de religion, encore moins un clerc au service d’un culte.

Un Yéshoua qui n’est ni roi, ni prêtre, ni évêque, ni Pape, ni militant de gauche ou de droite, ni, non plus, un centriste tout doux qui ne serait ni chair ni poisson.  

Un Yéshoua qui transcende les étiquettes et les rôles. Un Yéshoua qui n’est d’aucune école, d’aucune secte, d’aucune boîte, ecclésiastique ou autre.

Et surtout, un Yeshoua à la solde de personne. Un Yéshoua qui est  simplement lui-même et qui est viscéralement identifié à nous.

Avant qu’il ne soit transformé en dieu, notamment par Paul ou Jean, Yéshoua est seulement un homme comme tout le monde avec ceci de particulier qu’il aime penser par lui-même. Yéshoua est un homme libre, lucide, transparent,  sensible, intelligent, généreux, ouvert.

Un homme qui réfléchit, médite, contemple le « mystère » qui l’habite, ce même mystère qui habite tout être humain.  De là lui viennent la sagesse et la forte confiance qu’il a en lui-même. De là aussi son audace et son extraordinaire créativité.

Yéshoua n'est pas un perroquet qui répète ce que d'autres ont pensé avant lui: "Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres…, eh bien, moi je vous dis… »  (Matthieu 5, 21-22).

Ce qui sort de la bouche de Yéshoua émane de son être profond où il prend son souffle, là où il se retrouve avec lui-même et avec son Abba-Père qu'il aime comme sa source et son propre cœur.

C’est justement là, au fond de lui-même, qu’il perçoit qu’entre lui et Dieu il n’y a vraiment pas de frontière : « Le Père et moi, nous sommes Un », lui fera dire Jean 10, 30.  

De la même source, des  millions de disciples (et beaucoup d’autres qui appartiennent à d’autres bercails) finiront au cours des siècles par découvrir à leur tour qu’au fond de l’être, rien vraiment ne sépare l’humain de Dieu et que rien ne nous sépare véritablement les uns des autres. 

 En quatre mots, Yéshoua est un homme spontané et viscéralement humain, simple et libre.

C’est un visionnaire et un combattant qui, de mille manières, s’applique à éveiller chez les humains une  conscience pratiquement inexistante au sujet de ce que nous sommes vraiment. Car, par la  générosité sans bornes de Dieu, nous sommes incroyablement plus grands que tout ce que nous pouvons penser, souhaiter ou imaginer.   

Est-il joyeux? Sans aucun doute. Et, bien que très sensible, il n’est pas  pleurnichard.

Il ressemble au vent qui est la respiration de la Terre.

Des millions de livres ne suffiraient pas à enfermer tout ce que ce vent charrie et signifie. Encore moins les présentes pages d'un  ignorant et honnête pécheur que Dieu aime de façon indescriptiblement formidable.

« Les autres », c’est moi, c’est nous tous et toutes  que Yéshoua éclaire, tire de la nuit, sort de l’inconscient, met au monde, appelle à « être ».

 

                                                                          2-Dédicace

 

Ces pages sur Yéshoua et ses opposants  (que j’appelle « Dinosaures »), je les dédie évidemment à tout le monde, mais en particulier aux laïques, hommes et femmes, interpelé/es par l’Évangile,  et qui ne sont pas de simples avatars du clergé.

 

Je veux ici rappeler que, bien avant d’être monopolisé par la religion des clergymen, des calices et des ostensoirs en or, Yéshua a été, est et sera à jamais un laïc comme eux, un vrai laïc comme le sont les 99,99% de l'humanité.  

 

Les milliers de pages qui manquent aux présentes lignes et à celles qui garnissent déjà bien des rayons de bibliothèques, il revient à eux de les écrire.

 

En attendant, je dédie également ces lignes à tous les "païens" et "païennes" comme moi, qui n’acceptent plus que l'évangile de Yéshoua soit la propriété d’une religion, d’une morale et de rituels conçus pour une époque qui, certes, a eu ses grandeurs, mais dont les jours sont définitivement comptés.

 

Où cela va nous mener, je ne le sais pas. Ce qui est certain, c’est  que notre avenir n’est pas dans le passé. De toute urgence nous devons mettre le cap sur un monde qui, à la vitesse de l’éclair, nous tire très fort vers d’autres horizons, car Dieu est là aussi.

 

Bien  que ce monde nouveau nous soit inconnu,  il pique notre curiosité tout en nous angoissant.

 

Peut-être lui ouvririons-nous une fenêtre toute grande s’il ne fallait  pas d’abord sortir du seul monde que nous connaissons.

 

Que deviendrons-nous, en effet, en dehors de ce monde plein de folies, de faim, de guerres, de misère, mais qui est aussi rempli d’histoires et d’expériences merveilleuses? Nous avons été façonnés par ce monde-là, que deviendrions-nous si nous devions le quitter? Ne serait-ce pas la fin de tout?

 

Ceci dit, nous revenons à toi, Yéshoua. Nous nous retrouvons à un moment crucial de ton époque  où des chambardements inouïs sont sur le point de faire tout sauter. Pour ton peuple, le danger d’être effacé de la carte du monde n’est que trop réel. Face au péril, il s’accroche désespérément au Temple et à la Loi de Moïse, comme à une  planche de salut. Mais toi, Yéshoua, tu déclares sans ambages que bientôt, de ce Temple béni, il ne restera plus une seule pierre (Marc 13, 2).  Et voilà, en effet, qu’ après des siècles de violence inouïe, de ce grand Temple, qui était l’âme, la fierté et la bouée de sauvetage de ton peuple, il ne reste plus que ruines et une histoire interminable de fleuves de sang.

 

Nous nous bouchons les oreilles, mais aujourd’hui encore tu nous adresses la même parole: de votre beau monde, de votre majestueuse religion, « il n’en restera pas pierre sur pierre! »

 

Car il faudra bien, un jour,  que nous finissions par comprendre que le salut de l’humanité ne réside pas dans des constructions de pierre, dans des images, des rites, des lois, des costumes, des discours, des missels ou des bibles.

 

Il se trouve  dans un monde complètement « nouveau » qui, pour être  précis, est véritablement et depuis toujours planté  en nous-mêmes, à la racine de notre conscience la plus profonde.

 

Puisse-t-il y croître sous le soleil comme l’herbe, les fleurs et les arbres d’un printemps sans fin! (Luc 17, 20-21).

 

(Sur le contexte de « fin du monde » dans lequel se déploie l’évangile, voir Annexe 1 Note 1, Fin imminente, à la fin de ce Bloc Principal que j’ai divisé en 45 chapitres de différentes longueurs).

 

 

Une pierre

Ce monde nouveau a-t-il besoin d’une seule pierre pour se manifester sur la terre? Absolument pas, car, comme on vient de le dire, il s’agit d’une réalité intérieure. Cependant, on a besoin de personnes qui nous gardent éveillés et nous aident  à rendre manifeste cette réalité enfouie dans les profondeurs de notre être. Pour ce faire, tu nous désignes une personne, en particulier, un simple pêcheur de poissons à qui tu donnes justement le nom de Pierre.

Ce Pierre, tout comme Yéshoua lui-même, est originaire de « la Galilée des nations ».

Dans cette région du nord, l'oppression est courante, et les habitants ne sont pas aimés par la population « de souche » qui habite la Capitale.

C’est que ces Galiléens sont plutôt rebelles. 

En plus, ils vivent au milieu de races très peu rassurantes émigrées de pays étrangers. 

Voilà la sorte de pierre que Yéshoua propose pour que nous continuions  dans sa voie. Le monde nouveau ne se manifestera pas grâce à l’appui de groupes établis au sommet de l’échelle sociale, mais par des  gens d'en bas sans pouvoir, dont la race est tout, sauf pure.

 

3-Les Dinosaures


Au cours de ta vie, Yéshoua, tu t’es frotté à trois types de Dinosaures. Par ce nom je  désigne les fonctionnaires de la religion qui sont convaincus d’être les dépositaires de toute la vérité de Dieu.

Obsédés pour leur sécurité et pour le pouvoir, ils ne tolèrent aucune critique et cherchent des poux à tout le monde. Ils vivent dans un passé qu’ils ont mythifié en faisant la guerre à toute nouveauté.

Tout en haut de la liste des Dinosaures trônent les Sadducéens.

Ces prêtres ultraconservateurs forment une caste d’aristos qui gèrent le vaste système du Temple de Jérusalem comme leur propriété privée.

Ils tiennent également les rênes de la sécurité et de la défense ainsi que le pouvoir politique et économique de la nation.

Ils veillent à ce que leurs lois soient appliquées au pied de la lettre  et, pour sûr, ils prennent grand soin de leur bourse et de celle de leur caste.

Quant au peuple ordinaire, ils le regardent généralement avec méfiance et dédain.

Comparé à ce beau monde,  toi, Yéshoua, simple charpentier de Nazareth, tu sembles sortir d'une autre planète.

Tu es un gars  à l’esprit ouvert. Tu portes en toi  les rêves et les drames des gens de ton peuple. Les plus pauvres, les marginalisés et les exclus sont les premiers dans ton cœur. Leur nombre est effarant.

Pour un peuple qui prétend être le peuple élu de Dieu, le fait qu’il y ait autant de pauvres et de miséreux dans ton pays est un scandale énorme. Tu vois en cela une preuve très claire que l’alliance au Sinaï a abouti à un échec monumental. Tout est à recommencer. 

Sur la liste des Dinosaures figurent évidemment les scribes et les pharisiens

Ces hommes très instruits contrôlent rigoureusement l'opinion publique. À la limite, toi et eux vous pourriez être amis, mais, en réalité, un océan vous sépare.

Pour eux, il n’existe pas de salut en dehors de l’observance la plus stricte de la Loi de Moïse.

Pour toi, il en va autrement.  Bien que tu aimes la Loi de Moïse autant qu’eux, dans ton cœur tu places au premier rang les gens qui n’ont personne pour les défendre devant Dieu, devant la Loi et devant les hommes.  

Pendant que, du haut de leur chaire, les scribes et les pharisiens jugent, discriminent et condamnent au nom de la pureté religieuse,  toi, tout en bas de l’échelle, tu te distingues  par ton bon sens, par ta liberté, par ta bonté et ton humanisme sans faille  envers tous et toutes et, en particulier, envers ceux et celles qui n’ont aucun pouvoir et aucun droit.


À la liste des Dinosaures il faut ajouter l’élite militaire, politique, sociale et économique avec laquelle tu n’as vraiment aucune affinité.

Ce sont notamment les grands patrons de la police ou de l'armée, les propriétaires terriens, les prêteurs à gages, les usuriers, les commerçants sans scrupules et, en général, les personnes de pouvoir et de gros sous.

Puisque, de fait, ils constituent eux-mêmes  « l'ordre établi », il va de soi qu’ils n’aient aucun intérêt à ce que les choses changent.

Puisque, de ton côté, les intérêts des 99% du peuple te tiennent à cœur plus que tout (et non seulement les intérêts du 1%, comme c’était le cas alors, et comme c’est encore souvent le cas aujourd’hui), tu ne peux faire autrement que de prôner un changement social absolument radical aussi profond et aussi permanent que la vie elle-même.

 

Les Dinosaures représentent donc l'inertie et le passé, alors que toi tu représentes le mouvement, le présent et l'avenir.

Plus les foules sont fascinées par ton interprétation libératrice de la « Parole de Dieu », plus les Dinosaures grincent des dents.

Plus le peuple t'applaudit, plus les Dinosaures te jettent des bâtons dans les roues et te cataloguent de charlatan, d’hérétique, de lunatique, de fou, d’ivrogne, de subversif et de démon.

Dès que tu ouvres la bouche,  les Dinosaures se bouchent les oreilles et souhaitent t'enterrer vivant.

S’ils retardent un certain temps à t’éliminer, ce n’est pas par sagesse mais par peur. Ils ont peur de la foule qui, entre enthousiasme et  incrédulité, voit en toi un prophète de Dieu (Matthieu 21, 46).

 

Tous ne mordent pas

 

Les Dinosaures ne sont pas, pour autant, des personnages caricaturaux ni des démons. Ce sont des gens normaux et respectables comme il y en a partout.

 

Certains sont des enragés, mais la plupart ont peu de dents et ne mordent pas.

 

Ordinairement ils campent  à mi-chemin entre les durs de leur bande et les gens qui, comme toi, se posent des questions.

 

 À l'heure des choix, cependant, ces derniers regardent ailleurs et restent muets. Ni figues ni raisins, ils ressemblent étrangement à la plupart des bons chrétiens que nous sommes.

 

4- Le langage des évangiles

 

Mise en garde

 

Comme  le langage de tous les anciens écrits chrétiens, celui des évangiles n'a rien à voir avec l'objectivité savante telle que nous l'entendons de nos jours. Tu sais bien, cher Yéshoua, que les auteurs de ces écrits ne cherchent pas à faire un relevé détaillé de ta vie.

 

Ils veulent seulement  transmettre quelque chose de l'énorme impact que tu as produit sur eux-mêmes et sur leur entourage.

 

Car, malgré la fin atroce que tu as subie sur la croix, ils sont fortement conscients que tu continues à vivre en eux et parmi eux,  et que tu ne cesses de multiplier tes merveilles à travers eux.

 

(Pour aller plus loin sur ce sujet: voir à la fin de ce Bloc : Note 2, Le langage des évangiles).

 

5- Crise aiguë et foi sans bornes

 

On perd facilement de vue qu’au moment où toi, Yéshoua,  tu entres en scène, ton peuple traverse la plus grave crise de son histoire.

 

Deux grandes forces sont sur le point de l’anéantir:

 

1- la fascinante culture grecque (sa langue, sa brillante philosophie, ses coutumes païennes), colonise partout les esprits. Elle est la grande mode de l’heure.

 

2- Par ailleurs, l’exaspérante et implacable occupation romaine pousse l’État juif à la ruine, de sorte que la survie de ton pays et celle de ton peuple ne pendent qu’à un fil.

 

Oublier cela un seul instant équivaut à vous figer, toi et l’Évangile, dans une histoire  sans doute  édifiante mais indifférente  aux grands enjeux politiques et sociaux dans lesquels, chaque jour, se débat l’humanité.

 

Cette situation « de vie ou de mort » à laquelle ton peuple fait face suscite deux réactions : soit la résignation victimaire, soit la révolte aveugle, deux attitudes  que tu rejettes d’emblée tant elles te paraissent  suicidaires. 

 

En lieu et place, tu proposes une voie qui fait appel à ce qu’il y a de meilleur dans l’humain.

 

Tu proposes que ton peuple opère un changement radical dans la façon de se voir lui-même et de percevoir Dieu, ainsi que dans la façon de concevoir sa vie et son destin.  

 

Bien que la fin semble proche, tu crois que ton peuple porte en lui la force de changer le cours des choses, une force qui ne demande qu’à être éveillée et stimulée. Tu l’encourages à croire en cette force.  

 

Pour toi, rien n’est impossible à ceux et celles qui croient en cette force intérieure.  Ils/elles peuvent même déplacer les montagnes.

 

Les faiseurs de miracles peuvent prendre leur retraite. Tout ce qu’on a à faire, c’est encourager l’humanité malade à continuer de développer le pouvoir qu’elle possède de se guérir elle-même comme le prouvent tous les jours les petits et les grands miracles de l’hygiène, de la médecine, de la science, du sport et des arts.

 

Miracles qui se produisent, non seulement en santé mais dans tous les domaines de la vie.  Nous n’avons encore rien vu! « Heureux qui croit sans voir! » (Jean 20, 29)

 

Le Dieu de la vie  a mis dans les humains plein de « bonne terre » (Luc 8, 8) pour qu’ils vivent forts, joyeux et heureux.

 

Dans cette bonne terre enfouie au plus profond de l’être,  il a planté une abondance de semences capables de faire germer sur terre ce que tu appelles le « Royaume  de Dieu».

 

 

6- « Le Royaume de Dieu».

 

Ce « Royaume » est le cœur de ta vie et de ton évangile.

 

Il est aussi indéfinissable que Dieu lui-même, mais dans nos termes à nous, nous pouvons le concevoir comme un monde idéal auquel  nous aspirons tous et toutes depuis le tout premier instant de notre existence.

 

Un monde débordant de vie, fait pour grandir, pour s’épanouir, pour fleurir et pour donner des fruits magnifiques de connaissance, de santé et de justice;  un monde de liberté et d’amour, un monde de beauté, d’harmonie et de paix, un monde dans lequel, en réalité, la terre et le ciel, ne sont plus séparés.

 

Ce monde, il faut le souhaiter, il faut  le désirer ardemment, le chercher, le mettre à la tête de toutes nos priorités (Luc 12, 29-31).

 

Il n’est pas loin. Il est en nous!

 

Déjà le grain a commencé à lever, signe que la moisson ne va pas tarder.

 

Tu veux que nous l’accélérions, que nous nous emparions de cette réalité mystérieuse  et que nous en  prenions possession dès maintenant, même en nous faisant violence s’il le faut (Matthieu 11, 12).

 

Donc, plus question de se tracasser pour sauver les meubles ou pour recoller les pots cassés, il faut tout changer!

 

Pas question de recul ou de repli sur soi, il faut foncer. Foncer avec foi vers l’avant, vers le différent, vers le neuf, vers l’inconnu, au risque même d’y laisser sa peau.

 

« Suivez-moi! » est ton mot d'ordre.

 

Quand  tu entres en scène, Yéshoua, ton peuple est vraiment en danger d’être rayé de la carte.

 

Dans cette nuit de fin du monde, ton arrivée soudaine apparaît comme un lever de soleil.

 

Ta parole perce les ténèbres d’une lumière nouvelle.

 

Elle est énergie qui vole au-delà des livres, au-delà  des discours, des mots, des lois, des règles, des comptes et des dogmes.

 

Énergie qui traverse les tombes, les murs, les données de base, les notions, les plans, les programmes et les institutions. 

 

Elle dépasse le raisonnable, le convenable, le bien ordonné.

 

Elle ne recule devant rien.

 

Elle dérange, elle crée.

 

Elle n’anéantit pas nos logiques. Elle les dépasse par une autre logique qui se situe au-delà du blanc, du noir et du gris, bien au-delà de nos dualismes qui sont notre façon normale de penser et de dire les choses. Rien ne l'arrête.

 

C'est pourquoi, ce qui importe dans ce modeste écrit, c'est le mouvement global et non le nombre de pages ni la précision chirurgicale des faits.

 

Ce qui compte, ce ne sont pas les marques et les limites du champ de jeu, mais d’abord le ballon qui vole dans le vent.

 

Lorsque ce qui est écrit ici sort des lignes droites et se lit plutôt dans les marges, il faut savoir qu'il ne s'agit  aucunement d'une erreur.

 

7-Se mettre en mode « prophétique »

 

Tu veux qu'on se connecte aux prophètes, ces héros qui prônent  des changements radicaux. Jean le Baptiste est l’un d’eux. Dans le désert, il milite pour un renversement de situation : « Redressez ce qui est croche! Ce monde injuste est à l’envers, il faut le remettre à l'endroit! »  ( « Metanoia » : Luc 3, 3 et ss).

 

Tu veux que, sans crainte, on te suive avec Jean et les prophètes dans le monde réel rempli de lépreux, d’aveugles, de sourds, de muets, de boiteux, de mendiants, d’estropiés, de spoliés; tu veux qu’on te suive dans ce monde d'échines courbées, d'affamés, de dispersés et de réfugiés...

 

Tu veux qu'on coure le risque de la rencontre avec des milliers de paysans arrachés à leur terre (encore aujourd'hui ils sont des centaines de millions sur la planète) déracinés par l'argent et par les armes de ceux-là qui se donnent le droit de couper les forêts, voler les troupeaux, saigner à blanc les entrailles du sol, bouleverser le climat, créer la famine, les sécheresses et les inondations, semer la terreur et le chaos, corrompre les  gouvernements pour en faire des marionnettes au service de leur empire partout sur la planète.

 

Tu veux qu'on parte avec toi et qu'on aille insuffler à toutes les victimes, à tous les écrasés, à tous les morts-vivants qui ne demandent qu'à vivre, un grand souffle de justice, de libération, d'amour et de résurrection.

 

C'est au milieu de ce monde-là que tu vis. C'est au milieu de ce monde brisé que tu mènes tes actions avec une immense passion.

 

Tu passes par les synagogues sans  t’y installer. Tu ne t’attaches à aucune organisation religieuse en  particulier, à aucune école, à aucune autorité, à aucun dicastère spécial, même pas à une toute petite paroisse (Matthieu 7, 29; 21, 23-27). 

 

Jamais tu n'utilises d'autres armes que ta propre personne, ta parole, ta conscience et l'amour de ton "Abba" (mot gentil que tu utilises pour te référer à Dieu).

 

Tes actions sont des mini-révolutions à l'intérieur de la grande révolution que tu souhaites ardemment voir se répandre en conflagration par toute la Terre.

 

Tu le dis bien : «Je suis venu jeter un feu sur la Terre, et comme je voudrais qu'elle soit déjà tout en flamme!» Du moins, ce sont les paroles mêmes que Luc met dans ta bouche (Luc 12, 49).

 

Tu nous souhaites la Paix, mais la seule paix digne de ce nom, celle qui jaillit de la santé, de la justice, de la bonté et de la recherche de la vérité (Jean 14, 27).

 

Tu rejettes nos fausses paix cousues de fil blanc, de semi-vérités,  de mensonges, de calculs diplomatiques, de ruses, de lâchetés, de peurs, d'hypocrisies et de démissions: «Je ne suis pas venu apporter cette paix-là, mais l'épée!» (Matthieu 10,34). 

 

Il est vrai que le  mot «révolution» n'est pas très canonique, mais qui peut dire que tu as été canonique une seule fois dans ta vie?

 

Le mot «dinosaures» n'est pas canonique non plus. Mais si on lui préfère un terme plus près des écrits évangéliques, on peut le remplacer par «vautours», «vipères», «pourceaux», "chameaux" ou "boucs". Le choix est vaste.

  

Ton Manifeste, ta Révolution, ta Mission

 

(Matthieu 4,23-5,16)

« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Tel est le slogan révolutionnaire lancé en 1848 par Marx et Engels dans leur fameux  Manifeste communiste. Après avoir conquis les masses de travailleurs et travailleuses du monde entier et instauré des régimes politiques dans environ un tiers des pays du monde, les grandes idées de ce manifeste ont conduit là où l’on sait.  Mais,  presque deux mille ans auparavant, dans une perspective et un esprit complètement différents, Yéshua de Nazareth avait fait retentir un appel puissant à une révolution encore plus grande, plus profonde,  plus véritablement humaine et universelle.

Dans un langage qu’on a peine à saisir aujourd’hui  et que j’interprète ici au meilleur de ma connaissance, Yéshoua,  les yeux fixés sur la misère du monde, tel un nouveau Moïse sur le haut de la montagne,   proclame  avec ardeur et  immense sensibilité un message étonnant qui dit à peu près ce qui suit :

«Comme vous êtes heureux, vous, les pauvres! Comme vous avez de la  chance vous qui pleurez, vous qui avez soif de justice et qui rêvez de  paix, vous les femmes et les hommes au cœur transparent et compatissant, vous que l’on poursuit parce que vous luttez pour la justice ; vous êtes peut-être les moins importants aux yeux des  humains, mais vous êtes les premiers dans l’esprit de Dieu, dans son cœur et dans son amour. Soyez dans la joie ! C’est à travers vous que Dieu lui-même montre son visage au monde.  À travers vous qu’il vient vers l’humanité entière, pleurant avec vous, souffrant avec vous, rêvant, espérant, luttant, aimant, mourant et ressuscitant avec vous ; c’est à travers vous qu’il vient dégager les racines de son Règne enfouies dans le cœur de tous les  humains pour qu’elles reprennent vie et de nouveau sur terre elles fassent pousser l’Arbre de la Vie et de l’Immortalité! »

 « N’ayez pas peur, relevez la tête, unissez-vous, aimez-vous les uns les autres comme je vous aime. Vous croyez n’être  que poussière, mais c’est en vous qu’est en train de germer un arbre immense pour que  tous les oiseaux du monde  viennent y faire leur nid. Cet arbre, c’est le Règne de Dieu en vous. Croyez en Dieu, croyez en moi, croyez en vous. Rien n’est impossible à ceux et celles qui croient. Ensemble  proclamons cette Bonne Nouvelle à toute la Création ! Moi, je suis avec vous jusqu’à la fin du monde ! »

 

8-Ta base : un groupe de travailleurs de la mer

 

(Marc 1, 16-20)

 

En Galilée, tu tombes sur de rudes pêcheurs. Ces braves garçons s’identifient aux 99% de leur peuple et ne rêvent que de  LIBÉRATION.

 

Ils en perdent le sommeil!

 

J’ai bien dit : « LI-BÉ-RA-TION »,  en pesant sur chaque syllabe,  n'en déplaise aux Jean-Paul II, aux Benoît XVI, à l'Opus Dei, aux  Lopez Trujillo, Burke, Pinochet, Videla,  Reagan, Bush, Trump, Ellon Musk et tous les Ayatollahs de l’univers.

 

N’en déplaise aux Poutine, aux Xi Jin Ping, aux bouchers du Hamas et aux bouchers d’Israël, ainsi qu’aux wôkes de toutes les races, de tous les genres et de tous les temps.

 

N'en déplaise également à toutes les prières eucharistiques, aux missels et aux bréviaires "passés date" et rigoureusement aseptisés. 

 

Et n’en déplaise finalement à la plupart des fonctionnaires de la théologie officielle des séminaires d'hier et d'aujourd'hui, ainsi qu’à tous les béni-oui-oui du monde entier.

 

Excédés par les impôts, ces pêcheurs de Galilée en ont ras-le-bol des autorités locales, de la police du temple et des troupes d'occupation du pays. Jour et nuit, ils rêvent d’une LIBÉRATION comme celle que mille cinq cents ans auparavant (soit deux mille ans avant la naissance de  Marx et Lénine), leurs ancêtres avaient acquise de haute lutte,  lorsque, selon une épopée ancienne, ils s’étaient révoltés et avaient réussi à casser les chaînes dans lesquelles l’Égypte, la plus grande puissance du monde de l’époque,  les avait tenus esclaves pendant plus de 400 ans.

 

En ce temps-là, quand on parlait de « salut », c’est à ce grand combat pour la liberté que l’on se référait. On n’aurait jamais  imaginé qu’il pût y avoir une différence  quelconque entre le « salut » éternel et le combat contre l’oppression sociale, politique, économique, religieuse ou autre.

 

Pourtant cette différence deviendra rapidement doctrine officielle du christianisme. Le salut des âmes sera proclamé seul valable, et le salut social et politique comme  secondaire, indifférent, à ignorer ou à rejeter. Pourquoi? Demandez-le aux véritables maîtres du monde.  

 

Donc, sans surprise, cette perspective de libération, et le mot « libération » lui-même (plus radioactif, semble-t-il, que le mot en "n") ont fini par être complètement délités de la conscience de l'immense majorité des chrétiens et chrétiennes qui, par ailleurs, prétendent sincèrement marcher avec toi sur le chemin de ton évangile.

 

J’ai vraiment honte de m’avouer  par quel truc sordide on a pu réussir à « dessaler » de façon aussi grotesque le sel même de l’évangile,  et à castrer de façon aussi outrageuse le projet pour lequel tu es mort assassiné sur une croix... (Matthieu 5, 13).

 

Ces pêcheurs de Galilée espèrent de toute leur âme trouver un  leader, un sauveur, un messie, un roi, un chef puissant qui se mettrait à leur tête et les sortirait de leur pétrin de mort.

 

Or, dès qu'ils t'aperçoivent sur leur chemin, dès qu'ils te rencontrent, t'entendent parler et voient ce que tu fais, ils croient que toi, le charpentier de Nazareth, tu es vraiment cet homme-là.

 

Sur-le-champ ils laissent tout et se mettent en route à tes côtés.

 

La nouvelle se répand comme une traînée de poudre.

 

Les dinosaures t’inscrivent illico sur leur liste de conspirateurs de gauche et de traîtres à la patrie.

 

On te fait suivre, on t'épie. On scrute à la loupe chacune de tes actions et de tes paroles.

 

Mais, loin de te stopper, cette traque ne fait que t'éperonner. Tes déclarations deviennent des épées, et tes gestes, des électrochocs.

 

Tôt ou tard, tu vas le payer cher.

 

 

9- Du côté des derniers de la terre

 

Luc 5, 12-13; 17, 12

 

Les lépreux sont méprisés, maudits même, parce qu’il est de croyance établie que c'est Dieu qui les punit à coups de lèpre en raison de répugnants péchés qu’ils auraient supposément dû commettre.

 

Pour toi, cette croyance est le comble de l’absurdité.  Tu la vois comme le  visage d'une religion ignorante et cruelle qui, impuissante à guérir, rend la maladie encore cent fois plus insupportable.

 

Contrairement donc à cette espèce de dogme prêché depuis des siècles, tu  entends bien que l'on se mette dans le crâne et dans le cœur que, loin d'être une machine à châtiments, « Dieu » est seulement vie, grâce et guérison.

 

Et puis, fort de cette foi, tu oses approcher les lépreux et les toucher.

 

Tu leur enlèves l'immense charge de honte et de culpabilité qui les écrase depuis toujours: « Vous qui peinez et ployez sous le fardeau, venez à moi et je vous soulagerai » (Matthieu 11, 28). 

 

Tu les libères du poids qui les accable, tu les soulages et les guéris dans leur dignité avec ce résultat que leur chair  se remet à fleurir d'elle-même.

 

Les malades qui affluent vers toi, tu les abordes tous avec la même force libératrice, avec la même assurance, la même audace et la même bonté.

 

Souvent tu as recours à des trucs de médecine populaire, mais tu n'ensorcelles  personne par des  discours ésotériques, ou des simulacres de magie qui embobineraient les esprits et les asserviraient à toi.

 

Te suivre, marcher avec toi, ne signifie nullement devenir tes esclaves, tout le contraire! 

 

N'empêche qu'après deux mille ans de christianisme, il existe encore de bons chrétiens pour affirmer que c'est Dieu lui-même qui fait pleuvoir les maladies et les malheurs, tant sur les innocents que sur les coupables: sur les coupables, pour les punir, sur les innocents, pour qu'il ne leur prenne pas envie d'imiter les coupables...

 

Or, c'est surtout à cause de ce dieu bizarre, ambivalent, supposément miséricordieux mais souvent indifférent ou même cruel envers les humains, que, de nos jours, des millions de baptisé-es et confirmé-es devenus adultes, pestent contre la religion et tournent le dos à l’église.

 

De toute évidence, mon cher Yéshoua, ta façon différente de voir Dieu ne passe pas comme une lettre à la poste.

 

En haut lieu, tes guérisons sont perçues comme subversives. Car, en plus de contredire la doctrine traditionnelle sur le péché et ses conséquences, elles sapent l'autorité sacrée des prêtres « divinement institués » pour gérer ces questions...

 

Ils ne te le pardonnent pas, d'autant moins qu'elles mettent en péril leur sécurité d'emploi et leur portefeuille.... 

 

 

10- Parenthèse: la question du mal

 

Par ailleurs, une  vieille question taraude depuis toujours l'esprit des humains, à savoir: "Si Dieu est si bon, pourquoi le mal existe?" Cette très grave question reste absolument entière.

 

(Pour une tentative de réponse: lire en bas : Note 3, La question du mal, à la fin de ce bloc).

 

 

11-Le pire aveugle

 

Jean 9, 1-41

 

Les aveugles, y compris  les aveugles de naissance, ne sont pas les plus durs à guérir.

 

Les plus durs, ce sont ceux qui croient voir, alors qu'ils ne voient pas.

 

Ce sont les ultraconservateurs et leurs semblables, justement les dinosaures. Ils ne voient rien en-dehors d'eux-mêmes et rien en-dehors du cercle étroit de ceux qui pensent exactement comme eux.

 

Ils sont toujours sur ton dos et sur tes talons. Quoi que tu fasses ou que tu dises, tu les choques. Ils prétendent défendre les droits de la vérité, les droits de la Tradition, les droits de la morale, les droits de la "vraie" religion, même « les droits »  de Dieu!

 

Absolument incapables de reconnaître les droits du pauvre, du petit, de l'opprimé, et de voir un frère ou une sœur dans le blessé, dans ceux et celles qui ne pensent, ne parlent ni ne vivent comme eux, ils s’en prennent à toi comme à un imposteur, à un impie, à un exalté et  un irresponsable.

 

Tu prends bien des risques en essayant de leur ouvrir les yeux, mais ils n’en éprouvent que plus de rage.

 

À la fin, ce sont eux qui auront ta peau. Jusqu'à ce jour.

 

Comme si c'était peu, ces gens aux yeux bouchés font des petits.

 

En ce 21e siècle, on trouve encore de leurs rejetons dans toutes les strates de l'église, depuis les sacristies les plus obscures jusqu'aux trônes les plus dorés.

 

Partout ils râlent, verrouillent, mettent les bois dans les roues et du sable dans les engrenages.

 

Le cœur débordant de gratitude céleste, ils encaissent d'alléchants dons provenant de leurs "fans" qui, pour la plupart, sont bourrés de fric...  

 

Un bon jour, fatigués de lutter contre les Dinosaures, tes disciples mettent dans ta bouche une série d'imprécations qui ont l'avantage de remettre les pendules à l'heure, et aussi de se défouler : «Vous, guides aveugles, race de vipères, hypocrites, sépulcres blanchis, vous assassinez les prophètes et ensuite vous leur bâtissez des mausolées! », autrement dit, vous les canonisez! (Matthieu 23,1-36).

 

 

12-Copain des « collabos »?

 

Matthieu 9, 10-13

 

La plupart des publicains sont des gens ordinaires qui ont faim.

 

Pour gagner leur croûte, ils n’hésitent pas à effectuer de basses besognes  pour le compte de l’unique employeur du pays, l'occupant romain.

 

Le bon peuple les a en horreur, les répudie, les boycotte et les voue au diable.

 

En t'approchant de ces gens honnis, tu risques de passer pour un des  leurs, c’est-à-dire un collabo ou un traître...

 

Mais toi, pour ta défense, tu te compares à un médecin: tu dis que tu n'es pas là pour prendre soin des bien-portants et des bien-pensants mais des malades.

 

Tu vas même jusqu'à affirmer que ces méchants publicains, tout comme les prostitué-es, sont plus proches de Dieu que la plupart des modèles de vertu encensés par les standards religieux (Matthieu 21, 31).

 

Eux au moins, contrairement à la caste des "purs", ne cachent pas qu’ils sont des ordures. Ils ne tentent pas de se faire passer pour des anges en faisant la morale aux autres (Luc 18, 10).

 

Avec ce refus d'en remettre sur le dos des publicains ostracisés par la vindicte populaire, la liste de tes impiétés contre la décence et la foi religieuse commence à s’allonger sérieusement.

 

 

13-Une païenne ouvre l’esprit de Yéshoua

 

Matthieu 15, 21-28

 

Parlons de cette fameuse « Cananéenne ».  Son CV est peu rassurant : elle est à la fois femme, étrangère et païenne.

 

Elle ne s'habille pas comme les bonnes filles de ton peuple. Elle ne porte même pas de voile...

 

On doit se tenir loin de cette race de monde. Leur religion fait peur.

 

On dit qu’ils ne valent pas mieux que des chiens. En tout cas, c’est de ce nom que ton peuple les désigne.

 

Mais elle, pour l'amour de sa petite fille qui est très malade, se fout bien  de passer pour une chienne.

 

Avec une foi à rendre jaloux les Juifs les plus zélés, elle te supplie de guérir son enfant.

 

Elle crie, elle pleure, se traîne à tes pieds; elle hurle, gémit, en effet,  comme un petit chien blessé. Elle ne te lâche pas.

 

Tant et si bien que tes fameux disciples perdent patience. Et toi aussi. - «Moi, je suis d'Israël. En Israël, on ne jette pas notre pain aux petits chiens!»  C'est ce que tu lui lances en montrant les crocs.

 

Elle te répond du tac au tac: «Chez nous, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître»...  Et vlan!

 

La répartie de cette femme te cause une telle surprise que tu la canonises sur-le-champ : «Femme, ta foi est vraiment incroyable!» En ce moment même, dit-on, la petite fille de cette païenne s’est réveillée guérie.

 

Toi, Yéshoua, tu es un bon Juif,  et comme tout bon Juif tu crois que le monde commence et finit avec les Juifs. Pour toi, les autres peuples sont de la vermine parce qu’ils ignorent la loi de Moïse.

 

Eh bien, c’est toi maintenant qui es "converti" (le mot est exact) par nulle autre qu'une païenne!

 

Car, tu viens de te rendre compte, tes disciples en sont témoins, qu’en ce qui concerne la foi, il y a des païens qui font la barbe aux plus fidèles serviteurs de la Loi.  

 

Ce fut là une autre de tes nombreuses « hérésies » que les compatriotes de ton temps, les dinosaures en particulier, n’ont jamais été capables de te pardonner.

 

C.est aussi un os comme celui-là que certains chrétiens du 21e siècle ont encore en travers de la gorge... Car ils ne sont pas tous morts ceux et celles qui doutent encore que l’on puisse faire son salut en dehors des cadres de l'église catholique tels qu’ils ont été fixés par le Concile de Trente.

 

Leur nombre a diminué heureusement, mais en haut lieu, ils sont encore puissants. Ils ne rendent  pas  la tâche facile au bon pape François qui pourtant,  avec beaucoup de patience et d’humilité, cherche simplement à ramener l’église sur le chemin de l’évangile.

 

Bientôt ce sera au tour du Pape Léon de goûter à cette médecine.

 

 

14- À bas les murs!

 

Jean 4, 1-42

 

La Samaritaine a tous les défauts. D'abord elle est femme. D’entrée de jeu ça dit tout.

 

Jamais un homme décent, surtout un homme de Dieu, ne se montre en public avec une femme. La femme, on lui coupe les cheveux, on la voile, on la cache, on la fait marcher derrière le mari.

 

Souvent elle est vue à peine comme un mal nécessaire, ou un péché utile. 

 

En public, on ne parle pas avec les femmes...  encore moins à une femme de race aussi bâtarde et menaçante que celle des Samaritains.

 

Le peuple des Samaritains, en effet, est issu de six ethnies ennemies (six, le chiffre du manque!).

 

Il n'en faut pas plus pour que les Juifs de souche les soupçonnent d'être de mèche avec ces nations honnies dont ils sont originaires.

 

Ils les voient un peu comme  espions dont il faut systématiquement se méfier.

 

Malgré cette paranoïa chez les Juifs de Judée ou de Galilée, il semble que les Samaritains vivent leur vie, sans trop de complexes. 

 

Ils sont fiers de leur temple qui perche sur le mont Garizim et qui tient tête à celui  de Jérusalem.

 

Ils n’ont aucune honte de leur religion, bien qu’elle ne soit qu'un bricolage de culte juif et de rites païens, une sorte de "multiculturalisme" religieux avant la lettre (abomination entre toutes : ils adorent Yahvé sous la forme d'un veau égyptien!).

 

Les bons Juifs qui jamais, comme on sait, n'ont eu les cochons en odeur de sainteté ("racisme systémique" oblige...)  estiment le plus sérieusement du monde que le grognement d’un cochon vaut mieux que la plus belle prière d'un Samaritain. C'est pour dire!

 

Or, toi, Yéshoua, au puits du village, en plein midi, tu adresses la parole à une femme de cette race-là.

 

Tu  demandes à boire à même la cruche d’une Samaritaine qui a eu « cinq maris » et qui partage maintenant son lit avec un autre mec sorti personne ne sait d’où.

 

Six hommes en tout! (les six ethnies ennemies...).

 

Elle n’a pas la langue dans sa poche. Elle te toise, te scrute, te pose des questions et te parle même de théologie.

 

Eh bien, c'est à elle que tu vas faire la  déclaration la plus incroyablement libératrice sur la religion.

 

Tu vas d’emblée lui dire  que la relation à Dieu n'est d'aucune façon une affaire de temples, d'églises, de synagogues, de pagodes ou de mosquées .... Pas une affaire de traditions, de doctrines, de rituels ou de dévotions, ni une affaire de lit ou de sexe.

 

Tout en estimant la religion des Juifs, c’est-à-dire ta propre religion,  comme étant la seule religion digne de ce nom, en réalité, tu oses affirmer que ce qui vaut à tes yeux, ce n'est pas vraiment la religion, mais autre chose.

 

Tu diras à la femme: «L'heure viendra et elle est déjà venue, où on adorera Dieu, non plus dans tel ou tel temple, mais en esprit et en vérité» (Jean 4, 23).

 

«En  esprit», cela veut dire qu'on ne sera plus dans la doctrine, dans le culte, dans la loi, dans l'organisation ou dans la structure,  mais dans le "souffle" ou l'élan du cœur.  Ou,  si on préfère ce mot,  dans ce qu’on appelle : «  la spiritualité ».

 

«En vérité», cela veut dire "en conscience", autrement dit, dans l'honnêteté avec soi-même, dans la franchise, la sincérité et la liberté de l'être de chacun ou de chacune (Matthieu 6, 5-8; 7, 21).

 

Cela signifie qu'on ne sera plus dans les temples et les sacrifices, dans les médiations, les hiérarchies, les endoctrinements, et les "secrets d'office" et, pour les catholiques d'aujourd'hui, on ne sera plus dans le célibat des prêtres, le sacerdoce des femmes, le manque de vocations, la pilule contraceptive, les condoms, le refus de la communion aux divorcés; on ne sera plus dans les stratégies pastorales, dans les horaires et les problèmes de stationnement pour les messes, ni dans les histoires de Fabriques ou de fusion de paroisses; on ne sera plus dans l'eau bénite, les médailles ou les chapelets. On sera ailleurs.

 

On sera  directement dans la grande déclaration d’amour que tu fais à cette femme de Samarie dont le cœur meurt de soif.

 

De mille manières on scrutera  tes mots qui apaisent la soif brûlante de cette femme. On les traduira en langage que tout le monde peut comprendre.

 

Au lieu de seulement répéter platement comme une règle de grammaire: « Si tu savais le Don de Dieu », on  passera à l’acte. On aimera tout simplement.

 

On fera en sorte que la personne qui a soif d’être aimée se sente écoutée, comprise et admirée de tout cœur, sans condition, sans condescendance et d’une façon absolument pure et GRATUITE, telle qu’elle est. 

 

Parce que c’est ainsi qu’est Dieu et c’est ainsi qu’il aime.

 

Dieu est pur DON. Il ne peut jamais être autrement.

 

On embrassera avec amour toutes les personnes avec leurs différents parcours.

 

On ne fera plus de tri.

 

On ouvrira les portes à tous les exclus. On aimera les Samaritains, on les assoira aux premières loges.

 

On aimera assez les Israéliens pour ne pas permettre qu’ils tuent les Palestiniens, et assez les Palestiniens pour qu’ils n’aient pas de motifs de tuer les Israéliens.

 

Parce que Dieu est Don, parce que Dieu est pur amour, parce que Dieu est Grâce.

 

Dans notre enfer où tout se paie, nous serions les témoins du Dieu qui  donne tout gratuitement.

 

Nous serions témoins du Dieu qui ressuscite de la mort.

 

Nous ne demanderions rien, nous donnerions tout.

 

Nous ferions de notre vie un don de nous-mêmes pour la liberté, pour la justice, pour le pardon, pour la fraternité et pour la paix.

 

Ce serait, évidemment, la folie pure, loin de nos bureaucraties (« faites le 1, faites le 8… »), loin de nos normes  et de nos cérémonies ennuyantes réglées au quart de tour. 

 

Le don de nous-mêmes, la gratuité, bref, la folie de l’amour serait notre marque de commerce.

 

Le goût du Don se répandrait comme une épidémie, nous rendrait tous et toutes complices les uns des autres. Notre bonheur serait de rendre tout le monde heureux.

 

À ce régime-là, personne ne mourrait de faim. Au contraire.

 

Ce serait comme une grande fontaine d’eau fraîche qui jaillirait du milieu de nos déserts et de nos puits asséchés, et qui nous connecterait directement à  Dieu, notre Source de Vie sans fin.

 

On ne manquerait de rien, on n’aurait plus soif, sauf d’amour infini.

 

Avec des mots, des gestes, des attitudes de ce genre, la Samaritaine  prend conscience pour la première fois de sa vie qu'elle pourrait être aimée pour elle-même par nul autre que Dieu!

 

Elle sent que c’est de cela qu’elle avait soif depuis toujours. Quelque chose débloque à l’intérieur d’elle. Ses défenses tombent. Son cœur s’ouvre.    

 

Elle en est si bouleversée, si renversée, si fascinée qu’elle laisse là sa cruche et part en courant crier son émerveillement aux bonnes gens de son village.

 

Pour des personnes habituées à être traitées comme des porcs, voir cette fille rayonner de tant de bonheur est comme la révélation du siècle.  

 

Tous se ruent vers toi  pour voir ce qu’il en est.

 

En te rencontrant,  en se sentant accueillis comme des gens normaux et comme de vrai-es ami-es, leurs préjugés fondent comme neige au soleil.

 

Ils ne se sentent plus galeux, ni semi-païens, ni espions, ni pourceaux.

 

À leur tour ils ressentent le même bonheur que la fille, le bonheur d’être aimés gratuitement pour eux-mêmes  sans aucune condition et comme les Samaritains qu’ils sont.

 

C’est comme ça, cher Yéshoua,  que tu nous mets au monde, par delà les murailles et les distances qui nous séparent dans l’espace et dans le temps.

 

Pendant longtemps le fleuve de vie créé par cette parole hyper libératrice a marqué la mentalité et toute la vie des femmes et des hommes  qu'on appelait "les chrétiens".

 

Mais à peine trois cents ans après toi, au temps de Constantin, la Religion refit son apparition en trombe.

 

La foi "s'organisa", se structura, se réglementa, se fixa à la romaine...,  et la spiritualité fut mise au pas.

 

On l'encadra, au fil du temps, dans une discipline infiniment complexe nommée "mystique"  qu'on réserva surtout aux moines, aux prêtres, aux religieux, aux religieuses et aux laïques attirés par la piété et la contemplation. 

 

Pour les gens ordinaires, il ne restait plus que l’eau bénite, le chapelet, les scapulaires, les reliques, les indulgences, les pèlerinages, la chasse aux miracles, les bondieuseries, les lampions et la soumission servile à un système sur lequel ils n’avaient aucune prise. 

 

Il y a deux mille ans, tu as dit: «L’heure est venue, elle est déjà arrivée», de sortir des cadres étouffants de la religion afin de redonner souffle à tous ceux et celles qui ont soif de liberté, d'authenticité, de vie et de sens...

 

Piètre résultat. Alors que, de nos jours, bon nombre de chrétiens ont déjà rejeté la religion et que certains font la découverte de la spiritualité, les uns se  tournent vers le Tibet, le Népal, l'Inde ou la Californie.

 

Les autres, très peu, commencent à peine à explorer l'immense trésor spirituel de l'évangile, car on en est encore à étudier les mots, les ci et les ça, avec timidité et grande peur de se tromper. On veut harnacher la fontaine avant qu’elle ne jaillisse des profondeurs de l’être.

 

Dès qu'on cesse de confondre ta Bonne Nouvelle avec la doctrine et  la pratique religieuse, on découvre avec surprise que l'Évangile est une mine d'or pour la réalisation de l'être.

 

Mais il n’en demeure pas moins que la plupart des chrétiens ordinaires, qui vont à dos de mule, à vélo ou à pied ignorent la chose et n'ont pas d'idée de ce qu'est la spiritualité.

 

Et s'ils en ont la moindre intuition, ils sont loin de penser que cette chose puisse se distinguer vraiment de l'emprise des curés, des paroisses, des sacrements, des messes, de la morale, des péchés et des commandements. Et aussi de la domination des gourous, et de milliers d'autres trucs. ...

 

Ils ne savent pas que la  spiritualité n'est pas la religion. Qu'elle n'est pas le dogme, la liturgie ou la morale.

 

Ils n'osent pas croire qu'en dehors, pas nécessairement contre, mais au-delà de la pratique religieuse, il y ait quelque chose qui soit réellement à ton image, c'est-à-dire libre comme le vent... (Jean 3,8).

 

 

15-Parenthèse: la Religion

 

 

La religion n'est pas mauvaise, loin de là! Depuis l'époque des cavernes jusqu'à nos jours, les religions ont été la matrice et la colonne vertébrale de toutes les cultures, de toutes les nations et de toutes les civilisations.

 

En occident, comme partout ailleurs, nous sommes passés de la barbarie à la civilisation en très grande partie, grâce à la religion...

 

Mais tout n'est pas rose avec elle...

 

(Pour aller plus loin, voir la Note 4,  La Religion, à la fin de ce bloc)

 

 

16- Un Samaritain canonisé

 

Luc 10, 29-37

 

Ça, c'est ta meilleure! La subversion à son comble!

 

C'est le saut parfait en dehors des enclos étouffants de la religion, et un atterrissage spectaculaire au beau milieu de millions de gens ordinaires comme vous et moi qui n'avons pas de doctorat en sciences de la vertu et ne nous soucions nullement d'être reconnus bons ou nuls par les tribunaux de la sainteté.

 

C'est incroyable! Nous sommes bourrés de défauts, nous avons nos manies, nos chicanes, nos croyances, nos opinions, nos peurs, nos lâchetés, nos péchés, nos rêves, et, bien sûr, nous avons quelques bonnes qualités et savons faire de bonnes choses, mais rien pour sauter très haut dans les airs.

 

Nous n'existerions pas que le monde ne s'en porterait pas plus mal.

 

Mais nous existons!

 

Si on nous disait que nous ne sommes pas mieux que les Samaritains, on ne se tromperait pas du tout.  

 

Or, c'est justement ce que toi, Yéshua, tu viens nous dire en atterrissant en plein  milieu de notre troupeau.

 

Tu nous dis: le Temple, c'est beau, mais il y a mieux que le Temple. La Religion, c'est beau, mais il y a mieux que la religion. La Loi, c'est beau, mais il y a mieux que la Loi.

 

La Morale, c'est beau, mais il y a mieux que la morale, mieux que l'obéissance à des autorités sacrées, mieux que les sacrifices, que les rites, que la messe et les sacrements.

 

Il y a mieux que la religiosité. Il y a mieux que la science et l’économie, mieux que les identités de races, de tribus, de nations, de classes sociales ou de statut...

 

Tout cela peut être beau et bon, mais à condition de ne pas arrêter le Vent qui est la chose la plus précieuse que nous possédions, car c'est lui qui nous fait respirer, lui qui donne souffle à la Nature et à tout l'univers (Jean 3, 8).

 

Le vent marche sans cesse, va où il veut et où il lui plaît. Il ne connaît pas de barrières ni de frontières (Actes 2, 1-4). On l’appelle « l’Esprit ». Il est la personnification même du  Souffle de  Dieu.

 

C'est lui qui nous fait ÊTRE. Il est la Liberté, l'Amour, la Vie même de Dieu; il est  la Lumière,  la Joie, la Paix, la tendresse et la Puissance du Dieu Vivant.

 

Il y a les Juifs, c'est beau, mais il y a aussi les Samaritains.

 

Il y a la grande Russie, la puissante Chine, il y a les grands peuples des deux Amériques, il y a les Africains, les Asiatiques, les Européens, les Océaniens, beaux et  moins beaux. II y a Haïti aussi, il y a les bons et les méchants du Soudan, du Congo, de l’Ukraine, du Moyen-Orient et de tous les coins du monde, des milliards d'humains comme vous et moi.

 

Bien qu’ils soient tous différents de nous, ils font partie de nous comme nous faisons partie d'eux. Les accueillir, c'est nous accueillir nous-mêmes, et c'est aussi accueillir Dieu qui les a faits comme nous semblables à Lui.

 

Les aimer, c'est nous aimer nous-mêmes et c'est aussi aimer Dieu.  

 

Dieu, nous, eux, nous sommes inséparables, nous sommes un avec l'humanité entière, avec la Terre, avec tout le cosmos...

 

Impossible d’imaginer cela, même en rêve : démesure parfaite,   démence superbe!....

 

Et pourtant  tout cela est  bel et bien en marche en nous et à travers nous.

 

On ne peut pas le saisir encore, ni à peine l’imaginer, mais on peut déjà le porter au fond de nous-mêmes et l’introduire de quelque façon dans la sphère de nos rêves et de nos désirs.

 

On peut en faire l’horizon de notre marche en avant, au-delà même des forces de la Terre et de celles des humains.

 

Que l’on en soit conscients ou pas, nous sommes déjà emportés dans une Création qui ne cesse de se faire et se refaire sous les ailes gigantesque de l’Esprit qui souffle depuis les « quatre vents » de l’univers (Ézéchiel 37, 9-10).

 

Comme tout le reste, il n’y  a rien de grand qui ne commence  par être d’abord  tout petit.

 

C’est ici que tu nous racontes une autre histoire, une histoire bien petite mais absolument fabuleuse. Une histoire toute simple, mais surprenante, généreuse, subversive,  et libératrice au suprême, une histoire sublime.

 

Elle nous  dit déjà ce que devient l’humanité quand elle s’ouvre au Vent de Dieu, à son Esprit.

 

Cette petite histoire nous est parvenue sous le titre de "Parabole du Bon Samaritain" (Luc 10, 25-37) :

 

                              

 « Un jour, un homme (un Juif) se fait tomber dessus par des chenapans qui le rouent de coups, le dépouillent de tout ce qu'il a et déguerpissent en l'abandonnant à demi mort sur le bord du chemin.

 

Alors que des oiseaux charognards s’apprêtent à se jeter sur lui pour le dépecer encore vivant,  sur le même chemin passent un prêtre et son diacre.  Ils  se dirigent vers le Temple de Jérusalem pour s’acquitter des tâches qui leur ont été assignées pour ce jour-là.

 

Ils paraissent très pressés.

 

En arrivant près de l’homme nu baignant dans son sang, ils froncent les sourcils, s'écartent vivement et, au pas de course, poursuivent leur chemin.

 

Peu après survient à dos d’âne un étranger barbu. Il n'a pas l'air très catholique. À la vue du blessé autour duquel bourdonnent de grosses mouches, l'inconnu saute de sa monture et s'empresse de le ranimer.

Avec du vin de ses bagages il nettoie de son mieux les plaies de l’homme, le hisse sur son âne et le conduit à la première auberge qu'il rencontre.

 

Arrivé là, il confie le blessé au maître des lieux et  lui laisse des sous pour en prendre soin jusqu'à ce qu’il se remette sur pied.

Il lui promet de repasser par là à son retour de voyage. S’il fait quelque dépense de plus pour le blessé, il la compensera.  Fin de l'histoire. Tout le monde t'écoute bouche bée.

 

Aussi longtemps que tes auditeurs croient que le blessé de la route est un Juif et que c’est un autre Juif qui va le dépanner, tout va bien.

 

Mais dès qu’ils réalisent que le sauveur inconnu n’est nul autre qu’un pouilleux de Samaritain,  c’est la déclaration de guerre! 

 

On crache par terre, on jette de la poussière dans les airs, on jure par la barbe de tous les patriarches que tu mérites d’être brûlé vif.

 

À peine parviens-tu à ramener le calme en leur répétant à grands cris  qu’il s’agit seulement d'une parabole et que Dieu a quelque chose à leur dire à  travers cette petite histoire.

 

Tu leur racontes que bien des fois, par la bouche de ses prophètes,  Dieu a essayé de faire comprendre qu'il en a soupé de toutes ces histoires de sacrifices, de cantiques, de lamentations religieuses, et de ces liturgies qui souvent ne sont qu'un rabâchage de vieilles choses du passé sans incidence véritable sur le présent.

 

La seule religion qui lui plait, c'est la justice et la miséricorde, point! (Exemples: Amos 5, 21-25; Ecclésiastique 34, 19-22; Psaumes 40, 7; 50, 7-23; 51, 18-19; Matthieu 9, 13. 12,7; etc. etc. etc.).

 

Tu leur rappelles aussi que les prophètes ont toujours passé  pour des empêcheurs de tourner en rond et qu’on se garde bien de les écouter. Alors, tu n’es nullement surpris qu’on ne t’écoute pas, toi, un petit menuisier de campagne qui raconte des histoires indécentes. Oui, indécentes,  comme ta parabole d’aujourd’hui.

 

Dans cette parabole  scandaleuse, tu as l’effronterie de donner le rôle de méchants au prêtre juif et son lévite, tandis que le premier rôle, celui  de bon garçon, tu le donnes au maudit Samaritain! On pourrait te tuer pour cela.

 

Pas un seul moment il te vient à l’esprit d’avoir un bon mot pour le prêtre et son diacre qui, pourtant, n'ont fait que leur devoir.

 

Tous les deux sont de bons Juifs qui ont respecté scrupuleusement les règles de la liturgie, lesquelles interdisent formellement de mettre les pieds dans  le temple si on vient d’entrer en contact avec du sang.  

 

Au lieu d’excuser ces fidèles serviteurs de Dieu, tu encenses un galeux de Samaritain!

 

Tu laisses planer le blâme sur deux personnes qui n'ont pas dérogé aux normes de la sainte pureté religieuse et tu mets sur un piédestal un répugnant personnage de la race des porcs.

 

La pureté religieuse, tu la bafoues!

 

Et pour comble, tu oses déclarer que celui qui est sur la  voie de la vie éternelle n'est nul autre que cet innommable Samaritain.

 

Pour l'amour du prochain, tu envoies le diable au ciel, et Dieu en enfer!

 

"Le fameux "prochain"! Tu n'as que ce mot-là dans la bouche!  À t'écouter, on dirait que le prochain passe avant Dieu!"

 

Tu leur réponds que Dieu ne passe ni avant ni après le prochain, car Lui et le prochain vont ensemble. Ils sont in-sé-pa-ra-bles!

 

La riposte ne se fait pas attendre. « Inséparables, dis-tu? Les Samaritains ne sont pas notre prochain! Ils sont déjà trop proches. Ils n’existeraient pas que le monde ne s’en porterait que mieux! »

 

Et toi, de préciser : «  Le prochain, ce sont nos proches et  tous les autres aussi. Ceux qui sont loin, on se les rend proches en allant vers eux, comme l’a fait le Samaritain de mon histoire. Dieu ne veut rien d'autre. La vie éternelle, c'est cela! (Luc 10, 25-28)

 

Les Dinosaures  ont vent  de cette histoire et n’en croient pas leurs oreilles.

 

Seule la peur des réactions de la foule (qui, malgré  ses réticences, te considère quand même comme un prophète), les empêche de te sauter dessus, de te couper la langue, de te crever les yeux et de  t'arracher la tête. Mais tu ne perds rien pour attendre.

 

Quant à nous, les chrétiens d’aujourd’hui,  qui éprouvons encore certaines réticences face aux pauvres, aux marginaux, aux itinérants, aux migrants, aux gens de couleur, aux LGBTQWXYZ+ ainsi qu’aux handicapés, aux malades mentaux, aux athées, aux autochtones, aux anticléricaux, aux chrétiens libérés, aux protestants, aux communistes, aux juifs, aux musulmans, aux militants de la justice et de la liberté, aux souverainistes,  aux féministes, aux écolos, etc. etc. etc., et qui, au Québec, avons parfois un peu honte d'être des Québécois (es), honte de ne pas être considérés aussi bien que les anglophones et honte par surcroît d’avoir été des fanatiques catholiques,  nous montrons clairement que dans notre ADN nous avons, nous aussi, quelques bons vieux atomes de dinosaures.   

 

17- Même les gays?

                                                                                                                   

Matthieu 8, 5-13

 

L'occupant romain, centurion, décurion ou autre, est l'impur par excellence, l'ennemi à abattre.

 

Or, un de ces centurions a un serviteur qu'il aime beaucoup et qui se trouve gravement malade. (Certains scrutateurs de la bible soupçonnent que ce « serviteur » pourrait être le « mignon » du centurion, autrement dit son amant).

 

Voilà donc que ce centurion, un bon Romain qui d'ordinaire traite les Juifs avec grand mépris, prend son courage à deux mains pour s'approcher de toi, un Juif,  et te demander une faveur.

 

Pour qu’il  s'abaisse ainsi, il faut que sa douleur soit exrême.    

 

Malgré sa peine et son énorme embarras, il prend soin de ne pas trop s’approcher de toi afin d’éviter de te rendre impur. C’est pourquoi, il t’adresse la parole à une certaine distance tout en te signifiant qu’il ne tient pas du tout à ce que tu te déranges pour le suivre dans sa maison.  

 

Il te dit tout simplement: «Moi, je suis un officier de rang inférieur, mais quand je donne un ordre, mes hommes m'obéissent au doigt et à l’œil. Toi, tu n’es pas comme moi. Tu peux m’accorder ce que je vais te demander sans même bouger de là où tu es. Dis seulement un mot et je suis sûr que mon serviteur va se remettre sur pied».

 

Sans s’en rendre compte, ce païen, en parlant ainsi, jette par terre une  barrière de fer haute jusqu’aux nues et te touche en plein cœur.

 

Son audace te remplit tellement  d'admiration et d'enthousiasme que tu déclares une chose inconcevable : «Jamais en Israël je n'ai vu une foi pareille!»

 

« Une foi », quelle foi? Le centurion a une très grande affection pour son esclave. Il souhaite ardemment qu'il vive. Il attend de toi que tu le guérisses parce qu’il a ouï-dire que tu es un très bon guérisseur. Ce que tu appelles « la foi » ici, ce n’est que cela.

 

C’est ainsi que ce païen, cet ennemi de ta nation, cet incirconcis,  ce non évangélisé, ce non catéchisé, cet homme vraisemblablement homosexuel actif obtient de toi la guérison de son ami.

 

Quant à cet ami, tu le guéris sans le voir, sans aller lui poser une seule question et sans lui imposer de condition, sans le sermonner sur le sixième commandement et sur les terreurs bibliques de Sodome et Gomorrhe.

 

Par hasard, « évangéliser »,  est-ce que ce serait aussi quelque chose comme cela?...

 

« Évangéliser » c’est apporter des bonnes nouvelles de la part de Dieu.  Or, c’est justement une sacrée bonne nouvelle que tu  apportes ce jour-là au centurion et à son  serviteur.

 

Et c’est cette même très bonne nouvelle que tu apportes encore aujourd’hui à tous les hommes et à toutes les femmes que la religion a eu la mauvaise habitude de stigmatiser pendant longtemps comme des branches mortes pour chauffer l’enfer.

 

Sur la Terre, il y a  des millions de gens de cette catégorie qui ne sont pas habitués à se faire dire que Dieu les aime à moins qu’ils ne soient des saints.

 

Mais voilà,  il semble bien, hélas,  que ce qui est une bonne nouvelle de la part de Dieu pour les pauvres, pour les différents  et pour les pécheurs, ça ne l’est jamais de la part des dinosaures. Curieux.

 

Pourtant l’évangélisation,  c’est très important, même pour la plupart des dinosaures. Ils écrivent des livres là-dessus, l’enseignent dans des séminaires et dans des universités et publient des milliers de revues  et de jolis blogues sur le sujet.

 

 

18- Au tour des terroristes!

 

Jean 6, 14-15; Luc 19, 37- 44

 

Les zélotes veulent te faire roi.

 

Pas un roi mystique, mais un vrai roi! Un vrai chef qui prend la tête du pays, un chef qui décide, un chef qui commande, un chef qui monte à cheval, qui fait la guerre, nettoie le pays de tout ce qui est étranger, un chef qui restaure les institutions nationales, rétablit dans leur pureté originelle les croyances, les rites, les coutumes qui font l'identité de la nation; un chef qui mobilise les forces populaires pour en finir avec les Romains et tous les traîtres qui collaborent avec eux ou qui se montrent simplement complaisants à leur égard.

 

Les Zélotes sont des guérilleros, des violents, « pleins de zèle », d’où leur nom. On les désigne aussi comme « bandits » ou « brigands » (Barabbas est l'un d'eux),  ou comme « larrons » (tels les deux larrons, le bon et le mauvais, crucifiés comme toi, de chaque côté de ta croix).

 

Dans les cavernes du désert environnant où ils se cachent, il faut bien qu'ils mangent. Ils ne se gênent donc pas pour brigander les fermes avoisinantes et les vider de leurs poules, chèvres,  moutons et de tout ce qui peut leur tomber sous la dent. Et si, en passant, ils tombent sur un publicain qui collecte l'impôt pour le compte des Romains, le pauvre type se réveille bientôt avec un poignard planté entre les omoplates.

 

Les méthodes des zélotes ne te convainquent pas, mais tu ne les condamnes pas. Ce sont des résistants.

 

Tu montres même de la sympathie à leur égard. La preuve est que, parmi tes disciples, tu  choisis des gaillards qui ont peut-être déjà trempé dans des opérations menées par ces groupes. Opérations  que, de nos jours, les défenseurs du statu quo qualifieraient sans doute d’extrémistes ou de terroristes.

 

 Par exemple, un de tes disciples appelé Simon a justement hérité du surnom de Zélote. Un autre est Judas surnommé Iscariote (homme au sicaire, au poignard). Il y a aussi les deux frères, Jean et Jacques, appelés « fils du tonnerre ». Ces deux-là rêvent d'en découdre au plus tôt avec les ennemis de la nation et d'occuper les postes les plus importants dans le gouvernement de ton futur royaume.

 

Évidemment, il y a aussi le bouillant Simon-Pierre qui a la gâchette facile ou plutôt la poigne rapide pour dégainer l'épée...

 

Ce n’est pas évident pour toi de canaliser l'énergie guerrière de ces braves garçons et de l’orienter dans une direction pour le moins aussi  risquée, mais plus humaine, plus véritablement révolutionnaire et donc…  plus dangereuse.

 

Tu comprends parfaitement la grogne des zélotes. Leur soif révolutionnaire est loin de te déplaire. Mais, pour toi, la révolution qui a de l’avenir ne carbure pas à la violence, à la haine et à la vengeance; elle ne combat pas l'injustice par l'injustice, ni le mal par le mal, ou la violence par la violence.

 

Ta révolution, certes, est mue par l’audace et le courage, mais aussi par de profonds sentiments d'humanité et par un amour héroïque allant jusqu'au pardon et  à l'amour des ennemis.  Imagine!

 

Ta guerre, ton  épée, ton glaive, ta violence consistent, non pas à tuer, mais à risquer et même à donner bravement et librement  la propre vie pour redonner à l'humain sa dignité, sa liberté et sa beauté.

 

Le pouvoir, oui, mais pour servir l'être humain et non pour l'asservir, ou pour l’empêcher de penser,  ou carrément l’empêcher d’être.

 

Peut-être que, dans notre monde contemporain, ceux et celles qui ont le mieux incarné cette façon de faire, sont,  mutatis mutandis,  Gandhi, un non chrétien, Martin Luther King, un pasteur baptiste noir, Rosa Parks, une autre noire,  et Mandela, noir lui aussi, libéré après 27 ans à casser des cailloux dans un bagne. Les deux premiers ont été assassinés, les deux autres ont vécu très vieux et sont  morts heureux.

 

Et pour ne pas être en reste, j’ajouterais Malala Youzafzai et les milliers de torturés chrétiens ou non chrétiens, assassinés ou disparus des dictatures du Chili, d’Argentine et de presque tous les pays d’Amérique latine et d’ailleurs, sans oublier en particulier Cuba et Haïti…

 

Tu déçois les zélotes. De dépit ils se retournent contre toi, parce que tu ne te laisses pas entraîner dans leur violence folle.

 

Lorsque Pilate proposera la libération d'un prisonnier à l'occasion de la Pâque, ils échangeront ta tête pour celle de Barabbas, un zélote notoire.  Pour les mêmes raisons, pense-t-on, tu as déçu aussi ton ami Judas.

 

Cinquante ans plus tard cependant, lorsqu’à Jérusalem, en l'an 70, les zélotes réussiront à se soulever contre les troupes romaines, l'histoire te donnera raison. Elle démontrera de façon très crue où mène la révolte aveugle des violents : la ville sera rasée, la population, massacrée, l'État aboli, les survivants expulsés, le territoire annexé. L'État hébreu sera rayé de la carte pendant 2000 ans!

 

Pourtant, ton rejet de la violence ne fait pas de toi un homme religieux confiné aux affaires de l'âme. Au contraire!

 

S'il est vrai que tu refuses de jouer le rôle d'un chef de rébellion ou d'un commandant révolutionnaire (Jean 6, 12), tu ne cesses d'assumer un « leadership » profondément libérateur en fonction de tout ce qui est essentiel à la vie, à la paix et au bonheur du peuple.

 

Ton leadership  se situe aux antipodes de ce que projettent habituellement « ceux qui sont aux commandes ».

 

Il se résume à ceci : les vrais leaders (ou les vrais rois) doivent se dévouer au service du peuple et non soumettre le peuple à leurs intérêts personnels (Marc 10, 42-45).

 

Aussi simple et aussi révolutionnaire que cela !

 

Toi-même tu te mets au service de tout ce qui donne vie et apporte la liberté et la paix.

 

Et quoi donc donne vie et apporte la liberté et la paix? Est-ce d’abord la religion avec ses nombreux rites, ses prières et sacrifices ou est-ce la justice avant tout ? Tout être rationnel connaît la réponse.

 

Si donc  une violence devait porter ta signature, ça ne pourrait être que la « violence de la justice» exercée avec humanité et bonté sur une base qui, tout en ne prétendant pas posséder la vérité, refuse fermement d’user de mensonge.

 

C’est pour cette raison, mon cher Yéshua, c’est  pour avoir osé faire de la religion une affaire d’amour inséparable de la vérité, de la justice et de la liberté que tes jours sont comptés...

 

Tu es condamné à mort par les pontifes de l'État théocratique des Juifs et tu es exécuté par les Romains.

 

On te cloue à une croix, un châtiment que Rome réserve aux esclaves fugitifs et à ceux qui se révoltent contre l'Empire.

 

Tu es donc crucifié comme dissident politique et comme rebelle entre deux « brigands » condamnés à subir à tes côtés le même supplice que toi.

 

Avec un cynisme typiquement dinosaurien, Pilate prend soin de placarder un écriteau au haut de la croix  affichant haut et fort que tu es bel et bien exécuté comme "ROI DES JUIFS" (INRI), donc comme le Grand Dirigeant de ceux qui osent s’insurger pour se libérer de la domination de l’Empire. 

 

Voilà donc un crime d’État parmi des milliers d’autres, que l’on a voulu occulter le plus possible par crainte de représailles.

 

On l’a atténué et on est même parvenu à le cacher sous  le couvert d’une mort expiatoire qui aurait été commandée par Dieu lui-même,  soi-disant pour le salut de nos âmes.

 

C’est sous ce voile, repris par l’Église comme dogme fondamental de la foi chrétienne,  que, depuis deux mille ans,  on te pleure comme la « victime innocente »,  non pas des autorités de l’État et de la Religion, mais, tenez-vous bien,  de nous-mêmes!

 

Tu n’aurais pas été victime d’un assassinat brutal commis par les autorités politiques et militaires de l’Empire romain  à l’instigation de l’autorité politique et religieuse des grands-prêtres de Jérusalem, non, ces derniers n’auraient été que les exécuteurs du dessein divin. 

 

Les seuls vrais coupables, c’était nous!  À cause de nos péchés.

 

Puisqu’on est les coupables, il faut bien qu’on s’incline devant l’autorité de  l’État et de la Religion, car « toute autorité vient de Dieu » (Romains 13, 1).

 

On demande pardon,  on n’ose plus parler, on obéit et on fait pénitence.

 

Comme si c’était peu, on remercie Dieu qui, dans sa grande miséricorde, a tourné notre péché en un instrument de grâce et de salut. « Heureuse faute qui nous vaut un tel rédempteur! » (Liturgie du Samedi Saint).

 

Un peu plus et on canonise Pharaon, Caïphe et Pilate…, et pourquoi pas Hitler, Staline, les Ayatollahs, de même que nos beaux dictateurs cathos et nos chères « démocraties » et les autres régimes qui ne cessent de coloniser et de détruire la planète et de fouler aux pieds les droits les plus élémentaires des personnes et des peuples? 

 

Un pyromane met le feu à la maison. Une famille entière est prise dans les flammes. Un homme entend les cris de ces pauvres gens. Il saute dans le brasier et réussit à les sauver, mais lui, il y laisse sa vie. Qui est le coupable : les victimes ou le pyromane?

 

Nos formules pieuses sont très utiles pour enrober de sucre la vérité des faits historiques; c’est sans doute pour cela que nous nous égarons toujours plus dans nos contradictions et nos folies.

 

Dans ce que tu as semé, Yéshoua, il n’y avait pas de confusion. Tu ne jouais pas avec la vérité des faits.  Tu ne jugeais pas, tu ne condamnais pas, mais tu appelais les choses par leur nom.  Pour toi un chat était un chat.

 

Tu ne tergiversais pas. Tu ne dissimulais pas. Tu ne camouflais rien. Tu jouais franc. C’est pour cela qu’on t’a tué.

 

On t’a tué pour ta franchise, pour ton honnêteté, pour ton audace, pour ta façon de regarder la réalité et de la nommer.

 

On t’a tué parce que c’est comme ça que tu nous as aimés.

 

C’est donc en entrant à notre tour dans cette façon d’aimer que nous pouvons nous sauver nous-mêmes  et que nous pouvons dégager une voie d’avenir pour notre monde.

 

Non, on ne se sauve pas de l’enfer par des sacrifices sanglants, mais en aimant comme toi tu as aimé, c’est-à-dire en étant avant tout droits,  transparents et entiers.

 

Pendant les trois siècles qui ont précédé la fameuse "paix" de Constantin, les chrétiens et les chrétiennes se laissèrent torturer par leurs geôliers et déchiqueter par les tigres  plutôt que de plier le genou devant la statue de l'empereur ou de brûler de l'encens en son honneur...

 

Ils n'adoraient pas l'autorité comme on adore Dieu, ils ne s'agenouillaient devant aucun homme, ils ne baisaient l'anneau de personne. Comme toi, Yéshua, qui ne t'agenouillais que devant les pauvres et devant les gens dépossédés de toute forme de pouvoir (Jean 13, 4-5).

 

Mais après la fameuse « paix de Constantin », quand l'autorité suprême de l'Empire se fit « catholique », les vieilles hiérarchies de l'époque antérieure à l'Évangile revinrent au galop.

 

Sans crier gare, sous les drapeaux mêmes du christianisme, on se retrouva soudain à quatre pattes sous la férule du vieux Dieu tout-puissant de la Religion et sous  la crosse de plus en plus dorée de ses représentants.

 

L'Église cessait d'être une communauté et devenait une organisation dirigée d'en haut et gardée à vue par des fonctionnaires de « la Loi et de l'Ordre.»

 

L'évangile de Yéshoua reçut alors en plein cœur un coup de lance dont il ne s’est jamais remis.

 

 

19- Un révolutionnaire déchiré

 

Matthieu 26, 14-16; 27, 3-8

 

Judas t'aime,  mais, selon l'avis de plusieurs érudits, il désespère de toi parce que tu rejettes l'offre des zélotes de prendre la tête de leur mouvement. 

 

Selon lui, seuls les zélotes  peuvent sauver le pays, mais toi, tu n'es pas d'accord. 

 

Au risque de passer pour  un «larron», un brigand ou un voleur (Jean 12, 6), Judas recueille  des fonds pour la cause des zélotes.

 

Un jour, cherchant à faire pression sur toi, il a la brillante idée de «vendre» aux dinosaures qui logent au temple un important renseignement à ton sujet, en échange d'une somme d'argent dont ses amis zélotes auraient bien besoin…

 

Judas ne cherche pas à te tuer, car il t'aime sincèrement, comme toi tu l'aimes. Il va seulement indiquer à la police du temple l'endroit où elle pourra te trouver, espérant que les grands chefs religieux te coincent et que tu en sois quitte pour une bonne  frousse.

 

Il est probable que, de leur part, ces derniers se soient engagés à ne pas pousser les choses plus loin : une frousse et rien de plus.

 

Judas compte bien que cela suffira  pour te forcer à revoir ta position par rapport aux zélotes.

 

Il souhaite seulement  qu’il ne te reste pas d’autre choix que de te rallier à eux, prendre la tête de la rébellion et accepter de devenir roi de la nation.

 

Mais les Dinosaures ne tiennent pas parole. 

 

À peine ont-ils en main l'information désirée, ils se  saisissent de toi et, sans perdre de temps, ils enclenchent immédiatement le cirque que l'on sait : arrestation, procès, tortures, mise à mort sur la croix.

 

Quand, de son côté, Judas réalise comment il a été floué par les Dinosaures, il veut simplement mourir.  

 

Le cœur brisé, il se pend.

 

 

20- Zachée le Grand

 

Yéshoua, tu n'es pas raisonnable! Tu oses mettre les pieds dans la maison de cette fripouille de Zachée.

 

La religion des Dinosaures (qui est aussi la religion de beaucoup de personnes raisonnables et bonnes),  interdit formellement de s'approcher d'individus de cette espèce.

 

 

 

Luc 19, 1-10

 

Zachée  est un abominable collecteur d’impôts qui suce le sang de ses concitoyens pour le compte de l’occupant romain.

 

Ses patrons le protègent,  et il s’en met plein les poches grâce à une alléchante commission sur les montants qu'il perçoit.

 

C’est ainsi que Zachée  réalise le rêve de sa vie : être quelqu’un.

 

Car, depuis tout jeune, Zachée est bourré de complexes en raison de sa petite taille.

 

Il en  meurt de honte et de rage.

 

Il se sent moins que rien. Tout le monde se moque de lui. 

 

De là son obsession de devenir grand, très grand. Mais comment faire?  

 

Le seul employeur dans le pays, ce sont les Romains. L’idée lui vient  alors de se vendre, de se prostituer, de se coller comme une sangsue aux basques des Romains.

 

Peu importe qu’ils soient ennemis, envahisseurs, occupants, oppresseurs et impitoyables exploiteurs, l'important pour Zachée, c’est de gagner de l'argent. 

 

Donc, du jour au lendemain, Zachée, l’homme de petite taille, se transforme en traître à l'égard de son peuple.

 

Un traître très riche que tout le monde craint, haït et envie.

 

Zachée est enfin devenu quelqu'un.

 

Zachée, bien oui, est une ordure, un mort vivant comme il s’en compte encore par dizaines et centaines de milliers dans les labyrinthes glauques du crime organisé, les banques, les multinationales et les gouvernements. 

 

La maison de Zachée est une forteresse entourée de barbelés, de pointes de flèches fixées dans le mortier, de dogues et de gardes armés.

 

Soudain un bruit monte de la rue. C’est toi, Yéshoua.

 

Tu passes dans les parages. T’accompagne une troupe qui a l'air de faire la fête.

    

«Yéshoua, le faiseur de miracles? »  demande Zachée,  « celui qui change l'eau en vin? Qui guérit les boiteux et  redresse les  femmes bossues? Si c'est bien lui, voilà, enfin, l’homme qu’il me faut! Il est enfin arrivé le jour où je vais  grandir au moins d’une coudée! »...

 

En caressant sa bourse débordante de rutilants deniers il se dit d'un air malin: « Avec des sous, on peut tout!»   

 

Éperonné par son vieux rêve, il bondit hors de sa forteresse et grimpe dans un arbre...

De là-haut, il peut voir autre chose que les pieds des gens.

 

Il te voit, toi, Yéshoua.

 

Et toi, Yéshoua, tu l’aperçois te faisant des signes depuis la branche à laquelle il s’est accroché.

 

Avec un sourire large comme le soleil et les mains en porte-voix, tu lui cries: «Zachée, descends vite, je veux aller chez toi!».

 

Préfigurant peut-être le corbeau de la fable,  le petit homme, en entendant ces mots, « ne se sent pas de joie ». Il se jette illico en bas de son arbre et  va en courant t’ouvrir le portique de sa forteresse.

 

Les plus timorés de ta troupe n’entrent pas. La religion des prêtres l’interdit.

 

Mais toi, Yéshoua, ainsi que tes ami-es les plus dégourdi-es, vous n'hésitez pas une seconde.

 

 Avec votre joie, votre humanité, votre simplicité et votre liberté vous pénétrez dans  cette maison  qui, jusque là, n'était qu’un tombeau.

 

Vous la remplissez d’air frais.

 

Le petit homme reprend son souffle et son cœur perforé d'ulcères s’inonde de lumière. Et de paix.

 

Zachée se rend compte qu’Il vient ni plus ni moins d'échapper à l'impitoyable tribunal des vertueux, des purs et des envieux.

 

Car, pour la première fois de sa vie, il n’est pas jugé comme la plus sordide des ordures.

 

Pour la première fois, il ne se sent ni nain, ni salaud, mais normal.

 

Il en est  si heureux qu’il en perd la tête.  

 

Il se jette dans tes bras en s’écriant : « À partir de maintenant, je donne la moitié de mes biens aux pauvres, et ce que j’ai volé, je vais le restituer à ceux que j’ai floués, et le multiplierai par quatre!»

 

Ce jour-là, la valeur des actions de Zachée plonge au-dessous de zéro et, puisque seuls les justes  sont vraiment grands,  Zachée se hisse à la hauteur d’un géant.  

 

Aujourd'hui il est connu dans le monde entier, presque autant qu'Alexandre le Grand, Ali Baba, Robin Hood et bien d'autres chenapans célèbres. Depuis deux mille ans, des milliers de choses sont écrites à son sujet. Les présentes lignes font partie du lot...

 

Ce qui a sauvé Zachée, semble-t-il, ce serait son cœur d’enfant.

 

Ce cœur dormait sous un tas de douleurs, de hontes et de sottises. 

 

Ce cœur assoiffé de tendresse et pétillant de désir était le trésor caché, la perle précieuse, le « vrai moi »; c’était l’être de lumière dont personne, dont Zachée lui-même, ne soupçonnait que puisse  exister su terre merveille pareille.

 

Sans le savoir, c’était l’image même de Dieu qui, comme la Lune, se levait au plus profond de son être.

 

C'était l’homme nouveau, le ressuscité.

 

C’était le Royaume qui s'éveillait dans les profondeurs de sa personne.

 

Ce cœur a pu émerger du « méchant » Zachée parce que quelqu’un, l’a regardé avec les yeux de Dieu.

 

De ce Dieu qui n'est pas un Dinosaure, mais  une puissance d'intelligence et de  tendresse  qui transperce la pierre la plus dure depuis l'intérieur même de l'être.

 

Jamais il ne juge en se basant sur les apparences, ni même sur les lois les plus sacrées de  la Tradition ou de  la religion  (1Samuel 16,7). Qui l’eût cru?

 

Bravo, Yéshoua!  Après avoir bafoué une des règles les plus élémentaires de la décence religieuse, tu changes le cœur d'un rapace et traître à la nation en un cœur d'homme juste et bon.

 

Sans contredit, il s’agit là de ton plus grand miracle. Plus grand peut-être que ces histoires d'eau changée en vin, de pêche miraculeuse, de marche sur les eaux, ou de résurrection de Lazare!

 

Or, ce  miracle s’est produit grâce à un péché, oui, d’un péché.

 

Le grand péché que tu as commis en osant mettre les pieds chez Zachée en te fichant royalement d’une des règles les plus nettes de la religion, de la politique et de la vie sociale de ton temps.

 

Preuve qu'il y a parfois de bons et saints péchés... Qu'en dites-vous, messieurs et mesdames Dinosaures?...

 

 

21- Né à moitié

 

Jean 11, 1-44

 

Le vrai problème de Lazare - on ne parle pas ici du Lazare de la parabole du riche et du pauvre, mais du jeune frère de Marie et de Marthe de Béthanie -  eh bien, personne ne le sait. Ce sont de ces choses dont on ne parle pas. On en souffre, c’est tout.

 

Lazare est un beau jeune homme gentil, très sensible, issu d’une famille bien. Ses parents meurent quand il est encore  tout petit, et depuis ce temps il vit seul avec ses sœurs, Marthe et Marie. Ces deux excellentes femmes l’ont élevé dans leurs jupes.

 

Elles l’ont gâté et protégé de tout mal. Elles voulaient en faire le meilleur garçon du monde.

 

Ce qu’il est devenu de fait.

 

Personne ne peut l’égaler en intelligence, en sympathie, en popularité.

 

Sauf que les filles ne lui disent pas grand-chose, car aucune n’arrive à la cheville de ses sœurs.

 

Dans son nid douillet il n’est pas malheureux ni heureux. Il lui manque quelque chose.

 

Serait-ce son père qu’il n’a pas connu  ou le frère qu’il n’a pas eu?

 

N’ayant pas eu la chance de se comparer ou de se mesurer de près à quelqu’un de semblable à lui, il ne sait vraiment pas qui il est, comme s’il était étranger à lui-même, ou pas encore complètement né.

 

Cela le rend mélancolique et, à certains jours, réellement dépressif.

 

Ses sœurs s’en affligent. Elles ne comprennent pas ses sautes d’humeur, lui non plus, d’ailleurs.

 

Mais un jour, tout change.

 

Un homme apparait chez eux. Un homme fantastique, que les deux sœurs ont connu dans un de ces ralliements pleins d’effervescence où il était question du Règne de Dieu.

 

Elles se sont entichées de lui. Son nom est Yéshoua.

 

Il est le clou de ces ralliements. Bientôt il devient un ami intime de la famille. On ne parle que de lui, on ne vit que pour lui.

 

Avec lui c’est le soleil qui entre dans la maison, et pour Lazare, c’est la fin de la dépression.   

 

Le jeune homme trouve enfin le grand frère qu’il n’a pas connu. Tout ce qui lui manque, et tout ce qu’il rêve de devenir, il le découvre en Yéshoua.

 

Et puis, un bon jour, plus de nouvelles de Yéshua. Plus de messages de lui.

 

Les deux femmes ne s’en alarment pas trop. Elles connaissent les activités de leur ami et ont en lui une confiance aveugle. S’il ne donne pas signe de vie, c’est que c’est mieux ainsi.

 

Mais Lazare ne le prend pas sur le même ton. Il ne peut ni ne veut s’expliquer l’absence de Yéshua, son silence.

 

Yéshoua est entré dans sa vie comme l’air pur et comme le soleil. Il a cru que commençait pour lui une vie nouvelle, et puis, vlan ! Plus un mot, plus rien, comme s’il n’existait plus.

 

Lazare a honte de lui-même. Il est déçu de s’être fait illusion sur ce que son amitié avec Yéshua avait éveillé en son être. Il pleure, se fâche, s’enferme. Il ne mange plus, ne dort plus, ne voit plus personne. Il est brisé, humilié, défait.

 

Ses sœurs, les larmes aux yeux, le supplient de se raisonner, mais rien n’y fait. Lazare veut mourir. De fait, il est déjà mort.

 

Nul autre que Yéshoua en personne peut tirer Lazare de cette torpeur qui sent la mort.

 

Comme tout le monde dans le pays est un peu au courant de ses allées et venues, Marthe et Marie parviennent assez facilement à le repérer.

 

Elles envoient quelqu’un le rejoindre avec ce message : « Yéshoua, reviens vite, ton ami Lazare est en train de mourir ! »

 

Réponse de Yéshoua : « Il va s’en remettre. Dieu est là ».

 

Même s’il aime beaucoup Marthe et Marie, Yéshoua ne se presse pas.

 

Deux jours plus tard (dans ce type de récit, les jours et les heures se comptent de façon différente) Yéshua dit à ses compagnons de route : « Notre ami Lazare s’est endormi, allons le réveiller! »

 

Les disciples respirent. Au moins il n’est pas mort, pensent-ils. Mais Yéshoua ajoute : «  Pour lui et pour vous, il est bon que je n’aie pas été là.  En réalité, il est mort … ».

 

On n’y comprend rien. Yéshoua est comme ça.

 

En approchant du village de la famille amie, déjà le bruit court que Lazare est mort.

 

Certains affirment qu’il est même enterré. En fait, il ne bouge plus depuis quatre jours. Il est décharné et gris comme un cadavre. Son pouls se sent à peine. On lui parle et il ne bouge pas. Une odeur de mort flotte dans l’air.

 

En le voyant ainsi, de grosses larmes coulent sur les joues de Yéshoua.

 

Il s’approche et, alors qu’il prie Dieu avec toute la ferveur de son âme, un cri très fort sort de lui: « Lazare, sors dehors ! »

 

En entendant son nom prononcé par la voix qu’il reconnaît, Lazare, enveloppé dans son drap comme dans un linceul, se dresse tout droit sur son lit.

 

Yéshoua dit : « Libérez-le et laissez-le aller ! »

 

À partir de ce jour, Lazare se remet à respirer comme un homme neuf.

 

La dépendance qui le tient ligoté à ses sœurs et celle qui le fusionne à Yéshoua viennent de prendre fin.

 

Il est enfin libre d’être lui-même. 

 

Dieu est alors vraiment glorifié.

 

Cette histoire se répand partout. On raconte que Yéshoua a vraiment sorti vivant d’un tombeau un homme mort depuis quatre jours et qui sentait déjà mauvais. Et qu’une grosse pierre fermait l’entrée du tombeau.

 

Ce n’est pas faux. Psychiquement Lazare était mort.

 

Tout son être était ligoté.

 

Sur son âme pesait une lourdeur qui l’empêchait  de respirer par lui-même comme lorsqu’il était encore enfermé dans le sein de sa mère.

 

Yéshoua coupe le cordon qui le rattache à cette vie non aboutie et le fait naître une fois pour toutes en homme debout.

 

L’affaire parvient rapidement aux oreilles des grands pontifes de Jérusalem. Pour eux, Yéshoua a franchi la ligne rouge. Si désormais la populace se met dans la tête qu’il ressuscite les morts,  c’en est fait de leur monopole religieux. Il faut donc en finir avec lui sans plus tarder!

 

 

22- Un dinosaure en mutation

 

Jean 3, 1-9

 

Le bon Nicodème est un pharisien distingué qui croit déjà en toi. Il aimerait se joindre à tes disciples mais il n'ose pas faire le pas. Il craint de perdre sa réputation, son statut social, son job.

 

Mais, un soir, entre chien et loup, il vient te rencontrer.

 

Qu’un membre aussi prestigieux de la dinosaurerie vienne à ta rencontre ne manque pas de surprendre, car le risque qu’il court est, en effet, très gros.

 

Mais pour toi et pour ton groupe de « pêcheurs d'hommes », un  poisson pareil  qui saute tout d’un coup dans ta barque, n’est-ce pas un cadeau du ciel?

 

On s’attendrait à ce que tu te jettes au cou de Nicodème et qu’avec le plus grand plaisir tu le prennes immédiatement dans ta bande. Mais non. Tu l'assommes net.

 

Tu lui dis simplement: «Un moment, Nicodème,  il faut d'abord que tu renaisses » ...

 

Renaître?... Que veux-tu dire par là ? Que pour marcher avec toi Nicodème doive quitter la belle carrière qu’il s’est bâtie à force de travail, de recherche, de prière pour le service de son peuple et la gloire de Dieu?

 

Sa sagesse, sa science, ses nombreuses relations, même sa sympathie à ton égard, ne comptent pas?

 

Il faut donc que Nicodème renonce à tout ce qu’il est et qu’il reparte à zéro comme s’il naissait pour la première fois? 

 

Tu ne négocies rien. Tu ne lui accordes aucun "accommodement raisonnable". ..

 

Nicodème ne semble pas s'en surprendre. Il croit te connaître assez bien pour comprendre que, même si tu mets la barre exagérément haute pour ceux et celles qui veulent te suivre, tu es aussi un homme de grande patience et de profonde compassion.

 

Il sait que tu n’éteins jamais la mèche qui fume encore. Il sait que tu sais que le seul fait d’avoir osé courir le risque d’entrer en contact avec toi est une preuve évidente que déjà  la renaissance s'est amorcée en lui.

 

Nicodème ne prétend pas se convertir en militant, en héros, en martyr, encore moins en homme parfait comme toi.

 

Il lui suffit d'aller derrière toi comme  un simple "disciple de l'ombre".

 

Non pas comme un "fan" hystérique qui emboucherait la trompette aux coins des rues en  proclamant: «Je suis chrétien! Yéshua est la Vérité! Convertissez-vous, repentez-vous! Regardez mon signe de croix, ma Bible, mes médailles, mon chapelet, mon bréviaire, mon col romain, ma mitre, mes messes, mes doctorats!  Venez, rejoignez la plus grande religion du monde!»  

 

Rien de cela,  Nicodème sait que, malgré tout, tu ne fermes la porte à personne.

 

Tu respectes le cheminement de chacun (e). Tu sais fort bien qu'un Dinosaure ne se déconstruit pas en tournant à 180 degrés sur une pièce de dix sous...

 

Bref, depuis cette nuit-là, dans la cachette de son cœur, Nicodème est devenu l'un des tiens. Mais à sa manière.

 

Lui, son truc c'est  de philosopher en se caressant la barbe, en posant des questions et des sous-questions, en mettant la cuiller ici et là pour que ses collègues soient plus tolérants à ton endroit.

 

S’il ne peut pas les détourner de leur sinistre dessein, il espère au moins te faire gagner du temps (Jean 7, 48-52).

 

Lorsque les Dinosaures te mettent la main au collet et te mènent  à la mort, des femmes pieuses embaument ton corps et le déposent dans un tombeau.  Nicodème et Joseph d'Arimathie,  un collègue, sont là.

 

Passant outre aux tracas auxquels ils s’exposent, ils donnent un coup de main à ces braves femmes (Jean 19, 39-40).

 

Et puis, sur le chemin du Calvaire, il y a les pleureuses dont les cris de douleur "enterrent" le hurlement des hyènes déchaînées contre toi.

 

Il y a aussi les douces véroniques qui essuient ton visage et  te consolent.

 

Puis le très humble, le pauvre, le courageux, le magnifique Simon de Cyrène, un Noir, probablement un immigré, un sans papier, qui partage le poids de ta croix. 

 

Et même ce "bon larron", ce pauvre zélote tout crotté, tout en sang, crucifié à tes côtés qui a un bon mot pour toi face à son comparse aigri qui hurle avec les loups....

 

Les loups... Le centurion au pied de la croix est un loup.

 

N'empêche qu'en te voyant mourir avec le pardon sur tes lèvres, sa conscience l'emporte  sur son obéissance de soldat; elle le pousse à proclamer haut et fort, lui, le Romain, lui l'oppresseur, lui, le complice de tes bourreaux: « Cet homme, (ce Juif, condamné par Rome) est vraiment fils de Dieu! »" (Marc 15, 39).

 

En y pensant un peu, mon cher Yéshoua, même de nos jours,  tu as  plus de disciples qu'on ne pense. On ne les identifie pas facilement, car la plupart d'entre eux, ou d'entre elles, sont eux-mêmes ou elles-mêmes de simples "disciples de l'ombre". Quand il s'agit de donner un coup de main, ils/elles sont toujours là, discrets, à peine visibles... Tout comme Nicodème...   

 

Ou comme ce jeune homme riche que tu aimas dès que tu le vis. Mais tout lâcher pour aller se faire tuer, c'était trop pour lui. (Marc 10, 21; Matthieu 19, 16-24). Devint-il méchant pour autant? Je parie que non.

 

Il continua d'être bon garçon, disciple de loin, disciple de l'ombre, comme Nicodème.

 

Un disciple à la manière de Marthe, bien que cette brave fille passe plus de temps à frotter ses casseroles qu'à méditer la bonne Parole (Luc 10, 38-42).

 

Car des Marie qui font de la méditation pour se concentrer sur l'essentiel, c'est beau, mais heureusement il y a les Marthe, sinon notre monde serait vraiment moche, et la Source de Vie, qui est dans les toutes petites choses autant que dans les grandes, nous trouverait joliment ennuyants. 

 

Mais enfin, des "disciples de l'ombre", est-ce que ça existe vraiment?... Pas certain. 

 

Tous tes disciples sont lumière, mais avec des intensités différentes. Il y a les "ultras" qui sont des "stars",  mais il y a aussi les "cools", pas tièdes mais cools tout simplement,  les lucioles ou simples bibittes à feu...  

 

Dans ton cercle, il y a même, tenez-vous bien, des Dinosaures!

 

Un tas de Dinosaures, imaginez! ...

 

Les Dinosaures, ça met du piquant.

 

Sans eux, tout serait vraiment plus "plate",  comme on dirait en québécois. 

 

 

23-  Égalité? Quelle belle folie!

 

Nous sommes tous égaux

 

Se battre pour la liberté, ça va de soi. Pour la fraternité aussi,   car c'est un idéal magnifique. Mais l'égalité?..... Ça  semble hors de portée.

 

Dans une famille, il y a des grands et des petits. Dans la vie, il y a des forts et des faibles, des blancs, des roses, des jaunes, des bruns, des noirs et des bleus foncés, des hommes et des femmes, bien sûr, avec une infinité de nuances entre tous et toutes. Personne n'est pareil. Personne n'est égal à l'autre... 

 

Et toi, Yéshoua, tu nous arrives avec une histoire abracadabrante, une parabole, celle des "ouvriers de la dernière heure".

 

Des ouvriers n'ont rien foutu de la journée. Ils arrivent  au boulot juste à temps pour poinçonner au moment où la cloche va sonner. Cependant, ils vont toucher le même salaire que les camarades qui ont bossé toute la journée.

 

Tu nous dis que c'est le grand Patron (Dieu) qui veut ça (Matthieu 21, 1-16). 

 

Franchement, ça ne se peut juste pas!

 

Non, bien sûr. Mais, quand les parents se préparent à quitter ce monde, ils font un testament et dans ce testament, est-ce qu'ils vont favoriser un enfant plus qu'un autre? Quand ça serait seulement pour éviter la chicane dans la famille, ils vont plutôt répartir leurs biens à parts égales entre chacun des enfants.

 

La petite dernière qui a été choyée, gâtée et  pourrie par tout le monde, qui est capricieuse comme tout et ne sait pas encore quoi faire de ses dix doigts, va recevoir de ses parents autant que la grande sœur ou le grand frère qui se sont échinés  pendant des années pour contribuer à son soutien et à celui de toute la famille. 

 

Injustice? Pas du tout!

 

La "petite" qui ne fait que jouer, rêver et bouder, est aussi importante que ceux qui ne font que travailler. 

 

Les petits, les chômeurs, les rêveurs, les pauvres, les derniers, sont aussi importants que les premiers (Marc 10, 31).

 

Il n’existe aucun Dinosaure sur terre qui approuve un raisonnement pareil. Et tes disciples ?

 

 

24- Le Partage

 

« À chacun/e selon ses besoins »

 

Dès les débuts de leur existence, les premiers chrétiens mettaient librement leurs biens en commun et les redistribuaient entre tous,  « selon les besoins de chacun » (Actes 2, 44-45), si bien « qu’il n’y avait pas de pauvres parmi eux » (Actes 4, 34-35).

 

Le partage dans l’équité appartient donc aux racines et à l’identité même du christianisme.

 

C’est pourquoi, l’apôtre Paul n’hésite pas à en faire une sorte de commandement : «Ce qu’il faut, c’est l’égalité » (2 Corinthiens 8, 13-15; Exode 16, 18).

 

Quand la famine frappa Jérusalem, Paul, qui se trouvait à Corinthe, écrivit une lettre à toutes les communautés, les priant de faire une levée de fonds pour secourir les familles des frères et sœurs de la ville si durement éprouvée.

 

Cette initiative de solidarité n’était pas quelque chose d’absolument nouveau. Dans la plupart des groupes humains qui se refusaient à mourir, il était  naturel de s’entraider. C’était le cas des sociétés traditionnelles qui existent encore aujourd’hui. Et c’est le cas de nos sociétés modernes lorsqu’elles sont frappées par des catastrophes.

 

Dans les sociétés traditionnelles, le territoire et la propriété des biens relevaient généralement du groupe et non des  individus, et la simple notion de propriété privée était pratiquement inexistante.

 

Dans sa lettre, Paul rappelle donc aux chrétiens que les ancêtres hébreux purent survivre au désert pendant 40 ans grâce à un minutieux partage des maigres ressources disponibles.

 

Les rations de manne, par exemple,  étaient mesurées et distribuées parcimonieusement de façon à ce que personne n’en ait trop et que tous et toutes en aient assez.

 

« À chacun selon ses besoins »  était le slogan. C’était le secret, la recette du salut.

 

Recette certainement connue dans d’autres cultures, mais qui n’a jamais réussi, en fait, à faire ombrage à la puissante  « loi du plus fort » aussi appelée « loi de la jungle », vestige toujours très actif de nos racines animales.

 

Comme on le constate tous les jours,  elle nous met en compétition les uns avec les autres et continue autant que jamais à creuser les immenses inégalités qui déchirent notre monde

 

Face à elle, nous, les chrétiens, malgré toute notre bonne volonté, nous  ne faisons pas le poids.

 

Dans nos  églises, par exemple, l’Égalité est une illustre inconnue. On n’en parle jamais.

 

À  mille lieues de soupçonner qu’elle puisse faire partie de notre ADN, nous n’avons aucune idée qu’elle est une des grandes racines de notre être chrétien.  

 

Mais nous savons au moins que le  « partage » a quelque chose à voir avec ce que nous sommes censés être.

 

Cette parole de Yéshua nous le rappelle sans cesse : « Celui qui a deux rechanges, qu’il partage avec celui qui n’en a pas; et celui qui a de quoi se nourrir, qu’il fasse de même » (Luc 3, 11).

 

Le peuple hébreu, auquel nous devons la plus grande partie de notre bagage religieux, est né d’abord comme peuple libre en traversant les eaux de la mer Rouge.

 

Pour ne pas perdre cette précieuse liberté acquise de façon si étonnante et pour échapper à la forte tentation de revenir aux marmites de viandes et à l’ail du temps où ils étaient esclaves, ils se sont enfoncés dans le désert.

 

En ces lieux arides, ils ont survécu, en  partageant  les très  maigres ressources sur lesquelles ils pouvaient compter.  

 

La manne en était une. Elle n’était pas abondante ni très riche mais juste suffisante pour que les marcheurs de la liberté ne meurent pas de faim en chemin.

 

On se la distribuait donc de manière à ce que personne n’en ait de trop et que chacun en ait assez.

 

La formule : « À chacun selon ses besoins », a fonctionné!

 

Ce peuple, qui aimait se sentir « peuple de Dieu » lui doit vraiment la vie.

 

Sans cette formule, sans ce partage de la manne dans l’équité la plus stricte, le fameux « peuple de Dieu »  aurait très vite été enseveli dans les sables du désert.

 

En conséquence, nous, les chrétiens, qui descendons de ce peuple, nous n’aurions jamais vu le jour.

 

Enfants de Dieu et enfants de la liberté, nous sommes en quelque sorte « programmés » pour partager fraternellement les richesses de la Terre selon les besoins de tous les humains.

 

Or les besoins d’une très vaste partie de l’humanité  sont de plus en plus criants et urgents.

 

Sans un large mouvement de partage à échelle mondiale, sera-t-il encore possible d’envisager bientôt un avenir pour les êtres humains?

 

L’avenir du monde, on le sait bien,  n’est pas dans la magie ni fondamentalement dans nos rituels liturgiques les plus beaux. Il est là où on brise les chaînes d’un système pharaonique qui multiplie les injustices et creuse les inégalités.

 

Si l’Égalité et le Partage ne sont pas sentis et recherchés comme un chemin d’avenir absolument incontournable, tout est fini.

 

C’est pourquoi, qu’ils soient païens, athées ou chrétiens, les hommes et les femmes de l’Égalité et du Partage qui luttent pour les droits des sans pouvoir, pour les droits des travailleur/euses, pour les droits et libertés des humains, sont véritablement hérauts de la Bonne Nouvelle de Yéshua.

 

Ile le sont davantage que la plupart des prêtres les plus pieux et des religieuses les plus pures qui luttent pour la liberté de culte,  et qui défendent les droits de la religion dans la veine des Dinosaures de tous les temps.

 

Pour en savoir plus sur ce sujet, voir plus bas, article 32: « Yéshoua s’empiffre à la table des notables ».

 

 

25- Pas les femmes quand même!

 

Luc 8, 1-3

 

Les femmes font tout bonnement partie de la petite communauté qui t'accompagne. Entre femmes  et hommes du groupe, il n’y a pas de barrières.

 

Dans le monde très religieux des Dinosaures, c’est différent. Les Dinosaurines restent dans leur coin, sinon, c'est le bâton.

 

Aujourd’hui encore dans le judaïsme ultra orthodoxe, on enferme les femmes à double tour à la maison et jamais les hommes religieux ne se montrent en public avec elles.

 

La religion et la vie tout court sont une affaire d'hommes. Il en est ainsi  également dans l'Islam qui est apparu six siècles après toi. 

 

Cette même règle prévaut en ton temps, mon cher Yéshoua, et toi tu ne te gênes pas pour y passer outre.

 

Donc, ces femmes qui circulent librement autour de toi, en public comme en privé, c'est un gros scandale.

 

Luc parle de ce groupe de  femmes qui vont partout avec toi. L'une d'elles provient de la très peu recommandable cour d'Hérode, tandis que d'une autre de ces femmes tu as chassé rien de moins que sept démons!... (Luc 8, 1-3). Tu provoques. Tu fais exprès pour t'attirer les foudres des gens décents.

 

En réalité, que ne ferais-tu pas pour qu’après tant de siècles d'opprobre, les femmes, qui soutiennent leur grosse moitié du ciel aux côtés de l'homme, retrouvent enfin leur place royale sous le soleil? Que serait le monde sans les femmes?

 

Pourtant la religion des Dinosaures a réussi jusqu'à maintenant ce cruel tour de force de les garder à l'écart comme si elles étaient des bêtes à péchés tout juste bonnes à procréer (des mâles autant que possible...) ou à servir de secrétaires, de sacristines, de cuisinières ou de blanchisseuses...  

 

La culture, pauvre Yéshoua, la culture, la mentalité, les coutumes de ton peuple,  tu t’en fous?...

 

 

26- Une pestiférée

 

 Marc 5, 25-34

 

Parlons de cette femme qui depuis des années est saignée à blanc par la maladie, par les médecins, et par les normes religieuses.

 

Selon les directives sanitaires de l'époque (qui sont en même temps des règles religieuses « top sacrées »), la perte de sang est considérée comme l'impureté suprême. La personne qui en souffre peut transmettre l'impureté aux autres (Lévitique 15, 19-30).

 

Comme une pestiférée donc, cette femme doit se tenir constamment  à l'écart et s'abstenir absolument de toucher à d'autres personnes. Elle représente un cas parfait de danger public.

 

Mais, un bon jour, cette femme  t'aperçoit, toi, Yéshoua, au milieu d'une grande foule.

 

Son cœur ne fait qu’un bond. Elle se dit: «Voilà la chance de ma vie! Oui, je vais me faufiler là où il est. Je le jure, je ne toucherai personne. Lui-même, je ne le toucherai pas. J’effleurerai à peine le rebord  de son vêtement». 

 

Puis, tremblant comme une feuille, et en bousculant tout le monde, bien entendu, elle réussit à se faire un chemin jusqu’à  pouvoir atteindre le bout de ta tunique. Salope! Crime contre l'humanité! 

 

Oui, sacré crime qui vaut à cette brave femme la guérison instantanée.

 

Magie? Non. Cette femme a osé franchir la ligne qui faisait d'elle une maudite. Pour sortir de sa prison et retrouver sa place sous le ciel, elle t'a tout simplement imité : comme toi, elle a osé aller plus loin. C'est cela qui l'a guérie.

 

Et voilà à quoi tu sers, magnifique Yéshoua, toi l'homme qui franchis les lignes rouges du sacré irrationnel, toi qui sautes par-dessus les murailles de la peur, des tabous et même les lois les plus saintes, toi qui repousses les frontières de tous les tombeaux, et qui appelles tout le monde à te suivre. «Vous n'avez pas pêché un seul mené pendant toute la nuit? Tant pis! Poussez la barque plus loin et lancez les filets. S'il n'y a rien à droite, essayez à gauche!» (Luc 5, 4-7; Jean 21, 5-6)

 

La présente scène de cette fille d'Abraham qui souffrait de pertes de sang est une petite capsule qui résume bien la lutte acharnée que mènent les femmes audacieuses de notre temps pour gravir les milliards de marches qui les séparent du soleil. Pour le grand bonheur de toute l'humanité, elles y réussissent assez bien. Ainsi Dieu est glorifié,  quoi qu’en pensent les dinosaures. 

 

 

27- Un dinosaure retrouve son humanité

 

Marc 5, 21-24.35-42

Une affaire de sang encore, et donc d'impureté religieuse. La petite était morte de peur, Yéshoua la ressuscite.

Cette page de l’évangile qui raconte la résurrection de la petite fille de Jaïre a été écrite une quarantaine d’années  après le drame du Calvaire dans le seul but de proclamer que Yéshoua est vivant, qu’il vit au milieu de nous et  qu’il est plus fort que la mort.

Ce but est d’ailleurs celui des quatre évangiles et de tous les autres écrits des premiers chrétiens : Yéshoua est vivant et, aujourd’hui comme hier, il est le sauveur.

Jaïre et la petite fille, c’est nous.

Yéshoua est celui qui nous sauve de nos paralysies, de nos traumatismes, de toutes nos nuits et de toutes nos morts, non pas de façon magique, mais simplement en osant aller vers lui et suivre sa voie.

Nous pouvons très bien nous représenter la  petite fille, totalement traumatisée par ses premières règles. Elle est bloquée, littéralement "paralysée". Elle est comme morte.

Se pourrait-il que  Jaïre lui-même, qui adore sa fille, soit pour une bonne part la cause de ce drame ?

Jaïre, bien que bon papa, est un  dinosaure qui s’ignore. Comme beaucoup d’autres hommes, il lui arrive de ne rien comprendre aux « choses » des femmes. Surtout s’il y a du sang.

Cette tache qui affole sa fille lui brouille le cerveau. Il s’imagine qu’elle va mourir. En  cherchant de l’aide, il répand l’affaire partout.

Il ne va pas frapper à la porte de la synagogue, signe qu’il n’attend pas grand secours de ce côté-là.

Il accourt plutôt à toi, Yéshoua, toi qui es pourtant pourchassé comme un délinquant par les défenseurs officiels de la religion divine.

Bon, voilà qu’il te trouve. Tu le raccompagnes chez lui.

À ton arrivée, tu calmes les femmes en pleurs et tu dissipes le nuage de mort qui pèse dans l’air.

Tu pénètres  dans la chambre de la jeune fille et, (un peu comme Élie, le grand prophète des temps de sécheresse et de famine, lui qui faisait la guerre au despotisme du roi de l'époque), tu te penches sur la fillette et lui murmures à l'oreille seul Dieu sait quoi...

Peut-être quelque chose comme : « Ce qui t’arrive, petite, ce  n'est pas la fin du monde, mais le début de quelque chose de grand: tu deviens femme ! ».

Déliée de sa peur et surtout du poids de l’angoisse paternelle, la petite sort tout doucement de son coma avec le sourire d’un ange, peut-être en rêvant à quelque chose comme sa robe de bal pour ses quinze ans... « Talitha koum ! »

Jaïre devrait avoir honte de s’être montré aussi ridicule, mais le doux  sourire de sa fille arrange tout, et il « ressuscite » à son tour. 

Dans nos tempêtes, Yéshua, tu ne permets pas que la peur empêche la vie de  bourgeonner, surtout pas chez les jeunes.

 

Quand quelque chose d'étrange et d’imprévu se produit, ton premier instinct n'est pas de perdre la tête comme Jaïre.  Tu affrontes chaque défi avec calme, confiance et audace.

 

Ainsi devrait faire tout parent adulte, lorsque sa douce enfant, de poupée qu’elle était se métamorphose en jeune femme capable de recevoir et de donner la vie.

 

À l'opposé de ceux-là qui, à cause de leurs peurs, empêchent la vie nouvelle de germer, tu es celui qui apaise et débloque. Tu es celui qui ose et qui fait grandir. "Talitha koum!" 

 

 

28- Noces de Cana

 

 Une révolution copernicienne

 

 

 

 

Pauvre Yéshoua ! Ta famille, ta parenté, tes cousins voient bien que les grands manitous de la religion, ceux que j’appelle tendrement  « les Dinosaures »,  ne t’aiment pas du tout.

 

Pour  te mettre à l’abri de cette police de la rectitude religieuse, et aussi pour se protéger eux-mêmes, les gens de ton clan utilisent ta mère un peu comme otage pour te forcer à revenir à la maison et à la raison. (Marc 3, 20-21; 31-35).

 

Bien que coincée, ta mère n’entre pas dans ce jeu. Au contraire.

 

Un jour, elle et toi,  vous êtes invités aux noces d’un jeune couple ami de Cana, en Galilée.

 

La fête est jolie et se déroule gaiement, sauf qu’à la fin, tout se termine par un flop plutôt bête mais qui, dans votre culture, est perçu comme un signe de très mauvais augure.  

 

Résultat : les noces tombent brusquement à l’eau.

 

Mais à cette déconfiture ta mère va donner une autre tournure. 

 

Elle va la saisir comme  une occasion unique pour te faire connaître du grand public et pour donner le coup d’envoi à la mission à laquelle Dieu t’a destiné depuis que tu es né.  

 

Yéshoua et  Bacchus

 

Le récit de ces noces à Cana  est planté dans un décor inspiré  d’un prodige que la légende prête  à  Bacchus, le dieu  gréco-romain du vin et des fêtes bien arrosées.

 

On raconte que Bacchus, dans une de ses fameuses bacchanales, aurait changé de l’eau en vin. Fallait-il laisser à ce vieux dieu trublion et vicieux,  l’exclusive d’un tel exploit? 

 

Certains de tes amis,  persuadés que tu t’es remis à vivre après ta mort sur la croix, ne s’y résignent pas.

 

C’est pourquoi, dans l’évangile selon Jean qu’ils  rédigent environ soixante-dix ans plus tard, ils te créditent d’un miracle qui l’emporte sur celui de Bacchus.

 

Leur but : que l’univers  sache qui tu es.

 

Tu es celui qui vient changer le monde de fond en comble.

 

Dans une véritable révolution copernicienne avant le mot, tu renverses l’ordre construit  depuis des siècles sur le socle formidable de l’intouchable Loi de Moïse, et tu convoques le monde entier à une alliance supérieure et définitive dans une éternelle noce avec le Dieu de la Vie.

 

Deux coups de tonnerre

 

À Cana, à la fin des discours, des chants, des danses, de la bonne bouffe et des abondantes rasades, les choses se corsent.

 

Au moment des remerciements et des derniers souhaits, à l’heure de se dire au revoir et d’offrir le toast final aux nouveaux mariés, un coup de tonnerre s’invite à la fête.

 

Tout s’éteint et le monde arrête de respirer.  Que se passe-t-il? Il se passe  que cette noce coule à pic! Pourquoi ? Parce qu’il ne reste plus de vin!  Aussi bête que ça,

 

Dans une culture où l’honneur, le protocole et la face sont des valeurs suprêmes, et dans laquelle la superstition n’est pas toujours très loin,  la déconfiture est totale. Tous les invités son mal à l’aise. La mariée pleure, le marié est désespéré, bref, le désastre est absolu!  On murmure déjà que ce mariage ne tiendra pas longtemps. À moins d’un miracle, évidemment.

 

Or, justement, quand tout semble définitivement perdu, un nouveau coup de tonnerre retentit dans ce  petit monde déjà fortement secoué : l’organisateur de la fête entre en courant avec une immense cruche de vin dans les bras.  Suivent plusieurs autres cruches portées joyeusement par des jeunes préposés au service. 

 

On s’empresse de goûter ce vin venu on ne sait d’où, et, alors oui, c’est le bonheur parfait! Jamais sur terre on n’a bu vin plus délicieux! Bacchus peut aller se rhabiller, la ripaille recommence et dure jusqu’au petit matin.

 

D’où vient ce vin digne des dieux, meilleur encore que celui de Bacchus?... Ta mère le sait. Jamais elle n’a paru aussi fière et aussi amusée.

 

Une femme qui voit large

 

Au-delà de cette noce, ce gros pépin de la fin de la fête remue bien des choses dans la mémoire et dans les  entrailles de ta mère.  Elle y voit l’histoire même de ton peuple.

 

Lié à Dieu par une alliance de  plus de mille ans, ton peuple était le plus petit des peuples de la terre (Deutéronome 7,7). Dieu l’aima et s’engagea par serment à faire de lui une nation plus nombreuse que les étoiles du ciel et les sables de la mer (Genèse 15, 5).

 

 À son tour, ton peuple s’engagea à aimer Dieu de tout son être en observant au pied de la lettre une loi extraordinaire dont Moïse, le plus grand de tous les prophètes, l’avait doté. Cette loi immense pouvait  se résumer en une seule phrase: « Aimer Dieu par-dessus tout,  et aimer le prochain comme soi-même » (Deut 6, 4-5; Lév 19. 18; Marc 12, 28-34).  

 

Cette Loi était le cordon ombilical qui rattachait  désormais le peuple à son Dieu, et l’amour avec lequel on la mettait en pratique en était comme le vin.

 

Les siècles s’écoulèrent. Dieu garda une fidélité sans faille à son peuple, même si, de temps à autre, il le soumettait  à l’épreuve pour qu’il grandisse et se dépasse.

 

Le peuple, de son côté, fit de beaux efforts pour honorer son Dieu. Il le louait jour et nuit et lui offrait des cérémonies grandioses ainsi que de nombreux sacrifices de moutons et de bœufs.

 

Mais souvent, son cœur était  ailleurs.  C’était un peuple distrait, changeant et porté à oublier. C’était un peuple qui nous ressemblait étrangement.

 

En cours de route, la Loi de Moïse, avait tellement été écorchée qu’à la fin il ne restait plus qu’un fil de ce  lien qui l’unissait à son  Dieu : l’amour du peuple pour son Dieu était pauvre, et plus pauvre encore son amour pour le prochain.

 

Ta mère se rend à l’évidence. Le peuple a failli. Il n’a pas été fidèle à l’essentiel de son pacte avec Dieu.

 

S’il avait vraiment aimé Dieu comme il s’y était engagé, il aurait aimé son prochain, car on ne peut pas aimer Dieu si on n’aime pas son prochain.

 

Dieu et prochain sont inséparables.

 

Si donc on avait vraiment aimé son prochain, on trouverait de la farine dans toutes les huches du pays. Dans chaque chaumière les jarres déborderaient d’huile et il y aurait du bois pour le feu. 

 

Au lieu de pleurs on entendrait des chants de joie. Les jeunes ne se faneraient pas comme des plants sans eau et sans soleil; les enfants ne  mourraient pas de faim par milliers.

 

On ne mourrait pas de peur, de faim ou de froid dans ce pays où  on avait cru jadis que le lait et le miel y couleraient à flots.

 

Les  carcasses d’animaux et les corps en lambeaux des hommes, des femmes et des enfants ne joncheraient pas des champs de cendres.

 

Aux noces des villages, on ne manquerait pas de vin.

 

Pour survivre, on essayait de s’accrocher à la Loi, comme à une mécanique sans moteur.

 

De celle-ci il ne restait que des rites creux, des cérémonies sans âme, des commandements, des menaces, des plaintes, des récriminations, des peurs et des pleurs.

 

Il n’y avait presque plus d’amour. Plus de vin. L’Alliance  était  tombée à l’eau.

 

Il n’en subsistait qu’une carcasse vide, car le cœur n’était plus là...

 

Désespérée, la nation infidèle s’agrippait quand même à cette Loi comme un noyé au cadavre d’un autre noyé.

 

Tant bien que mal elle s’efforçait de se nettoyer  en se lavant  dans des tonnes d’eau selon les instructions de la loi sacrée. Mais en vain.

 

Cette eau rituelle ne lavait que l’extérieur. Elle n’atteignait pas le cœur.

 

La foi-confiance et l’amour vrai faisaient défaut. Le mariage n’était plus qu’un fantôme.  La noce était à l’eau. 

 

À Cana, ta mère le voit, le sent, le palpe.

 

Qu’il n’y ait plus de vin signifie  pour elle que le pays est déjà mort.

 

Pourtant, malgré cette atmosphère de fin du monde, elle dresse la tête.

 

La foi de Marie

 

Toute l’histoire de Marie, tout son vécu, tout  son être sait que Dieu n’est jamais au bout de ses miséricordes. 

 

Avec Dieu, tout est encore possible.

 

Elle sait cela depuis  le moment où toi, Yéshoua, tu as commencé à vivre dans son ventre. Sa grossesse était suspecte.

 

Mais bien avant qu’il ne soit question de l’Ange et du Saint-Esprit, il se pourrait bien (personne n’en est sûr, évidemment) que tu aies été conçu dans la violence au cours d’une de ces échauffourées comme il y en avait partout entre Romains, voleurs, violeurs, zélotes et bandits de grand chemin.

 

Selon la Loi, un enfant engendré par un père inconnu ne peut avoir la vie sauve que si un homme de la nation prend la mère pour épouse.

 

 En cas contraire, la mère et l’enfant sont condamnés à mourir par lapidation.

 

Donc, n’eut été de Joseph qui aime ta mère et la prend pour épouse, celle-ci, à coup sûr, serait morte sous les pierres de la Loi.

 

C’est l’amour de Joseph qui sauve ta mère, et te sauve avec elle.

 

Tu es un miracle de la miséricorde de Dieu arrivée à toi par le cœur de cet homme. Tu es le fils de l’impossible, le rescapé de la mort.

 

Par pur miracle de la  grâce de Dieu, tu es, comme Moïse, un homme qui, in extremis, a été « sauvé des eaux ».  Tu  peux en vérité être appelé : « enfant de Dieu ».

 

Poussée par une foi absolue  au Dieu de l’amour et de l’impossible, ta mère se tourne alors vers toi et te souffle ces simples mots: « Ils n’ont plus de vin… » .

 

Ces mots résonnent dans ton cœur comme une douleur, et aussi comme une force et une joie irrépressibles.

 

Tu sens que l’heure est venue de faire le saut.

 

Tu poses alors le geste qui va faire de toi celui qu’on attend depuis toujours. 

 

Tu as devant toi une rangée de six tonneaux de 100 litres chacun destinés aux purifications commandées par la Loi. Ils sont vides…

 

Tu as beau les remplir de l’eau des 613 commandements de la Loi, ce régime, trop lourd à porter, a atteint maintenant sa fin de vie utile.

 

Tu regardes cela et décides de tout laisser mourir.

Tu  tournes le dos à ces amphores magnifiques, tu romps résolument  avec mille ans de tradition religieuse,  et tu prends la décision ferme de tout recommencer à neuf.

 

Tu renonces au régime des purifications d’eau pour te tourner, non pas vers une nouvelle loi,  mais vers quelque chose de différent.

 

Tu te tournes vers une force  dont on ignorait l’existence jusque là et que jamais esprit humain n’avait imaginée.

 

C’est comme si, tout d’un coup, toute  l’eau amère du régime de la Loi se changeait en un vin de la table des dieux.

 

Quelle est donc cette force qui change tout? Elle est en toi tout simplement, et elle te pousse à sortir de l’anonymat.

 

Elle te pousse à quitter la vie tranquille de l’atelier de Nazareth et à te lancer corps et âme dans l’épaisseur de notre réalité humaine, dans nos contradictions, nos débats, nos échecs et nos morts, mais aussi dans nos forces les moins explorées et dans nos rêves les plus beaux.

 

Tu proposes à ton peuple quelque chose de complètement nouveau à l’encontre de tout ce à quoi il est habitué.

 

Il s’attend à sa propre destruction et à une fin du monde que d’ailleurs tu prévois toi-même pour bientôt. Mais  voilà. Ton discours  n’est plus le même.

 

Tout change.  Le grand malheur pressenti ne sera pas le Terminus de l’Histoire.

 

Ce que nos yeux n’ont pas vu, ce que nos oreilles n’ont pas entendu, ce que nos mains n’ont pas touché, ce que nos rêves les plus exaltants n’ont jamais envisagé, tu nous l’annonces avec la plus grande clarté.

 

Désormais on ne sera plus dans le « je te donne si tu me donnes » (Do ut des). Le temps des comptes et des redditions de comptes est fini.

 

Nous entrons définitivement dans les temps inédits de la GRÂCE!

 

 « Changement de paradigme », dirait-on aujourd’hui.

 

 Sérieux changement…

 

Est-ce là la Bonne Nouvelle que nous devrions avoir la joie et l’audace d’annoncer au monde entier ? 

 

Quelle est-elle donc cette Bonne Nouvelle?

 

 

La Bonne Nouvelle 

 

La Bonne Nouvelle,  c’est la Parole éternelle de Dieu qui, aujourd’hui comme hier, fait jaillir la lumière du tréfonds de la nuit.

 

La Bonne Nouvelle, c’est le déboulonnement du Dieu jupitérien qui certainement sait donner en abondance mais  qui, en échange, exige tout, commande sans contredit et punit les moindres peccadilles. 

 

La Bonne Nouvelle, c’est la fin  de l’obéissance aveugle et servile au Dieu des esclaves.

 

La Bonne Nouvelle, c’est la fin de toute religion qui enferme Dieu, les consciences et la liberté dans des mots, dans des concepts, dans des traditions, dans des commandements,  dans des normes, des cadres,  des hiérarchies, des crédos, des codes de morale, dans des rituels, dans des structures et dans des dogmes.

 

La Bonne Nouvelle, ce n’est pas la religion des sacrifices, mais  c’est LA JUSTICE.

 

La Bonne Nouvelle, ce sont les noces éternelles d’un Dieu en amour avec une humanité qui a seulement soif d’être aimée et d’aimer, éveillant ainsi dans le monde une énergie plus puissante que celle de l’atome. Une énergie dont le nom est : «AGAPÈ, c’est-à-dire, AMOUR GRATUIT ».

 

Il déborde de ton cœur, cet amour inconditionnel, et tu le communiques au monde entier.

 

C’est donc avec cette Bonne Nouvelle, Yéshoua, que tu inaugures sur terre ce que l’on pourrait appeler « une religion sans religion »,  c’est-à-dire une « religion » sans murs, ouverte, sans frontières et surtout, sans conditions.

 

Avec cette Bonne Nouvelle, on entend chanter partout et sur toutes les musiques du monde que  « tout est pardonné, effacé, oublié », et que « tout est grâce », comme le proclament  Edith Piaf et Thérèse Martin, deux amoureuses plus éperdues l’une que l’autre. 

 

Rien de cucul là-dedans.

 

En  te voyant, toi, le gars de Nazareth,  nous aimer jusqu’à la dernière goutte de ton sang, nous mesurons jusqu’où Dieu lui-même peut nous aimer.  

 

Cet amour, nous le sentons, nous le vivons au plus profond de nous-mêmes,  et  nous l’annonçons à  l’humanité  entière.

 

Nous l’annonçons  même à la grande Nature dans laquelle nous évoluons, parce que nous faisons partie d’elle et qu’elle a besoin autant que nous d’être aimée et restaurée.

 

 

Connexion rétablie

 

Pendant que coulent des fleuves de vie de ton corps déchiré sur la croix, ta mère, Marie de Nazareth, se dresse  comme la nouvelle Ève d’un monde qui renaît à mesure qu’il s’éveille à l’absolue Gratuité de Dieu, à son amour sans bornes et à son Esprit.

 

Au milieu des nations et des tribus de tous les temps, de toutes les langues et de tous les horizons, elle est La Mère qui se tient debout célébrant dans un océan de lumière et de langues de feu les noces éternelles du Ciel et de la Terre.

 

Le temps de l’Exil est terminé, le temps de l’Esprit est arrivé! Désormais, le cœur de tous les  humains de toutes les époques, passées, présentes et à venir, est connecté à jamais au cœur de Dieu. Le temps de la Grâce, de la liberté et de l’amour est là. 

 

Il est vraiment revenu le temps des noces dans le Souffle créateur de CELUI QUI EST (Jean 4, 46-54 et Actes  1, 13-14 et 2, 1-14. 22-24), car notre humanité, telle qu’elle est, avec tout ce qu’elle a de souillé et de brisé et  tout ce qui n’a pas encore grandi en elle, est reconnectée à sa Source.

 

Maintenant elle peut tranquillement se guérir, se rebâtir, se remettre à neuf dans l’espérance et la joie.

 

Elle peut se remettre à rêver de plénitude, car tout redevient possible grâce à  l’Amour gratuit de Dieu et grâce à sa miséricorde. 

 

Qu’on y croie ou qu’on n’y croie pas, l’humanité a encore un très bel avenir devant elle,

 

Salut Marie, pleine de grâce!

 

Variations sur le même thème : voir en annexe : Article 10, Retour sur le Dieu de Cana.

 

 

28b – La Femme de Cana

Ta mère ne porte pas de couronne sur la tête. Elle est anawim, veuve, sans pouvoir aucun, prise en étau entre toi et le clan familial.
À travers les récits évangéliques, nous apprenons que tes frères, tes oncles, tes cousins, le clan, se servent de ta mère pour te forcer à rentrer dans le rang. Car, pour tes proches,  tes nombreux accrochages  avec l’autorité religieuse, non seulement relèvent du suicide,  mais  les mettent eux-mêmes dans de sales draps (Marc 3, 21.32-33). Connaissant la férocité des Dinosaures, les gens de ton entourage jugent ta lutte perdue d’avance et ne cherchent qu’à te mettre à l’abri. Et, bien que tiraillée, ta mère tient bon.

 

Jean, un de tes compagnons de la première heure, décrit ta mère comme une femme capable de prendre des initiatives sans essayer de plaire à tout le monde (Jean 2, 1-11). C’est elle qui te pousse à sortir de l’anonymat. Elle t’incite  à te manifester publiquement comme l’homme  dont rêve ton peuple depuis des siècles pour transformer sa longue histoire d’oppression en une aventure spectaculaire de justice, de libération et de paix.

Aux noces d’un jeune couple de Cana en Galilée, ta maman est effectivement celle qui allume en toi la flamme qui va devancer l’heure de ta manifestation. Elle est dans les coulisses de ce grand coup de théâtre où tu prends sur toi de changer l’eau de six jarres (de cent litres chacune) en cataractes d’un vin merveilleux comme aucun  mortel n’en a jamais goûté sous le ciel.

Selon les 613 commandements de la Loi religieuse, cette eau servait à purifier le corps des souillures qui empêchaient d’offrir un culte convenable à Dieu.

Attention!-  Personne n’est obligé de croire que la transformation de l’eau en vin s’est produite exactement comme le raconte Jean 2, 1-12. On nage dans les symboles et la symbolique ici n’est pas difficile à comprendre.

Dès les débuts, tu avais clairement manifesté que ta mission ne consisterait pas à recycler les lois existantes ni à réformer les structures de l’ancienne religion, mais à briser les moules hérités du passé pour inaugurer quelque chose de radicalement nouveau. Tu as déclaré que continuer à rapiécer un vêtement déjà usé était inutile et que, « au vin nouveau, il faut des outres neuves ! » (Marc 2, 21-22).

Ta mission consistait plutôt à ouvrir, au plus profond de la conscience humaine, un canal de communication avec le Grand Mystère de la Vie (c’est-à-dire Dieu), sans passer par l’inextricable jungle des rites de purification, des filtres, des médiations, des lois, des commandements, des prescriptions et des contrôles légaux et religieux. Tu cherchais seulement à rejoindre le cœur du monde tel qu’il est et à le mettre en syntonie, c’est-à-dire en connexion directe avec CELUI QUI EST (Jean 4, 46-54).

Voilà ton chemin : un chemin radicalement nouveau, avec une forte odeur de noces et un goût de vin fin.
Ton Évangile sera vie en abondance, justice sans limites, liberté et amour sans fin. Ton Évangile sera un souffle d’entraînement formidable, une joie pure, un vent tiède de printemps. Il sera pur feu de l’Esprit de CELUI QUI EST, un feu qui, sans brûler, éclaire, réchauffe, libère et C-R-É-E (Jean 4, 46-54 ; Actes 1, 13-14 et 2, 1-14.22-24).

Mais pour les Dinosaures d’alors et de toujours, tout ce qui émane de toi se résume à une montagne d’hérésies et d’injures contre la majesté de Dieu. Oser penser qu’un être rempli de péchés puisse entrer en communication directe avec CELUI QUI EST sans passer par le système de purifications que, sous la plus haute inspiration divine, les autorités les plus sacrées ont raffiné jusqu’à l’incandescence, constitue sans aucun doute le blasphème le plus diabolique qu’on puisse concevoir dans l’univers.

Pendant que tu dis : « Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique » (Luc 8, 21), ta mère, encourageant ceux qui servent le vin à la table des noces, leur dit : « Faites tout ce qu’il (Yeshoua) vous dira » (Jean 2, 5).

Parole de Yeshoua, oui.
Parole des Dinosaures s’interposant entre Dieu et les humains : non, plus jamais !

Dogmes, rituels, normes morales, dévotions multiples — même les plus vénérées — tout cela doit disparaître devant le vin très fin de ta Bonne Nouvelle.

Ta « Bible », cher Yeshoua, celle de ta mère et de tous ceux qui te suivent de cœur, n’est pas un compendium de doctrines, de rituels et de règles à observer, mais un ÉVANGILE. C’est-à-dire une BONNE NOUVELLE, celle-là même que, depuis les premiers souffles de son existence, l’humanité a toujours attendue.

Cette Bonne Nouvelle n’est pas un rapiéçage de lois ou de vieilles outres (Marc 2, 22), ni une simple mise à jour de la grande Alliance réalisée par Moïse lui-même (Hébreux 8, 13).

 Ta BONNE NOUVELLE est, pour tous les assoiffés de vie, d’amour et de liberté, une entrée immédiate et éternellement gratuite au cœur de Dieu.

Ici commence une ère radicalement nouvelle où, grâce à ton témoignage, chaque être humain, même le plus insignifiant de tous, découvre avec émerveillement qu’il peut réellement avoir un accès libre et permanent au cœur de Dieu - c’est-à-dire à la source même de son être et à tout ce dont il a besoin pour son accomplissement plénier. Dieu donne tout, sans condition, car il est Don pur.

 Il est éternellement don de lui-même, non seulement pour les bons, mais aussi pour ceux qui ne veulent rien savoir de lui.

Il est pour la vie et l’accomplissement de l’humanité ce que le soleil et la pluie sont pour la vie de la terre (Matthieu 5, 45). Dieu est cela, sans aucun doute, et infiniment plus encore.

Ce qu’est Dieu pour les humains, Marie, la mère de Yeshoua, le chante au début de l’évangile de Luc (Luc 1, 46-55). Ce chant donne l’orientation du livre qui s’ouvre ; il met « dans la tonalité » de la Bonne Nouvelle qui va être annoncée.

La danse de Marie

(Magnificat)

Vers Toi, TOI QUI ES,
mon cœur bondit de joie !
Toi, le Très-Grand,
tu te penches vers moi
qui ne suis rien
et tu me combles d’allégresse.
En enveloppant le monde entier
de ton amour immense,
tu renverses ceux
qui se font maîtres des autres
et, de ton bras libérateur,
tu redresses les accablés.
Tu fais pleuvoir des nuées de pain
sur ceux qui ont faim,
mais ceux à qui rien ne manque,
tu les renvoies les mains vides.
À Abraham
et aux peuples
nés de sa foi,
tu as promis
que le Ciel, un jour,
descendrait sur la Terre ;
eh bien,
CE JOUR EST DÉJÀ ARRIVÉ,
C’EST AUJOURD’HUI MÊME !

Voir Luc 1, 46-55.

Ce chant donne le ton (le « la ») de l’Évangile de Luc,
c’est-à-dire de la Bonne Nouvelle de Yeshoua.

Un rêve ? OUI !
Tout commence par un rêve…

 

29- Femme de réputation douteuse

 

Selon la rumeur, la belle Madeleine est une ancienne prostituée, ce qui n’est peut-être pas exact.

 

En fait, elle a  probablement été une courtisane de haute classe, ou une dame de compagnie, ou comme une geisha chez les Japonais.

 

Elle aurait honoré sa profession pendant un bon moment avant de prendre sa retraite.

 

Bref, peu importe son passé, cette femme te montre plus d'amour que quiconque (Luc 7, 36-50).

 

Comptée comme dernière par les très « purs » Dinosaures, elle est première dans ton cœur.

 

Avec ta mère au pied de la croix, elle souffre la crucifixion avec toi, et parce qu’elle t’aime avec passion, elle est la première à  vivre ta résurrection.

 

Plutôt que Pierre, le Chef,  plutôt que Jean, ton compagnon préféré,  plutôt que ta mère très chère, tu as voulu que Marie-Madeleine soit la première à annoncer au monde cette nouvelle renversante que l’amour est plus fort que l’Empire, que l’amour est plus fort que la Religion la plus sainte, que l’amour est plus fort que la mort! (Jean 20, 11-18).  

 

Dès lors, Marie-Madeleine occupe la première  place dans la communauté de tes compagnons et compagnes de route.

 

Malheureusement, les Dinosaures n'ont pas tardé à faire leur propre nid dans cette communauté inédite née avec les premiers rayons du soleil de Pâque.

 

Ils se sont empressés de remettre les choses à leur place en commençant, comme on sait, par museler les femmes.

 

Ils leur ont fait porter le voile, le chapeau ou la mantille et, plus tard, les cornettes et les costumes les plus cocasses,  et ils les ont renvoyées  dans l'ombre sous le plumage de leur mari.

 

Et cela, jusqu'à ce jour (avec quelques adoucissements, il va sans dire)...

 

30- Les adultères aussi

 

 

 

Cette femme a péché. Mais elle seule porte le poids de la faute.

 

Son partenaire, oh surprise, s'est envolé dans la nature.

 

Donc elle seule va être punie de mort sous un déluge de pierres comme l'ordonne la loi sacrée du grand Moïse, la "charia" des Juifs.

 

Les plus enragés sont les Dinosaures.

 

Les plus vieux d’entre eux sont les plus vicieux.

 

Ils empoignent déjà les plus grosses roches pour les lancer à la pauvre femme surprise en flagrant délit d’adultère, quand, soudain,  l'un d'eux les stoppe.

 

Il vient tout juste de t'apercevoir dans les parages.

 

Il t'accoste, comme si tu étais le coupable  et, la bave à la bouche, te pose la question qui tue : «Selon ton prêchi prêcha, on devrait pardonner à cette traînée, mais la loi de Moïse nous commande de la tuer. À qui donc doit-on obéir : à Moïse  ou à toi? »...

 

Toi, tu es assis sur le sol  et du doigt tu t'amuses à tracer des dessins dans le sable. Tu ne lèves même pas les yeux.  

 

Après un long moment, tu ouvres la bouche pour dire simplement : «Que celui qui n'a pas péché, lui lance la première pierre!» 

 

Dans un silence de mort, les Dinosaures croient sentir les  regards de la foule peser sur eux. Commençant par les plus vieux, ils se volatilisent un à un, la queue entre les fesses...

 

Ouf! Tu es apparu juste à temps, cher Yéshoua, sinon, par la Loi de Moïse et en raison de la piété, de la morale et de cette tendance qu'ont les juges, les prêtres  et les mâles à jeter la faute sur les femmes et à protéger le "sexe fort", cette fille ne serait plus qu’un amas de chair sanglante sous les roches des gardiens des mœurs et de la religion (Jean 8, 1-11).

 

Ces mots de ta bouche : «Que celui qui n'a pas péché, lui lance la première pierre!» devraient être inscrits en lettres d'or sur le fronton de tous les confessionnaux, de tous les tribunaux et tous les dicastères du monde.

 

Et tant pis pour les Dinosaures!

 

 

31- La femme courbée depuis des millénaires

 

Luc 13, 10-17

 

Cette brave femme ne peut pas se tenir droite.  

 

Depuis dix-huit ans, depuis dix-huit siècles, depuis des millénaires,  elle vit pliée en deux, ligotée comme une chose dangereuse.

 

Selon une certaine croyance qui remonte à des temps lointains, les femmes seraient plus portées que les hommes à faire commerce avec les esprits de l’ombre.

 

Derrière elles, souvent se cacherait une sorcière qui aurait recours à des trucs peu catholiques pour s’adonner à des affaires bizarres  comme, par exemple, faire des guérisons, avoir des bébés, réveiller une passion refroidie, voir des choses…

 

D’abord on a habillé les femmes des pieds à la tête, on les a enfermées, on les a cloîtrées et on en a lapidé plusieurs parce qu’on croyait qu’elles étaient toutes plus ou moins putains.

 

On les rendait responsables des vices et des péchés des hommes.

 

Si un homme  violait, étranglait, massacrait, tuait, on disait : «cherchez la femme ».

 

Ensuite on les brûlait vives.

 

Si un malheur s’abattait sur un  village,  c’était la faute de la sorcière. On lançait alors la chasse aux sorcières. On finissait toujours par en trouver une.

 

Y avait-il une femme qui se montrait  trop entichée des chats,  cueillait-elle des champignons étranges dans les bois, allait-elle beaucoup à la messe ou est-ce qu’elle n’y allait pas du tout?

 

Avait-elle les yeux rouges? À force de concocter ses remèdes au-dessus de la flamme de l’âtre, difficile qu'il en fût autrement, mais on ne pensait pas si loin…

 

Avait-elle une verrue ou quelque tache bizarre sur le corps?

 

Rien de plus clair, c’était une sorcière!  

 

On la brûlait vive sur la place du marché.

 

Mort le chien, finie la rage… Il n’y aura plus de grêle, plus de grippe, plus d’incendies, plus de maux de dents au village. Pour un moment du moins.

 

Tout le monde était content.

 

Depuis dix-huit siècles, depuis des millénaires, on soumettait les femmes à des tâches répugnantes et à de durs travaux. 

 

Et même à la mutilation, comme il arrive encore dans certaines cultures. 

 

Ou au viol, à l’esclavage sexuel et aux crimes d’honneur, comme il arrive tous les jours.  

 

Des centaines de millions de femmes ont été empêchées de naître, ou ont été tuées à leur naissance, pour la seule « erreur » de ne pas être mâles. 

 

Car être femme, pour bien du monde, c’est encore une tare, un accident de la nature, au mieux, un mal nécessaire.

 

Elles avaient le droit d’être servantes, jouets, poupées ou trophées de l’homme.

 

Elles avaient le devoir de faire jouir le mâle et de lui donner des descendants, mais il ne fallait pas qu’elles-mêmes jouissent.  

 

Les mâles les aimaient, sans doute, mais dans ces conditions.

 

Elles pouvaient broder et jouer du piano, mais les grandes études leur étaient interdites.

 

Elles ne pouvaient pas faire de chèques ni signer de contrats,  ni voter.

 

Pour entrer dans une église elles devaient être  enveloppées de milliers de jupons.

 

Puisque tel était le sort des femmes, il n’est pas étonnant qu’au sortir du lit, le bon Juif orthodoxe fasse  encore chaque matin cette prière: « Je te remercie, Seigneur, de ne pas m’avoir fait femme ! »

 

Dans nos sociétés moins traditionnelles, les choses ont changé.

 

Par des combats épiques, qu’elles ont menés toutes seules, sans armes et sans verser une goutte de sang, les femmes ont réussi à conquérir la reconnaissance de leur dignité et de leurs droits essentiels.

 

Mais ce n’est pas fini.

 

Beaucoup de chemin reste à parcourir  pour que partout sur la planète toutes les femmes soient heureuses d’être femmes.

 

Nous, les mâles qui dirigeons le monde, nous fabriquons des bombes et les tirons sur des millions de personnes, faisant ainsi avorter des vies par milliers.

 

Mais si une femme enceinte aux prises avec des problèmes insolubles, ose réclamer le droit à l’avortement, on crie au meurtre.

 

Certains seraient prêts à tuer pour que le pauvre petit fœtus puisse avoir le bonheur de vivre dans un milieu qui risque à plus de 90% d’être un monde d’enfer. 

 

Est-ce que le fœtus a le désir de naître à tout prix?

 

Qu’en pensent les millions de gens que nous, les humains, nous avons tués au cours des siècles et les milliers d’autres que nous  continuons de tuer encore tous les jours par la faim, par les armes, par la corruption, par la drogue, par la convoitise des grandes puissances économiques?

 

Combien de mères pleurent des larmes de sang pour leurs fils et leurs filles  dont elles n’auraient voulu avorter pour rien au monde et qui  pourtant sont massacrés massivement sous leur nez  par nos politiques de mort et par nos guerres « justes »? 

 

En Amérique latine, là où se trouve la plus grande concentration de catholiques au monde, les églises sont remplies de femmes.

 

Sans elles, l’Église serait morte. 

 

Mais là, comme dans d’autres pays, la haute hiérarchie catholique a décrété que Dieu, en créant la femme, l’a rendue intrinsèquement incapable de célébrer une seule pauvre petite messe.

 

Cela serait inscrit pour l’éternité dans le génome fémininet dans la pensée de Dieu...

 

N’en déplaise à ces vénérables barbes, il me fait plaisir de présenter sur ce sujet  une Bonne Nouvelle de Yéshoua qui devrait être inscrite  pour l’éternité dans le génome même de l’Église :

 

Donc, une femme est là. Elle ne demande rien.

 

Depuis dix-huit ans,  elle vit pliée en deux, enfermée sur elle-même, ligotée. 

 

Elle est « tellement courbée qu’elle ne peut absolument pas se redresser ».  

 

Mais toi, Yéshoua, tu la vois. Elle te touche en plein cœur. Tu étends sur elle ta main fraternelle en lui disant : « Femme, tu es libérée! »   À ces mots, la femme se dresse droite comme un arbre (Luc 13, 10-17).

 

La haute hiérarchie s’en prend immédiatement à toi pour avoir osé faire chose pareille, le jour sacré du sabbat. Cela était défendu en vertu d’une loi immémoriale.

 

Les enragés du sacré, gardiens de l’ « immuable », bref, les Dinosaures, sont tous pareils : pour eux une femme vaut moins qu’une ânesse ou une vache (voir le texte, verset 16), et tout ce qui échappe à leur contrôle vient du diable.

 

Parallèlement, c’est parce qu’elle s’attache mordicus à des lois, à des croyances et à des pratiques « immuables » que notre pauvre Église, qui a fait de grandes et bonnes choses dans son histoire, a fini par se transformer elle-même en une vieille femme toute courbée...

 

Souhaitons qu’en réactualisant la Bonne nouvelle d’un Yéshoua qui redresse la femme courbée, l’église trouve le goût de se relever à son tour, droite comme un arbre.

 

Et qu’au nom de Yéshoua,  elle fasse en sorte que, dans toutes les églises, les femmes marchent la tête haute et s’y sentent plus « à la maison » que dans n’importe quel autre milieu de la planète.

 

Et qu’elles puissent célébrer la messe jusque dans les cathédrales, sans crainte de choquer la Divinité et de mettre la planète tout à l'envers.

 

Comment offenseraient-elles ce Dieu génial qui a eu la bonne idée de  créer « à son image et à sa ressemblance »  autant les femmes que les hommes, elles qui ont mis au monde un homme comme Yéshoua?... (Genèse, 1, 26-27)

 

Toutes les femmes de l’histoire, depuis l’âge de pierre jusqu’à nos jours, mériteraient qu’on plante sur la tête de l’Everest des lettres en titane mesurant pas moins d’un kilomètre de haut qui se liraient comme suit : «FEMMES DU MONDE, DES MILLIARDS D’EXCUSES! »

 

 32- Yéshoua s’empiffre à la table des notables

 

On t’aperçoit parfois dans les banquets des notables.

 

Chaque fois que tu mets les pieds en ces lieux, les langues vont bon train, et tu passes pour un glouton, un ivrogne et un ami des riches. (Matthieu 11,19).

 

Ces notables cherchent probablement à s’amuser à tes dépens, ou bien à t’amadouer, ou encore à te tendre des pièges.

 

Mais toi tu vas là parce que tu t’intéresses à eux comme tu t’intéresses à tout le monde.

 

Et aussi parce qu’il te plaît de faire bombance de temps en temps avec tes compagnons qui ne lèvent jamais le nez sur une bonne bouffe.

 

Ces copieux repas t’offrent sur un plateau d’argent une occasion en or de parler du genre de société dont Dieu rêve pour le monde entier.

 

Cette société, tu la dépeins volontiers comme un immense banquet  où, chaque jour,  tous les humains du monde  mangeraient nt à leur faim dans la justice et  l'égalité, dans la liberté, l'amitié et la joie. 

 

Cette société, tu l’appelles : « le Royaume de Dieu ».

 

Pour toi, il ne s’agit pas du tout d’un rêve, mais d’un grand projet qui est déjà dans l’air et qui se fait réalité tout doucement, Dieu seul sait comment. 

 

Voilà la Bonne Nouvelle que tu nous laisses, non seulement avec des mots, mais en partageant ta propre vie avec nous.

 

Partage

 

Le « Partage », voilà l’Évangile au complet résumé en un seul mot, le mot-clé pour tout comprendre.

 

Il me semble t’entendre me demander: « Tu as soif de lumière, de vérité, de salut? Tu as soif de justice, de liberté, de beauté?  Tu as soif de spiritualité, de dépassement, de résurrection et de vie ? Tout cela, crois-le ou pas,  tu le trouveras comme par osmose dans la pratique du partage ».

 

Partager autour de la table de la justice, de la solidarité et de l'amitié est le plus grand de tous les miracles.

 

En fait, c’est le seul miracle qui mérite ce nom, car il est le seul qui puisse démolir la grande barrière qui divise et morcèle le monde, le seul qui puisse l’arracher à son état sauvage, le seul qui puisse le tirer des griffes de la mort.

 

C'est le seul qui puisse le libérer, le réconcilier, le civiliser, l'humaniser, le guérir, le faire grandir et le sauver. N’en cherchons pas d'autres.

 

L’alternative, c’est l’affrontement éternel et tout ce qui s’ensuit.

 

Quand on raconte que tu changeais l'eau en vin, que tu marchais sur les eaux, qu’avec à peine cinq petits pains et deux poissons tu nourrissais une foule de 5000 hommes, « sans compter les femmes (évidemment…), ni les enfants » (Matthieu 14, 21), et que malgré cette surabondance, il en restait encore des paniers pleins, c'est du grand miracle du partage qu'on veut parler.

 

Seul le miracle du Partage dans la Justice et la Fraternité peut nous faire réaliser l'impossible.

Lui seul peut renverser les montagnes d'iniquités qui nous écrasent.

Lui seul  peut empêcher que les eaux de la mort ne nous avalent.

Lui seul peut nous transporter au-dessus des abîmes qui nous séparent.

Lui seul peut nous libérer de milliards d’esclavages et nous apporter  la paix.

Mais cette voie royale qui nous éloigne du néant, elle est  bloquée systématiquement par les Dinosaures, par ceux et celles qui ont  accaparé les terres, les ressources, les richesses de tout le monde pour en faire leur propriété privée à eux, en laissant les autres tout nus, une main devant et l'autre derrière.

Mais non, tu n'es pas contre la propriété privée.Ce que tu  souhaites, c'est que chaque humain ait sa « propriété privée », c’est-à-dire sa propre part de  la propriété commune, sa propre part de la richesse de la Terre, de manière à ce que nous puissions tous et toutes vivre dans la dignité, la liberté, la justice et la paix. (Actes 2, 44-47. 4, 32-35). Serait-ce si compliqué?

Histoire du Partage chez les chrétiens

Les premiers chrétiens ont tenté cette aventure du partage de leurs biens selon les besoins de chacun, mais ça n'a pas duré, car les persécutions des dinosaures sont arrivées;  la communauté s'est dispersée et le beau rêve est plus ou moins tombé à l'eau.

Quelques siècles plus tard, cependant, cette même  tentative a rebondi. Elle a  été la source d'inspiration des communautés de moines qui poussèrent comme des forêts au Moyen-Orient et surtout en Europe, et furent en grande partie à l'origine du développement de l'Occident.

Elle inspira des milliers d'ordres religieux d'hommes et de femmes  qui, au cours de l'histoire, se sont dévoués corps et âme au service des autres, pour l'éducation, la santé, la libération des captifs, le développement des arts, de la science, et l'avancement de la culture et surtout, (avec des méthodes pas toujours les plus pointues), à l'intégration des peuples, des tribus et des ethnies qui se livraient constamment la guerre.

L'Utopie ne se réalisera jamais, mais elle est là pour inspirer, orienter, montrer le chemin...

Partager la même table ne peut faire autrement que de créer  des liens de vie, d’amitié et de solidarité. 

 D'où le repas pris en commun  comme emblème, comme signe de ralliement, comme signe identitaire du chrétien.

 

La messe

 

De là vient la messe, qui n'est pas un sacrifice pour les morts, mais qui est (et devrait être) un partage pour le chemin, un repas fraternel pour grandir et aller de l'avant.

Le problème c'est qu'avec le temps, le repas de la messe a été spiritualisé, ritualisé, déformé et détourné de tant de façons  qu'il ne ressemble plus à un repas.

Le pain ne ressemble pas à du pain et le vin est si rationné qu'on finit par ne pas le remarquer.

Le tout est préparé d'avance selon des règles tellement strictes qu'il faut être devin pour y détecter un partage réel.

Pas d'ambiance de fête non plus, malgré les lumières, les ornements, les chants et les fleurs.

Généralement, à la messe, on n'est pas portés à s’approcher les uns des autres, on ne se  parle pas, on s'exprime très peu, on ne rit pas, on se tient sur ses gardes.

La joie spontanée, les émotions, les contacts, on les laisse à l'entrée pour les reprendre à la sortie.

Comme au cimetière.

 Pourtant, toi Yéshua, tu es venu changer l'eau des commandements  en vin de liberté, d’amour et de joie.

 C’est pourquoi, à la messe du dimanche,  nous nous réunissons autour de la même table.

 Dans la foi, l’espérance et la joie nous revivons ensemble rien de moins que notre libération du joug de la Loi et notre passage de la mort à la vie avec toi, le Ressuscité.

 

En ce dimanche, premier jour de la semaine, nous proclamons que notre salut est vraiment arrivé et qu’il se répand dans le monde entier. (Luc 24, 1.13.30-32;1Jean 3,14).

 

Nous célébrons le commencement d’une nouvelle Création.

 

Une nouvelle Création dont l’essence est le Partage.

 

Bien que conscients d’être encore très loin de ce grand Partage nous y communions, cependant, comme s’Il était déjà là. Une façon à nous de le faire advenir.

 

Un peu comme manger du rêve.

 

Car nous savons que rien ne se fait sans d’abord le rêver.

 

Nous développons entre nous la culture du rêve au sujet du grand Partage en posant des petits gestes qui, avec le temps, deviendront grands.

 

Même le Royaume de Dieu commence en tout petit.

 

Yéshoua le compare à un minuscule grain de moutarde qu’on sème dans la terre. Tôt ou tard il en sort une plante assez grande pour que des oiseaux viennent y faire leur nid… (Marc 4, 30-32).

 

La sagesse populaire nous l’enseigne : « Petit poisson deviendra grand ».

 

 

33- Échauffourée dans le temple

 

Jean 2, 13-22

 

Contre les accaparateurs, en particulier ceux qui se graissent la patte et s'engraissent eux-mêmes grâce à la religion, tu brandis le fouet et les chasses à coups de pied.  En plein Temple tu fonces de toutes tes forces contre la religion des sacrifices et du "business".  

 

Tu n’y vas pas de main morte. La religion qui prétend honorer Dieu en égorgeant des animaux, pire encore, en exploitant des humains comme des bêtes, ou en troquant les faveurs de Dieu contre de l'argent, tu l’envoies au fumier.

 

Dieu n'est pas à acheter ni à vendre. Aucun humain non plus! Tu frappes "le Système" en plein cœur, tu plantes ta lance sans pitié dans  "l'Œil du Dragon".  Et, bien sûr, ce faisant, tu signes ton arrêt de mort.

 

Au lieu de bénir les armes comme elle l’a fait pendant des siècles,  pourquoi l'Église n'a-t-elle  pas béni un beau grand FOUET pour en faire une sorte de sacrement, aussi important pour le salut du monde que les sept autres sacrements que nous connaissons déjà?...

 

Un petit pain (qui ne ressemble pas à du vrai pain) trempé dans une demi-goutte de vin serait-il plus évangélique qu’un  beau fouet placé bien en vue pour rappeler au monde entier qu’il est interdit aux  grandes crapules de se sentir à l’aise dans la maison de Dieu? 

 

Miséricorde, oui, mais les loups déguisés en brebis pour mieux violenter la planète et affamer les trois-quarts de l'humanité, on les met dehors! Et cela, ce n’est pas haïr les ennemis, mais les aimer.

 

Pas de paradis fiscaux ni mafia au Vatican, ni ailleurs!

Voici trois échantillons de passages bibliques que tout chrétien devrait se tatouer sur le cœur:

«C'est immoler le fils en présence de son père que d'offrir à Dieu un sacrifice avec les biens volés aux pauvres. Priver les pauvres de leur maigre pitance, c'est commettre un meurtre. Priver le salarié de son dû, c'est le tuer» (Ben Sira 34, 20-26).

Ou cette autre parole : « Ecoutez donc, vous les riches : pleurez, hurlez sur les malheurs qui vont s’abattre sur vous ! Vos richesses sont pourries, et vos vêtements sont rongés par les vers. Votre or et votre argent sont rouillés, et leur rouille servira de témoignage contre vous. Elle dévorera vos chairs comme un feu. Ainsi deviendra  le trésor que vous avez amassé en ces jours qui sont les derniers ! Le salaire dont vous avez privé  les travailleurs qui ont moissonné vos champs, crie au le ciel, et ce cri est parvenu aux oreilles du Dieu très juste.  Vous avez vécu sur terre dans la volupté et le luxe, vous vous êtes engraissés pour le jour du carnage. Vous avez condamné, vous avez tué le juste, et il ne vous a pas résisté » (Jacques 5, 1-6).

Ou cette canonnade que Matthieu t’attribue:

« Serpents, race de vipères ! Comment échapperez-vous au châtiment de la géhenne ? C'est pour cela que je vous envoie des prophètes, des sages et des scribes. Vous les tuerez et vous les crucifierez, vous les flagellerez dans vos synagogues, et vous les persécuterez de ville en ville afin que retombe sur vous tout le sang innocent répandu sur la terre depuis le sang d'Abel le juste jusqu'au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le temple et l'autel. Je vous le dis en vérité, tout cela retombera sur cette génération ! » (Matthieu 23:33-36).

Vous paierez pour le sang de Gandhi, pour le sang de Martin Luther King, pour le sang d'Oscar Romero…

Pour le sang de millions d'esclaves grâce auxquels s’est construite la richesse des pays les plus prospères de la planète.  

Pour le sang de tous les peuples massacrés dans leur lutte pour la libération.

Pour les millions d'hommes, de femmes et d'enfants qui meurent pour un morceau de pain sec dans les "sweat shops" (ou les maquiladoras) afin que les riches deviennent encore plus riches.

Ce n'est pas Dieu qui nous punit avec des catastrophes climatiques, c'est nous qui récoltons stupidement ce que nous avons semé.

Vous pourriez me dire : « Ne sois pas si rigide, si culpabilisant et apocalyptique ! »

À cela je réponds : Arrêtons de castrer l'Évangile au nom de la douceur, de la patience et de la miséricorde de Yéshua.

Ce n’est pas à cause de sa douceur, de sa pondération ou de sa miséricorde qu’aujourd’hui comme hier on crucifie Yéshua, mais c’est parce qu’il ose mettre le doigt sur la cause de nos malheurs.

C’est pour son audace, pour son amour de la vérité et pour sa cohérence  qu’il est cloué à la croix des esclaves rebelles.

Il est crucifié parce qu'il ose dire leurs quatre vérités à ceux qui, se prenant pour les maîtres du monde, gouvernent en fonction de leur insatiable appétit de pouvoir, d'argent et de plaisirs.

Yéshua est loin d’être seulement le berger tout doux de la catéchèse pour enfants. Et loin aussi d’être le prêtre élégant orné de dentelles comme en raffolent les amateurs de liturgie. Il est avant tout un prophète, c’est-à-dire un homme vrai.

Parce que, comme les prophètes, il se tient toujours et inébranlablement du côté des victimes, du côté des pauvres et du côté des petits, les Dinosaures n’ont pas tort de se méfier de sa douceur, de sa miséricorde et de sa tendresse.

S’ils changeaient de camp en  se rangeant du côté des pauvres, ils comprendraient et tiendraient un tout autre discours.

Face  au loup, à l’injustice, à la corruption, au mensonge et à l’oppression, Yéshoua n’est pas un berger qui regarde ailleurs, se lave les mains ou prend la fuite (Jean 10, 10-15).

Il ne manipule pas cyniquement le langage de la paix, du pardon ou de l’amour des ennemis de manière à ce que les victimes en viennent à se sentir aussi coupables, sinon plus, que les bourreaux.

Au contraire, la  tendresse de Yéshua pour les victimes se transforme  en passion brûlante.

Et c’est justement  à cause de cette passion qu’il est crucifié, et que Dieu le ressuscite de la mort. (Actes 3, 13-15).

Donc, un fouet ou non?

 

34- L’énergumène de Gerasa

 Luc 8,26-39

 Ce n’est pas chrétien! Pour libérer un pauvre malheureux qui était plein de diables, tu as permis que 2000 cochons soient sacrifiés!

 

Génial!  Tu as mis l'économie au service de l'être humain, et non l'inverse.

 

Mais mettons-nous à la place de ces propriétaires de cochons. Ils avaient beau être des  Dinosaures, on comprend qu’ils ne l’aient pas trouvée drôle.

 

On aurait presque envie de prendre leur défense.

 

Mais qui comprend ces humains qui, par légions,  se  réveillent chaque matin plus pauvres que la veille, alors que pour les plus riches, c'est le contraire?

 

Est-il normal de continuer sans cesse à engraisser les plus gras pendant que les plus maigres n'ont déjà plus que la peau et les os? 

 

Il est évident que les éleveurs de porcs de Gerasa n'allaient pas se faire un selfie avec toi... Tu as donc dû déguerpir de là, sinon, tu étais cuit.

 

(Pour aller plus loin, voir en annexe, Article 2: "Jésus, l'économie et les cochons").

 

35- Débloquage majeur

  Marc 2, 1-12

 

 Dans la société de Yéshoua, le Pardon est administré au compte-goutte. L’officiant est le Grand-Prêtre, soit « le Pape » des Juifs, en personne.

 

Lui seul a le pouvoir de réaliser cette tâche. Il le fait au cours d’une imposante cérémonie qui ne se célèbre qu’une fois par année.

 

Ce jour-là, tout le peuple se masse autour du Temple pour obtenir de Dieu le pardon de ses péchés en échange de rivières de sang versé par un nombre incalculable de moutons et de taureaux sacrifiés dûment à cette fin par les prêtres.

 

Or, toi, Yéshoua, un gars de rien, un gars ordinaire, toi qui n'es ni prêtre ni curé, ni même simple sacristain, toi, un non consacré, un non oint, toi, un laïque comme tout le monde, tu oses déclarer à un homme paralysé que ses péchés sont pardonnés.

 

Tout le monde est médusé. Les Dinosaures sont au bord de l'infarctus.

 

Ça ne se peut juste pas! 

 

Cet individu paralysé, ce n’est certainement pas pour rien qu’il est comme ça.

 

Les sages et les saints du pays ont toujours enseigné que la maladie vient de Dieu. C’est Dieu lui-même qui a envoyé une paralysie à cet homme pour le punir des énormes péchés qu'il a dû commettre.

 

Et puisque tout péché est une offense faite à Dieu, seul Dieu peut accorder le pardon et seul Dieu peut guérir cet homme.

 

Pour qui te prends-tu donc, Yéshoua de Nazareth?

 

Le pauvre homme vient d’entendre de ta bouche que ses péchés sont pardonnés. Il n’en croit pas ses oreilles. Ça lui fait du bien. Un gros poids tombe de ses épaules. Sa tête tourne. Il voit des oiseaux. Il lui prend une irrépressible envie de vivre.

 

Tu veux montrer comment le pardon délie, le pardon débloque, le pardon libère, le pardon guérit.

 

Tu veux nous dire que le Fils de l'Homme, c'est-à-dire, l'être humain, nous tous, les humains, nous avons en nous-mêmes ce même pouvoir (et le devoir) de remettre en marche ce qui est paralysé.

 

Pour ce faire nous n'avons  pas besoin  de Grands-prêtres ou de petits prêtres, pas besoin de pénitences ni de sacrifices de moutons ou de taureaux.

 

Le pardon est à la portée de tous et de toutes et, s'il est sincère, s'il est vrai, s'il vient du fond du cœur, il fait des choses étonnantes.

 

Les Dinosaures voient de leurs propres yeux comment le paralytique se remet debout.

 

Comment il  attrape son grabat et retourne  à sa chaumière en chantant.

 

Leur visage tourne au vert et leur bouche au vinaigre.  Ils disent: « Ce Yéshoua est vraiment possédé du diable. »

 

« Sinon, d'où lui vient ce pouvoir? » (Matthieu 10, 25).

 

Sûrement pas de Dieu, car une chose est certaine: Dieu n'accomplit par ses œuvres en passant par les laïques ou par les gens ordinaires...

 

 

36- Remise à neuf un jour de sabbat

 

Marc 3, 1-6

 

Tous les jours que le bon Dieu emmène, tu peux faire toutes les guérisons qu’il te plaît mais, de grâce, pas le samedi!

 

Le samedi, tu le sais mieux que quiconque, il n’est pas permis de soigner ou de guérir des malades.  Est-ce assez clair?

 

Car, pour le peuple juif, le samedi est le jour sacré du sabbat. 

 

Le sabbat signifie que l’être humain ne doit pas travailler comme un esclave toutes les semaines, sept jours sur sept.

 

Cela n’honore pas Dieu, ça lui fait honte.

 

Ce qui fait la gloire, l’honneur, la joie de Dieu, c’est l’homme et la femme debout, l’homme et la femme libres.

 

C’est l’homme et la femme capables de travailler, mais aussi de souffler, de respirer, de relaxer, de prendre leur aise, de prendre le temps de manger, de boire, de chanter, de rêver, de s’amuser, de  s’aimer et de se reposer.

 

Par commandement divin, on ordonne donc qu’au moins un jour par semaine, le samedi, tout bon Juif, laisse ses affaires de côté pour retrouver sa liberté et pour en jouir.

 

On ne joue pas avec cela. Il en va ni plus ni moins de l’identité profonde de tout un peuple, car l’observance du sabbat est le signe sacré que jamais le peuple de Dieu ne sera un peuple esclave.

 

En cela réside toute sa pensée, sa spiritualité, sa foi et son destin.

 

Une affaire de vie de telle importance  que si cette loi sacrée s’enfreint de façon délibérée, on mérite la mort (Deutéronome  5,12 15; Exode 31, 14-15).

 

Le rituel du Sabbat

 

Donc, dès le vendredi, on fait le ménage, on fait sa toilette, on prépare la bouffe. Le lendemain, on se met sur son 36 et on fait Sabbat.

 

On se réunit en famille, on se revigore en partageant un texte de l’Écriture. Un peu comme pour la Pâque on remémore la libération d’Égypte et les hauts faits du passé, on chante, on se sert de bons petits plats, on boit à profusion, on fête.

 

On célèbre la libération déjà acquise ou à reconquérir.

 

On ne vit que pour être libre.

 

Le peuple « choisi de Dieu » doit se nourrir de ce rêve et de cette mentalité.

 

Le samedi, il doit célébrer ce même rêve et en anticiper la pleine réalisation au moins une fois par semaine,

 

Car Dieu, qui est libre, a fait l’humain libre comme lui.

 

La meilleure façon d’honorer Dieu, la meilleure façon de lui rendre gloire, c’est d’être ou de devenir des hommes et des femmes qui, à la fin d’une semaine de labeur, achèvent avec lui l’œuvre de création dans la liberté et la joie.

 

Toi, Yéshoua, tu ne mets aucunement en question cet extraordinaire rituel du sabbat. Autant que possible, tu le célèbres toi-même selon les règles, car tu es un bon juif pratiquant.

 

Mais ce qui importe avant tout pour toi, ce n’est pas tant le rituel que la mise en pratique de ce que ce rituel signifie.

 

Pas seulement le signe mais le signifié.

 

Pas seulement se faire une mentalité de personnes libres, mais  agir en libérateurs.

 

Voilà donc qu’un jour de sabbat, tu te trouves avec la communauté à la synagogue de l’endroit où tu as ton pied-à-terre.

 

On t’invite à commenter un texte de la sainte écriture.

 

Peut-être que ce jour-là,  ton commentaire porte justement sur ce que signifie le sabbat.  

 

La main brisée

 

Or, en parlant, tes yeux tombent sur un pauvre gaillard très maigre et déguenillé qui semble dissimuler quelque chose sous ses haillons.

 

Dans l’assemblée, un groupe de gardiens des mœurs à la solde des dinosaures scrute chacun de tes gestes.

 

L’homme  ne te demande rien, mais tu t’approches de lui.

 

Embarrassé, le pauvre rougit des pieds à la tête.

 

Tu lui demandes ce qu’il peut bien cacher dans ses vêtements. Il retire timidement sa main de sous ses haillons et te la montre.

 

Elle est desséchée, comme une vieille branche ayant perdu toute sève.

 

Avec une telle main ce pauvre homme peut à peine exécuter quelques sales besognes qui lui permettent de tenir encore debout.

 

Toi, Yéshoua, tu vois cela, et tu vois aussi les quatre enfants qui se collent à lui avec la mort dans le visage.  

 

Tu oublies  ton discours  sur les beautés du sabbat.

 

Et, même si tu es parfaitement conscient que, ce jour-là,  il ne t’est nullement permis de faire quoi que ce soit en faveur de cet homme, tu l’appelles:

 

« Viens en avant, lui dis-tu. Place-toi devant tout le monde ». 

 

Tu l’examines. Tu ne lui dis pas en te grattant la tête: « Ouais…, dommage que ce soit sabbat aujourd’hui. On est fermé. Reviens demain, on verra si on peut faire quelque chose ».  

 

Au contraire, tu déclares: « Rien de mieux que le sabbat pour rendre libre un homme condamné à vivre comme un mort ».

 

Tu demandes à la  communauté ce qu’elle en pense « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien plutôt que de ne rien faire? Sauver une vie plutôt que de la laisser pourrir? »

 

Silence total. Aucune réponse.

 

L’homme  veut mourir. La communauté ne sait où se mettre.

 

Dans le coin des dinosaures, la pression bat des records.  

 

Toi, tu n’en reviens pas.

 

Exaspéré par ce silence, mais non surpris, tu dis à l’homme : « Étends ta main! » Il l’étend, et sa main devient comme neuve.

 

La réponse, elle est là : les règlements et les commandements, c’est bien, mais le premier de tous les commandements, c’est de se servir de sa tête et d’obéir à son cœur.

 

On n’honore pas Dieu en chantant des psaumes alors que la maison du voisin brûle.

 

Le prochain d’abord, les prières, ensuite!

 

Malheureusement, il y a  une religion qui accorde plus d’importance aux cérémonies religieuses qu’aux personnes. Cette religion tue.

 

Mais, heureusement,  il y a aussi une religion qui libère.

 

D’abord, libérer!  Seulement après, les cantiques et les cloches!

 

 

37- Les enfants

 

Marc 9, 33-37. 42; 10, 13-16

 

Les enfants, tu les aimes bien. Ils s'amusent, ils ne se soucient de rien, ils posent des questions sans arrêter. Veulent tout savoir.

 

Ils n'ont aucun préjugé. 

 

Ils ne font pas de distinction entre leurs camarades pour des couleurs de peau ou de condition sociale.

 

Ils adorent les contes, s'inventent des mondes avec rien... 

 

Les éduquer, oui sans doute, mais sans tuer leur âme.

 

Cesser de les traiter comme des esclaves en leur faisant exécuter des besognes sales, car telle était la coutume.  

 

Ne pas les contaminer avec nos jugements, nos peurs, nos obsessions, nos névroses d’adultes.

 

 Pour toi, ils sont les plus grands. Ils sont nos maîtres.

 

Ils sont le neuf, la nouveauté, l'avenir en herbe.

 

« Soyez comme eux », nous dis-tu.

 

Malheur à qui fait d'eux des choses, des jouets, des momies, des soldats, des petits robots, des vieillards avant le temps...

 

Malheur à ceux qui les corrompent,  les empêchent de grandir et d’avancer dans leur développement.

 

À ceux-là, on ferait mieux de leur accrocher une énorme pierre au cou et de les jeter aux requins (Marc 9, 32-37. 42). 

 

 

 

38- Les fleurs des champs

 

Matthieu 6, 28-29

 

 

Les fleurs ne sont pas seulement de jolies petites choses.

 

Les fleurs sont une des grandes forces de la nature.

 

 Elles sont à la racine de la fécondité des plantes.

 

Elles sont pour ainsi dire le sexe de la végétation.

 

Sans elles, sans leur infinie diversité, sans leurs milliards de séductions, il n’existerait pas une seule plante, pas un seul animal, pas un seul humain. 

 

Les fleurs sont aussi importantes que les atomes, l’eau et le sang.

 

Aussi vitales que les grains de sable, les bactéries, les chromosomes, les ovules, les étoiles, les quantas.

 

Elles sont un élément fondamental du Big Bang de la vie...

 

Même les acariens participent de la grandeur des fleurs.

 

Et les Dinosaures aussi.

 

Ainsi que l'amour et la paix, le silence, le sommeil et le repos.

 

Ainsi que la beauté de toute chose, de toute personne et de toute race...

 

Les fleurs sont le sourire de la Terre et le côté joyeux de la Raison.

 

Elles embellissent la vie et l’embaument.

 

Elles nous empêchent de sombrer dans la folie.

 

Tu nous dis : « Regardez les lys des champs comme ils poussent : ils ne peinent ni ne filent. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a jamais été habillé aussi  somptueusement que l’un d’eux » (Matthieu 6, 28-29).

 

 

39- Ton Abba


(Luc 15, 11-32)

Pour toi, cher Yéshoua, Dieu est un père infiniment proche. Tu le ressens profondément comme ton « Abba », ou mieux encore, tu le vis au plus intime de toi-même comme ton « papa » très aimé.

Dans ta virilité, dans ta maturité d’homme adulte, tu lui portes un immense amour. Il est la joie de ton être. Il est ton être. Il n’y a là ni  sentimentalisme ni philosophie. Ton Abba est ta force. Tu respires en lui et lui en toi…

Pour les gens de ton entourage, qu’un simple ouvrier comme toi ait un rapport si familier avec le Grand Seigneur de l’Univers est une prétention sacrilège insupportable. Mais pour toi, c’est chose normale. Et cela, non pas parce que tu serais un être exceptionnel, mais parce que ce même Dieu se communique ainsi, non seulement à toi, mais à tous les humains sans distinction, y compris aux plus vils et à tes propres adversaires. Car l’intimité avec ton Abba est, pour le monde, la lumière dans laquelle tous nous avons la vie et l’être.

De mille manières, tu veux nous faire partager cette lumière, c’est-à-dire cette même familiarité qui t’unis avec ton Abba, lequel est aussi notre Abba. Pour allumer et nourrir cette lumière en nous, tu nous racontes une parabole très célèbre, connue sous le nom de « parabole du fils prodigue ».

Dans cette parabole, un père, fou de joie,  met la maison sens dessus dessous pour célébrer le retour de son fils, celui-là même qui avait été le malheur de sa vie.

 Cette parabole est comme une bombe placée sous les pieds de la société de ton temps, société fondée entièrement sur l’autorité du père de famille, qui a généralement droit de vie ou de mort sur ses enfants. Tel est l’ordre imposé par l’honneur, la race, le sang, le rang, la réputation, la face, le clan et la tradition.

C’est la loi. Une loi solennellement avalisée par la religion. Obéir au père, c’est obéir à Dieu ; ne pas lui obéir, c’est attirer la malédiction. Malgré les abus et la tyrannie qu’un tel principe engendre, société et religion se sont construites sur cette base intouchable.

Toi, cher Yéshoua, pour montrer que Dieu n’est pas du tout un Grand Patriarche de ce genre, tu inventes l’histoire d’un fils au cœur dur qui, un jour, décide de réclamer à son père la part d’héritage qui lui revient, alors même que le père est encore en parfaite santé.

Même aujourd’hui, une telle offense serait inimaginable. Dans la culture de ton peuple, c’est un crime qui justifierait que le père tue son fils sur-le-champ. Mais, dans ta parabole, le père ne proteste pas. Avec un profond soupir sans doute et une tristesse infinie, il remet au fils ce qu’il réclame. Et le fils, sans dire « merci », empoche l’argent, tourne le dos à son père, claque la porte et part pour un pays lointain afin de se vautrer dans la débauche. L’homme qui lui a donné la vie reste derrière, anéanti.

Bien qu’il ait un autre fils qui fait sa fierté, le père ne trouve aucune consolation dans la perte de celui qui est parti. Chaque jour, il se tient à l’affût, ne cessant d’espérer son retour.

Les années passent. Le fils perdu réussit à ruiner sa vie au point de tomber dans la misère la plus sordide. Un éleveur de porcs, par pitié, l’engage pour nettoyer l’enclos de ses bêtes en échange d’un quignon de pain rassis (rappelons que ce garçon est juif et que les juifs ont un gros problème avec les porcs…). Et encore, on ne lui permet même pas de manger la nourriture des cochons. Difficile pour un juif de tomber plus bas…

Le malheureux n’a plus que la peau sur les os. Remué par la faim - et nullement par le repentir - il se met soudain à penser à son père, à la vie bien meilleure que doivent mener les travailleurs qu’il embauche. Cette pensée peu à peu éveille en lui le désir de rentrer à la maison. Idée suicidaire peut-être, car son vieux père le tuera sans doute. Mais, qui sait ? En le voyant avec un air de repentant, son père ne le tuera peut-être pas. Même qu’il pourrait le prendre comme esclave... On ne sait pas. Et puis, qu’importe, au fond ? Que le père le tue ou le livre à ses dogues, il n’y a rien là. Depuis longtemps, il n’a déjà plus de vie.

Convaincu qu’il n’a rien à perdre, le fils prodigue rassemble ses dernières forces et, en s’appuyant sur un bâton, entreprend ce qui sera le plus long retour de l’histoire du monde. Tout au long du chemin, il répète comme un mantra les mots d’une demande de pardon qui sonne à vide.

Après un nombre infini de lunes, le père aperçoit au loin une silhouette qui semble s’avancer péniblement en direction de la  maison. Son cœur bondit: « C’est lui ! C’est mon fils ! »

Oubliant ses infirmités de vieillard et sa vue défaillante, il court à la rencontre de la chose qui tremble  de tous ses membres. Le père se jette à son cou, pleure et rit à la fois, il le dévore de baisers. L’émotion est à son comble.

Le fils, les mains levées au-dessus de la tête comme pour se protéger d’éventuels coups, tombe aux pieds du vieil homme en balbutiant des sons confus : « péché… », « pas digne… ».  Le père ne l’écoute pas. De toutes ses forces il relève son fils en le serrant en silence contre son cœur.

 

Puis,  en s’appuyant l’un sur l’autre, le père fou de joie et son fils décharné, sale et dégoûtant entrent doucement à la maison comme les êtres les plus heureux de la terre.

 

À la maison, le père paraît rajeuni de cent ans ! Il donne des ordres à droite et à gauche pour faire une fête dont le monde entier entendra parler.

 

L'autre fils, celui qui est toujours resté à la maison,  le bras droit de son père, bref, le fils parfait. Pour lui, jamais le père n’a fait de fête spéciale.  Dur à avaler. Pas question pour lui de fêter le retour de cette loque humaine qui n'a plus rien d’un frère.

 

Le père en a le cœur gros, mais n’en n’aime pas moins ce garçon magnifique dont il est pourtant extrêmement fier. Il retourne à la fête où le fils qui était perdu se trouve maintenant revêtu d’habits de prince. Il  était mort et il est acclamé maintenant comme un héros débordant de vie.   

Pour que la joie du père soit parfaite, il faudra bien qu’un jour les deux frères se réconcilient. (Depuis Caïn et Abel, la planète est pleine de frères qui ne se regardent pas, ne s’aiment pas et s’entretuent)....  On ne peut pas imaginer la fête qui éclatera, non seulement sur la terre, mais dans tout l’univers, quand viendra  la Grande Réconciliation. Viendra-t-elle?...

 Avec cette histoire, mon cher Yéshoua, tu fais tout sauter en l’air. Tu fais éclater toutes les limites de ce que l’on peut penser, croire ou dire d’intelligent sur Dieu. Tu nous révèles la nature profonde du cœur de Dieu. Pour toi, il n’y a jamais eu, il n’y a pas et jamais il n’y aura d’autre Dieu que celui du père de cette parabole : un Dieu qui aime tout le monde de tout son cœur et sans condition,  même les plus endurcis, les plus ingrats, ceux qui abusent de sa bonté ou qui nient jusqu’à son existence. Voilà. Pour toi, Dieu, c’est cela ! Ce Dieu est ton Abba. Tu l’aimes par-dessus tout. Il t’éblouit. Il est l’amour de ta vie. Souvent tu t’éloignes du tumulte du monde pour te retrouver seul avec lui, au plus profond de ton être. Il est la source de ta liberté, le grand secret de tout ce que tu dis et de tout ce que tu fais.

Ce Dieu n’a pas de barbe. Il n’est ni vieux ni sénile. Il n’a pas d’âge. Il est toujours infiniment jeune.

Il ne rejette personne, pas même les dinosaures qui ressemblent au fils aîné de la parabole. Avec une patience infinie, il les attend, eux aussi,  au détour du chemin et il les aime sans condition avec une miséricorde qui n’a pas de limites.

Il va sans dire, mon cher Yéshoua,  qu’avec une telle théologie tu envoies définitivement à la retraite le Dieu patriarcal et justicier de la bonne vieille tradition, et tu déstabilises à un degré inimaginable les "gardiens de l’ordre et de la vérité". Ils n’en finissent plus, d’ailleurs,  de déchirer ce qui reste encore d’intact de leurs chemises.  Ton heure est proche.

Petite note

Si quelqu’un me demande un résumé de tout ce qu’il faut savoir sur Dieu et sa Parole, je n’hésiterai pas à arracher toutes les pages de la Bible, sauf celle de la parabole du fils prodigue, Évangile de Luc, chapitre 15, versets 11 à 32. Pourquoi ? Parce que, dans ce récit simple, la pensée atteint un tel degré d’humanité qu’il devient difficile de distinguer une différence entre ce qui est humain et ce qui est divin. Cette parabole est la « photo » même de « l’identité » de Dieu.

 

40- Lancement de ta Mission

 

Année Jubilaire

 

Luc 4, 16-30

 

 

 Cher Yéshoua,


Nous sommes convoqués à la synagogue de Nazareth, le village où tu as grandi. Tout le monde est là. On t’invite  à faire une lecture du livre d’Isaïe.

 

Toi-même tu choisis avec soin les versets 1 et 2 du chapitre 61 de ce grand prophète.

 

(Afin que ne perdent pas leur force les mots dans lesquels ce texte nous est parvenu, j’en fais ici une traduction selon le contexte dans lequel il a été écrit) :

 

«Le Souffle de Dieu est sur moi. Il respire en moi. Il me pousse à  annoncer aux pauvres la Bonne Nouvelle que voici: tous ceux et celles que nos oppresseurs ont jetés en prison seront libérés! Tous ceux et celles qui sont enfermés dans les ténèbres des cachots vont voir la lumière du jour et de la liberté! Les gens qui ne parviennent pas à rembourser leurs dettes, sont « graciés » et leurs biens, restitués. À ceux-là qui ont été forcés de se livrer comme esclaves à leurs créanciers, à eux ainsi qu’à leur famille, le pardon, la libération, autrement dit leur "grâce" est accordée; à l’instant même ils peuvent récupérer leurs droits, leurs possessions et leur liberté. C’est pourquoi, au nom du Seigneur notre Dieu, nous proclamons en ce jour L'ANNÉE DE GRÂCE DU SEIGNEUR NOTRE DIEU, une année de jubilation, une Année Sainte!»

 

Tu enroules le parchemin. On n'entend pas une mouche voler. Tout le monde te regarde avec des yeux grands comme des soucoupes... Tu ouvres la bouche et déclares en pesant chacun de tes mots:

 

« Ce que je viens de proclamer entre en vigueur

 

AUJOURD'HUI même! »

 

À ces mots éclate une clameur à faire voler les tuiles du toit.

 

Les opprimés sont fous de joie. Et les autres, fous de rage.

Du groupe des usuriers et des grands propriétaires monte un hurlement d’hyènes:

 

 - Pour qui te prends-tu, Yeshoua? Tu vires fou, ou quoi? Pendant que tu nous braques sous le nez un vieux texte du temps de Mathusalem, nous,  nous regardons vers l’avant. Nous sommes le progrès! Nous sommes l’avenir! Tu n’es qu’un raboteur de bouts de planches et on va te laisser nous barrer le chemin? Si Dieu n’est pas avec nous, fais-nous un gros miracle, ici même, dans notre village. On verra bien s’il parle par ta bouche!  

 

Les moqueries, les huées et les crachats pleuvent, mais tu ne plies pas.

 

En faisant des efforts extrêmes pour qu’on t’entende, tu leur réponds que Dieu n’opère  pas de miracles dans un village où les habitants se bouchent les oreilles pour ne pas écouter la voix de ses prophètes. Il choisit de faire ses miracles en pays étrangers et païens! Tu leur donnes deux exemples.

 

- Vous vous souvenez du prophète Élie? Un jour, il rencontra une pauvre veuve portant en terre le corps de son enfant. Le petit était mort à cause de la faim. Elle aussi allait bientôt le suivre. Or, Élie ressuscita l’enfant et sauva la mère. Où donc Élie a-t-il fait ce miracle ? L’a-t-il fait en Israël, dans son propre  village où il y avait pourtant plein d’enfants qui mouraient de la faim? Non! Il le fit  à Sarepta, en territoire païen! Pourquoi?  Parce que cette pauvre femme païenne qui ne possédait plus rien, avait quand même  accueilli le prophète comme l’un des siens dans son humble hutte

(1 Rois 17, 10-16). Or, ici, à Nazaeth, on n’accueille pas les prophètes…

 

Un silence très lourd s’abat alors sur l’assemblée. Tu ne t’en inquiètes pas et tu continues d’en remettre :

 

-Au temps d’Élisée, il y avait plein de lépreux en Israël. Le prophète n’en  guérit aucun de son village, mais il guérit le lépreux Naaman. Or, qui était ce Naaman? Eh bien, Naaman était le chef des armées du roi d’Aram, en Syrie, un  ennemi de longue date avec lequel Israël ne cessait de faire la guerre! (2 Rois 5, 1-19). 

 

Tu as encore cette phrase sur les lèvres que les hyènes te sautent dessus en poussant des cris aigus. Ils te tirent hors de la synagogue et te traînent au haut d’une falaise pour t’y jeter en bas.

 

Et puis, soudain, tu n’es plus là!

 

Tu t’es éclipsé comme une couleuvre entre les pattes des Dinosaures.

 

Tu l’as échappé belle.

 

Pour le moment.

 

Envois missionnaires modernes

 

Mon cher Yéshoua, c'est dans cette ambiance sulfureuse que s’est déroulé le lancement de ta « mission pour l'évangélisation des peuples», en même temps que tu inaugurais la première « Année Sainte » de notre ère.

 

Comme tu sais, les choses ont changé. Nous avons fait des progrès. Nous sommes devenus moins stricts par rapport à la religion, plus tolérants, moins radicaux, moins fondamentalistes.  On a évolué, voilà tout.

 

Par exemple, la réaction à ton discours dans la synagogue, nous la mentionnons en souriant. Étant donné que l’annulation des dettes, c’est un peu fort de café, nous parlons plutôt de « pardon des offenses » (voir la version officielle du Notre Père). Ça fait moins va-t-en-guerre et plus pastoral. Ça ne cause pas de chahut. Car l’important, vois-tu, c’est d’éviter tout conflit et maintenir un climat de paix...

 

Lors des départs de nos missionnaires, on ne baise plus leurs pieds comme on le faisait autrefois, ce qui est à notre honneur. Mais comme  toujours on chante très fort leur courage, leur abnégation et leur générosité. Quant à « l’Année de Grâce », pas un pauvre petit mot. Ou à peine. Pourquoi?

 

Il semblerait que l’oppression soufferte par la plupart des peuples auxquels nous sommes envoyés, les lourdes dettes qui s’ensuivent et réduisent ces peuples à un esclavage qui ne dit pas son nom, tout cela passe sous le radar de nos sensibilités missionnaires. Nous allons annoncer une  Bonne Nouvelle dans ces pays, mais pas celle de Yéshoua à la synagogue de Nazareth!

 

Il va sans dire que notre mission n’est pas de partir en croisade contre toutes les fripouilles de la  planète, mais au moins nous devrions, dans l’esprit de Yéshoua, nous engager, partout où nous allons,  à créer une conscience, une mentalité, une spiritualité et un grand rêve de « libération » non pas seulement des pernicieux régimes de modèle soviétique, chinois ou djihadiste, mais aussi de notre hypocrite et insidieux modèle capitaliste, matérialiste et bourgeois.

 

Dans une campagne mondiale permanente (qui serait à créer et à soutenir),  nous devrions, à travers tous les moyens de communication, joindre nos voix à celles de millions de chrétiens et non-chrétiens qui ont à cœur le sort de l’humanité, pour ramener constamment au centre de la conscience humaine la nécessité, le devoir l’obligation et l’urgence de la remise des lourdes, injustes et impayables dettes qui écrasent les peuples les plus vulnérables de la planète, avec une attention prioritaire pour la plupart des peuples auxquels nous sommes envoyés.

 

Il est vrai que nous croyons depuis longtemps en un évangile qui améliore le sort des plus pauvres. Nous croyons en un évangile qui se traduit en écoles, en centres de santé et d’éducation populaire, en petites et grandes communautés de foi, de charité et de solidarité fraternelle.  En un évangile des moyens de communication et d’assistance sociale. En un évangile qui creuse des puits, ouvre des routes, bâtit des églises et recrute une relève pour que notre entreprise ne meure pas. Nous croyons en un évangile de petites et grandes actions. Bref, en un évangile qui fait grandir les gens. Nous faisons tout cela, et plus encore.  

 

Ce sont nos miracles. Ils ne sont pas négligeables.

 

Mais, ce que nous faisons peu ou pas du tout, c’est nous attaquer clairement  à  la racine de la pauvreté comme Yéshoua l’a fait  dans la synagogue de Nazareth en proclamant que « l’Année de Grâce » rêvée par les prophètes, commençait le jour même de sa prise de parole.

 

Est-ce que, sous prétexte de charité et de paix, Yéshoua garderait silence sur le fait brutal que nos pays prédateurs continuent de s’enrichir sur le dos des pauvres?

 

Qu’on le veuille ou non, nous faisons partie du club sélect des pays riches. En ne faisant rien pour changer les choses, nous bourrons les poches des crapules qui, très souvent, se trouvent à la tête de ces mêmes pays que nous désirons évangéliser.

 

Que cela se fasse en bonne partie sous le couvert honorable du commerce et de l’aide internationale ne devrait pas nous étonner. Selon les experts, cette pratique est courante.

 

Ajoutons à cela le fait que nous endettions ces pays également en leur vendant des armes (pour qu’ils se tuent entre eux), et aussi en leur vendant à prix fort un tas de gadgets technologiques (et autres) qui les intoxiquent et les rendent toujours plus accrocs à nous. 

 

Nous ne sommes quand même pas si aveugles. Nous savons que ces pays  continuent d’être colonisés et pillés par nous, les plus favorisés, mais ça reste là.

 

Non, on ne parle pas de ces choses dans nos envois missionnaires  ni dans aucune de nos liturgies,  pour des raisons évidemment idéologiques et, par-dessus tout, pour des raisons pratiques.

C’est-à-dire que pour continuer à survivre comme entité missionnaire, on doit toujours  prendre grand soin de ne pas froisser ceux qui ont des sous.

 

C’est ce qui explique pourquoi, dans nos chapelles feutrées et dans nos publications, nos envois missionnaires ne provoquent pas d’émeutes et que jamais personne ne risque d’être jeté en bas de sa chaise.

 

Année Sainte

 

Tous les 25 ou 50 ans, revient sans faute la fameuse « Année sainte ». L’année 2025 a justement été une de celles-là.

 

En fait, il s’agit de l’« Année de Grâce » de la Bible, mais soigneusement remise au goût du jour. 

 

Cette année jubilaire qui devrait être l’Année Missionnaire par excellence consacrée à l’effacement des dettes des plus appauvris de la planète, a été miraculeusement remodelée en grande partie  en une année-phare de tourisme religieux international, de commerce d’indulgences mal  déguisé, de bénédictions papales et d’articles de piété de haute pacotille. 

 

Toutes choses excellentes, semble-t-il, pour enlever les péchés du monde, mais qui n’ôtent pas de sur les épaules des pays dits du Tiers-Monde la dette monumentale dont le poids, à leur échelle, dépasse les plus hauts pics de l’Himalaya.

 

Pauvre Yéshoua, après le coup de la synagogue, tu as réussi à étirer ta vie d’une couple d’années (un autre miracle!) après quoi tu as fini tes jours sur une croix dans un dépotoir réservé aux maudits, aux corbeaux et aux chiens errants. Elle était là la haute falaise qui t’était destinée.

 

C’est à cette « falaise » que t’a conduit ton beau programme d’évangélisation selon Luc 4, 16-30.

 

Mais tout ne finit pas là. Après la plus longue nuit du monde, se lève soudain derrière les montagnes la lumière éblouissante d’un jour nouveau.  « De mort, il n’y en a plus. De pleur, de cri et de peine, il n’y en a plus, car l’ancien monde s’en est allé » (Apocalypse 21, 4).

 

Parce que nos yeux ne sont pas faits pour percevoir une telle brillance, nous ne voyons assurément rien de ce fameux monde nouveau qui pointe à l’horizon.  

 

Nous nous enfermons sur nous-mêmes comme des enfants boudeurs en nous rabattant sur le raisonnable, sur le plausible,  sur les choses pratiques et sur les affaires ordinaires.

 

Nous renonçons au rêve, à la passion, à la belle folie à laquelle, de l’intérieur, l’Infini nous convoque depuis toujours.

 

Bref, nous nous contentons d’être simplement de «bons » dinosaures conservant la vie comme dans une boîte de conserves.

 

Mais, en fermant nos yeux « raisonnables » et en laissant s’ouvrir notre cœur, il pourrait arriver que nous puissions saisir une parcelle de cette clarté.

 

Une lueur peut se mettre à  briller et finir par brûler comme un feu au-dedans de notre être.

 

Sans préavis, cette lueur pourrait nous mener très loin. (Luc 24, 32-33, et aussi et surtout Exode 3,1-10; 13,21; 14, 24.30-31).

 

Duc in altum!  AVANCE AU LARGE! (Luc 5, 4)

 

 

41- Sexe

 

Les quatre évangiles qui portent directement sur les paroles et les actes de Yéshoua de Nazareth, ne font pas grand place aux questions de sexualité.

 

Pas d’alerte rouge, pas de menaces de mort, pas d’obsession, pas d’urticaire, pas de fièvre à ce propos.   

 

Sans doute parce que toi, Yéshoua, tu vois simplement le sexe comme une chose normale.

 

Vrai,  dans ton monde, le sujet est hyper tabou tout comme il l'a été pour nous pendant très longtemps.

 

Mais toi qui n’as pas l’habitude de te laisser embarrasser par les tabous, tu aurais dû nous livrer clairement ta pensée  au moins sur certaines  pratiques sexuelles plutôt scabreuses de ton  époque…  

 

Mais non. Sauf en ce qui concerne l’adultère et peut-être la pédophilie (Matthieu 18, 6. 5, 27-28), Tu restes cool sur ces questions.

 

Le moins que l'on puisse dire, si l’on s’en tient aux documents que nous possédons, le sexe n'est pas le centre de tes préoccupations.

 

Les questions qui touchent ce sujet ne t’empêchent pas de dormir.

 

Serait-ce pour cela que les Dinosaures tentent de te faire passer pour un païen, un impur, et même un ami des débauchés?  

 

Selon ce que l’on rapporte, ils te traitent même de Belzébul. (Matthieu 10, 25).

 

Aujourd’hui on dirait de toi que tu n’es pas très catholique

 

Entendons-nous bien. L'amour que tu proposes ne cherche pas à mettre fin à l'amour charnel. Au contraire, il l’assume, l'englobe, l’intègre, le bénit et le transcende. Il incite seulement  à ne pas se contenter de ramper alors qu'il est possible d'apprendre à voler. Car il  s’agit de vie,  et la vie, par la force des choses, est faite pour évoluer. Or, notre évolution ne fait que commencer…

 

 

42- Galiléens et Yéshoua, 

 

2 points de vue

 

Les Galiléens n’en peuvent plus. Ils rêvent d'un roi qui monte à cheval, manie l’épée et fait la guerre. Un roi qui chasse sans pitié les ennemis du pays, restaure la loi et l'ordre et accroît la puissance de la nation.

 

Mais toi, Yéshoua, tu rêves plutôt d'un pays et d’un monde dans lequel il n’y aurait, ni plus ni moins, aucune frontière entre le ciel et la terre, pas de séparation entre Dieu et les humains. Un monde dans lequel la loi, l’ordre, l’autorité,  la politique,  l'économie, la justice, la liberté, la religion elle-même seraient au service de la liberté et de la dignité des humains.  

 

Autrement dit, une société sans esclaves dans laquelle l’être humain ne serait plus sacrifié à des intérêts supérieurs ou à des valeurs considérées sacrées et intouchables.

 

Cette façon tout à fait unique d’envisager l’ordre du monde est vraiment contraire à ce qui se fait depuis toujours.

 

Elle renvoie au grand principe révolutionnaire qui est le fil conducteur de toute ton action publique, à savoir que « le sabbat est fait pour l'être humain et non l'être humain pour le sabbat » (Marc 2, 27).

 

Les Galiléens, évidemment, n’y voient que du feu, comme nous d’ailleurs. C’est que tu es prophète et un immense poète, et comme pour bien des poètes et des prophètes, l’avenir est déjà présent; il n’y a pas de demain mais seulement l’aujourd’hui, et ce qui paraît impossible est déjà en train de se produire.

 

Le prophétisme, c’est un peu comme la science-fiction. Il réinvente le monde de façon souvent fabuleuse.

 

Mais, par ses rêves, il est souvent source d’inspiration de certaines nouveautés qui permettent au monde d’évoluer.

 

Tu voulais seulement mettre en marche un grand mouvement chargé  d’insuffler ta vision des choses dans l’esprit et la chair des humains afin que ta façon de voir la vie rayonne partout et soit une lumière pour le monde.

 

En d’autres termes, tu voulais un mouvement  qui soit le germe d’un grand service à l’humanité  pour que l’être humain  se libère de ce qui l’empêche de s’épanouir et de se réaliser dans toutes ses potentialités.

 

Ta révolution, Yéshoua, c'était cela?!

 

Je ne prétends pas imaginer que tu pensais les choses comme je les raconte ici. Loin de là! Mais j’aime penser que c’est à peu près ainsi que tu me les exprimerais.

 

Si aujourd’hui les chrétiens ne sont pas avec toi du côté des opprimés, tous les vrais révolutionnaires qui prennent à cœur le triomphe de l'humain sur la bêtise, auront raison de juger le christianisme comme "l'opium du peuple".

 

Ils traiteront les chrétiens d'hypocrites, de fascistes et de gorilles, et ils leur feront la guerre.

 

Mais il faut admettre, par contre, que si un bon nombre de chrétiens prenaient la décision de se tenir résolument du côté des opprimés, les choses ne seraient pas plus amusantes.

 

Car, de peur de perdre un poil de leur pouvoir, les propres dirigeants religieux de ces chrétiens seraient pour la plupart les premiers à leur reprocher de faire le jeu des sans-dieu et des bolchéviques. Ils les  ostraciseraient et les dénonceraient  sans scrupule comme il est arrivé à profusion dans l’histoire. 

 

Quand on prend ton évangile au sérieux, cher Yéshoua,  on se trouve souvent pris entre deux feux, tout comme toi.

 

 

43-Joie

 

Au risque de passer pour des illuminés ou des jovialistes finis, il faut affirmer haut et fort que l'Évangile, c'est de la joie de la tête aux pieds.

 

Il y a des passages nuageux, il y a des moments de grande noirceur, mais il y a surtout de la joie qui coule à flot comme le meilleur vin de Cana.

 

Cette joie, c'est toi aussi, cher Yéshoua.

 

Tu n'as rien d'un esprit sombre,  rien d'un esprit chagrin. Tu ne broies pas de noir.  Parfois tu réfléchis jusqu’à suer le sang, mais tu n'es pas grognon pour autant. Tu as tes sautes d'humeur, bien sûr, tes moments moins olé olé, tes moments de peine et de tristesse, mais tu n'es pas que cela.

 

Dans Matthieu, ta bonne nouvelle commence par un immense cri de joie qui jette par terre toute la tristesse du monde. «HEUREUX! HEUREUX! HEUREUX!» est répété neuf fois de suite! (Matthieu 5, 1-12).  

 

Ce mot résonne encore dans nos oreilles comme les neuf symphonies de Beethoven.

 

Tu veux le bonheur de tous les paumés de la Terre,

 

Tu veux la joie dans  le monde entier.

 

Tu es joie.

 

Avec toi tout débouche sur cette certitude incroyable que le règne de  la mort, le règne des Dinosaures est terminé, et que commence le règne d'une conscience et d'une réalité entièrement nouvelles.

 

Oui, avec toi, on marche vers la joie du Royaume.

 

Vers cette joie  qu'on ressent quand tombe du ciel l'aubaine du siècle, par exemple,  lorsque par pur hasard on découvre un trésor énorme caché dans un  champ, ou une perle splendide mêlée à la camelote d'un souk des Mille et une nuits (Matthieu 13, 44-45).

 

Ou vers la joie d'une femme pauvre qui, ayant perdu une des rares monnaies qui lui restaient, la retrouve après avoir mis la maison à l'envers et  l'avoir dix fois balayée de haut en bas.

 

Ou vers la joie du berger qui retrouve une brebis perdue, parce que cette brebis maigrichonne et un peu écervelée a  autant de valeur que les 99 brebis grasses laissées sans gardien dans la bergerie.

 

Ou vers la joie extrême du père qui retrouve son enfant perdu, même et surtout si cet enfant au cœur dur ne mérite plus de porter le nom de son père (Luc 15, 8-9. 4-6. 11-32).

 

Ou vers la joie des ouvriers qui n'ont travaillé qu'une heure et reçoivent le même salaire que ceux qui ont trimé tout le jour (Matthieu 20, 1-16)... 

 

Le grand souhait de ton cœur : "Que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite!" (Jean 15, 11).

 

Arrachement

 

J'entends monter des protestations.

 

On pourrait  me reprocher de faire de la voie de Yéshoua un bar ouvert où tout le monde peut entrer sans s'essuyer les pieds et où chacun se fait servir sans payer.

 

On me rappelle que le Yéshoua de l'évangile a quand même dit: "Si tu ne renonces pas à toi-même, si tu ne prends pas ta croix pour me suivre, tu ne peux pas marcher avec moi" (Luc 14, 26-27). Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous…

 

On s'étonne aussi que je ne parle pas du « vêtement  de noces" obligatoire pour prendre part au banquet auquel "beaucoup sont appelés, mais peu se qualifient" pour y être admis (Matthieu 22, 11-14).

 

On me dit que mon langage n'est pas celui de Yéshoua... 

 

Ce à quoi je réponds:

 

 - "D'accord.  Chez Matthieu, l'accès au banquet du Royaume est apparemment plus restrictif que chez Luc. Car Matthieu est Juif et  conserve encore des réflexes légalistes de sa communauté traditionnelle.

 

Par contre, Luc, qui est Grec et ne partage pas les mêmes scrupules que Matthieu,  la vision qu’il a du Royaume est sans réserve: «Va t'en par les chemins et le long des clôtures, et fais entrer les gens de force, afin que ma maison se remplisse!» (Luc 14, 21-23).

 

Voyez, moi je suis probablement plus Grec et plus païen que Juif, j'adopte avec joie la vision de Luc. 

 

Quant au renoncement requis pour suivre Yéshoua, je ne crois pas avoir baissé la barre.

 

J'ai souvent parlé « d'arrachement ».

 

J'ai insisté pour que nous nous arrachions à nos vieilles pratiques, à nos routines, à nos tabous, à nos préjugés, à nos peurs; que nous nous arrachions à nos inerties, à nos zones de confort, à nos voies tracées d'avance, à nos certitudes, à nos dogmes; que nous renoncions aux images mielleuses ou de grand seigneur que nous nous sommes fabriquées au sujet de Yéshoua; que nous renoncions à nos béquilles, à nos déguisements, aux croyances incrustées dans nos gènes, à toutes ces choses que souvent nous avons sacralisées par le biais de la religion; que nous nous arrachions à nos enclos sacrés et que, de là, nous fassions le saut dans le vide, vers le neuf.

 

Pour moi, se dépouiller pour "revêtir le Christ", comme dirait l'apôtre Paul (Éphésiens 4, 22-24),  "emprunter la voie étroite" dont parle Yéshoua lui-même (Matthieu 7, 13), "renoncer à tout et prendre sa croix pour suivre Yéshoua", c'est justement cela. .

 

Voie qui n'est quand même pas toujours étroite, car à peine dure-t-elle le temps de rompre les amarres et de faire le saut. Aussitôt la muraille franchie, elle débouche sur une chaussée large à  l'extrême.

 

Là, en lien "étroit" avec lui qui a franchi le mur de la mort, on apprend à marcher joyeusement  dans "la glorieuse liberté des enfants de Dieu" (Romains 8, 21).

 

Et les Dinosaures?

 

Les Dinosaures, tu les as endurés tant que tu as pu. À la fin, quand ils t'ont crucifié, tu as prié ton Abba de les pardonner. Tu as plaidé en leur faveur, mais, détail très  important, sans leur donner raison.

 

Tu  as fait valoir qu'ils ne devaient pas être jugés coupables. Pourquoi? "Parce qu'ils ne savaient pas ce qu'ils faisaient" (Luc, 23, 33-34).

 

Autrement dit, parce qu'ils étaient des inconscients (ce qui n'est pas précisément le plus beau compliment...).

 

En raison de cette circonstance atténuante,  tu demandas à ton Abba de ne pas les condamner. Tu le prias même de leur faire miséricorde...

 

Avec toi, il en est ainsi: avant tout: la justice et la vérité, mais le dernier mot appartient à la miséricorde.

 

Ce qu'il adviendra des Dinosaures après leur mort est un secret que Yéshoua partage seulement avec des amis très proches.

 

Ce secret, je l'ai découvert quelque part, en 1959, dans un vieux livre jauni dont le titre était : "Révélations de N.S. Jésus-Christ à sainte Gertrude le la Passion" (imaginez!).

 

Il lui aurait chuchoté à l'oreille: «Ma fille, ni de Salomon, ni de Judas je te dirai ce que j'ai fait,   pour qu'on n'abuse pas de ma miséricorde»...

 

Vous l'avez bien deviné. Cette parole a de grosses chances d'être authentique et de très bien s'appliquer  à nos Dinosaures... 

 

Tant mieux, alors! 

 

Au fond, nos Dinosaures le méritent. 

 

Car, même si nous n'avons aucune raison de les aimer, je me demande ce qu'on aurait pu connaître de  Yéshoua s'ils n'avaient pas toujours été à ses trousses...

 

Enlevons les Dinosaures des évangiles,  et les évangiles tombent en miettes. Enlevons les prédateurs de la planète et ce sera la fin du monde. On n'a pas le choix...

 

C'est pour cette raison, sans doute, que François d'Assise a fait un pacte avec le loup de Gubio, un méchant loup...

 

 

 

 

 

Mort et Résurrection

 

Le grand Voile du temple qui marquait la séparation absolue entre Dieu et les humains, entre  le sacré et le profane, entre le pur et l'impur, entre l'esprit et la matière, entre  la religion et la vie quotidienne, entre la Loi de Dieu et la loi de la Nature, entre l'Humain et le Divin, entre la Mort et la Vie, ce Voile se déchira de haut en bas (Matthieu 27, 51).

 

Ce voile  qui divisait et séparait... a été déchiré par les fouets, les épines, les clous et le coup de lance porté en plein cœur du Crucifié.

 

On dirait, Yéshoua, que ton visage, ton corps, ton histoire personnelle ou même ta parole réelle s'effacent pour "dé-voiler" l'ultime réalité pouvant expliquer le monde, le changer et le sauver. 

 

Aimant les tiens, tu les aimes "jusqu'au bout" (Jean 13, 1).

 

Tu te rends semblable aux humains en tout.

 

Tu nous laves les pieds (Jean 13, 2-16) en te mettant à notre service  jusqu'à la mort de la croix (Philippiens 2, 6-8).

 

Tu t'abîmes en tout ce que nous sommes, même en ce qu'il y a de plus inhumain et de plus méprisable en nous.

 

Tu t’es fait malédiction et, sans pécher, tu te fais péché.  À notre image (Galates 3, 13; 2 Corinthiens 5, 21).

 

Tu t'anéantis dans nos horreurs jusqu'à l'absurdité des présentes  guerres entre la Russie et l'Ukraine, Israël et le Hamas, entre le peuple haïtien et les gangs alimentés en dollars et en armes par de gros trafiquants  protégés en sous-main par le « grand frère américain ».  

 

Hier tu étais à Marioupol, tremblant de  faim et de froid parmi les vieillards, les femmes et les enfants enterrés vivants dans les caves humides des usines d'Azovstal.  

 

Aujourd’hui, tu es coincé sous les décombres de Gaza, tu es retombé dans l’enfer du Darfour, tu erres avec les Rohingya sans savoir où te réfugier.

 

Tu es un enfant fantôme des mines du Congo, tu es la faim, la mort… Tu es la fin du monde.

 

Ta croix d'hier, d'aujourd'hui  et de toujours,  ce sont les chambres de tortures, les chambres à gaz et les geôles de toutes les tyrannies de tous les temps.

 

Ta croix, ce sont les fameux pensionnats pour enfants autochtones, au Canada, aux USA et ailleurs.

 

Ta croix, c'est la faim dont souffre une grande partie de l'humanité pendant que l'autre partie croule sous l'abondance et assassine la Terre qui lui donne la vie. 

 

Quand  le soleil s'éteint en plein midi sous l'épais nuage de nos bombes, de nos crimes et de toutes nos folies, tu es là, cloué à nous,  poussant toujours le même cri de mort qui perce le cœur de Dieu: "Éloï, Éloï, lama sabachtani", "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi, m'as-tu abandonné?" (Marc 15, 34).

 

Ce cri est aussi celui que poussent tes disciples, eux-mêmes morts de peur et  ensevelis vivants dans leur refuge de Jérusalem.

 

Ils ont tout perdu.

 

Il ne leur reste que l'amour dont tu les as aimés.  Gardé au fond de leur cœur, cet amour soudain remonte avec force dans leur être et les ramène doucement à la lumière et à la raison. Il les fait sortir de l'ombre. Il les "ressuscite".

 

Alors, leurs yeux s'ouvrent. Non seulement il leur redonne vie, mais il te ramène à eux.

 

Ils voient et comprennent que toute mort a disparu et que tu es toujours vivant. Vivant, non plus en dehors, mais au-dedans et au-delà d'eux-mêmes pour aller avec toi sur toutes les routes du monde.

 

Ils comprennent que la plus grande puissance de l'Univers est l'amour.

 

Ils comprennent que l'amour ramène toutes choses à leur unité originelle, ressuscite tout, recrée tout.

 

Ils comprennent  que tout meurt et que seul l'amour demeure.

 

Ils comprennent que tout ce qui est amour à jamais vit en Dieu, car Dieu est Amour (1 Jean 4, 16).

 

Est-ce que serait ceci la "vérité" que Pilate cherchait ? (Jean 18, 38)

 

Nous-mêmes nous croyons à peine que Dieu puisse nous aimer.

 

Parce que, d’abord, nous ne sommes pas tellement sûrs qu’il existe.

Et parce qu’il nous est très difficile d’imaginer que nous  soyons importants pour lui.

 

Nous pensons encore que Dieu ne s’intéresse à nous que si nous sommes immaculés et de préférence vierges.

 

Sentiment qui nous habite depuis la nuit des temps.  

 

Or, la Bonne Nouvelle de Yéshoua annonce  quelque chose de tout à fait différent.

 

Elle nous annonce qu’il ne vient pas à nous parce que nous serions des lys de sainteté, mais simplement parce que nous sommes mal-fichus, fatigués et malades (Matthieu 9, 10-13). 

 

Il vient à nous à cause de nos brisures et de nos souillures.

 

Sur la croix, il DEVIENT nous.

 

Il nous aime comme Dieu nous aime. Il nous aime  comme des êtres inachevés dotés de l’extraordinaire  potentiel de devenir semblables à lui.

 

Il nous aime  comme si nous faisions partie de lui.

 

La FOI consiste simplement à « croire cette incroyable » vérité.

 

Cette foi nous connecte mystérieusement à l’amour gratuit de notre Dieu.

 

Seul cet amour chasse la mort et son cortège de souillures, de peurs et de complexes, de maladies, de haines et de folies meurtrières.

 

Seul l’amour gratuit de Dieu déterre l’être semblable à lui enfoui au plus profond de nous-mêmes.

 

Lui seul nous ressuscite.

 

Lui seul nous rend véritablement humains.

 

 

44- Épilogue

 

Chère lectrice, cher lecteur,

 

 Ce Yéshoua que je me suis efforcé d’actualiser,  n'est peut-être pas tout à fait le Jésus que les témoins d'il y a 2000 ans sont censés avoir vu de leurs yeux.  Je crois, tout de même, m'en être "in-spiré".

 

Tout ce que je sais de lui, c'est qu'il est vivant.

 

 Trop souvent, dans notre iconographie imaginaire, l'Esprit vient  d'en-haut ou de l'extérieur. Il semble être indépendant de Yéshoua. Pourtant, l’Esprit que Yéshoua  nous insuffle aujourd’hui comme  jamais est proprement celui qui « l'habite » intimement.

 

Il s’agit de son propre souffle  (Jean 20, 19-22), de sa vie, de sa mentalité, de sa façon d'être, de penser, d'agir et d'aimer.

 

Autrement dit, l'Esprit de Yéshoua est son "énergie", son âme, sa « res-piration », sa lumière et sa vie. Il est son « Évangile ».

 

Par son esprit « insufflé » en nous,  Yéshoua vit véritablement à l'intérieur de nous et nous permet de participer très subtilement de ses émotions, de sa créativité, de sa liberté, de sa sagesse, de son audace, de sa force et de son amour. 

 

J’aime penser que ces  modestes lignes que je viens de partager avec toi  pourraient te faire réagir. Laisse-les tourner dans ta tête, rumine-les, débats-les, laisse-les "spirer".

 

Ne crains pas de les laisser te "contaminer" tant que le "dinosaure" qui dort en toi (tout comme en moi) ne finira pas par fondre comme  iceberg dans les eaux de plus en plus chaudes de  notre « Arctique ».

 

Et voilà!  En moins de trois ans, Yéshoua,  tu as bousculé notre vie et renversé notre mort pour que nous trouvions notre centre et que s'établisse l'harmonie en nous, autour de nous, avec l'univers et avec Celui qui est la Source et le Cœur de tout.

 

Tu as cassé tous les moules et secoué tous les cadavres.

 

Toutes tes rencontres ont été des défis à relever, des risques à courir et souvent des impossibles à affronter.

 

Tu n'as cessé de surprendre.

 

La religion qui croyait dur comme fer que ses Écritures, ses dogmes, ses codes moraux, ses rituels, ses structures portaient le sceau de Dieu et étaient intouchables pour l’éternité, tu osas la confronter et la décarcasser.

 

Tu la passas au crible pour en libérer l’énergie et la vie.

 

Et avec patience, douceur et bonté tu nous as prévenus que ça n’allait pas s’arrêter là.

 

« Je vous le dis, en vérité : quiconque  croit en moi fera les mêmes choses que moi. Il en fera même de plus grandes encore !» (Jean, 14, 12).

 

Nous en sommes encore interloqués et malheureux.

 

De tous les humains, cher Yéshoua, nous sommes les plus malheureux parce qu’incapables de te suivre.

 

Pendant que notre barque s’enfonce, toi, tu dors. Si tu te réveilles, c'est seulement pour nous répéter: "Pourquoi avez-vous peur, hommes et femmes de peu de foi? (Matthieu 8, 26) Moi, j'ai vaincu le monde (Jean 16, 33).

 

J'ai survécu à la mort et «je fais toutes choses nouvelles» (Apocalypse 21, 3-5). "Allez, de toutes les nations faites des disciples... Je suis avec vous tous les jours, jusqu' à la fin du monde» (Matthieu 28, 19-20).

 

 

45- Une dernière question

 

À vous qui doutez encore et qui trouvez peut-être mon Yéshoua trop frondeur, trop militant, trop anticlérical,  trop tiers-mondiste des années 70, pas assez cool, pas assez liturgique, trop laïque, pas du tout canonique et trop kamikaze..., à vous qui estimez que ce je dis de lui est vraiment exagéré, je vous pose cette question: si le Jésus réel était plus modéré et plus nuancé que celui auquel je donne vie en ces pages, pourquoi donc, en moins de trois ans d'action publique, lui qui a tant aimé et qui a été si aimé, a-t-il été livré à la mort comme terroriste, comme apostat ou comme une ordure?

 

Pourquoi a-t-il été broyé sur une croix avec tant de rage, de cynisme et de cruauté, non pas par des diables sortis de l'enfer, mais  par des hommes religieux sincèrement convaincus de faire la volonté de Dieu et d’être fidèles à sa Parole que souvent ils connaissaient par coeur?

 

C’est la grande question que tout croyant doit se poser, aujourd’hui et toujours.

 

En  attendant je me tourne vers  Zachée, Jaïre, la Madeleine, Marthe, la Samaritaine aux multiples maris,  la Cananéenne aux accents canins, les braves pêcheurs de Galilée, la belle Marie de Nazareth, l’audacieuse hémorroïsse, la chère femme bossue, le fantastique aveugle-né, le cher hydropique, les Galiléens et Galiléennes assoiffés de justice et de liberté.

 

Je me tourne vers vous tous qui peuplez l’évangile et je vous dis merci….

 

Merci, car sans vous il n’y aurait pas eu d’évangile.

 

Merci à toi,  fils prodigue au cœur de pierre qui reviens chez ton père; merci à toi, gentil oncle Nicodème; merci à toi jeune Lazare, luttant à mort pour finir de naître.

 

Merci à vous petits morveux qui dérangez les grandes personnes mais amusez Yéshoua.

 

Merci  à toi,  pauvre diable de Gérasa : tu n’es pas si loin de nous; tu hantes encore le lugubre univers de nos dépotoirs humains qui surabondent sur la planète.

 

Gamin de rien, merci à toi de partager tes cinq pains et tes deux petits poissons avec les affamés du monde.

 

Et à toi aussi, impressionnante pauvresse d’âge avancé, toi qui donnes ton dernier sou à plus pauvre que toi.

 

Merci  à toi, « méchant » centurion romain débordant de tendresse pour ton jeune esclave juif, tu as un grand cœur toi aussi.  

 

Merci à toi, incurable paralytique qui, par la magie du pardon, retrouves tes jambes, tes pieds, tes savates et surtout ta place sous le soleil.

 

Merci à vous, patients travailleurs de la dernière heure qui nous révélez une dimension absolument inédite de la justice de Dieu.

 

Merci à toi aussi, homme qui as vu refleurir ta main desséchée en osant,  sur un mot de Yéshoua, la sortir de l’ombre où tu la tenais cachée.

 

Malgré tout, merci à toi, pauvre Judas, qui, en voulant faire le malin, t’es malheureusement mis la corde au cou.

 

Un merci grand jusqu’au ciel à vous, les douces véroniques,  à vous les pleureuses sur le chemin du calvaire, à vous les femmes qui avez encouragé Yéshoua, l’avez appuyé, réconforté, rassuré, consolé, aimé et qui avez bravé les coups, les sarcasmes, les crocs des hyènes pour l’accompagner jusqu’à son dernier souffle.

 

Merci à toi, Simon le Noir, le sans-papiers du nord de l’Afrique : on t’a imposé la croix de Yéshoua comme  nos grandes puissances l’ont imposée à tout le continent de tes origines en le colonisant d’une main de fer et en le baptisant de l’autre.

 

Merci à vous les lépreux, les sourds-muets, les boiteux, les éclopé-es de la terre, les dégonflé-es de la vie; vous êtes l’autre visage de notre propre réalité.  

 

Vous, publicains-collabos, vous ne méritez pas grand respect, mais nous nous souvenons que Yéshoua s’est refusé à vous condamner parce que le système qui s’imposait à vous et à votre peuple ne vous donnait pas le choix de faire autrement.

 

Et vous, les femmes et les hommes samaritains, vous n’étiez pas ce qu’il y avait de plus pur sur la terre, mais jamais nous n’oublierons  comment Yéshoua vous aimait. Contre ceux qui vous méprisaient et vous fuyaient comme des chiens galeux il alla jusqu’à proposer  certains des vôtres comme des modèles à imiter.

 

Et vous, les zélotes rebelles, vous qui incarniez la frustration populaire, la colère sourde du peuple des sans-pouvoirs, la rage aveugle et le fanatisme des groupes humains oubliés et abandonnés, vous avez été la cloche d’alarme qu’on n’a pas voulu écouter. Pour s’être bouché les oreilles à ce que vous aviez à dire, la nation entière est tombée tête première dans l’abîme.

 

 Et vous, Romains ennemis, Dieu sait comment vous êtes détestables, mais, si nous avions été à votre place, est-il certain que nous aurions été moins mauvais que vous?... Ceci étant posé, nous ne sommes pas sans percevoir qu’en-dessous de votre armure de conquérants inégalables mais aussi de cyniques et de durs à cuire, bat un cœur de chair comme le nôtre. Pour cette raison et à  cause de cette humanité qui demeure tapie au fond de votre être, on ne peut pas vous renier complètement et nous osons vous aimer un peu.

 

Et vous, insupportables Dinosaures, vous faites encore sentir votre toxicité sur nos églises qui peinent à se livrer à la force et à « la joie de l’évangile ». Nous vous remercions quand même. Vous ne serez jamais notre soleil, mais vous resterez notre hiver, lequel est aussi essentiel à la vie de la terre que la chaleur de l’été.

 

Et vous, scribes et journalistes de l’après-Yéshoua, vous avez trimé bellement pour ramasser les témoignages, compiler, ordonner, conserver et diffuser les documents d’après lesquels se sont rédigés les textes de la Bonne Nouvelle.

 

Sans vous, sans cette poignée de braves gens que nous avons mentionnés plus haut, et sans la constellation de leurs semblables qui n’apparaissent pas dans les registres officiels, l’évangile de Yéshua n’aurait jamais existé. 

 

Le plus beau, c’est que tout cela ne fait que commencer.

 

Nous, les chrétiens d’aujourd’hui, qui cherchons à marcher dans les pas de Yéshoua, malgré nos contradictions et nos ratés, et aussi grâce à nos bons coups, nous continuons à écrire l’évangile pour le siècle présent en essayant d’apporter ici et là une bouffée d’air frais et un sursaut d’espérance aux derniers de la Terre, ainsi qu’à notre Terre elle-même qui a besoin d’un grand répit.

 

Mais bientôt  il nous faudra faire des choix déchirants.

 

Ces choix seront sans appel.

 

D’eux dépend le salut que nous souhaitons pour le siècle à venir.                                       

 

Fin

                  

                                                                           Eloy Roy                                               

                               

 

His dictis, pax non verbis sed factis nascitur.

Cela dit, la paix ne naît pas des paroles, mais des actes

 

 

 

4 NOTES

 

 

Note 1          

 

 

Fin imminente

 

 

Au temps de Yéshoua, la fin du monde faisait les grandes manchettes.

 

On en détectait les signes avant-coureurs à chaque coin de rue.

 

Le signe le plus évident était l'insupportable présence des Romains, superbement organisés, extrêmement puissants et avancés;  avec une main de fer ils menaçaient d’absorber totalement le peuple de Dieu en en faisant un peuple comme les autres à l’intérieur de leur immense empire.

 

Dans l'air flottaient le désespoir et la révolte. Mais des groupes armés se formaient dans la clandestinité. Ces groupes de résistants étaient appuyés à 100% par le petit peuple des pauvres qui constituaient plus des 90 % de la société. Les autres les détestaient et en avaient une peur bleue.

 

Les têtes dirigeantes tentaient de sauver les meubles en transigeant avec les occupants. Ils passaient pour des lâches et des traîtres.

 

C'était le désespoir ou la résignation. Quoi faire?

 

Se révolter, c'était une mort certaine. Se résigner, c'était l’effacement sans bruit. 

 

D'une façon ou d’une autre, on allait disparaître.

 

Il était clair que Dieu avait abandonné son peuple...

 

Ah oui, il y avait ça aussi: on croyait en Dieu à cette époque-là. Depuis toujours on avait  fait de Dieu le maître absolu du pays.

 

Le peuple lui était lié par un pacte sacré: jamais il n'adorerait un autre Dieu que lui; il lui obéirait en tout, observerait au pied de la lettre ses lois dictées par Moise et marcherait tout droit dans le chemin tracé par lui.

 

À cette condition, et seulement à cette condition, Dieu s'engageait  pour sa part à marcher avec son peuple, à l'accompagner dans ses combats, à le protéger dans les dangers, à le consoler dans ses peines et à ne jamais l'abandonner.

 

En résumé: le peuple s'était engagé à ne jamais abandonner Dieu; en retour, Dieu jamais n'abandonnerait son peuple.

 

Ne pas abandonner Dieu, cela voulait dire  essentiellement qu'on observerait  les 10 commandements.

 

Ceux-ci, à toute fin pratique, se résumaient à ceci: Ne pas faire aux autres ce qu'on n’aimerait pas que les autres nous fassent...

 

Personne n'était dupe. Les 10 Commandements n'étaient plus à la mode depuis longtemps.

 

En gros, le peuple s'était fiché de Dieu depuis belle lurette, donc il n'était que juste que Dieu, à son tour, se fiche de lui. Justice implacable.

 

Maintenant, il était trop tard. On ne pouvait pas revenir en arrière. Les dés étaient jetés. On ne pouvait plus empêcher que le désastre ne se produise; tout au plus pouvait-on espérer en retarder l'issue. Comment?

 

Les uns préconisaient la multiplication des sacrifices, des prières, des aumônes et autres choses de ce genre; c'étaient, en général, les pharisiens, les scribes, les prêtres du Temple.

 

D'autres, comme les Esséniens, fermaient les yeux, joignaient les mains en se disant que Dieu seul pouvait remettre à l'endroit ce monde à l'envers et que tout ce qu'on avait à faire, c'était de l'attendre en-dehors du monde, dans la solitude, la prière, le jeûne, la pénitence... 

 

D'autres, enfin, comme les Zélotes, optaient pour se battre jusqu'à la dernière goutte de leur sang.

 

C'est donc dans ce climat que Yéshoua arrive. Dans ce climat, qu'il parle, qu'il agit, qu'il présente sa voie. Dans ce climat qu'il  "évangélise"...

 

Il fait le tour du pays... Il attire les foules. Il a de l'autorité, il a la réputation d'être un maître. On court vers lui car on a soif d'entendre sa parole; et on a cette soif parce qu'on a peur, on veut se sauver du désastre qui s'en vient. On cherche à comprendre, on cherche à savoir, on cherche quoi faire.

 

À cette époque, les maîtres avaient la cote. On pouvait faire le tour du monde à pied pour en trouver un qui valait la peine. Et quand on le trouvait, on ne le lâchait pas. On buvait ses paroles, on observait chacun de ses gestes, on le vénérait, on s'attachait à lui, on s'en faisait les adeptes, on l'imitait. On faisait de sa parole le "pain" de chaque jour.

 

Dans l'Antiquité, tous les grands penseurs, ceux qui ont éclairé et éclairent encore l'humanité, étaient des maîtres; leurs disciples venaient de partout et  formaient entre eux des communautés de pensée et suivaient la "voie" de leur maître... 

 

Comment peut-on évangéliser aujourd'hui dans un monde sécuritaire, qui n'a pas peur pour son avenir, du moins à court et moyen terme?... D'ailleurs, qui veut d'un maître? Y a-t-il encore des maîtres? 

 

Un maître, c'est quelqu'un qui ne s'en remet pas à ce que les autres pensent ou ont pensé pour lui, mais quelqu’un qui pense par lui-même. Quelqu’un qui dit: « ils ont dit ceci et cela, mais MOI JE VOUS DIS ».

 

C'est quelqu'un qui, pendant des années est descendu très creux en  lui-même afin d'atteindre le roc, le solide, la vérité... vivante, et qui, lorsqu'il y est parvenu, sans attendre d'être envoyé par qui que ce soit, se lance tout naturellement dans la mêlée avec une pensée, un discours, des prises de position originales qui font mèche, qui font vibrer, qui ébranlent, qui dérangent, qui éveillent l'espoir parce qu'elles jaillissent de source. Et souvent, pour ne pas dire toujours, suscitent une opposition féroce de la part de tous les autres qui, de leur côté,  prétendent aussi avoir la vérité...

 

Qui dit vrai?

 

Dit vrai celui qui parle en faisant les miracles les plus spectaculaires? Celui qui parle avec la plus grande éloquence? Avec le plus d'érudition? Avec les raisonnements les plus convaincants? Avec le magnétisme le plus irrésistible?... Celui qui se lance vivant dans les flammes ou s’enterre pendant trois jours sans mourir?

 

Les charlatans, les magiciens, les fanatiques, les illuminés... en font autant...

 

Le maître le plus sûr, c’est simplement celui qui donne sa vie en toute liberté pour ses amis...

 

Pour reconnaître la vérité, le critère décisif, c’est la gratuité.

 

Le vrai maître partage gratuitement ce qu’il sait, aime et fait.

 

Il donne sans attendre de retour, sans amertume, sans superbe, sans masochisme et de la façon la plus détachée, comme s’il se faisait  une faveur à lui-même.

 

C’est ce que Yéshoua a fait.

 

C’est pourquoi nous croyons en lui et que nous choisissons sa voie.

 

(Retour à l’article 2 du bloc principal)

 

 

 

Note 2

 

Le langage des évangiles

 

Le langage des évangiles, et celui  de tous les anciens écrits chrétiens, n'a rien à voir avec l'objectivité savante comme nous l'entendons de nos jours.

 

Les auteurs de ces écrits ne cherchaient nullement à faire un relevé détaillé de la vie de Yéshoua.

 

Ils voulaient seulement  transmettre quelque chose de l'énorme impact que Yéshoua avait eu sur leur vie personnelle et sur celle d'un tas de gens de leur entourage. Tant et si bien que, malgré la fin atroce qu'il subit sur la croix, il continuait plus que jamais à vivre en eux et à faire des merveilles  à travers eux.

 

Ce que les auteurs des évangiles désiraient partager par-dessus tout, c'était la foi qui s'était enracinée en eux grâce à Yéshoua. Ils nous disaient la reconnaissance, l'admiration, l'enthousiasme, les convictions et la joie que Yéshoua avait fait surgir dans leur propre vie.

 

Quand ils le faisaient marcher sur les eaux, par exemple, ils ne voulaient pas dire que Yéshoua faisait du surf sans avoir de planche sous les pieds.

 

Ils voulaient dire que le fait de connaître Yéshoua et de s'appuyer sur lui, leur avait permis de surmonter bien souvent dans leur propre vie la peur, les  doutes, les malheurs et bien des menaces de mort.

 

Autrement dit, dans des situations où ils croyaient que l'abîme allait s’ouvrir sous leurs pieds, leur confiance en Yéshoua leur avait donné des ailes et du souffle pour les affronter avec lucidité et courage. Car, dans le langage biblique,  les "eaux de la mer" réfèrent justement à l'échec, au malheur et à la mort.

 

Si donc  Yéshoua marche sur "les eaux" et ne s'enfonce pas,  cela veut dire qu'avec lui, le mal et même la mort n'ont pas le dernier mot, ni sur lui, ni sur ceux qui le suivent. Jamais. 

 

(Sur le même sujet, voir plus bas : Annexe, Article 1 : Marcher sur les eaux).

 

(Retour à l’article 4 du bloc principal)

 

 

Note 3            

 

Le problème du Mal

 

 

À moins de se perdre dans des spéculations sans fin qui ne convainquent personne, on doit avouer que toi non plus, cher Yéshoua, tu n'as pas résolu cette question.

 

Ta résurrection pourrait être une réponse très valable, mais elle n'est que la moitié de la réponse,  car elle se présente un peu tard, seulement après la mort, une fois que le bout du tunnel est atteint et que tout est fini...

 

C'est appréciable, mais qu'en est-il du mal que l'on souffre avant d'arriver au bout du tunnel?

 

(Ce qui suit est une hypothèse de mon crû à prendre avec un grain de sel). 

 

Depuis des millénaires, engouffrés dans le tuyau d'étranglement de leur existence, des milliards d'humains n'ont pas de vie.

 

S'ils en ont une, elle se résume à se faire écraser par les plus forts, à endurer ce sort, à se révolter inutilement, à s'entre-tuer et à mourir... Comment un Dieu bon peut-il avoir voulu ou permis une telle horreur?

 

J'essaie de comprendre.

 

À la fin, peut-être que cette affaire ne dépend ni de toi, Yéshoua, ni directement de Dieu, mais du faible degré d'évolution auquel, à ce jour, nous sommes parvenus comme humanité.

 

Dans l'immense tableau d'ensemble du développement de l'univers, l'espèce humaine, en plus de microscopique, est encore extrêmement jeune et fragile. Il est impossible d'imaginer ce qu'elle sera dans quelques centaines de milliers d'années.

 

La souffrance vient peut-être du fait que nous sommes encore trop proches de notre naissance et à peine au début de notre croissance.

 

Naissance et croissance, comme nous savons, sont des processus longs, violents et déchirants. 

 

Ce sont des traumatismes puissants qui n'en finissent jamais de nous forger, de nous tailler, de nous affiner et de nous mûrir...

 

Tout est souffrance, on dirait.

 

Mais cette souffrance, est-ce vraiment le Mal? Voilà la vraie question.

 

Qu'en apprenant à marcher on trébuche, qu'on se frappe la tête ou on se blesse, est-ce là une situation absolument injuste et intolérable?

 

Si oui,  tous les  apprentissages seraient le mal?

 

Le mal serait de ne pas être né déjà tout fait?...

 

Ce serait de ne pas pouvoir, dès la naissance, esquiver le stade de l'œuf et du poulet et venir au monde instantanément comme coqs fringants ou poules parfaites?

 

Le mal, ce serait de ne pas avoir tout cuit dans le bec?

 

Le mal, ce serait de ne pas pouvoir s'abandonner à la "béatitude de l'inertie"?

 

Le mal, ce serait de se laisser entraîner de force dans la danse effrénée de l'univers où tout est mouvement, changement, bouleversement, transformation, évolution, de même que vieillissement, régression, mort et... recommencement?...

 

On sait bien que non.

 

Alors, le mal est dans notre tête.

 

Il pourrait venir du simple fait que soit planté très creux dans notre inconscient l'idée que la vie (et donc le bonheur) serait quelque chose de statique, de fixe et d'immuable, alors qu'il semble bien qu'elle soit, au contraire, une sorte de "galaxie" en perpétuelle transformation qui ne cesse de tourner et de se déplacer en volant vers l'infini.

 

Il est bon, consolant, merveilleusement inspirant et encourageant de savoir qu'un jour (dans 100 ou 500 mille ans?), grâce à nos descendants, c'est-à-dire grâce à des humains de notre chair, nous dépasserons nos inerties et  parviendrons à la plénitude à laquelle notre être, dans toutes ses cellules et au plus profond de lui-même, ne cesse d'aspirer. 

 

En ce sens, Yéshoua, ta propre vie a été et continue d'être  une source constante d'inspiration.

 

Toi, Yéshoua, tu as bien dit que celui ou celle qui parvient à aimer jusqu'à donner sa vie pour que d'autres vivent, est comme une semence jetée en terre. Si la semence ne se défait pas, si elle ne meurt pas dans la terre, elle demeure stérile, mais si elle se défait, «si elle meurt, elle porte beaucoup de fruit» (Jean 12, 24) ...

 

Dans cette image d'une simplicité déconcertante, tu nous dévoiles la loi fondamentale de la vie.

 

Tu nous montres combien notre façon de voir "le mal" nous trompe.

 

Cette image toute simple  nous révèle ton secret,  le secret de ta vie, de ta liberté et de ta fécondité.

 

Elle nous révèle ta vérité. 

 

En te regardant, en découvrant ce qui t'anime du dedans en observant ce que tu fais au dehors, nous apprenons, en effet, que  la vie consiste à se déconstruire, c'est-à-dire à s'ouvrir constamment pour que l'énergie qui se concentre à l'intérieur de nous se déploie et se transmette.

 

En te suivant du cœur et des yeux, nous percevons que ce que nous considérons bien souvent comme mal, serait, en réalité, une force de la nature qui broie nos inerties, brise nos carapaces, ouvre nos cages, arrache nos œillères, casse nos chaînes, et nous expulse de nos tombeaux.

 

Le plus souvent, ce que nous appelons le mal serait donc une simple loi de la nature qui fait mal (naître, grandir, mûrir et mourir fait toujours mal), mais elle est nécessaire et loin d’être mauvaise.

 

Elle est même bonne : "Et Dieu vit que tout cela était bon" (Genèse 1, 25).

 

Je répète. Ceci n'est qu'une modeste hypothèse pour tenter d'expliquer l'inexplicable.

 

(Continuer la lecture en revenant plus haut à l’article 11 du bloc principa)

 

Note 4                    

 

La religion

 

La religion n'est pas mauvaise, loin de là!

 

Depuis l'époque des cavernes jusqu'à nos jours, elle a été la matrice et la colonne vertébrale de toutes les cultures, de toutes les nations et de toutes les civilisations.

 

En occident, comme partout ailleurs, nous sommes passés de la barbarie à la civilisation en très grande partie, grâce à la religion.

 

C'est à cause de la religion, entre autres, qu'à un certain moment de leur histoire des hommes et des femmes ont rêvé d'un nouveau monde, ont quitté leur patrie et ont bravé les furies de la mer dans des coquilles de noix pour se  transplanter  en terres inconnues  afin d'y fonder la Nouvelle-France, berceau du Canada, ou les États-Unis, le soi-disant "paradis" dont rêve la moitié de la planète...

 

Mais si, chez les Anglais, les Français, les Hollandais, les Portugais, les Espagnols, et dans bien d'autres nations, la religion a souvent été la bougie d'allumage qui les a fait sortir de leur pays pour aller bâtir dans de nouveaux territoires un monde proche du Royaume des Cieux, elle leur aura servi le plus souvent de prétexte et de justification  pour conquérir un très grand nombre de peuples, les piller, les endoctriner, les soumettre à un esclavage plus ou moins déguisé, et en massacrer sans pitié ceux qui osaient leur résister.  

 

Au cours des siècles, des légions de moines, de moniales, de prêtres, de religieuses, de personnes laïques et de missionnaires ont déferlé sur le monde et l'ont rempli de dévouement, de dépassement de soi, de sacrifices héroïques en faveur des pauvres, des étrangers, des captifs, des esclaves; en faveur des petits, des opprimés, des malades, des pestiférés, des abandonnés et des rejetés de la Terre.

 

Cette gloire, personne ne la leur enlèvera. En vérité, elle est incommensurable.

 

Ceci étant réaffirmé, admiré et célébré, il faut reconnaître aussi que cette religion, qui a produit de si beaux fruits, n'a pas moins, au cours des siècles, été profondément entachée d'abus d'autorité, de guerres de pouvoir, de fanatisme, d'intolérance à outrance et de cruelle inhumanité. 

 

Les Croisades avec le  Pape en tête, en sont un bel exemple, elles qui, au-delà des bonnes intentions (qui ne manquaient pas), se sont transformées en véritables boucheries et creusé un abîme jusqu'à maintenant infranchissable entre l'Occident catholique,  les musulmans et les chrétiens orthodoxes. 

 

De tous les abus de pouvoir, le plus pernicieux, le plus terrifiant et le plus efficace, a été l'infâme Inquisition qui, à partir de 1230,  s'étira sur une période de  près de 600 ans dans différentes régions.  Elle fut l'instrument le plus perfectionné mis au point par la hiérarchie catholique pour éliminer de son sein toute critique et toute dissidence.

 

Elle s'assura le contrôle des esprits, s'imposa comme autorité absolue dans tous les domaines de la vie politique et sociale, instaura partout un véritable totalitarisme religieux.

 

Ses méthodes, ses techniques, ses tortures, ses bûchers,  n'avaient rien à envier à ce qu'on apprendra plus tard sur les geôles de Staline, d'Hitler, de Mao, de Pol Pot, ou sur les cachots des dictatures de l'Amérique latine et d'ailleurs, et sur des prisons américaines disséminées à travers le monde, comme Guantánamo, Abou Ghraib et beaucoup d'autres...

 

J'entends déjà les dinosaures hurler: «Il ne faut pas juger le passé avec les yeux d'aujourd'hui!» 

 

Cette ritournelle, qui est sûrement juste à bien des égards, est une arme à deux tranchants qui a déjà trop tristement servi à couvrir les manipulations de l'histoire.

 

On l'a utilisée (et on l'utilise encore) ad nauseam pour ne montrer de nous qu'une face de  champions mondiaux de la vertu alors que dans les catacombes de nos mémoires grouillent les ombres encore vivantes de tout un passé d'horreurs. 

 

Quoi qu'on en pense, il est certain que les dinosaures qui sont censés s'être éteints il y a  66 millions d'années, semblent bien avoir survécu à la dite extinction, car, il y a à peine 2 mille ans,  on les retrouve en pleine santé au pied de la croix, narguant le crucifié de Nazareth.

 

Il semble aussi qu'ils sont encore parmi nous, plus puissants que jamais.

 

Leur look a changé et leurs techniques se sont sophistiquées. 

 

On les voit maintenant sans soutane, avec des microscopes électroniques et des télescopes spatiaux à la place des lunettes... Leur tête est plus grosse et leur queue plus courte, ils tuent maintenant avec des drones et des lasers.

 

Dans leur temps libres, avec des cornes sur la tête, ils s'emparent du Capitole de Washington, ou bien, au volant de camions plus gros que des mammouths, ils font trembler les colonnes de la soporifique Ottawa.

 

Derrière ces hordes, on retrouve, bien évidemment, une pléthore de  fondamentalistes religieux, la plupart de bannière américaine.

 

Les dinosaures triomphent. L'avenir est à eux!

 

Étant donné le rôle éminent joué par les dinosaures dans le développement du christianisme en Occident, le moins que l'on puisse dire, c'est que la religion chrétienne et l'Église elle-même ne sont pas exactement la même chose que l'Évangile de Yéshoua de Nazareth.

 

Cela crève les yeux.

 

L'Évangile est une chose, la religion et l'Église en sont une autre.

 

La religion et l’Église auraient dû servir seulement de supports, d’encadrements  et de propulseurs de l'Évangile.

 

Cet encadrement aurait dû être le plus souple et le plus transparent possible pour que, à chaque instant et sans équivoque, on puisse y respirer l'esprit de Yéshoua, son énergie, sa façon de vivre, sa façon de voir les choses, sa façon d'être, son souffle, son dynamisme, son originalité, sa hardiesse, sa liberté, son audace, sa mentalité, en un mot, sa présence active et libératrice qui ne se confond absolument jamais avec le statu quo et l'ordre établi.

 

La loi, ou les lois, les règlements et les directives, les discours préparés d'avance et d'en haut, la pensée déjà toute faite auraient dû  être réduits à un minimum.

 

De même que le sabbat est fait pour l'humain et non l'humain pour le Sabbat (Marc 2, 27), ainsi  la Religion, et l'Église elle-même, ne devraient exister que pour l'évangile de Yéshua et donc pour le service de l'humain, et jamais l'inverse.

 

Faut-il le rappeler?  Yéshoua, qui était un homme religieux, ne s'est pas empêtré dans les filets de la religion.

 

Son évangile dépassait le discours religieux de son temps auquel il s’opposait sur bien des points, dont certains très importants. 

 

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la religion l'a tué.

 

Donc, le fait que Yéshoua ait été tué par des religieux de sa propre religion, et précisément pour des raisons nettement religieuses, devrait nous convaincre que  l'Évangile et la Religion ne sont pas des frères siamois. 

 

Ils sont aussi différents l’un de l’autre que la Loi est différente de l'amour, aussi peu semblables que le sont la lettre et l'esprit.

 

Amour et esprit donnent vie, Loi et lettre tuent (2 Corinthiens 3,6). 

 

Ce qui donne la vie, c'est l'Évangile,  et non la religion!

 

Pour nous, ils sont enchevêtrés comme dans un écheveau de laine; nous aurions intérêt à les séparer comme on fait avec la noix.

 

La noix, on ne l'avale pas tout rond, seule l'amande se mange. Pour la manger, on la sépare d’abord de la coque.

 

La religion est la coque, l'amande est l'Évangile. La récolte, elle,  est mûre depuis belle lurette... (Luc 10, 2).

 

Pour ma part, plus je m'éloigne de la Religion et de son dieu, plus je découvre Yéshoua de Nazareth comme un être de chair semblable à moi. Je le sens vraiment proche de moi et de tout humain.

 

Je prends goût à son Abba, et son évangile me paraît plus actuel et savoureux que jamais.

 

Je ne ressens plus le besoin d'être une autre personne pour me sentir proche de lui. Plus besoin d'être schizophrène. Je marche à ses côtés,  tel que je suis et j'apprends....

 

(Retour à l’article 15 du bloc principal)

 

 

ANNEXE

 

 

10 articles connexes

 

Comme les quatre notes antérieures, quelques-uns des articles qui suivent ont déjà été publiés dans mon blogue et ont peut-être été retouchés. Les autres sont nouveaux.

 

Article 1      

 

Marcher sur les eaux

 

Le langage de l’Évangile n’est pas le nôtre. On se trompe toujours si on s’imagine que les gens d’il y a deux mille ans pensaient, s’exprimaient ou écrivaient comme nous.

 

Leur manière à eux était beaucoup plus proche du théâtre et de la peinture que de l’écriture comme nous l’entendons de nos jours.

 

À l'époque très peu de gens savaient lire ou écrire.

 

Ce qui est rapporté dans les évangiles a d’abord été raconté, joué et peut-être mimé dans des groupes,  petits ou grands, suscitant la ferveur et l’admiration, et sûrement aussi la controverse et le débat. 

 

C’était un peu la télévision du temps, le spectacle improvisé au fond de la ruelle, à l’ombre d’un arbre, ou sur la galerie d’une auberge.

 

Pour plusieurs, Yéshoua était LE héros. Ses nombreux admirateurs ne se lassaient pas de raconter son histoire.

 

Chacun y mettait un peu les couleurs qu’il voulait et, probablement, en rajoutait au passage pour le plus grand plaisir de l’auditoire.

 

L’important, c’était de faire connaître cet homme qui avait changé leur vie.

 

Un homme qui avait tout simplement mis fin aux superstitions, aux peurs, au fossé sans fond qui tenait les gens ordinaires très loin de tout ce qu’on nommait Dieu, loin de sa miséricorde, loin de son cœur.

 

Un homme qui avait pris plaisir à abolir un tas de tabous, de préjugés enracinés dans le sacré, à jeter par terre un tas de murailles qui séparaient les genres, les races, les classes, les nations, les peuples, les religions.

 

Un homme qui avait pris plaisir à démasquer l’idolâtrie de toutes les formes d’oppression et l’hypocrisie de ceux qui opprimaient sous le couvert de la religion.

 

Un homme qui savait que cela lui coûterait la vie et qui n’a pas reculé devant la mort.

 

Un homme hors mesure, un être hors normes, un être étonnant, un être merveilleux.

 

Un homme qui inspirait le courage, l’audace, la dignité.

 

Qui redonnait confiance en l’humanité, redonnait l’espoir et le goût de vivre.

 

Qui laissait voir que les choses pouvaient être changées et non plus subies.

 

Que rien n’était immuable, rien n’était classé, rien n’était définitif, fixé d’avance et pour toujours. 

 

Pour décrire cet homme,  on ne trouvait  jamais d’expressions ni d’images trop fortes.

 

Rien de trop beau ni de trop étonnant.

 

Donc, inutile de nous casser la tête pour savoir si Yéshoua est vraiment né d’une vierge et s’il est ressuscité des morts, s’il a vraiment marché sur les eaux, multiplié les pains, changé l’eau en vin, rendu la vue à un aveugle-né.

 

Toutes ces expressions veulent dire la même chose : « Tout ce que Yéshoua a été, et tout ce qu’il est, dépasse tout ce que nous avons vu ou connu de lui ».

 

Alors même qu’il est  mort sur la croix, certains assurent qu’il l’ont vu ressuscité.

 

La majorité des humains n’ont pas fait cette expérience,  ni ne la feront, cependant ils sont nombreux ceux et celles qui croient qu’il est vivant. Nous sommes de ceux-là.

 

La preuve de ce que l’on appelle la résurrection de Yéshoua, elle est fondamentalement en nous-mêmes.

 

Quand on aime une personne et que l’on se sent aimé d’elle,  cette personne devient vivante en nous.

 

Elle  nous habite, elle fait partie de nous, elle nous est toujours proche. Dans l’absence et même dans les drames qui séparent et qui tuent, elle demeure avec nous.

 

Elle  ne cesse de nous nourrir, de nous accompagner et de nous  inspirer.

 

Elle est là la preuve que Yéshoua a vaincu la mort.

 

Est-il vraiment vivant?

 

La réponse est dans notre cœur et elle se trouve aussi  dans notre relation avec ceux et celles qui marchent avec nous sur la voie de l’évangile.

 

Dans l’amitié sincère et dans la solidarité qui s’établit entre nous, nous trouvons une liberté, un bonheur, un sens à la vie qui sont une source constante de force et de joie.

 

À mesure, en effet, que se désagrègent et tombent en poussière les murs qui nous séparent, nous  réalisons doucement que Yéshoua a ouvert le chemin et qu’il est toujours vivant.

 

Nos yeux s’ouvrent.

 

Sa Parole commence à nous parler vraiment.

 

De plus en plus son esprit, sa respiration, son souffle se font nôtres.

 

Il était l’un de nous et maintenant il devient nous. 

 

Par nous et  à travers nous, il continue d’éclairer, de pardonner, de rassurer, de guérir, de libérer et de ramener à la vie ce qui est mort.

 

Alors, oui, on comprend mieux le langage de l’évangile, ses métaphores et les grandes perspectives qu’il ouvre sur nous et sur ce qui s’en vient.

 

Nous commençons à entrevoir qu’un monde autre est possible.

 

Que, l’amour est  une puissance d’audace, de créativité, d’intelligence, de science, de liberté, de dépassement et d’humanité à l’infini.

 

Qu’à partir de notre cœur et de notre bonne volonté, nos terres brûlées, empoisonnées, déchirées, rendues mortes par nos armes, nos haines, notre inconscience, nos insouciances, seront de nouveau couvertes de vergers verdoyants et de blés dorés.  

 

L’air de notre ciel redeviendra propre.

 

L’eau de nos rivières, de nos lacs et de nos océans sera « lavée » de nos immondices.

 

Et que les ami-es qui habitent d’autres planètes auront moins peur de  nous faire des visites…

 

Tous verront que «marcher sur les eaux», cela veut dire tout cela, et bien  d’autres choses encore.

                                            

                                                                   

Article 2

 

 

Yéshoua, les cochons et l'économie

 

Toute une histoire!

 

                                       

                                            Marc 5, 1-20

 

 

Qui est le plus cochon: le cochon ou bien celui qui lui donne à manger?

 

Gerasa est un bled ultra païen qui perche sur un cap au-dessus du lac de Galilée. Une subdivision de la Légion romaine en a fait une base militaire et 2000 soldats armés jusqu’aux dents y dressent leur campement. Leur mission est de contrôler avec une poigne de fer toute cette zone que l’empire de Rome colonise et exploite allègrement.

 

Aux yeux des Juifs bien nés, qui vivent sur l’autre rive du lac, ces Romains sont de méchantes créatures envoyées par le diable pour contaminer leur terre bénie et mener leur peuple à la perdition. Car cette soldatesque venue de l’étranger, non seulement tue à tour de bras et se livre à tous les vices, mais adore des dieux dégénérés, oblige les gens à adorer la statue de son empereur et, pour comble, mange du cochon!

 

Quels sont donc les gens qui approvisionnent ces diables de Romains en cochons, sinon les gros propriétaires de Gerasa? Pour eux, les Romains sont de la manne tombée du ciel. Ils investissent donc frénétiquement dans l’élevage du cochon et les vendent ensuite à haut prix aux riches occupants.

 

Cocasse, non? Ces « cochons » de Romains, qui empoisonnent la vie des Gérasiens, se font engraisser par… d’autres Gérasiens, qui se graissent à leur tour grâce aux sous des Romains. Et quoi? Les affaires sont les affaires!

 

Le pays de Yéshoua est un pays de Juifs allergiques au cochon qui se trouve situé, comme on a dit, de l’autre côté du lac, juste en face de Gérasa. Jamais un Juif qui se respecte ne laisserait sa barque aborder cette Gerasa qui pue le diable et le cochon à des kilomètres à la ronde.

 

Mais, un bon jour, Yéshoua, sans passeport ni rien, décide de franchir cette frontière interdite. Il appelle ses compagnons d’aventure, tous aussi juifs que lui, les embarque sur leur bateau et met le cap droit sur Gerasa.

 

Pas besoin d’insister, la traversée tourne rapidement au cauchemar. Les gars sont morts de peur. Peut-être plus en raison de leurs préjugés et de leurs superstitions que par le terrible orage qui se déclenche tout d’un coup au beau milieu du lac. Yéshua est obligé de lever la voix pour que ses amis se ressaisissent et finissent par se calmer. Puis, c’est l’arrivée à Gerasa. Tous sont sains et saufs.

 

Dès que Yéshoua met le pied hors du bateau, une chose sombre surgit de derrière les tombes du cimetière local; elle court à toutes jambes vers lui. Les gens du pays expliquent qu’il s’agit d’un fou qui vit avec les morts; à toute heure du jour ou de la nuit, il hurle comme une bête en se tailladant les chairs avec des pierres tranchantes (comme ont coutume de faire les voyants païens dans leurs délires mystiques). Chaque fois qu'on essaie de l’attacher avec des chaînes et des fers, il fait tout voler en éclats. Personne ne peut le dominer. C’est un monstre.

 

Un monstre qui, en arrivant près de Yéshoua, se jette sur lui comme pour le tuer. Mais Yéshoua se cabre. Usant de la même voix qui a eu raison de la tempête sur le lac, il fait tomber le malheureux à ses pieds. Un son rauque, à la fois suppliant et sarcastique, sort de la gorge de l’homme. En pleurnichant il implore Yéshoua de ne pas le torturer :

- Si tu veux que je sorte du corps de cet homme, je t’en prie, envoie-moi dans le corps des cochons qui sont là sur la colline...

- Quel est ton nom? lui demande un Yéshoua tout à fait décidé à aller au fond des choses.

- Mon nom est... « Légion »…

 

Le chat vient de sortir du sac! Cet homme n’est donc pas un individu ordinaire. Il incarne dans sa personne le peuple de Gerasa, et bien d'autres peuples qui, comme le propre peuple de Yéshoua, sont dominés, pour ne pas dire «possédés» par la "L-é-g-i-o-n" romaine…

 

Forcés de s’« accommoder » à l’empire, ces peuples perdent leur identité, leur liberté, leur dignité et même leur raison de vivre. Ils deviennent comme des déchets... Ils s’autodétruisent. Ils se couvrent le corps et l’âme de plaies mortelles, comme ce pauvre type avec ses pierres coupantes et son repaire au milieu des tombeaux.

 

Alors Yéshoua ordonne à l'esprit "Légion" de sortir du corps du pauvre diable et l’envoie promener dans le troupeau de cochons en train de paître sur l’escarpement au-dessus du lac. Le choc est brutal. Malgré leur très mauvaise réputation, les cochons, moins accommodants que certains Juifs, se montrent incapables d’avaler l’esprit « Légion » et préfèrent se suicider en se jetant dans le lac du haut de leur falaise. 2000 cochons sont morts noyés ce jour-là. Autant de cochons noyés que de soldats formant la subdivision romaine de Gerasa. Ils sont, en effet, 2000.

 

C’est alors que notre malheureux énergumène retrouve ses esprits. On le lave, on l’habille proprement, il devient un homme neuf. Mais la fête tourne tout de suite au vinaigre. Les propriétaires de cochons sont hors d’eux-mêmes et chassent Yéshoua de leur pays. Qui veut comprendre comprenne!

 

Par cette histoire on voit bien que Yéshoua n'aime pas les légions romaines, ni ceux qui collaborent avec elles. Il n'est pas ami des bottes militaires, ni ami des dictatures. Il n'est pas ami des puissances étrangères qui, sous le masque de l’amour à la démocratie, de l’aide humanitaire ou du développement ou sous celui de la lutte contre le terrorisme ou contre la drogue se faufilent dans d'autres pays pour les contrôler, les dominer et les coloniser. Il n’est pas ami non plus de ceux qui élèvent des cochons pour engraisser d’autres cochons…

 

Mais quel manque de gentillesse de sa part! Qu’il ait sorti un misérable d’un abîme sans fonds, tout le monde s’en réjouit, mais à quel prix, grand Dieu! Mettons-nous à la place des éleveurs de ces 2000 porcs dont Yéshua a provoqué la mort, est-ce qu’ils n’ont pas raison d’être furieux contre lui? Est-ce que, par hasard, un être humain vaut 2000 porcs?

 

- Oui, certainement! répond Yéshoua.

 

-Même s'il s’agit d'un marginal, d’un fou, d’un dépravé, d'un monstre qui sème la terreur? Même s'il est plein de diables, même s'il est aussi méchant qu’une légion romaine qui vole, viole, piétine, humilie et opprime tout un peuple? Est-il juste de sacrifier l'économie de tout un village pour réhabiliter un monstre pareil?

 

- Non seulement il est juste de sacrifier l'économie de tout un village, mais aussi celle de tout un pays, dit Yéshoua. Même celle du monde entier!

 

L'économie qui jusqu'à maintenant a fait la pluie et le beau temps dans le monde, est plus destructrice que 2 milliards de bombes égales à celles qui sont tombées des airs, les 6 et 9 août 1945, pour anéantir Hiroshima et Nagasaki.

 

Cette économie a été construite sur le dos de 99% de l'humanité, au prix de la dignité, de la liberté et des droits de personnes et de nations entières, en les bafouant, en se moquant d’elles, en les trompant, en les corrompant, en les exploitant à la corde, et en les massacrant.

 

Cette économie est responsable des blessures, des frustrations, de la haine, de la violence et de la décadence de ses victimes. Des monstres comme ce pauvre diable de Gerasa sont créés tous les jours par cette économie qui les envoie par milliers vivre parmi les morts et les cauchemars des immenses dépotoirs humains qui ne cessent de pousser partout sur la planète.

 

Elle est maudite cette économie qui assassine littéralement notre belle planète bleue et qui sacrifie des personnes et des peuples entiers aux cochons plutôt que les cochons aux personnes. C'est pourquoi, un jour, tout va sauter. Ce ne sont pas seulement 2000 porcs qui tomberont à l'eau, ou deux tours de New York qui voleront en fumée, mais ce sera toute l'économie mondiale qui s’effondrera. C’est d’ailleurs déjà commencé.

 

Obama lui-même, qui est un bon garçon, a pitié des cochons de Wall Street et leur donne à manger. Mais il se peut qu’un jour ces mêmes cochons se retournent contre lui et le mordent. Car il ne faut pas donner à manger aux cochons, ni leur jeter de perles (Mt 7,6). (Voyez le personnage la plus bruyant qui a succédé à Obama)... Encore moins leur donner des milliards, ajouterait Yéshoua.

 

 

Article 3

 

Évangile volé

 

Dieu parle par les cris et les silences des appauvri-es de la Terre.

 

Toute évangélisation doit amplifier cette voix et la faire entendre aux quatre coins du monde.

 

Lazare, le pauvre

 

Luc 16, 21

 

On a tout volé  aux pauvres, même l’évangile

 

Il faudra bien finir par l’admettre. L'évangile ne m'appartient pas, ni à moi, ni aux intellectuels, ni aux gens d'église, ni aux experts en Bible, ni aux télévangélistes, ni aux prêtres, ni aux évêques, ni aux papes.

 

L'évangile appartient aux pauvres. L'âme de l'évangile, c’est Yéshoua et Yéshoua est un pauvre.

 

Yéshoua a vécu et lutté avec et pour les pauvres. Il s’est fait solidaire du pauvre. Il a été le compagnon, l’ami, le camarade, le frère, le défenseur des pauvres.  Il a souffert à cause des  pauvres. Il est mort pauvre parmi les plus pauvres.

 

De même que le soleil brille sur les bons et sur les mauvais, et sur les riches comme sur les pauvres, ainsi Dieu aime tout le monde, dit Yéshoua. Il ne s’est pourtant identifié ni aux mauvais ni aux riches, mais aux pauvres.

 

Il s’est adressé au cœur de tous à partir du cœur des pauvres.

 

Il s’est identifié aux pauvres en se faisant l’un d'eux et en faisant siens leurs gémissements et leurs espoirs.

 

S'il a aimé l’humanité entière, ce fut vraiment à partir du cri des pauvres et à partir de leurs rêves les plus fous. Ce sont eux, les pauvres, qui ont inspiré à Yéshoua la joie des Béatitudes et les merveilles du Royaume.

 

Sans les pauvres, l'évangile n'existe simplement pas.

 

Et Yéshoua non plus.

 

Il a aimé les pauvres au point de se donner entièrement à la tâche de redonner vie et espoir aux rejetés qu’il croisait sur son chemin.

 

Il les regardait comme des personnes qui ont un nom et un visage. Il était pour eux l’occasion de prendre la parole, de crier leur vérité.

 

Il les écoutait, les touchait, leur tendait la main, les relevait.

 

Sur les pas de Yéshoua  la vie fleurissait.

 

Quand en chemin il croisait des riches qui exploitaient le peuple, il ne les maudissait pas. Parfois il allait banqueter avec eux. Mais il entrait chez eux en pauvre, tel qu’il était, et il ne changeait pas son discours pour leur plaire. Il profitait de l’occasion pour leur glisser quelques bonnes vérités.

 

Il ne cassait rien mais ne faisait aucune concession.

 

Si Yéshoua est la Parole créatrice de Dieu  ensemencée dans notre terre et dans notre chair, cette parole ne peut être que la parole des appauvri-es.

 

Pour que Dieu nous parle, nous devons écouter les pauvres.

 

Si nous voulons connaître Dieu, nous devons connaître les pauvres.

 

Si nous voulons nous approcher de lui, nous devons nous approcher d’eux.  

 

Mais les pauvres ne sont pas tous des saints, peu s'en faut.

 

Il y en a parmi eux  qui sont détestables, répugnants, bêtes, méchants, fourbes, profiteurs, paresseux, envieux, arrogants, violents et corrompus.

 

Pour comble, la plupart d’entre eux rêvent de devenir comme les riches.

 

Comment Dieu peut-il donc nous parler par cette masse informe de braves gens dans laquelle se mêlent comme dans un dépotoir tous les « rebuts » de l’humanité? 

 

La même question pourrait être posée au sujet de Yéshoua qui fut lui-même rejeté comme un « rebut » de l’humanité.

 

Il a  été excommunié de sa communauté, soumis à la torture comme un criminel, accusé d’être un  apostat et  un subversif, et crucifié comme un ennemi de la Religion et de la Patrie.

 

Pourtant, ce « rebut» de l’humanité, nous le vénérons comme le « Sauveur » du monde.

 

Ce qui veut dire pour nous, les chrétiens,  que c’est là, dans la misère humaine,  qu’est enfouie la Parole suprême  du  Dieu qui recrée l’humanité.

 

On objectera qu’à la différence des pauvres, qui sont des pécheurs comme tout le monde, Yéshoua était « innocent »  et que s’il a été réduit à un « rebut »  de l’humanité, ce ne fut pas par sa faute, mais par l’injustice qu’on lui a fait subir. 

 

Ce même jugement devrait tout autant  s’appliquer aux pauvres, car eux aussi sont innocents. Ils sont les créatures d’un système délirant et pervers qui depuis des siècles les fabrique par centaines de millions dans l’unique but d’enrichir toujours plus ceux qui possèdent déjà tout.

 

Ce système est un monstre. Il ne cesse de grossir en toute impunité, grâce, en particulier,  à la complicité d’un tas de  «bonnes gens» comme nous qui croyons encore bêtement aux vertus des plus forts  et aux miracles de la guerre et de  l’argent.

 

Pourtant, dans un monde qui regorge de richesses, la pauvreté est le plus abominable crime contre l’humanité que l’on puisse imaginer. Et les victimes de ce crime ne sont pas des extraterrestres mais des êtres humains qui font partie de nous comme des  membres de notre propre corps.

 

Fasse le ciel que le cri des pauvres, leurs contradictions et leurs douleurs nous percent le cœur et nous choquent assez pour que vole en mille morceaux l’épaisse bulle de notre inconsciente tranquillité!

 

Si une nouvelle évangélisation voit le jour, elle devra se centrer  sur les attentes criantes des appauvri-es de la Terre, autrement elle sera emportée comme un fétu de paille  au premier coup d’eau comme la maison  bâtie sur le sable plutôt que sur le roc (Matthieu 7, 26-27).  

                                                                   

 

Article 4

 

Trop de bons, pas assez de justes

 

Quelle compagnie, quelle banque, quel gouvernement, quel politicien, quel homme d’affaires va dire qu’il n’aime pas le peuple et qu’il ne cherche pas le bien de tout le monde?  Dis-moi alors pourquoi beaucoup de compagnies ferment leurs usines dans nos pays pour aller en ouvrir d’autres en Chine, au Bengladesh, au Mexique?... Est-ce que ce serait par amour pour les Chinois et les Mexicains?

 

Dis-moi : crois-tu que les USA, le pays le plus riche, le plus puissant de la planète, serait aussi riche et puissant si l’on n’y avait pas exterminé les Autochtones, si on ne s’était pas emparé de leurs terres et de toutes leurs richesses, et si on n’avait pas profité pendant des années du travail forcé et sans rémunération de millions d’esclaves noirs arrachés à leur Afrique natale et traités comme des chiens galeux?

 

Dis-moi : est-ce l’amour du prochain qui inspire les Banques, le Fonds Monétaire International et toutes les grandes multinationales qui font la pluie et le beau temps sur la terre?

 

Est-ce que l’Europe serait aussi riche, aussi puissante, aussi « civilisée » si elle n’avait pas étendu ses tentacules par toute l’Amérique latine, l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie et en avait pompé tout le sang qu’elle a pu?

 

Est-ce que c’est vraiment par amour pour le prochain que les USA et la Grande-Bretagne ont envahi et détruit l’Irak?

 

Pourtant, un tas de monde de ces pays, un tas de hauts dirigeants de ces banques, de ces multinationales, des gouvernements de ces nations toutes-puissantes sont convaincus d’être de bons chrétiens ou de bons Juifs.

 

Plusieurs vont même jusqu'à se vanter publiquement de leur foi et ne craignent pas d’affirmer qu’ils adhèrent de tout leur cœur aux Dix Commandements de Moïse. 

 

Je le dis et le répète : il y a trop de « bons » sur la terre, et pas assez d’hommes et de femmes qui aiment la JUSTICE.

 

Voyons cette maxime de saint Grégoire, un père de l’Église :

 

«Quand nous donnons aux pauvres ce qui leur est nécessaire, nous ne leur donnons pas ce qui est à nous; nous ne faisons que leur rendre ce qui est à eux. C'est plus un devoir de justice que de miséricorde. »

 

 

Article 5       

 

Qui dort, Yéshoua ou nous ?

 

D’abord, de quel Yéshoua s’agit-il : du Yéshoua archi divin  exalté par la religion ou du Yéshoua archi humain assassiné par la religion?

 

                       New Yorker

 

Marc 4, 35-41

 

Une nuit d’encre. Il fait tempête. Sur nous fonce un tsunami-monstre.  Tous les sacs de sable du monde ne peuvent lui barrer la route.

 

Pendant que notre bateau coule, Yéshoua dort.

 

Du ventre des disciples surgit un cri: «Yéshoua, réveille-toi, nous périssons!»

 

Mais qui dort ? Est-ce bien le Yéshoua en chair et en os qui, durant les trois dernières années de sa vie, s'est battu sans relâche contre les dinosaures de son peuple? 

 

Est-ce le Yéshoua qui ne cessait de bouger, brisait les moules, tenait tête à ceux qui ne lui laissaient pas une minute de répit?  

 

Absolument pas,  car ce  Yéshoua, la religion elle-même l’a depuis longtemps écarté de son chemin et remisé « au plus haut des cieux ».

 

Ce  Yéshoua au pied duquel nous ronronnons  habituellement n’est pas du tout le Yéshoua qui pourfend l’ordre établi et fait trembler notre religion tranquille. 

 

Ce n’est pas le Yéshoua qui réveille,  mais un Yéshoua statufié vivant, placé très haut dans les  nuages,  comme un idéal dégoulinant  de  consensus et de paix pour notre monde impur et troublé.

Le vrai Yéshoua, le Yéshoua remuant et contestataire, la religion l’enferme à double tour dans des  tabernacles et des ostensoirs dorés.

Chaque jour, même face à des rangées de bancs vides, elle s’applique religieusement à l’envelopper dans le linceul d’homélies suintantes d’orthodoxie, pendant que quelques vieillards malentendants somnolent en surveillant leur montre.

Tant et si bien que, par je ne sais quelle peur de lui déplaire, on ne se rend pas compte que ce n’est pas lui qui dort, mais nous. 

Car le vrai Yéshoua ne dort pas ni n’endort personne, lui qui, pendant son bref temps de prophétisme, n’a cessé d’en découdre avec les autorités religieuses de son peuple.

Est-ce que, par hasard, ce fier Galiléen, modèle indiscutable de miséricorde, de patience et de tolérance, ne fut pas aussi un remarquable  bagarreur ?

 Lui, supposément si obéissant, est-ce qu’il n’a pas tenu tête de façon systématique aux représentants de Dieu sur terre ?

 Sinon, pourquoi ces derniers l’ont-ils constamment traqué comme un délinquant,  et pourquoi les Grands Prêtres, hommes probablement de bonne foi, l’ont-ils fait assassiner ?

À mon avis, ils l’ont tué parce qu’il était LIBRE.

Sa liberté faisait peur.

Elle remettait tout en question. Elle ébranlait les colonnes du Temple.  Faisait vaciller les piliers de l’institution religieuse. 

Elle faisait trembler les hiérarchies. Elle secouait les endormis. Réveillait les consciences. Ouvrait les yeux, déliait les langues, mettait en marche le peuple des paralysés.

Or, ce Yéshoua qui réveillait les morts, la religion chrétienne elle-même qui, pendant un certain temps, l’avait suivi héroïquement  sur ce terrain brûlant, a été prise de peur à son tour et a fini par le déserter.

Pour « sauver » son institution toujours confrontée aux pires menaces, elle s’est raidie, décida de prendre les choses en main, se cuirassa de lois et de commandements et centra le pouvoir en une seule personne qu’elle entoura d’une garde prétorienne d’inconditionnels. 

Elle serra la vis à tout le monde, bâillonna les voix discordantes, se débarrassa des dissidents.

Le mot d’ordre était : « UNITÉ !».

On n’en avait que pour l’unité: un seul Dieu, un seul Chef, une seule pensée, un seul cœur, un seul corps, un seul enseignement.

Entre temps,  celui qui n’avait toujours été que le charpentier de Nazareth, devenait  tout d’un coup le Seigneur des Seigneurs avec mission de  maintenir cette armature unitaire avec amour et compassion, certes, mais aussi avec une main de fer conformément à la loi du Dieu Très-Haut, garant absolu de stabilité, d’ordre et de morale. 

Bref, beaucoup d’unité et de discipline.  De liberté, rien. Ou à peu près rien.

Pendant ce temps, l’église, c’est-à-dire l’humble  « rassemblement »  des disciples qui cheminaient plus ou moins péniblement parmi les nations en s’efforçant d’être un simple levain dans la pâte, cette église devenait à son tour une sorte d’État dans l’État, souvent même, au-dessus des États.

Yéshoua n’était plus Yéshoua, il était maintenant le Christ-Seigneur au bras levé.

Lui, le simple ami des pêcheurs de Galilée, s’était métamorphosé en Roi de l’Univers.

Du Yéshoua qui lavait les pieds rugueux de ses compagnons de route, il ne restait rien, sauf le doux lavement de pieds prélavés et parfumés des enfants de chœur du jeudi-saint.

Le Yéshoua qui désobéissait aux autorités sacrées de son peuple, le Yéshoua hypercritique de l’infaillibilité des maîtres de la religion, ce Yéshoua était devenu embarrassant et franchement insupportable.

Alors, la religion corrigea les choses. Elle récupéra ce Yéshoua si franc, si clairvoyant, si juste, si anti-élitiste, si déplaisant pour les bourgeois, si remuant pour les pacifistes et tellement peu buvable pour les dévots.

Elle le détourna pour en faire le grand policier d’un nouvel ordre des choses sur lequel elle s’appliqua à construire un empire, tandis qu’au ras des pâquerettes, elle le contournait cavalièrement, ou simplement l’ignorait. 

Ce Yéshoua, elle l’anesthésia et le plongea dans un sommeil éternel. Une fois tué et enterré, elle se garda bien de le ressusciter.

Mais Yéshoua qui n’avait rien d’un anarchiste ni d’un terroriste, ni d’un fanatique ni d’un va-t-en guerre, le Yéshoua au cœur bon et à l’esprit libre n’a pas été anéanti pour autant.

Grâce à l’« évangile » (que désormais on réussit à reconstituer de façon plus juste en l’exhumant de sous des montagnes de catéchismes, de dogmes et de thèses savantes), ce Yéshoua est bel et bien vivant et revient vers nous.

Débarrassé de tous les déguisements dont on l’a affublé, il redevient l’un de nous.

Il ne dort pas, lui qui demande  à ses compagnons de route de garder les yeux bien ouverts et de marcher à ses côtés.

Il marche et reste avec nous « jusqu’à la fin du monde », étroitement rivé à notre Terre, « in-carné » en nous, chevillé à notre chair et à nos os, à notre cœur et à notre destin.

Il n’a plus le visage rosé de nos images de première communion, ni le masque hiératique des étendards impériaux de nos braves zouaves pontificaux. Il nous ressemble vraiment. Il est l’un de nous. 

Ce Yéshoua, je le revendique humblement.  Et je pousse vers lui ce cri du cœur :

« Yéshoua, homme d’audace et de passion, sors des limbes auxquelles nous t’avons condamné!

Sors du plâtre, sors des ostensoirs, des hosties et des auréoles dans lesquels nous t’avons cloîtré.

Sors des majestueuses icônes dans lesquelles nous te tenons congelé !

Libère-nous de tous ces signes bénis qui furent certainement utiles et plus que respectables au temps où nous commencions à ouvrir les yeux et à faire nos premiers pas avec toi;  aujourd’hui ces signes, étroitement liés au monde féodal, à la monarchie et à la gloire des empires, non seulement ne nous parlent presque plus, mais font tristement obstacle à ta bonne nouvelle! »

Ici, j’ouvre une parenthèse.

N’allons pas croire que le monde moderne n’a pas soif  de vérité. Il la cherche peut-être plus que jamais.

Pour moi, le problème n’est pas là, je le vois plutôt du côté de la vérité elle-même.

La vérité ne parle plus la langue des  temps passés. Ses signes sont nouveaux et sont à découvrir dans les fulgurantes découvertes des temps d’aujourd’hui.

Ses signes nous en livrent des quantités vertigineuses.

La propre  langue de Dieu, par exemple, son cœur et l’âme de l’évangile se reflètent, en effet,  de façon infiniment plus pure dans la fission de l’atome et la lumière des lasers que dans tous nos plus précieux symboles liturgiques mis ensemble.

Pouvons- nous vraiment saisir et exprimer  quelque chose de la  puissance créatrice de la Parole de Dieu sans oser évoquer ce que l’on sait du Big Bang ?

Pouvons-nous nous référer au besoin vital de communion entre les humains sans reconnaître - tout en tenant compte de leurs sombres ambigüités - que l’internet, le téléphone intelligent, les medias sociaux et l’intelligence artificielle, en sont des signes extrêmement éloquents?... 

En une fraction de seconde, la magie des ondes électroniques nous entraîne loin autour du monde  et nous brimbale entre passé et avenir ; à la vitesse de la lumière elle nous transporte dans les coins les plus obscurs de notre réalité physique et psychique, même au cœur de l’atome et jusqu’aux quasars infiniment brillants des constellations les plus lointaines.

Face à une telle profusion de puissance, comment ne pas rester muets d’admiration et ne pas voir, à la manière d’Isaïe,  « un pan du manteau de Dieu » remplissant le grand temple de l’Univers ? (Isaïe 6, 1).

Regardons seulement  dans nos temps modernes l’éclatement  de la musique, de la danse, de la peinture, de l’architecture et de tous les arts : est-ce qu’une telle explosion des concepts les plus sacrés de la beauté  ne serait qu’un signe de décadence et de retour au chaos ?

Pourquoi ne serait-ce pas tout autant un signe de renaissance ?

Tout ce monde en ébullition qui nous fait entrevoir ici et là des merveilles insoupçonnées, nous montre des fragments de la vérité, de la beauté et de la puissance du divin en pleine action dans l’humain et dans la matière elle-même. 

Pourquoi ne verrions-nous pas dans la science et  la technologie qui, tous les jours, repoussent les frontières du possible, ainsi que dans les grands bouleversements et les étonnantes découvertes des temps présents, les miracles grandioses qui se produisent  pour notre époque  et ne cesseront de se multiplier en nombre et en splendeur jusqu’à la fin des temps ?

Pourquoi ne sentirions-nous pas monter des profondeurs de notre conscience d’humains la voix de Yéshoua, le prophète, qui proclame : « Levez la tête, ouvrez les yeux, ouvrez votre esprit, votre cœur et vos bras : Dieu est là! » ?

Les grains de moutarde de l’évangile ne cesseront jamais de nous interpeler, mais pourquoi nierions-nous qu’ils sont désormais en passe de se transformer en étoiles géantes ?

 Ouvrons les yeux et regardons l’odyssée de millions d’immigrants qui déferlent aux frontières des pays riches, comment ne pas voir en ce phénomène la montée héroïque et redoutable des pauvres, des méprisés, des exploités ou des ignorés qui, des quatre coins de la Terre, prennent d’assaut la place qui leur revient sous le soleil?

Le monde n’est-il pas en train de se dévoiler brillamment à nos  yeux comme un gigantesque buisson ardent à échelle cosmique ?...  

À nous d’apprivoiser et de maîtriser la novlangue des temps nouveaux, ses rythmes, ses mots, ses signes, ses codes, ses tons, ses différentes sonorités et l’éblouissante palette de ses couleurs. 

Je reprends mon cri :

«Yéshoua, homme d’audace et de passion, que ton ange au charbon ardent vienne cautériser notre façon ancienne de penser et de parler. Qu’il prenne aussi nos costumes de Ku Klux Klan, nos aubes, nos chasubles, nos mitres et nos ceinturons rouges, qu’il les plie et les range dans le coin des bandelettes de ta résurrection ! Nous les remercions pour services rendus, ils peuvent maintenant prendre leur repos.» 

« Mais toi qui es vivant et libre comme l’air, fais sauter les scellés du sarcophage d’or dans lequel on a voulu te momifier pour mieux te conserver.  Arrache-toi à nos barbelés de cristal  et à nos nuages d’encens qui font écran à la lumière! Sors-nous de notre pieuse torpeur ! Réveille-nous ! »

« Désempêtre-nous de notre glaise dévote ! Sauve-nous de notre religion trop respectueuse, trop feutrée, trop empesée, trop aseptisée, trop prudente, trop pleutre, trop bourgeoise, trop  sérieuse et trop peu joyeuse ! Éloigne-nous de nos cantiques si peu mordants, encore trop romantiques,  toujours édifiants mais parfois si tristes et culpabilisants ! Sauve-nous de l’opium parfumé, non de toute liturgie ou de toute structure, mais de toute liturgie, de toute théologie et de toute structure qui usurpent la place de l’Évangile ! »

« Sauve-nous de notre inconscience et de notre béate autosatisfaction!  Délivre-nous de tout mal, surtout de ces murailles religieuses qui étouffent ton évangile. Sauve-nous de nous-mêmes ! » 

Tu ne nous imprègneras jamais trop de ta miséricorde, de ta tendresse et de ta sagesse, mais, pour l’amour du ciel, branche-nous aussi à ton audace, à tes effronteries, à tes colères contre tous nos instincts de domination ou de soumission, ainsi que contre le serpent qui nous assure que notre religion a le monopole de la vérité.

« Contamine-nous par ta foi en un Dieu, non de lois, de sacrifices et de mort, mais en un Dieu de vie, d’évolution et de libération ! ».

« Stimule-nous par la foi incroyable que tu as en nous ! »

« Contamine-nous par ta créativité débordante, ta largeur de vue, ta vivacité d’esprit, ton humour, ta liberté et ta joie ! »

« Branche-nous au dynamisme fabuleux de ta bonne nouvelle ! »

« Certes, elle est paix, mais elle est épée aussi ».

« Épée qui tient à la gorge, non nos libertés, mais nos oppressions ».

« Épée qui, loin d’étouffer la vie en nous, la débloque dans sa marche en avant vers une humanité plus juste, plus entière, plus profonde, plus épanouie  et plus authentique. »

« Yéshoua, ce n’est pas toi qui dors, mais nous »…

« Toi, homme d’audace et de passion, homme de soleil et de résurrection, réveille-nous à nous-mêmes ! »

« Réveille-nous à-ce-que-nous-sommes-au-plus-profond-de-notre-être. Car par toi nous avons appris que nous ne sommes pas des mort-nés, mais, en vérité,  des fils et des filles de Celui que tu nous as appris à appeler « Abba ».

« Il est aussi l’Abba de tous les humains, bons ou mauvais, non en raison des mérites de quiconque, mais par pure Grâce, c’est-à-dire par le Don absolument gratuit de son amour qui n’a pas de fin. »    

 

Article 6

 

À propos du Royaume

 

Les évangiles ont été rédigés entre les années 40 et 70 après la mort de Yéshoua. Des évènements politiques de gravité extrême faisaient croire que la fin du monde était toute proche.  

 

Au moment de leur rédaction, en effet, la collision entre la puissante armée d’occupation romaine et l’héroïque résistance du peuple juif était imminente ou sur le point de se produire. 

 

Ce choc gigantesque, comme on le verra quelques années plus tard,  devait, en effet, conduire à la destruction du Temple, à l’anéantissement de l’État d’Israël et à la dispersion des survivants dans les régions éloignées de l’Empire de Rome. 

 

Dans les milieux très religieux du monde juif, on en était arrivé à la conviction que le monde entier allait s’écrouler. On ne parlait que de cela.

 

Cependant, malgré l’effroi causé par la seule évocation d’une telle catastrophe, ces groupes religieux avaient la force et l’audace de croire que jamais Dieu ne permettrait chose pareille.

 

Ils s’attendaient, au contraire,  à ce que Dieu qui, selon leur croyance millénaire,  avait  pris soin de choisir  leur peuple pour en faire la tête de toutes les nations, allait certainement intervenir très bientôt  pour renverser cette situation.

 

Ils croyaient fermement qu’il ne tarderait pas à accomplir en leur faveur les promesses grandioses qu’il leur avait faites dès les premiers balbutiements  de leur existence. 

 

En dépit donc de tous les signes,  Dieu ferait triompher son peuple avec éclat,  et sur ce roc il édifierait son propre Royaume pour que sur toute la terre règnent enfin la justice, la paix et le bonheur.

 

Cette croyance pouvait se palper dans l’esprit des Juifs du temps  de Yéshoua. Si bien  que certains d’entre eux,  souhaitant ardemment que cette « fin du monde » arrive sans tarder, cherchaient même  à la devancer.

 

Serait-il saugrenu de se demander, alors, ce qu’il serait advenu de Yéshoua et de ses disciples s’ils n’avaient pas été portés par ce puissant rêve partagé par toute leur nation ? 

 

Est-ce qu’ils auraient défié la mort avec autant d’héroïsme et autant de passion ?

 

Le « règne » que Yéshoua annonçait n’était évidemment pas celui des Juifs.

 

Ce règne devait clairement être le « Règne de Dieu », et ce Règne s’étendrait à toutes les nations.

 

Le rôle particulier du peuple Juif  consisterait à préparer l’arrivée de ce « Règne »,  à la manière de Jean le Baptiste qui a dû s’effacer pour que Yéshoua croisse, et aussi à la manière de Yéshoua lui-même qui a dû « s’en aller » lui aussi pour que, sous la poussée du Souffle créateur, le  Règne de Dieu se répande dans le monde entier (Jean 16, 7).

 

Dès lors, ce rôle, cette vocation, ce réveil s’est étendu à un peuple nouveau, à un peuple sans frontières. Ce peuple différent, sans drapeau, sans chef tout-puissant, sans armée, sans palais, sans temple fameux, sans structures exclusives, et qui, au fond de son cœur, se sentait animé et guidé par l’amour de Dieu et la présence de Yéshoua ressuscité,  on l’appela « église » (avec un petit « é »).

 

Cette église était  un  mouvement qui allait rassembler dans l’esprit de Yéshoua une infinité de groupuscules provenant des quatre coins de la Terre.

 

Ces petits groupes étaient constitués, de fait, d’hommes et de femmes de toutes races, de toutes langues et de toutes nations.

 

Saisis par le témoignage de Yéshoua et de ses disciples, ils cherchaient,  selon leur culture et leur génie propre, à vivre leur foi en l’amour gratuit, leur foi en l’amour créateur et en l’amour libérateur de Celui Qui Est.

 

(L’ensemble de toutes ces petites communautés fut désigné par le mot « église », lequel voulait simplement dire « rassemblement »). 

 

Peu à peu, avec le temps, ce mouvement prit conscience qu’ainsi dispersé au milieu de tous les peuples, il formait lui-même un véritable peuple uni par un même esprit et investi de la  mission d’être dans le monde comme la semence (ou  l’embryon)  de ce que l’humanité entière est mystérieusement appelée à devenir.

 

Il se voyait  comme un simple « levain » dans la pâte.

 

Il ne braquait pas les projecteurs sur lui-même en se mesurant aux peuples puissants.

 

Au contraire, dans l’ombre et sans aucune ambition de pouvoir et de richesse, il  s’attelait à la tâche grandiose d’éveiller la conscience de tous les humains à la beauté de la liberté, de la justice, de la fraternité et de la paix.

 

Or, bien que la fin du monde ne se produisît pas comme prévu, s’installa peu à peu dans l’esprit de ces gens l’assurance que cette fin restait à venir.

 

On marchait encore, mais c’était différent. On n’allait plus à tâtons.

 

On sentait qu’on allait quelque part, vers une fin qui allait être tragique (comme toutes les fins) mais qui serait également  merveilleuse.

 

Car,  dans cet aboutissement final d’une marche trop longue et pénible, on ferait enfin l’expérience du grand Retour à Celui Qui Est la Source de tout.  

 

Dès lors, s’installait dans les consciences la certitude que le merveilleux finirait par l’emporter sur le tragique et que, sur l’Univers des univers, brillerait de tous ses feux la victoire absolue de la Grâce de Dieu.  

 

C’est donc dans cette vision d’un nouveau Buisson ardent à échelle cosmique qu’est né l’Évangile, soit la Bonne Nouvelle de Yéshoua de Nazareth.

 

Puisque beaucoup de faits et de mots rapportés par les quatre évangiles  ne sont pas prouvés de façon scientifique comme véritablement historiques, on ne doit jamais les prendre au pied de la lettre.

 

On doit plutôt les aborder  globalement comme  une grande métaphore dans laquelle  se déploie le destin de toute l’humanité.

 

Cette grande métaphore nous révèle que l’humanité (de même que tout le cosmos), vient de Dieu et retourne à lui.

 

En cours de route,  par la grâce de Dieu, elle franchit les obstacles les  plus inimaginables.

 

Ainsi elle va de naissances en renaissances, vers une réalisation d’elle-même où les utopies, les  plus belles et les plus divines, finiront par devenir réalité.

 

Croire en l’évangile, c’est croire en l’«incroyable ».

 

C’est croire en une Bonne Nouvelle qui donne à l’humanité l’assurance que ses rêves les plus beaux sont en train de se réaliser.

 

C’est oser croire que, malgré tous les signes contraires, ce monde à venir est en gestation et déjà en  marche. 

 

C’est même l’accueillir comme s’il était déjà là, et continuer à vivre en allant de l’avant avec une confiance sereine et, autant que possible, dans la joie.

 

La « foi », i.e. la confiance qui sauve, ne fait évidemment pas advenir les choses de façon magique.

 

Car, selon les rythmes de notre monde terrestre, le Règne de Dieu ne pourrait trouver sa pleine réalisation que dans des millions d’années et seulement au bout d’une infinité de transformations.

 

N’empêche que cette foi nous « sauve » dès maintenant en ce sens qu’elle nous donne l’assurance que notre vie est loin d’être vaine.

 

Nous n’allons pas vers le néant, mais vers une réalité qui laisse caduc ce que nous avons connu de plus beau et de plus grand et qui nous amène, par-delà le rêve, à une plénitude que notre esprit, pour le moment, est incapable de concevoir ou d’imaginer.

 

Oui, comment, dans sa coquille d’huître, le grain de sable pourrait-il imaginer la perle qu’il est en train de devenir ?

 

 

Article 7

 

 

Église à reformater

 

Image Internet

 

 

Pavé dans la mare

 

Il n’y a pas si longtemps, au Québec, il y avait de la théologie partout : les saints pullulaient dans nos villages et dans nos rues.

 

La plupart de nos fêtes étaient religieuses. Pendant l’Avent et le Carême, le vendredi, la veille des grandes fêtes, on mettait dans nos assiettes ce que la religion nous permettait et on s’abstenait de ce qu’elle nous interdisait.

 

Notre vie et notre environnement baignaient dans le religieux.

 

Notre théologie, c’était le petit catéchisme que tout le monde connaissait sur le bout des doigts.

 

On pensait religieux, on  était religieux.

 

 Puis vint la « Révolution tranquille » qui balaya tout.

 

Bien qu'on laissât les églises debout, la plupart d'entre elles restèrent vides,  ou à peu près. 

 

Les noms religieux des rues et des villages subsistent encore, mais comme des fossiles d’un autre âge.

 

Les quelques prêtres et religieuses qui n’ont pas encore disparu font également partie de cette catégorie. 

 

On a mangé de la théologie, on a vécu de la théologie, on a vu le monde à travers la théologie, et tout à coup tout s’est écroulé.

 

Pourquoi? Justement à cause de la théologie…

 

Beaucoup de monde fait de la théologie.  En gros, la théologie,  c’est l’idée que l’on se fait de la réalité à partir d'informations estimées d'origine divine.

 

Chaque culture a sa propre vision du monde (cosmovision) qu'elle croit inspirée ou même dictée par la divinité.

 

Cette "vision" lui sert de carte de route pour aider à se  comprendre et à se guider dans l’univers.

 

Autant il y a de façons de concevoir la vie, le monde et le divin, autant il y a de théologies...

 

Que l'on s'accorde ou non sur l'existence de Dieu, dès qu'il est question du divin, on fait de la théologie.

 

La « vision du monde » qui nous est propre  est une force qui nous structure depuis des centaines et même des milliers de générations.

 

Elle est la force qui nous supporte à travers le temps et nous donne un sentiment de sécurité, de continuité, de permanence et de sens.  On ne peut pas la changer sans risquer le chaos.

 

Reformater

 

« Je descendis chez le potier; il était en train de travailler au tour. Mais le vase qu’il fabriquait fut manqué… Il recommença et fit un autre vase. Alors Dieu me dit : « Ne suis-je pas capable d’agir envers vous comme ce potier? »

                                                                           (Jérémie 18, 3-6)

 

 

Théologie officielle

 

L’Église catholique formate sa théologie à une époque où on croit que la Terre est plate, qu’elle est le centre du monde et que le soleil n’est qu’une lampe qui l’éclaire et la réchauffe. 

 

On a la certitude qu'il existe des démons et que le Diable, rusé comme un serpent, envouta Ève, la Mère de tous les humains; celle-ci fit chuter Adam, le Père de l’humanité.

 

Quel était ce péché? Il semblerait que ce fut fondamentalement le fait de s’être emparés de la vie qui leur avait été donnée gratuitement et de l’avoir gaspillée sans  trop se préoccuper de la conserver et de la faire grandir. Il est bien dit, en effet,  qu’en créant l’être humain, Dieu  lui avait confié la Terre pour qu’il il en  prenne soin. C’est ainsi  que nous, les descendants des premiers humains, sommes tombés dans les griffes des esprits malins dont la planète regorge dans les airs, sur le sol, dans les eaux et dans le noyau de la planète.

 

On croit dur comme fer que tous les malheurs viennent de ce grand péché commis par le premier homme et la première femme.

 

Ce péché est vu, non sans raison,  comme un affront à Dieu,  une désobéissance à sa volonté et une révolte aux répercussions cosmiques qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours.

 

Dans cette vision des choses, naïve mais non dépourvue de sens, le Diable en est la source, et la femme, à cause de son ascendance sur l’homme, sa puissance de séduction et son pouvoir d’enfanter, en est l’instrument.

 

Dès lors, le monde n’appartient plus à Dieu mais au Diable, au Satan  (l’adversaire), c’est-à-dire à une force que le monde possède en  lui-même de foutre tout en l’air et de tout détruire, parce qu’en fait rien  n’existe sur terre sans son contraire et qu’en conséquence,  tout peut se pervertir, s’invertir, se détruire.  La femme, le sexe, notre corps de chair, la Terre elle-même et la  Matière deviennent depuis ce temps des instruments que l’Adversaire ne cesse d'utiliser pour élargir toujours davantage la séparation entre l’humain et Dieu.

 

Bref, tout est chamboulé. Et,  toujours selon la même vision des choses, Dieu s’en trouve extrêmement contrarié,  en ressent une colère infinie que rien, mais absolument rien, ne peut  apaiser, sauf ce que l’on va découvrir par la suite...

 

L’histoire de la Pomme, c’est un peu cela… Puisqu’elle est belle, elle doit être bonne… donc on la mange.  Etc… Nous voilà pris au piège… On n’a pas encore pris conscience que tout ce qui brille n’est pas or…

 

Ce Dieu tout-puissant est donc infiniment fâché de voir son œuvre ainsi gâchée par l’incurie des humains, et comme il est très juste, par ailleurs, il est évident que cela exige réparation.

 

En bon « gentleman » (ou en bon « gentlegod »),  il s’incline devant la victoire des démons et leur reconnaît le droit de faire ce qui leur plaît.

 

Les démons triomphants se jettent alors à bride abattue contre l’humanité et répandent sur elle ouragans, séismes, pestes, guerres, famines et mille autres calamités.

 

Mais, ne nous y trompons pas, Dieu demeure le seul maître à bord.

 

En fait, les démons, sans le vouloir, ne feront que travailler pour Dieu, car les humains, selon les calculs divins, en arracheront tellement aux mains de ces créatures malignes qu’ils regretteront leurs folies et, tôt ou tard,  reviendront à lui.

 

Cette façon d’agir de Dieu, en réalité, ne choque personne. Après tout, il se comporte comme un bon père de famille qui prend à cœur l’éducation de ses enfants. Le fouet et le bâton sont la méthode la plus sûre.

 

 Plus le père est sévère, plus il est respectable.

 

Les calamités qui s’abattent sur les humains doivent donc être reçues comme des cadeaux de Dieu.

 

Elles sont des preuves évidentes du grand amour que Dieu a pour eux.

 

Ils doivent donc l’en remercier et même en rajouter,  en s’imposant volontiers un surcroît de prières, de jeûnes, de mortifications, de sacrifices et de peines de tout genre.

 

On ne prétend évidemment pas que ces pénitences supplémentaires suffisent à éteindre le courroux de Dieu, mais on souhaite au moins qu'elles servent à le réduire de quelques degrés.

 

Ces adoucissements  n'ont rien de négligeable, mais, en réalité, ils ne sont que des placebos qui soulagent sans guérir.

 

Seul Yéshoua pourra résoudre le problème. Et encore… Il apportera un remède qui attaquera le mal à sa racine alors que les bons effets qui devraient en résulter ne cesseront de se faire attendre... C’est dire comme le mal est profond.

 

Par ses adeptes les plus proches Yéshoua est salué comme le plus saint d'entre tous les saints. 

 

Il est venu chez les humains avec un cœur débordant de l'amour de Dieu, mais les humains l’ont  rejeté en le condamnant à une mort atroce.

 

Lui, cependant, reconnaissant la volonté du ciel dans cette épreuve, assuma son calvaire en obéissant à Dieu de façon exemplaire. 

 

Il ne s’est pas révolté, il n’a pas protesté.

 

Cet homme est donc apparu par sa soumission à la torture comme la victime parfaite dont Dieu avait  besoin pour en finir avec l’impayable dette contractée par les humains en raison de leur péché.

 

Or, en s’appuyant sur un tas de passages de l’Écriture (il n’en manque pas) on découvrit que Dieu était lui-même l'auteur de l'action salvatrice de Yéshoua, et que ce Yéshoua n’était pas un homme quelconque, mais le Fils même de Dieu en tout égal à son Père.

 

Nous étions tellement aimés de Dieu que le  Père nous  envoyait son propre fils afin qu'il subisse à notre place tous les châtiments que nous méritions à cause de nos péchés.

 

Ce fut donc en vertu du sacrifice de Yéshoua sur la croix, en vertu des tortures qu’il a endurées et du sang qu’il a répandu, que la colère de Dieu put enfin se désamorcer.

 

Pleinement satisfait du sacrifice de son Fils, Dieu effaça donc notre dette et récompensa Yéshoua en le ressuscitant de la mort et en le faisant siéger à sa droite dans les cieux.

 

Ainsi, par l'efficacité du sacrifice de Yéshoua et par l’extrême indulgence de Dieu, les crimes des humains ont obtenu réparation, notre péché immonde a reçu le pardon et l’humanité a été graciée.

 

Nous sommes désormais ensemencés de grâce, de résurrection et de vie divine.

 

Le seul problème, c'est que cette semence de salut ne germe pas très vite...

 

Tel est, en gros, le clou de notre grande théologie.

 

Morale, liturgie, spiritualité,  sacerdoce, vie et mission de l’Église se construisent entièrement autour de cette donnée centrale du sacrifice sanglant de la croix.

 

Elle est au centre de notre univers.

 

Elle imprègne encore si vivement notre inconscient individuel et collectif que certains de nos ex-catholiques plus ou moins athées, se résignent mal à quitter ce monde sans des funérailles à l'église là où sen réactualise rituellement le sacrifice de Yéshoua.

 

Nous,  pécheurs, nous continuons de pécher, car « le  saint  lui-même pèche jusqu’à sept fois par jour », dit-on.Mais nous avons maintenant le moyen de payer nos dettes envers Dieu, en recourant au fur et à mesure que nous péchons, aux mérites infinis du sacrifice de la croix que l’Église met à notre disposition à travers ses sacrements.

 

Les sacrements ont une efficacité étonnante : ils  produisent la grâce et le salut ex opere operato, c’est-à-dire de façon automatique et presque magique. D’où (bien qu’en baisse) l’habitude tenace de baptiser les enfants et de les mener, souvent à force de bras, jusqu’à la première communion.

 

D’où, surtout,  l’abondance de messes  que les quelque 400,000  prêtres catholiques célèbrent  à  chaque minute autour de la planète pour délivrer les défunts des flammes du purgatoire (lequel, selon les dernières informations, n’aurait jamais existé!).

 

D’où aussi l’importation de prêtres étrangers pour assurer des funérailles chrétiennes à nos populations de foi moribonde restées orphelines de prêtres locaux. (Il faut le faire! C’est à croire que, parmi les catholiques encore pratiquants de nos communautés encore en vie, il ne se présente pas de femmes et d’hommes assez délurés pour assumer cette tâche. A-t-on vraiment besoin de dix ans de théologie pour lire le gros missel de la messe  ou pour réciter les prières des défunts déjà toutes imprimées dans le rituel?...).

 

Puisque le salut est  dans la messe, les âmes pieuses redoublent de ferveur dans leurs prières pour que Dieu suscite des vocations sacerdotales qui rempliraient de nouveau les églises qui n’ont pas encore été fermées. Pourtant, tant qu’il restera quelques chrétiens et chrétiennes de foi sincère, les vocations ne devraient pas manquer dans une Église qui prêche depuis des siècles que tout baptisé et toute baptisée est un prêtre.  Oui, il est vraiment grand le mystère de notre foi.

 

Revenons à l’évolution de notre théologie de base.

 

Fortement influencés par les courants philosophico-religieux de l’Antiquité, surtout ceux de la Grèce ancienne, les meilleurs cerveaux chrétiens en arrivèrent à concevoir la Terre comme une copie du Ciel.

 

On comprit vite qu’au ciel se trouvait une société idéale dont l’organisation devait servir de modèle pour le monde d’en bas.

 

On imagina que dans cette société  régnait un ordre parfait et, selon cet ordre, les êtres différents se classaient par ordre de grandeur.

 

Sur cette toile de fond, on greffa quelques données chrétiennes qui donnèrent le tableau qui nous est familier : Dieu Père, Fils et Saint-Esprit trône tout en haut avec un pouvoir absolu sur des créatures de différentes catégories qui, depuis les sublimes séraphins jusqu’aux anges et aux saints ordinaires,  forment une pyramide immuable d’une éblouissante beauté.

 

À ce modèle de perfection céleste devait correspondre sur terre un ordre ayant à sa base un peuple de serfs soumis aux seigneurs; les seigneurs aux rois, les rois à l’empereur, et l’empereur au Pape. 

 

Cette structure devait  avant tout se reproduire à l'intérieur même de l’Église (« âme de la société ») avec le peuple de la base soumis aux prêtres, les prêtres soumis aux évêques et les évêques au Pape.

Tout devait  être UN : un seul ordre, une seule loi, une seule pensée, une seule voix, un seul chef, un seul sauveur, un seul Dieu.

 

Ce modèle, il ne fallait pas en douter, était le grand Plan de Dieu que nous avions l’obligation de reproduire le plus parfaitement possible « sur la terre comme au ciel ». Ne pas s’y soumettre revenait à basculer de nouveau dans le vieux péché d’Adam : la désobéissance, la révolte, le désordre, le chaos primordial, bref, l’enfer

 

Telle était la volonté du Ciel, malgré les conclusions percutantes du fameux mythe de la Tour de Babel.  

 

De nos jours, cette vision du monde et la théologie qui en découle peuvent nous paraître surréalistes, mais, qu’on le croie ou non, au Moyen-âge, elles ont été le « salut » de l’Occident.

 

Elles furent à l’avant-garde du grand bond par lequel la société de l’époque a commencé à tourner le dos à la  barbarie pour entrer, non sans soubresauts,  dans ce que nous appelons la civilisation.

 

Mais voilà, on n’est plus au Moyen-âge.

 

Avec le temps, le monde a changé. 

 

La théologie, cependant,  (je parle de la grande théologie officielle de l’Église) a bougé à peine. La toile de fond est toujours la même.

 

Au dernier Concile, on a tenté de renouveler cette théologie en l’ouvrant à d’autres horizons, mais ce bel effort a vite avorté.

 

Puisque l’Église avait déjà énoncé ses dogmes dans le cadre et le langage des croyances du Moyen-âge, elle pouvait difficilement remodeler sérieusement cette vision des choses sans mettre en péril l’équilibre de l’édifice déjà construit et sans remettre en question son infaillibilité.

 

Car il est établi qu’en matière de foi et de morale, l’Église ou le Pape ne peuvent jamais se tromper. C’est là le hic.

 

L’Église ne peut  jamais rien changer en profondeur, car, comme diraient les Québécois, elle s’est « peinturée dans le coin »...

 

C’est pourquoi, jusqu’à tout récemment,  malgré ses efforts d’ouverture, elle a bâillonné les voix qui ne coïncidaient pas en tout avec la sienne.

 

Elle est revenue à ses vieux concepts en les réaffirmant avec force.

Elle les atténua tout de même, en les arrondissant quelque peu.

 

 

Partout où elle est présente sur le globe, l’Église, par ses messes, ses retraites, ses catéchèses, continue à répéter à peu près dans les mêmes mots ce qui a été prêché depuis des siècles et a été fixé à jamais à partir du Moyen-âge.

 

Toujours la même formule : Dieu est aux cieux et au-dessus de tout. Il est immensément offensé par nos péchés, mais, il s’est approché de nous par son Fils qui s’est sacrifié afin de nous obtenir le pardon. 

 

Le pardon nous est accordé à profusion pourvu que nous nous  repentions,  que nous participions aux sacrements de l’Église et  fassions le bien.

 

Il n’y a sans doute pas grand mal là-dedans, mais nous tenons  peut-être ici la raison pour laquelle la société moderne, celle  qui a réussi à s’extirper du Moyen-âge, ne comprend vraiment plus l’Église.

 

Note: Voici un petit exemple d’une Église étrangère au monde moderne dans ce qu’il a pourtant de meilleur : Jusqu’à date, l’Église – comme Institution religieuse et comme État du Vatican et observateur à l’ONU -  refuse d’adhérer au « Pacte international sur les Droits Civils et Politiques » ainsi qu’au « Pacte International sur les Droits Économiques, Sociaux et Culturels »,  lesquels pourtant sont les grands engagements pris en 1966 par les Nations Unies pour la mise en pratique de la « Déclaration Universelle des Droits Humains » du 10 décembre 1948.

         

Pourquoi l’Église se refuse-t-elle à signer ces pactes? Probablement parce que cela l’engagerait à respecter les droits et la liberté des individus, l’égalité des femmes dans ses institutions et à faire fonctionner ses organisations selon les lois de la Démocratie…  Cela signifierait la fin de son régime théocratique et de son système de monarchie absolue. Quelle perte ce serait! (voir : JMa Castillo /Iglesia/ División en la Iglesia).

 

Vers une autre théologie

 

Au Moyen-âge on ne pouvait, ni de loin, imaginer que pussent exister des choses telles que le Big Bang, l’évolution, la démocratie, la science, la révolution industrielle, la révolution du prolétariat, la révolution sexuelle, les hormones, les cellules souches, la pilule contraceptive, la libération de la femme, les transplantations de cœurs et d’autres organes, le réveil des minorités culturelles, les vagues massives de migrants et de réfugiés, l’ONU, le néfaste FMI, Big Brother, la CIA, le KGB, les Droits de la personne, la laïcité, l’athéisme, la psychanalyse, les sciences sociales, la paléontologie, la théorie de l’évolution, l’histoire critique des religions,  l’interprétation historico-critique de la Bible, la physique quantique, la technologie, la station spatiale, les sondes spatiales, Hubble, Kepler, le boson de Higgs, les ondes gravitationnelles, la télé, l’ordinateur, Steve Jobs,  les satellites,  l’Internet, les medias sociaux, Skype, WhatsApp, les téléphones intelligents, le clonage, les robots, la (dé)extinction, les cartes de crédit, la société de consommation, les paradis fiscaux,  Wall Street, la concentration de la richesse mondiale dans quelque 20 millions de poches,  la contestation croissante mais toujours timide des pauvres, le monde des itinérants…., la fierté gaie, le mariage entre personnes de même sexe, le réchauffement climatique, le clonage, la guerre des drones, la destruction de la planète, l’écologie, le sida, l’Alzheimer, le rock, photoshop, le frigo, la boîte de conserves, la pizza et une chose terriblement bizarre appelée « liberté et participation »… 

 

Sans oublier les changements de sexe, l’aide médicale à mourir et  l’Intelligence Artificielle qui est déjà arrivée et qui bat tous les records.

 

Eh bien, sur toutes ces questions, la théologie du Moyen-âge n’a rien à dire. Ça ne rentre évidemment pas dans le champ de sa conscience et de sa réflexion.

 

En outre, sa méthode qui consiste généralement à réfléchir à partir des « choses d’en-haut » en allant vers les choses d’en bas est tout à fait à l’opposé de la méthode scientifique, grand acquis du monde moderne, qui consiste à procéder à l’inverse.

 

On ne prétend plus partir de l’universel (révélé d’en-haut à  quelques initiés) pour se rendre au particulier, mais on part du particulier afin de parvenir aux grandes lois universelles de  la vie, de la personne humaine, de l’univers.

 

Réformer l’Église, c’est réformer les mentalités, les schémas mentaux.

 

Et réformer les schémas mentaux, c’est donner un grand coup de barre pour passer définitivement du Moyen-âge au monde et à la culture d’aujourd’hui, avec sa méthode, ses paramètres, son langage, ses repères, ses références, ses grandes valeurs, en tenant compte, bien entendu, du côté obscur de toute chose auquel rien n’échappe.

 

Réformer l’Église, c’est se donner un discours, des institutions, des signes qui soient  intelligibles aujourd’hui…

 

C’est, en un mot, reconnaître que l’Esprit parle à l’intérieur des réalités de notre monde (et non seulement en se plaçant au-dessus des choses de la « chair », comme on se plaît à l’imaginer dans nos représentations traditionnelles).

 

Au Québec, il parle très fort à travers de ce que fut la Révolution tranquille, à travers les grands mouvements politiques et sociaux d’aujourd’hui, à travers la grande révolution culturelle déclenchée par l’évolution des sciences et des technologies de l’information, à travers l’immigration, la laïcité et tout…  Dieu est là aussi!

 

Selon une foi très ancienne, aujourd’hui presque effacée de la mémoire, le très mystérieux « Logos », soit le Plan primordial, le Modèle éternel, l’Image ( qu’on appelle aussi le Verbe, la Parole, le Sens ou même l’Énergie de Dieu), bien avant de se révéler vivant dans notre « chair » par la puissance de l’Esprit, était déjà bel et bien à l’œuvre comme racine, source, support, structure essentielle et lumière du monde.

 

Depuis le commencement même de la Création, il était là et jamais il n’en est sorti (Jean 1, 1-5).

 

C’est lui qui s’est fait connaître aux humains en la personne de  Yéshoua, si bien que notre réalité, non seulement spirituelle, mais aussi cosmique, terrestre, matérielle et humaine est entièrement imprégnée de lui, concentrée en lui, transfigurée par lui et même déjà ressuscitée et glorifiée en lui….

 

Il ne s’agit pas, on le voit bien, de faire table rase du passé mais d’en tirer tout ce qui peut nous nourrir et nous éclairer, en prenant soin, cependant,  de ne pas trop nous y cramponner comme s’il s’agissait du dernier cri de la sagesse.

 

Il s’agit surtout d’embrasser notre culture moderne sans peur, sans se culpabiliser ou se censurer, quoiqu’avec un bon sens critique inspiré de l’esprit de l’Évangile, et non, bien sûr, selon la lettre, en se gardant soigneusement de ne plus jamais rien absolutiser comme on l’a déjà trop fait par le passé.

 

De fait, il s’agit de faire un saut au moins de mille ans, sans quoi bientôt le christianisme ne sera plus qu’une chose folklorique.

 

De même qu’au vin nouveau il faut de nouvelles outres, ainsi, aux temps nouveaux il faut une nouvelle théologie.

 

Elle existe d’ailleurs cette théologie, elle est brillante et plurielle : Théologie de la Matière, théologie de la Terre, théologie de l’Évolution, théologie du Corps, théologie de la Femme, théologie des Religions, théologie du Travail, théologie des Droits de la Personne, théologie politique, théologie de la Révolution, théologie de la Réconciliation, théologie de la Libération (eh oui!), théologie des Peuples originaires, théologie des Noirs, théologie de l’écologie, Théologie de la postmodernité, éternelle théologie de la Beauté, de la prière et de la paix, et beaucoup d’autres encore…

 

On n’y parle plus d’un Dieu qui trône dans les cieux et qui a besoin que se renouvelle perpétuellement devant lui le sacrifice sanglant de son Fils sur une croix pour que l’être humain ait des chances d’être pris en compte…

 

Le Dieu que l’on met de l’avant est le Dieu que Yéshoua nous décrit dans la parabole de l’Enfant prodigue et dans celle des travailleurs de la vigne : un Dieu qui est Amour, dont Yéshoua a été sur terre l’image la plus pure.

 

Lui-même, entièrement habité par cet amour, nous en révèle la profondeur en nous aimant « gratuitement » (jamais on ne le dira  assez) jusqu’à la mort de la croix, c’est-à-dire, jusqu’à la folie du don absolu de tout ce qu’il est.

 

En ne perdant jamais de vue ce témoignage de Yéshoua et en le gardant toujours présent au centre de notre conscience, notre propre vie prend du relief, de la couleur, de la saveur, de la perspective, de la lumière et du sens.

 

Ainsi, aspirant à devenir semblable à la sienne, notre existence s’ouvre à une dimension qui ne cesse de nous « sauver » de… quoi? De notre super ego, de nos fantasmes, de nos névroses, de nos instincts de mort, de nos peurs et de nos culpabilités morbides et, au premier chef, de nos aliénations les plus subtilement déguisées en religion.  

 

La plupart des théologies mentionnées plus haut n’ont pas encore pignon sur rue, car ce qui a déjà germé d’elles a été mis sous le boisseau par une faction ultraconservatrice de l’Église qui, au cours des dernières décennies, s’est emparée d’une bonne partie du pouvoir dans les lieux décisionnels du Vatican.

 

Il s’agit maintenant de les remettre sur le chandelier pour qu’elles éclairent toute la maisonnée. 

 

Et leur faire confiance, car l’Esprit-saint souffle très fort chez les honnêtes et courageux théologiens  (ou penseurs) modernes qui regardent le monde avec les yeux de la science, de la sagesse et d’un Évangile « défolklorisé » et se refusent à jouer le rôle de perroquets plus ou moins recyclés des mythes du passé (ce qui, jusqu’à tout récemment, fut pour plusieurs d’entre eux le seul moyen de survivre ou de grimper dans la hiérarchie). Il faut les écouter.

 

 Ainsi qu’il faut écouter le Magistère, bien évidemment,  lorsqu’il ne se place pas au-dessus des théologiens et théologiennes mais s’engage avec eux  dans la même recherche de la vérité,  laquelle ne se laisse jamais posséder et reste toujours à découvrir. 

 

Le coup de barre à donner requiert un courage héroïque. 

 

Il est comparable à ce que les premiers disciples de Yéshoua ont dû souffrir, il y a deux mille ans, en sortant de leur enfermement à l’intérieur de leur incomparable culture juive pour oser s’incruster dans le monde « maudit » des non-juifs, soit notre monde à nous, les païens.

 

Pour sauter d’un monde à l’autre, pour cesser d’être des copiés-collés du peuple de l’ancienne Loi et pour s’immerger ainsi dans la grande réalité du monde des impurs sans pour autant se laisser avaler par lui, ils ont été persécutés, torturés et assassinés tant par leurs frères juifs (qui les jugeaient hérétiques et traîtres) que par les païens civilisés (qui les prenaient pour des fous).

 

Cette « pâque », cette « conversion », ce passage, ce virage, les apôtres l’effectuèrent à la suite de Yéshoua jusqu’à verser comme lui leur propre sang non pour s’emparer de territoires, pour entasser des richesses ou pour dominer le monde,  mais seulement par amour  inconditionnel des humains.

 

Ce fut le déclenchement  d’un « saut qualitatif » dans l’évolution de l’humanité et un pas de géant dans le processus de personnalisation de l’espèce humaine.

 

Si l’on peut parler de « salut » pour le monde, il semble que c’est là qu’il a commencé pour vrai.  

 

En ce 21è siècle, il se poursuit avec une rare intensité.

 

Dans les sociétés les plus avancées, le sacré n’apparaît presque plus sur les écrans-radars, et pendant que le climat se dérègle de façon effarante, le roc sur lequel nos sociétés se sont construites laisse voir d’inquiétantes fissures.

 

On parle d’un possible renversement des pôles  et du début d’une sixième extinction massive des espèces et d’une super guerre qui nous conduirait en une fraction de seconde à une autodestruction totale.

 

On n’en arrivera peut-être pas à ces extrêmes, mais il est certain que quelque chose de majeur est à nos portes.  

 

Il nous faut à tout prix avoir la lucidité et le courage de sortir une fois pour toutes de nos défenses moyenâgeuses et entrer avec audace dans la dynamique de notre monde moderne  avec un esprit totalement différent.

 

Le « salut », aujourd’hui, consiste à faire ce « passage » quoi qu’il en coûte. Une nouvelle traversée de la Mer Rouge est devant nous.

 

 Les yeux fixés sur Pâques, car pour nous, les chrétiens,  là commence la nouvelle création. Question de « se connecter »….

 

Traduit en termes modernes, cela signifie que nous devons apporter d’énormes modifications aux données de notre disque dur, c’est-à-dire à notre conception du monde et de la vie, ainsi qu’à notre interprétation globale de l’Évangile, de l’Église et du christianisme.

Mais ces modifications sont si nombreuses et importantes qu’il serait peut-être plus avisé de frapper le grand coup  en reformatant le disque au complet.

 

À partir d’un disque à l’état vierge, on aurait plus de chance de redécouvrir le Yéshoua   « né d’une vierge »,  c’est-à-dire le Yéshoua libre de ce langage, de ces concepts, de ces images et de tous ces paramètres qui, avec le temps, ont fini par faire de lui un personnage folklorique devenu étranger au monde d’aujourd’hui.

La « Bonne Nouvelle », c’est de savoir que Yéshoua n’est pas seulement un soleil qui nous éclaire d’en haut, mais aussi la lumière qui traverse les ténèbres du monde d’en bas et l’obscurité de notre propre être (voir Matthieu 8,21 ; 28,20).

C’est de savoir aussi que le fameux « royaume » dont il rêvait n’est pas seulement une cible à atteindre mais une réalité vivante déjà à l’œuvre en nous-mêmes

La « Bonne Nouvelle », c’est aussi de savoir que le fameux «Royaume » dont, d’une manière ou d’une autre, les humains ne cessent de rêver- ce même Royaume que nous devons chercher d’abord comme le plus beau trésor du monde - se découvre au plus profond de ce que nous sommes (Matthieu 6,33 ; 13,44 ; Luc 17,21).

Il est fort probable que Yéshoua « vivait » le Royaume comme une réalité intérieure existentielle. Il le sentait et l’expérimentait comme la racine, le fondement et le cœur de toute Réalité, et comme l’accomplissement plénier de tout ce qui existe.

Pour lui, le « Royaume » était la seule « Réalité réellement réelle », c’est-à-dire la seule qui ait une véritable consistance en elle-même. Comparer cette « Réalité réellement réelle » avec ce que nous appelons « la réalité », ce serait comme comparer un astre plus grand que l’univers avec l’étincelle d’une allumette.

Il n’est peut-être pas absolument nécessaire de sentir comment cette Réalité circule jusque dans les cellules les plus infimes de notre être, mais il est bon de savoir que, grâce à elle, nous sommes, en réalité, autre chose que de la boue vouée à finir dans le néant.

À peine capables d’imaginer à quoi ressemble le « centre » ou le «noyau » de notre minuscule planète, nous ne devrions pas nous étonner de ne pas pouvoir toucher, voir ou imaginer l’incommensurabilité du Royaume. Nous aimons penser, malgré tout, que, parce qu’il est aimé de Dieu (car Dieu fait bel et bien partie de l’équation***), notre monde de rien est un joyau de valeur immense.  Nous croyons, en effet, que  si l’amour de Dieu a ressuscité Yéshoua d’entre les morts, ce même amour, à la longue, nous donnera le pouvoir de vaincre la mort (Jean 3,16 ; 16,33; Actes 2,1-13 ; Romains 8, 11. 35-38).

Cette croyance, cette intuition, cette aspiration, ce rêve ou cette foi ont beau paraître surréalistes, nous croyons quand même qu’à l’intérieur de  notre monde  qui, bien des fois,  se trouve  sur le point d’éclater, fermente le Royaume de Dieu. Nos  yeux de chair ne le voient pas, mais avec les yeux du « cœur » nous percevons déjà qu’au-delà de tous les bouleversements, l’Histoire des humains parviendra à une fin  grandiose (Jean 16, 21; Romains 8, 18-22; Apocalypse 21, 1-4). Nous croyons donc que, par l’amour de Dieu, la petite semence du Royaume redeviendra l’Arbre de Vie du premier commencement avec plein de musiques, d’oiseaux  et de fleurs de tous les parfums et de toutes les couleurs. (Matthieu 13, 31-32; Genèse 2, 8-9; Apocalypse 22, 1-5).

 

 *** Si le mot « Dieu » embarrasse certains de mes lecteurs, on peut lui substituer le mot « amour », car les deux mots, à un très haut niveau, semblent interchangeables. Si  Dieu est amour » comme l’affirme 1 Jean 4, 8, pourquoi donc,  en effet, l’amour, à un degré suprême, ne serait pas  Dieu?

                                                         

Article 8

L’amour seul est véritablement moderne

 

L’amour est la seule chose au monde qui ne peut pas s’acheter avec de l’argent.

 

L’amour est la seule grande richesse qui appartienne réellement à chaque personne, la seule ressource capable de nous rendre toujours plus intelligents et humains.

 

Il est assez étrange que nous nous formions à tant de choses considérées comme vitales, et ne nous éduquions si peu à l’amour.

 

Cette force inouïe qui est à la source même de notre vie (et de tout ce qui est), trop souvent pousse en nous de façon sauvage et, faute de soins, devient folle, meurt ou tue.

 

Pour ma part, je crois de tout mon être que seul l’amour fait grandir et évoluer, et que seul l’amour est vraiment scientifique.

 

Seul l’amour est moderne et révolutionnaire.

 

Seul l’amour développe et guérit.

 

Seul l’amour rend juste, libre et humain.

 

Seul l’amour donne la vie et le goût de vivre. Seul l’amour rend heureux.

 

Seul l’amour civilise.

 

Si, par exemple, il reste sur terre quelque espoir pour les pauvres, qui ne sont quand même pas en quantité négligeable dans l’humanité, c’est dans l’amour qu’il se trouve.

 

L’amour ne coûte pas un seul sou; il donne des idées, suscite l’audace, stimule la créativité, crée de l’initiative et fait pousser des ailes.

 

L’amour mène à faire des choses apparemment impossibles, à surmonter les plus dures épreuves et à souffrir la mort elle-même, sauf les chaînes.

 

L’amour n’humilie jamais, ne ment jamais et ne commet jamais d’injustice.

 

Quand on a l’amour, on ne connaît ni l’orgueil ni la honte.

 

On ne se sent ni supérieur ni inférieur.

 

L’amour illumine tout et embellit tout.

 

L’amour rend beau, fort et courageux.

 

Il élimine la peur, transforme les déserts en vallées fertiles, et fait de tous les humains des citoyens de l’univers.

 

Tout est possible pour ceux et celles qui aiment.

 

Il n’est pas étonnant d’entendre des hommes et des femmes qui ont fait une authentique expérience de Dieu, soutenir avec assurance que Dieu est Amour.

 

Ils disent que si le monde est rempli de souffrances et de mort, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de Dieu, et ce n’est pas non plus parce que Dieu n’est pas Amour, mais c’est surtout parce que nous, les humains, nous n’avons pas fait de l’amour notre raison de vivre.

 

Dans notre échelle de valeurs, l’argent, le pouvoir, le savoir, le plaisir viennent de loin en premier, alors que l’amour des autres vient presque toujours en dernier.

 

Nous demandons de l’amour pour nous-mêmes, mais en donnons très peu. Comment se surprendre alors que la terre soit couverte de tant d’injustices et de maux !

 

Notre monde mise aveuglément sur la science et la technologie pour s’affranchir de ses servitudes et s’assurer un avenir glorieux, mais on dirait que là où le progrès matériel avance, bien souvent la capacité d’aimer recule.

 

Il ne fait pas de doute que la science et la technologie sont les grandes ailes du vaisseau de l’avenir, mais la seule énergie capable de les empêcher de mener le monde à sa propre destruction ne pourra jamais être autre chose que l’amour.

 

Oui, vraiment, si le monde doit avoir un avenir, c’est dans l’amour qu’il le trouvera.

 

Technologie avec amour, technologie au service de la vie, technologie au service des derniers de la terre, pourquoi pas?

 

Retenons que l’amour n’est pas seulement une affaire de tendresse et de caresses.

 

L’amour, c’est mettre un enfant au monde, l’éduquer, courir des milliers de risques.

 

C’est labourer, travailler la matière, la transformer dans la poussière, la fatigue et les sueurs.

 

C’est fondre le fer, cuisiner, laver, frotter, faire du propre et du beau.

 

C’est soigner, extirper des cancers, coudre des plaies.

 

C’est scruter des roches, sculpter des pierres, peindre des murales, créer des musiques, faire des vers, écrire des livres, interroger les étoiles et les abîmes océaniques, protéger les animaux, les arbres et les oiseaux…

 

C’est faire de la théologie, creuser le psychisme du monde et rêver.

 

L’amour, c’est rire aussi, s’amuser, se divertir. 

 

Est-ce que l’amour ne serait pas cette fameuse “perle du dragon” que les anciens chinois ne cessaient de chercher dans leur quête d’immortalité ?

 

Est-ce qu’il ne serait pas cette « vraie nature » cachée au fond de nous-mêmes, dont ces sages parlaient avec tant de ferveur ?

 

Est-ce qu’il ne serait pas la substance même de ce « vrai moi » dont parle la psychologie moderne et dont les spiritualités anciennes et nouvelles font état sous différents noms ?

 

Est-ce que l’amour ne serait pas, finalement, ce « trésor » dont Jésus dit qu’il vaut la peine que l’on sacrifie tout pour pouvoir se l’approprier ?...

 

On dirait que c’est dans l’amour qu’on se trouve soi-même, qu’on touche au Dao et au sens de la vie, peut-être même au secret de l’évolution et de l’histoire, et,  pourquoi pas, au mystère même de Dieu et de l’immortalité?

 

Seul l’amour est véritablement jeune, moderne et… éternel. Il est et toujours sera la plus grande puissance du monde et sa seule vraie richesse.

 

Culte à l’amour

 

Le culte chrétien, c’est le culte de l’Amour, à l’Amour, par Amour.

 

Dieu est Amour. Nous adorons l’Amour, nous célébrons l’Amour, nous vivons l’Amour, nous répandons l’Amour.

 

Yéshoua est au centre de ce culte.

 

Il est l’Amour de Dieu manifesté dans notre chair.

 

Il est l’Amour de Dieu sur nos routes de joie et de douleur, il est  l’Amour qui habite nos soifs et nos faims, l’Amour qui marche avec nous, souffre avec nous, prend sur lui nos fardeaux.

 

Il est l’Amour attentif aux plus petits, aux éloignés, aux méprisés, aux abandonnés, aux oubliés.

 

Il est l’Amour qui écoute, qui guérit, relève, embrasse, réveille et ressuscite.

 

Il est l’Amour rejeté avec les rejetés, jusqu’aux fouets, aux crachats, aux clous, la croix, les ricanements, le tombeau et jusqu’au fond de nos nuits les plus sombres.

 

Il est l’Amour qui nous rejoint dans la mort et nous ressuscite dans le souffle, dans la puissance, dans la beauté, dans la douceur et la lumière de l’Esprit Très Saint.

 

C’est dans cette immense révélation de l’Amour du Père en Yéshoua et dans l’Esprit, que nous entrons en communion les uns avec les autres, avec l’humanité entière et tout l’univers, que nous l’adorons, nous l’accueillons, nous  chantons notre reconnaissance, notre joie, notre espérance,  en transcendant par lui et avec lui nos barrières, nos peurs, notre péché et notre mort.

 

C’est dans cette expérience de lumière que nous apprenons peu à peu à ÊTRE ce que nous sommes en vérité : des êtres immensément grands portant au cœur du cosmos le trésor inouï de la conscience.

 

Sans l’amour, la Loi, même la plus sacrée, est morte, mais avec l’amour, plus besoin de loi!

 

« La Loi dit : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, tu ne convoiteras pas. Ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : ‘Tu aimeras ton prochain comme toi-même’. L’amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour ». (Romains 13, 8-10).

 

L'amour, c'est vivant, et, comme tout ce qui est vivant,  ça grandit. Ça commence tout petit et ça pousse tout doucement. Ça rampe, ça se salit, ça rit, ça pleure, ça tombe, ça se blesse, ça se décourage, ça se reprend en main, ça s'arrête puis ça se remet en chemin...

 

L'amour,  ça ne finit jamais de grandir, de se faire mal, de s'épanouir, de saigner et d'enfanter, de se gaver de bonheur et même de douleur.

 

Jamais personne n’arrive à aimer tout d’un coup comme Yéshoua aime, parce que l'amour est un long voyage.

 

Il  se réalise pas à pas.

 

 

Article 9

 

L’urgence de l’Évangile

 

La Bonne Nouvelle de Yéshoua a surgi dans un climat d’extrême urgence.

 

Partout circulait la rumeur que la « fin du monde était proche ».

 

Yéshoua  lui-même l’a annoncée. Il y croyait: « Cette génération ne mourra pas avant de voir se réaliser tout ce que je vous ai dit à ce sujet » (Marc 13, 30).

 

Cette fin du monde devait être le Jugement de Dieu.

 

Dieu allait séparer les bons poissons des mauvais, le bon grain de l’ivraie, les brebis des boucs...

 

Personne n’allait y échapper.

 

Ainsi pensaient Yéshoua et ses disciples. Ainsi pensait  Pierre

(1 Pierre 4, 7). Ainsi pensait Paul: « Le Jour du Seigneur vient en pleine nuit comme un voleur! ». Si on se dit : « Il n’arrivera rien! » c’est alors que la catastrophe va s’abattre comme les douleurs sur la femme sur le point d’accoucher. Soyons sur nos gardes! (Thessaloniciens 5, 2-3.6).

 

Mais les jours passent et, de fait, rien n’arrive. Le monde continue à tourner. Le Règne de Dieu n’arrive pas!

 

On retourne à ses oignons… Paul se rétracte : ce n’est pas pour tout de suite. Pierre explique : le calendrier de Dieu n’est pas comme le nôtre. En Dieu il n’y a pas de passé ni de futur: tout est toujours éternellement présent; le commencement et la fin n’existent pas, Alpha et Omega ne font qu’un.

 

Le Big Bang nous donne une pâle idée d’un passé qui ne passe pas et d’un avenir déjà présent dans l’aujourd’hui.

 

Il se serait produit il y a 13 milliards 700 millions d’années (âge de notre univers).

 

Or, après tout ce temps, des images de cet évènement continuent de nous arriver.

 

Et c’est ainsi que, pendant les milliards d’autres années à venir, notre univers continuera à déployer ce qu’il porte déjà en lui…

 

La conscience humaine a parfois comme de brefs aperçus de cette dimension de la réalité qu’elle est incapable de traduire en termes humains…

 

Il est donc probable qu’à certains moments Yéshoua soit entré dans cet état de conscience où soudain tout lui est apparu comme étant déjà réalisé ou en train de l'être, autrement dit, que le   Règne de Dieu était  déjà arrivé.

 

Les premiers chrétiens étaient tous plus ou moins habités par cette conscience  que la mort était déjà vaincue et qu’entre la vie et la mort il n’y avait plus de différence. « Nous savons, disaient-ils,  que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères (et nos sœurs) » (1 Jean 3, 14).

 

Dans la mesure où nous-mêmes nous décidons que nous n’avons aucune raison de nous sentir étrangers entre humains à cause de nos différences de langues, d’histoires, de cultures, de religions ou de façons de nous situer dans l’être, il ne nous reste qu’à nous rendre à l’évidence : tous et toutes  nous sommes profondément semblables et, en réalité, plus rien ne nous sépare. Et si rien ne nous sépare, il ne reste plus qu’à nous aimer. Et si nous nous aimons, il n’y a vraiment plus de mort, car toutes les différences et tous les contraires  se résorbent dans l'unité absolue de l’Amour qui n’a pas de fin. Tous les câbles dispersés se rassemblent en un seul faisceau pour se brancher à la source de toute énergie.

 

Dans nos larmes, nos défaites, nos échecs, nos frustrations, nos rages, nos torpeurs, et malgré nos turpitudes et toutes nos dépressions, nous affirmons  de mille manières,  avec une force sereine et une conscience limpide,  que rien de toute notre réalité de ténèbres et de mort ne l'emportera sur notre réalité de lumière et de victoire, car entre Dieu et nous, entre l'Esprit et la chair, entre le ciel et la terre il n'y a plus de séparation véritable`

 

Malgré les apparences contraires, malgré le fait que nous soyons des êtres inachevés, divisés, blessés, tourmentés, souvent brisés ou révoltés, capables d'horribles bassesses mais aussi de grandes choses,  la réalité profonde, « incroyable »,  mystérieuse et apparemment contradictoire d'être aussi des « ressuscités », tout en demeurant des mortels, nous remplit de joie. 

 

 

Aujourd’hui on ne sent pas d’urgence pour le salut, même si la planète nous donne de plus en plus de signes qu’elle est gravement atteinte et que nos folies meurtrières de surexploitation et surconsommation, de même que nos haines bardées d’armes nucléaires nous rapprochent chaque jour un peu plus de l’abîme.

 

Être témoin de l’évangile de Yéshoua, c'est chercher à  vivre cet impossible malgré les contradictions apparentes, sans perdre de vue que c'est probablement ainsi que Yéshoua a vécu, qu'il continue de vivre en nous et dans  toute l'humanité, jusqu'à ce que, par la puissance du Souffle de Dieu, tout devienne clair, tout devienne proche, tout devienne un en CELUI QUI EST.                                                                     

                                                                          

Article 10

 

Retour au Dieu de Cana

La Loi se résumait à l’amour : amour de Dieu et amour du prochain.
Le régime,  qui avait enfermé l’amour dans une loi, a échoué. Il a fini comme des noces gâchées par manque de vin. L’amour, en effet, était comme un vin qui donnait vie et saveur à l’Alliance entre Dieu et son peuple. Ne plus avoir de vin signifiait que l’amour de Dieu - cet amour que le peuple chantait autrefois dans de sublimes psaumes - s’était éteint comme une bougie au vent.

De même, l’amour du prochain s’était tellement affaibli que presque tout le pays sombrait dans une crise gravissime qui mettait en danger sa propre existence. Avec un peu d’amour du prochain, et un peu plus de justice et de compassion envers le peuple souffrant, on aurait pu éviter cette situation de mort.

Or, dans ce pays, on adorait Dieu dans des cérémonies grandioses, mais bien peu de gens se souciaient du sort des pauvres, qui représentaient plus de 90 % du peuple. Les pauvres n’étaient pas seulement marginalisés : on les traitait souvent avec dureté et mépris, tandis que l’on baisait les pieds des riches et des puissants en les remerciant pour les miettes tombées de leurs tables.

Ni la bonne volonté, ni même l’héroïsme du peuple fidèle qui portait sur ses épaules les grands idéaux de ce régime, ne purent empêcher que se rompe le lien fragile qui l’unissait encore à son Dieu.

À l’heure du grand bilan, le régime issu de la Loi de Moïse - celle qui réglait l’Alliance entre le peuple et son Dieu - était arrivé au terme de sa vie utile.

C’est alors que des images effrayantes d’un monde en phase terminale commencèrent à hanter l’esprit de ce peuple épuisé.

Signe dans la nuit

L’angoisse est extrême, mais quelque chose de surprenant commence à poindre : depuis une Galilée dont on dit que rien de bon ne peut sortir (Jean 1,46 ; 7,47-52), on parle  de plus en plus d’un certain Yéshoua qu’aujourd’hui, nous allons rencontrer  avec sa mère,  précisément en Galilée, aux noces d’un jeune couple ami du village de Cana.

Selon  l’usage, la fête dure plusieurs jours et se passe à merveille jusqu’au moment où, juste avant le grand final, les responsables de la fête découvrent une chose terrible : il n’y a plus de vin !

Dans la culture paysanne de l’époque, ce manque de vin est une insulte sans nom et un signe de très mauvais augure  C’est comme dire aux invités : «Vous avez assez bu, oust,  allez-vous en ! » Pour la famille qui reçoit, la perte de face est absolue.  Quels radins ces gens-là ! Inviter à une fête sans avoir de quoi accueillir les gens ! Dans une famille pareille, c’est sûr que la mariée va mourir de faim.  Donc, l’avenir du couple est loin d’être assuré.  Les pronostics sont tous négatifs, sombres, désastreux. La fête coule à pic. La catastrophe est totale.

Faut-il un dessin pour comprendre ce que raconte cette histoire ? N’est-elle pas l’image exacte de ce qui est en train d’arriver au peuple de Dieu à ce moment précis de son histoire ? Ce peuple est menacé de disparition. Il est conscient du désastre qui approche, il tremble de peur, mais il demeure plus ou moins  confiant que son Alliance - c’est-à-dire son « mariage » avec Dieu - le sauvera sans plus. Il ne se remet nullement en question. Pour lui, le chemin le plus sûr est de s’accrocher plus que jamais  à la religion traditionnelle et à ne pas trop s’en faire.

C’est dans un climat de ce genre qu’aux noces de Cana se produit ire l’évènement où, poussé par sa mère, Yéshoua va sortir de l’ombre.

Dans ce récit archi-symbolique du tout début du quatrième évangile (Jean 2, 1-12), nous découvrons que Yéshoua va se manifester, non pas en séparant  les eaux de la mer à la manière de Moïse, mais en transformant l’eau de la religion traditionnelle en un vin digne de la table de Dieu.

L’eau de la Loi

Dans ce récit, l’eau représente la Vie qui vient de Dieu et  que Moïse a systématisée par une grande Loi destinée à protéger la liberté d’Israël contre toute forme d’esclavage.

Mais avec le temps, à cause de son lourd système de croyances et de pratiques rituelles - et aussi à cause des dérives que seule la ruse humaine peut inventer - cette même Loi, loin de libérer le peuple,  finit, à la longue, par le rendre impuissant et plus dépendant des petits despotes qui règnent sur lui.

Peu à peu, les maîtres à penser de l’époque transforment le Dieu de bonté infinie en un dieu qui a toujours raison, devant lequel l’être humain a toujours tort.

Ils font du Dieu libérateur de l’esclavage un potentat redoutable, devant lequel la créature humaine doit toujours plier l’échine. Ils transforment le Dieu généreux, patient et miséricordieux en un dieu arrogant, directement associé au despotisme des prêtres et des rois.

L’eau des larmes

Et alors se produit  ce qui doit se produire. Des fleuves de larmes  coulent dans l’âme de ce peuple. C’est l’eau de l’impuissance, l’eau d’une religion qui  opprime au lieu de libérer, c’est cette eau que Yéshoua va transformer en vin. Et quel vin !

(Rappel: nous nageons ici dans le monde des images et des symboles)

 

Le vin de l’amour gratuit

Le vin est le symbole de l’Esprit et de l’Amour. Le vin de Cana représente le plus grand amour du monde.

À Cana, le vin ne représente pas un amour conditionnel, du genre : «Je t’aimerai si tu te conduis bien, si tu es parfait(e)».

Un amour lié à des obligations ? Jamais plus!

Le meilleur amour du monde n’a rien à voir avec cela. C’est un amour gratuit, un amour sans condition aucune. Un amour qui dit : je t’aime tel(le) que tu es, avec toutes tes beautés, tes vertus et tes grandeurs, mais aussi avec tous tes défauts, tes blessures, tes faiblesses et tes taches. Et si tu ne m’aimes pas, moi je t’aime.

Je t’aime, sais-tu pourquoi ? Parce qu’au fond de toi-même, tu es infiniment plus grand/e et plus beau/belle que tout ce que tu peux imaginer.

Dieu aime gratuitement. Il est incapable d’aimer autrement. Par sa nature même, il est pure Gratuité, c’est-à-dire pure Grâce.

Et parce qu’il est Grâce, il ne se place jamais au-dessus des êtres humains. Il est toujours avec eux, toujours de leur côté, toujours en eux.

Dominus tecum.

Cela n’a pas toujours été compris.

On nous avait habitués à un Dieu exigeant et négociateur, façonné à notre propre image. Souvent, les livres  de la Première Alliance et même les évangiles de Yéshua nous l’ont présenté ainsi.

Dans l’Évangile, par exemple, il n’est pas rare que Dieu apparaisse comme un maître sévère qui n’épargne pas les coups de fouet à ses serviteurs paresseux ou rebelles (Matthieu 18, 34-35 ; 25, 13 ; Luc 12, 47-48). Sans ménagement, il envoie les récalcitrants à la géhenne — c’est-à-dire à la décharge publique — comme cet invité suspect du banquet de noces, ou comme le riche insensible de la parabole de Lazare, ou encore comme les grands perdants du Jugement final qui, par leur propre faute, ont laissé passer le train et se sont retrouvés en marge de la vie (Matthieu 25, 46).

L’image du Dieu justicier, identifié à la Loi et à l’Ordre, s’est imposée à nous et s’est gravée jusque dans le tissu même de notre être de croyants (et aussi dans celui des indifférents et des athées qui l’ont connu sous ce visage).

Ainsi avons-nous toujours vécu avec l’idée de ce dieu ambigu qui donne tout, mais qui reprend aussi tout : « Tu m’as tout donné, tu m’as tout repris, béni soit ton Saint Nom ! » (Job 1, 2).

Nous avons vécu avec l’image d’un dieu juste mais mesquin, qui consigne tous les détails de notre vie dans son grand livre et exige des comptes pour chacun d’eux. Nous avons vécu avec l’image d’un dieu miséricordieux mais tatillon, qui sait récompenser pourvu qu’on lui obéisse à la lettre. Nous avons vécu avec l’image d’un dieu qui sait pardonner, mais qui ne laisse pas impunie la moindre peccadille.

Ce Dieu comptable et justicier -  très bon, sans doute  -  mais si implacable qu’on ne peut vraiment pas l’aimer, est si profondément incrusté dans nos gènes que même les incroyants n’osent pas s’en défaire totalement…

Ce dieu ancien, nous l’avons peint à notre image : un dieu négociateur, généreux peut-être, mais nullement  comme  un « Dieu de Grâce », nullement (ou si peu) comme un Dieu gratuit comme l’air, gratuit comme les fleurs, comme les poissons, comme la pluie, comme le soleil ou comme la vie elle-même.

Peu compris, mais toujours présent

Ce Dieu gratuit, pourtant, ne nous est pas complètement étranger.
Souvent on chantait ses louanges. Une multitude de personnes de tous âges et de tous horizons, sans trop savoir comment le nommer et sans trop penser à devoir le payer, ont sans doute trouvé et trouvent encore en lui un soutien, une espérance, une raison de vivre et même du bonheur.

Malgré tout, il nous en coûte de croire en la gratuité, car dans notre petit monde où tout s’achète, se vend et se paie, nous avons une idée très pauvre de ce que cela peut vouloir dire vraiment. ll ne nous vient pas  à l’esprit que la gratuité puisse être la grande force de l’univers, la grande force de l’être humain, ainsi que la force et l’essence même de Dieu.

On n’a jamais bien compris que Dieu soit pure Grâce, car nous étions profondément convaincus que, tôt ou tard, nous allions devoir payer très cher tous ses « cadeaux ». Nous savions aussi que, même pour les recevoir, nous devions nous « lessiver », nous laver à fond, nous purifier,  sans protester et sans rechigner.

Dans la tradition juive dont nous sommes issus, l’application d’un vaste système de nettoyage ou de « purification », instauré par la religion, entretenait dans l’esprit du peuple le vague espoir que, peut-être, un jour, on parviendrait à attendrir le cœur de Dieu.

C’était une espérance fragile qui exigeait de préserver soigneusement  le système en question, qui était, pour ainsi dire, notre seule « monnaie d’échange » pour négocier avec Dieu : « Je me purifie, je prie sept fois par jour, j’observe strictement le sabbat, je jeûne souvent, je fais des pèlerinages à Jérusalem, je suis là pour les  sacrifices d’animaux en l’honneur du Très-Haut, je paie la dîme sur tout, même sur le cumin, je fais l’aumône au Temple, je célèbre des centaines de fêtes. Je fais tout cela, donc toi, Seigneur, tu me dois la santé, la richesse, le bonheur, le triomphe sur mes ennemis.
J’espère aussi que, pour la gloire de ton Nom,  tu rendras mon peuple plus fort que tous les autres peuples de la terre et que tous ces peuples marcheront à genoux devant lui ».

« Je suis un misérable si je ne pratique pas cette religion comme il se doit, ou pire encore, si je n’en tiens aucun compte : je me condamnerais moi-même comme impie, blasphémateur et ennemi de Dieu. Je mériterais la mort ».

Mais voici que vient Yéshoua. Sous le grand signe symbolique du miracle des noces de Cana, il fait s’écrouler tout ce système.

Ce système que la religion avait perfectionné, rapiécé et renforcé pendant des siècles est ici symbolisé par six cents litres d’une eau destinée aux purifications rituelles. Ce système-là, hautement sacré, Yéshoua l’annule pour toujours en changeant toute cette eau en un vin sublime qui ravit les papilles les plus raffinées de la bouche, du cœur et de l’esprit.

La métaphore est géniale. Elle proclame que le régime de la Loi de Moïse (représenté par l’eau) est définitivement aboli et remplacé par l’Évangile de Yéshoua (représenté par le vin excellent qui apparaît à  la fin de la fête).

Le système de la Lettre disparaît, l’Esprit le remplace.
L’obsession de l’Ordre est remplacée par l’amour de la Liberté. Il ne reste plus que l’Esprit, l’Amour et la Liberté.

Une transsubstantiation parfaite…

Pourquoi l’Amour ?

 L’amour est vie pure. Il pénètre l’être jusque dans les plus infimes cellules du corps et de l’esprit. Lui seul purifie, guérit et libère. Lui seul  régénère, recrée, transfigure et ressuscite. Lui seul sanctifie. Et rend parfait « Soyez parfaits comme est parfait votre Père qui- dépasse-tout » (Matthieu 5, 48).

C’est à cela que se résume la grande révélation de Yéshoua.
Le feu qu’il apporte sur la terre, c’est cela.

Alors, pourquoi la croix de Yéshoua ? Pourquoi son corps déchiré et son cœur transpercé ? Parce que l’amour de Yéshoua est précisément cela : aimer jusqu’à l’extrême, aimer au-delà de toutes les règles, aimer au-delà de toutes les limites et au-delà de soi-même.

Personne n’obligeait Yéshoua à aimer de cette manière. Pas même Dieu. Cet amour extrême a jailli simplement de l’intérieur, du cœur, de la volonté, des entrailles de Yéshoua.

Ainsi nous a-t-il aimés, tout simplement, comme Dieu lui-même nous aime maintenant,  comme il nous a toujours aimés et comme il nous aimera  à jamais.

C’est cela qui nous sauve. Voilà la révolution de l’Évangile.

Les Dinosaures s’indignent

Stupéfaits, les Dinosaures réagissent aussitôt. Ils défendent bec et ongles l’ancien régime qui fonde et légitime leur autorité et leur pouvoir ; c’est pourquoi ils font tout pour étouffer dans son berceau l’immense révolution mise en marche par l’Évangile de Yéshoua.

Ils proclament sur tous les toits que le salut gratuit est absurde et blasphématoire. Le salut gratuit - crient-ils - c’est déchaîner  sur terre le libertinage, la folie meurtrière ! Le salut gratuit met fin à la  religion, à la morale et à l’ordre, il ouvre toutes grandes les portes du chaos et de l’enfer ! Le salut gratuit, c’est tuer Dieu ! Le salut gratuit, c’est briser le verrou de la cage dans laquelle la religion de Dieu s’efforce de retenir la bête que nous portons tous en nous !
Le salut gratuit, en un mot,  est une doctrine qui vient du démon lui-même !

Voilà ce que les Dinosaures hurlent en chœur. Ils tonnent que le salut, au contraire,  se trouve dans la crainte de Dieu. De Dieu on ne peut s’approcher qu’en tremblant. Nul ne peut voir Dieu sans mourir. Pour être sauvé, il faut souffrir, faire pénitence, se sacrifier, passer par la porte étroite.

Yéshoua lui-même parle de ce chemin étroit. Mais le chemin étroit de Yéshoua n’est pas celui de la pénitence ni des sacrifices tels que l’entendent les Dinosaures. Ce n’est ni la peur, ni l’observance minutieuse de la loi, ni le chemin de la vertu mesurée à la balance ou à la règle.

Le chemin étroit de Yéshoua n’est pas celui des nombreuses prières et des jeûnes répétés, ni celui des multiples oraisons, messes, mortifications et aumônes, mais le chemin d’une vie qui ne se laisse pas gouverner par l’Ego. C’est le chemin de l’amour qui ne cherche ni sa propre gloire ni son intérêt personnel. En un mot, c’est le chemin de l’amour « gratuit ».

Ce chemin n’est pas un boulevard comme celui de l’argent, du plaisir ou du pouvoir. C’est plutôt un chemin étroit, car sur ce chemin on ne gagne rien et, parfois, on perd tout : la sécurité, la réputation, la vie même. C’est un chemin de haute montagne, un chemin ardu vertigineux et enivrant, le seul qui conduise pleinement à la liberté, à la vie et au vrai bonheur. « Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera » (Marc 8, 35).

La logique de la Grâce

L’amour gratuit n’est pas la logique de notre monde. Notre monde dit: « Si tu me donnes, je te donne. Si tu m’aimes, je t’aime. Si tu m’aides, je t’aide », tandis que, chez Yéshoua, Dieu dit : « Je t’aime depuis toujours. Je t’aime tendrement, sans aucune condition, sans limites, sans attendre que tu me remercies ni que tu me le rendes. »

On n’achète pas l’amour de Dieu. On ne le vend pas non plus. On ne le négocie pas et on ne le mesure pas ; on ne le gagne pas et on ne le perd pas. L’amour de Dieu est un amour extrême qui, tout simplement, est.

Règle ?

Pour aimer, aimer suffit. Aucune règle ni aucune loi ne sont nécessaires. L’apôtre Paul, chercheur infatigable, s’est lassé de tourner autour de la question et a finalement livré cette formule qui résume tout : « L’amour ne fait de tort à personne ; par conséquent, quand on aime, on accomplit toute la Loi. » (Romains 13, 10)

Le salut gratuit

Le salut n’est donc pas une récompense promise aux bons ni un prix réservé aux justes. Il est tout simplement un cadeau, un don gratuit que Dieu fait à tous - sans exception - et que personne ne mérite.

Nous n’avons pas à accumuler des mérites, ni à gagner des points, ni à remplir des conditions. La seule chose que nous ayons à faire est d’accueillir ce don, d’ouvrir le cœur, de laisser l’amour circuler. Voilà la « foi » dont parle l’Évangile, la seule exigence de l’Évangile.

La grande nouveauté

La grande nouveauté de l’Évangile est celle-ci : tous et toutes, nous sommes sauvés. Justes et pécheurs, croyants et incroyants, bons et mauvais, sages et ignorants, saints et athées, tous nous sommes aimés et sauvés, non parce que nous sommes bons, mais parce que Dieu est bon. Non parce que nous le méritons, mais parce que l’amour de Dieu est purement gratuit.

De même que le soleil, par sa propre nature, ne peut que briller sur les bons et les mauvais, de même Dieu, par sa propre nature, ne peut qu’aimer tous les êtres humains. C’est pourquoi Yéshoua dit que son Abba « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Matthieu 5, 45).

Un changement radical

Ce que Yéshoua propose n’est pas un nouveau système religieux, mais une conception totalement différente du salut. Il nous invite à passer de la logique du mérite à la logique de la gratuité, de la logique de la peur à celle de l’amour, de la logique de la culpabilité à celle de la confiance, de la logique de l’esclavage à celle de la liberté.
Ce que Yéshoua nous propose, c’est une révolution radicale dans notre manière de penser et dans notre manière d’être.

Le sort des pauvres

Ce sont les pauvres qui accueillent les premiers cette logique révolutionnaire de Yéshoua, car, du fait même qu’ils ne possèdent rien, il leur est difficile de prétendre pouvoir payer ou acheter le Don de Dieu. Ce sont les seuls avec lesquels Dieu peut être pleinement lui-même, c’est-à-dire absolument gratuit. C’est pourquoi, depuis toujours, l’Évangile est une très bonne nouvelle pour les pauvres, tandis que, pour les riches, il est un scandale, un cauchemar, un non-sens. Car comment faire des affaires lorsque tout est gratuit ?

Le Dieu gratuit

À Cana, l’image que Yéshoua nous donne de Dieu est celle d’un Dieu magnifiquement gratuit, d’un Dieu qui ne se vend pas, qui ne se négocie pas, ne s’achète pas, mais d’un Dieu qui donne tout.

D’un Dieu qui ne demande rien et qui donne tout. D’un Dieu qui ne calcule pas, n’exige pas, ne retient rien pour lui.

D’un Dieu qui se donne sans mesure comme le meilleur vin de nos noces, d’un Dieu qui se livre à nous gratuitement comme l’air, comme la lumière du soleil, comme la brise de la mer, afin que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance (Jean 10, 10).

C’est pourquoi « Amour » est le seul nom capable de décrire et de définir pleinement Dieu dans le langage humain.

Un Dieu joyeux

À Cana, Yéshoua ne prononce aucun discours solennel. Il ne fait pas de poésie. Il ne dicte pas de commandements. Il n’accomplit aucune guérison spectaculaire. Il se contente de ranimer une fête qui s’achevait dans les larmes et l’effroi : il la sauve, tout simplement, en lui donnant une fin inattendue de beauté et de bonheur. Il en ressort que Dieu est pure Joie.

Tel est le grand signe, le premier, qu’il accomplit en inaugurant son Évangile. Par ce signe, il révèle le caractère global de l’action qu’il va mener dans le monde, une action définitivement marquée par la joie de l’avènement du Royaume. Autrement dit, une Bonne Nouvelle, une très Bonne Nouvelle.

Le vin de la Grâce

Ce vin de Cana n’est pas un vin quelconque. C’est le vin de la nouvelle Alliance, le vin de l’amour gratuit qui remplace l’eau des purifications, laquelle ne nettoie que l’extérieur. Le vin de Cana est le vin de la Grâce. C’est un vin qui réveille en nous une dimension merveilleuse, celle que nous avons méconnue et enfouie dans nos profondeurs les plus intimes (et que nous appelons généralement le « cœur »). Ce n’est pas un vin qui enivre, mais un vin qui éveille, éclaire l’être, relève ce qui est tombé et ressuscite ce qui est mort.
Il coule à flots, sans mesure ni limite. Il est inépuisable, car tel est Dieu. Et tel est aussi le Royaume. Un Royaume qui n’est pas affaire de lois ni de doctrines, mais une fête. Une fête sans fin.

Le cœur de l’Évangile

À Cana, Yéshoua met en pleine lumière le cœur même de l’Évangile, à savoir que Dieu n’est ni juge ni comptable, mais un Dieu qui aime et qui donne.

Voici la grande révolution de l’Évangile : il ne s’agit pas d’obéir, mais d’aimer ; il ne s’agit pas de craindre, mais de faire confiance ; il ne s’agit pas de se soumettre, mais de s’abandonner à la gratuité de l’amour.

La nouvelle Alliance

L’ancienne Alliance était gravée sur la pierre ; la nouvelle Alliance est gravée dans le cœur. Elle ne s’écrit pas sur des tables froides, mais dans la chair vive. Non avec de l’encre, mais avec l’Esprit même de Dieu. Elle ne s’impose pas de l’extérieur, mais jaillit de l’intérieur, c’est-à-dire du cœur profond de notre être (Jérémie 31, 33).
Parce que la Nouvelle Alliance est intérieure, intime, chair de notre chair, Dieu ne doit pas être cherché au-dessus de nous ni en dehors de nous.

La joie de l’Évangile

Lorsque nous comprenons cela, la peur se dissipe, la culpabilité s’évanouit, et à leur place naît une joie semblable à celle qu’ont éprouvée les invités des noces en goûtant le vin nouveau de la  Grâce toute pure.

Le signe de Cana

Cana est le premier signe du Royaume et de la nouvelle Alliance. Il montre Dieu transformant la Loi en Grâce, la peur en amour, la pénurie en abondance. Dans le signe de Cana Dieu se manifeste à nous comme un Dieu qui, loin de venir condamner, vient nous combler de bonheur.

Ce signe n’est pas donné seulement aux invités des noces de Cana, mais à toute l’humanité ; d’abord et avant tout, à tous ceux et celles qui sont exclus des bonheurs de la vie : les pauvres, les exploités, les personnes handicapées, les marginaux, les ratés, les indignes, les «grands pécheurs ». Cette invitation est la meilleure nouvelle du monde, elle est la plus incroyable et la plus merveilleuse nouvelle de l’Histoire des humains.

Réaction des Dinosaures

Dès que cette Bonne Nouvelle commence à se répandre,  les Dinosaures ouvrent le feu en hurlant à temps et à contretemps que les prêches de Yéshoua sont diaboliques. Oser enseigner la « gratuité du salut », affirmer  que les impies puissent se sauver par la miséricorde de Dieu sans n’avoir rien à payer, est la plus pernicieuse de toutes les inventions du diable. Elle ouvre toute grande la porte de la cage qui tient la bête enfermée en chacun de nous. Elle livre l’être humain à ses passions les plus viles, elle réduit la morale à néant, détruit l’ordre, rend inutile la sainte religion. Elle livre le monde au chaos et à l’enfer, et elle envoie Dieu à la mort.

Ils rappellent avec force que c’est  par la crainte de Dieu seulement qu’on obtient le salut. On ne peut s’approcher de lui qu’avec peur et tremblement. Il faut souffrir, faire pénitence, se sacrifier, passer par la porte étroite. Il faut mourir pour voir Dieu.

À première vue, il semble qu’ils n’aient pas entièrement tort.

La voie étroite

Yéshoua lui-même a enseigné quelque chose de semblable : « Je ne suis pas venu abolir la Loi ni les Prophètes, mais les accomplir. Celui qui veut me suivre doit renoncer à tout, prendre sa croix et me suivre» (Matthieu 5,17 ; Marc 8,34). « Si vous ne faites pas pénitence, vous périrez tous » (Luc 13,3). « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite » (Luc 13,22-30). « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus » (Matthieu 22,14).

Ce Yéshoua qui semait la vie en abondance et cherchait toujours ce qui pouvait plaire à son Abba a eu besoin d’un temps de réflexion, de débats et de lutte intérieure avant de pouvoir affirmer du plus profond de son être, ce que l’apôtre Paul résumera plus tard en ces mots : «C’est par grâce que vous êtes sauvés ! » (Éphésiens 2,8)

Pour les compagnons et compagnes de route de Yéshoua, il fallut l’expérience de ce que nous appelons la « résurrection » du Maître, ainsi que tout ce que l’on cherche à exprimer à travers la « descente» de l’Esprit de Dieu à la Pentecôte, pour que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils en arrivent à comprendre que Dieu, de manière totalement gratuite et par pur amour, fait surgir de la mort et du néant tout ce personne ne peut payer : l’existence, la vie, le pardon, le salut et le bonheur au-delà de la vie et de la mort, et en dehors de tout lieu et de tout temps.

Oser

Ce qui nous sauve, c’est accepter d’intégrer dans notre cœur et au plus profond de notre psyché que Dieu nous aime, tout comme le père du fils prodigue aime son fils, même quand, au fond de lui-même, ce fils demeure encore esclave de la peur et du péché.
De la même manière que le père accueille le fils fragile, inconscient, ingrat et indigne, il nous accueille  aussi avec ce qu’il y a de moins beau en nous, sans nous demander quoi que ce soit en échange, c’est-à-dire sans condition aucune.

La transformation de l’eau en vin commence à s’accomplir en nous lorsque, sans peur, nous nous livrons avec tout ce que nous sommes, et sans calculs, à l’amour infiniment gratuit de Dieu.

Saint Paul le répète avec insistance : « C’est par grâce (par l’amour gratuit de Dieu) que vous êtes sauvés » (Éphésiens 2,4-8).

La peur était l’épée des Dinosaures. Par crainte des châtiments du ciel sur eux-mêmes et sur le peuple, ils font arrêter Yéshoua, l’accusent de blasphème et le crucifient.

La grande majorité applaudit. Mais pas tous. Certains choisissent Yéshoua.

Altération du Dieu de Yéshoua

Dès les premières générations de chrétiens, le vin de Cana se dilue peu à peu. L’eau revient subrepticement dans les jarres. La gratuité est tempérée, réglementée, conditionnée. La grâce est entourée de précautions, de clauses, de peurs et de calculs.

Le scandale de l’amour gratuit devient suspect. La liberté fait peur. La fête dérange.

On préfère un Dieu prévisible à un Dieu vivant. Un Dieu gestionnaire à un Dieu amoureux. Un Dieu qui récompense et punit à un Dieu qui aime sans condition.

Et pourtant, malgré toutes les tentatives pour l’édulcorer, le vin de Cana continue de fermenter dans l’histoire humaine. Il resurgit chaque fois qu’un être humain ose aimer sans calcul, ose pardonner sans condition, ose vivre sans peur, ose donner sans n’attendre rien en retour.

Chaque fois que la gratuité l’emporte sur le mérite, que la compassion prime sur la loi, que la vie est choisie contre toutes les logiques de mort, le miracle de Cana se reproduit.

Le Royaume n’est pas un système, il est une fête. Une fête ouverte. Une fête sans billets d’entrée. Une fête où le bon vin coule en abondance.  

Tant qu’il y aura des femmes et des hommes qui voudront croire - ne serait-ce qu’un instant - que Dieu est amour gratuit,
ce bon vin ne pourra jamais manquer.

Un Yéshoua « recyclé »

Parmi ceux qui choisissent de suivre Yéshoua, il en est qui, par peur des Dinosaures (dont la mentalité s’est infiltrée jusque dans l’esprit de certains frères de la communauté chrétienne), ne tardent pas à l’adultérer, à le diluer, à l’édulcorer, à le rendre plus buvable, plus digérable, plus acceptable.

Ils recyclent le Yéshoua de l’amour gratuit de Dieu en un personnage saint et parfait irradiant l’aura d’un soleil. Ils en font un être d’un autre monde sorti directement du sein de Dieu Tout-Puissant et livré à nous comme un agneau innocent pour effacer de nos âmes les taches causées par nos péchés…

Pour ne pas troubler ce que ces Dinosaures appellent « la paix », ils l’aseptisent tellement qu’ils en arrivent à oblitérer totalement de la conscience chrétienne que Yéshoua a été tué précisément par des Dinosaures comme eux.

Ils le vident de sa substance divinement subversive et libératrice et  le réduisent à une idole, à un simple maître de morale, à un Dieu fait homme pour nous apprendre à obéir « à l’autorité avec crainte et tremblement », faisant valoir avec force que  « TOUTE autorité vient de Dieu»  (Philippiens 2,6-8.12 ; Romains 13,1-2), tout comme si Yéshoua avait obéi à l’autorité des scribes et des pharisiens, à l’autorité des chefs de synagogues, à l’autorité du Grand-prêtre Caïphe, à l’autorité du roi Hérode, à l’autorité de Ponce Pilate, et à l’autorité suprême du César de Rome !!!

Ainsi le livrent-ils aux dévots comme un simple objet de piété : un guide, un personnage liturgique, un « pardonneur » de confessionnal ou un magicien pieux du salut céleste.

Parmi ces « convertis », bien peu sont ceux et celles qui, par leur engagement social, montrent qu’ils suivent avec conviction et ferveur un homme semblable à eux, qui, à partir de sa foi dans le Dieu de la Vie, a osé remettre en question, dénoncer, affronter tout ce qui dépouille l’être humain de la dignité, de la justice et de la liberté que Dieu lui donne par droit de naissance.

Pour avoir consacré sa vie à défendre ce droit sacré, Yéshoua est tombé assassiné par les sbires de la politique, de l’argent, de «l’obéissance à l’autorité », et fondamentalement par l’orthodoxie religieuse et, évidemment, par les armes.

Parmi ces « convertis », ils sont bien peu nombreux ceux qui, par leur engagement social, montrent qu’ils suivent avec conviction et avec ardeur un homme semblable à eux, tel Yeshúa, qui, à partir de sa foi dans le Dieu de la Vie, a osé contester, dénoncer et affronter tout ce qui dépouille l’être humain de la dignité, de la justice et de la liberté dont, dès sa naissance,  Dieu l’a doté comme de droit divin. Pour avoir consacré sa vie à défendre ce droit qui fonde la grandeur de la personne humaine, Yeshúa est assassiné par les hommes de main de la politique, de l’argent, de la « soumission à l’autorité » et, fondamentalement, par l’infaillibilité religieuse et par les armes.

Bas du formulaire

Aujourd’hui encore, dans des pays où les droits humains sont piétinés,  lorsque des chrétiens osent courageusement imiter Yéshoua et qu’on se débarrasse d’eux en les torturant, en les assassinant ou en les faisant disparaître,  il n’est pas rare que l’autorité de l’Église de ces pays (que cette Église soit  catholique, chrétienne ou autre) reste muette ou ait de la difficulté à cacher, sous ses protestations de circonstance, le soulagement que ce genre de «libération» lui procure.  

Le plus lamentable, c’est que, jusqu’à présent, rien n’indique sérieusement que cela puisse changer avant un nouveau Déluge.

Un rêve collectif

Aujourd’hui, nous sommes plus d’un milliard de chrétiens dans le monde qui, en principe, devraient rêver de changer le monde sans recourir à la haine ou aux canons, sans exploiter personne, sans piller, sans mentir, sans voler, sans opprimer. À ceux-là, nous pourrions ajouter trois ou quatre milliards de non-chrétiens (peut-être davantage) avec lesquels nous pourrions partager le même rêve.

Qu’est-ce qui nous empêche de nous unir et d’oser, tous ensemble, troubler la « paix » de ceux qui font que des millions d’habitants de la planète sont ignorés ou traités comme s’ils étaient moins humains qu’eux ?

Nous sommes tous contaminés par l’esprit des Dinosaures. Nous  sommes paralysés par une caricature de « paix » que nous avons sacralisée. Tout ce que nous nous permettons, c’est de rester dans le moule et de continuer à nous occuper des « choses de Dieu » sans jamais trop remettre en question notre vision statique, rachitique et erronée de la paix. En réalité, si nous n’avions pas si peur des appels aux changements qui clament au ciel depuis les quatre coins de l’univers, l’eau de notre fausse « paix » pourrait, elle aussi, se transformer en océans d’un vin de grand cru.

Malgré tout

Que cela nous plaise ou non, que nous y croyions ou non, que cela coïncide ou non avec de vieilles croyances déjà incrustées dans nos gènes, et même si cela entre en collision avec des dogmes et certaines affirmations de la Bible ou de l’évangile de Yéshoua lui-même, Dieu nous aime sans aucune condition !

Il faut savoir que la Bible et l’évangile lui-même, tout comme la paix, ne sont pas des réalités pétrifiées dans le temps. Ce qu’on appelle « les saintes Écritures » sont des réalités aussi dynamiques  que des êtres vivants ; elle ne finissent jamais de grandir, de s’ouvrir, de se déployer  et de dévoiler les lumières qu’elles portent en elles-mêmes,  et cela, au fur et à mesure que le  feu dont elles jaillissent prend de la force et se propage dans la conscience des humains.  

Une Bonne Nouvelle unique

La Bonne Nouvelle est un vin unique, un vin qui n’a pas de prix, un vin qui se renouvelle sans cesse, un vin qui ne s’épuise jamais et qui se partage spontanément avec tout le monde, en commençant par ceux et celles qui sont refoulés au fond des ruelles et le long de nos routes, comme le malheureux sauvé par le Samaritain, comme tous les Bartimée de l’histoire, tous les « possédés » de Gérasa, les prostituées, les adultères, les délinquants, les sans-abri, les réfugiés, ceux qui ont faim et qui veulent vivre.

Nous ne parviendrons jamais à épuiser les réserves de ce vin de grand cru, car il se renouvelle infiniment par lui-même puisque, en réalité, il s’agit purement et simplement de l’amour même de Dieu qui n’a pas de fin.

La grande fête de Cana

Que la grande fête de Cana remonte à la surface plus splendide que jamais, et qu’elle n’ait plus de fin ! Que le vin de l’amour gratuit de Dieu coule en abondance en nous, qu’il se déverse comme un Amazone géant aux milliards de ramifications dans le cœur de  toutes les femmes et tous les hommes de la terre! Que tous les  déserts et les cœurs desséchés de l’univers soient inondés  de la liberté et de la joie de la Bonne Nouvelle de Yéshoua !

Du journal télévisé au feuilleton

D’abord : le divorce. Le premier mariage, fondé sur un contrat saturé de règles, fait totalement naufrage et se dissout par lui-même. Yéshoua surgit avec la proposition d’une nouvelle alliance établie sur une seule base : l’amour gratuit, et rien d’autre.

Ainsi commence la grande aventure de la Bonne Nouvelle de Yéshoua de Nazareth, comme celle d’un vrai mariage d’amour. Dieu et nous, nous nous aimons et point final. Dieu se fait l’un de nous sans condition, et nous, grâce à lui et en lui, nous apprenons peu à peu à l’aimer et à nous aimer les uns les autres comme lui nous aime.

Cette aventure merveilleuse est certes traversée de hauts et de bas, de contradictions, de revers, mais aussi de moments de lumière et d’expériences captivantes. C’est en marchant que nous apprenons  à marcher et que tout doucement  nous grandissons. Nous en sommes là.

 

Fin

                                           Eloy Roy

Petite note

Faut-il l’avouer ? Cette foi dont je parle avec tant d’enthousiasme n’est pas encore solidement enracinée dans mon propre cerveau. La raison en est que l’ancien moule dans lequel j’ai été formé, bien qu’il se soit fissuré, ne s’est pas encore totalement brisé. Pourtant, au plus profond de mon être, sans trop savoir ni pourquoi ni comment, je sens que tout ce que je viens d’écrire, aussi pauvre, maladroit et quelque peu embrouillé qu’il puisse être,  porte en soi des intuitions utiles pour notre marche aux côtés de Yéshoua.

Une autre note très importante

Aux personnes qui vivent leur foi en Yéshoua selon des repères différents de ceux que je me permets de tracer dans ces pages, je veux dire du fond du cœur que, au-delà des différences, je demeure l’un des leurs. Si j’ose prendre la parole et sortir quelque peu des sentiers établis, c’est un peu grâce à vous, à partir de vous et pour vous. Croyez-moi : votre fidélité, votre humilité, votre souffrance silencieuse, votre espérance et votre engagement me rejoignent bien plus profondément que ce que laissent entrevoir ces lignes.

À bien des égards, vous m’inspirez ; et c’est pour vous, et pour les derniers de la terre, que je me sens poussé à chercher une issue à ce tunnel dans lequel les temps présents semblent vouloir nous engouffrer.

His dictis, pax non verbis sed factis nascitur.
Ceci étant dit, la paix ne naît pas des paroles, mais des actes.

Décembre 2025

 

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